Liberté de la presse au Niger : six journalistes devant la justice après une arrestation arbitraire

Écrit par

dans

Arrestations de journalistes au Niger : une atteinte directe à la liberté de la presse

Le 2 novembre 2025, la police judiciaire de Niamey a procédé à l’arrestation de six professionnels des médias, marquant une nouvelle étape dans le recul des libertés fondamentales au Niger. Parmi eux, trois journalistes ont été placés en détention arbitraire, suscitant une vague de condamnations internationales. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), via l’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, dénoncent avec fermeté cette violation flagrante de la liberté de la presse et exigent leur libération immédiate et sans conditions.

Une inculpation contestée et des peines lourdes

Les six journalistes concernés – Moussa Kaka, Abdoul Aziz Idé, Ibro Chaibou, Youssouf Seriba, Oumarou Kané et Souleymane Brah – ont été inculpés de « complicité dans la diffusion d’informations susceptibles de troubler l’ordre public », selon l’article 31 de la loi sur la cybercriminalité (modifiée en 2024 par l’ordonnance 2024-28). Ces charges, passibles de deux à cinq ans de prison, reposent sur la publication et le débat autour d’une invitation diffusée sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, liée à une conférence organisée par le Fonds de solidarité pour la sauvegarde de la patrie (FSSP).

Trois d’entre eux – Ibro Chaibou, Youssouf Seriba et Oumarou Kané – ont été incarcérés à la prison de Kollo, à 50 km de Niamey, tandis que les trois autres ont été libérés sous caution, bien que les charges contre eux persistent.

Un contexte politique tendu et des précédents inquiétants

Ces arrestations s’inscrivent dans un climat de répression accrue depuis le coup d’État de juillet 2023, qui a restreint drastiquement l’espace civique. Plusieurs défenseur·es des droits humains et journalistes ont déjà été victimes d’arrestations arbitraires, comme Moussa Tchangari, détenu depuis près d’un an, ou encore les journalistes de Sahara FM (Hamid Mahmoud, Mahaman Sani et Massaouda Jaharou), toujours emprisonnés pour avoir relayé une information jugée sensible. Moussa Kaka, déjà poursuivi en 2007 sous un régime précédent, voit son histoire se répéter, avec la fermeture de RFI Niger en 2023.

L’Observatoire rappelle que la simple diffusion d’une invitation ou l’organisation d’un débat ne saurait constituer une infraction. Selon lui, ces poursuites visent à intimider la presse et à étouffer toute voix dissidente, en violation de l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et de l’article 9 de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples.

Des appels à l’abandon des charges et à la révision de la loi

L’Observatoire exige la libération sans délai des journalistes encore détenus – Ibro Chaibou, Youssouf Seriba, Oumarou Kané, Hamid Mahmoud et Mahaman Sani – ainsi que l’abandon de toutes les charges contre l’ensemble des professionnels visés. Il appelle également à une révision urgente de la loi sur la cybercriminalité, dont les dispositions actuelles permettent des interprétations abusives, notamment pour museler les critiques du pouvoir. En 2024, une ordonnance a rétabli des peines de prison pour des infractions comme la diffamation ou la diffusion d’informations jugées « troublantes », une mesure jugée dangereuse pour les défenseur·es des droits humains.

Le Niger, sous la pression internationale, doit garantir le respect de la liberté de la presse et mettre fin à ces pratiques arbitraires.