Dans le Mali en proie à une insécurité croissante, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) a trouvé une source de financement autrement plus lucrative que les rançons traditionnelles. Les orpailleurs chinois, exploitant les mines d’or du pays, deviennent des cibles privilégiées pour ce mouvement jihadiste qui étend son emprise sur les zones aurifères.
Une stratégie redoutable : le racket organisé des mineurs d’or
Les filiales chinoises, actives dans l’extraction artisanale de l’or, paient désormais un lourd tribut pour continuer leurs activités. Le Jnim impose des taxes déguisées en « protection » ou en « droits de passage », transformant ces sites miniers en véritables caisses de résonance pour le financement de ses opérations militaires. Ces prélèvements forcés, souvent négociés sous la menace, alimentent directement les coffres du groupe et renforcent sa capacité à mener des attaques contre les forces nationales et internationales.
Les témoignages recueillis sur le terrain révèlent une escalade des pressions. Les entreprises minières chinoises, majoritairement implantées dans les régions de Kidal, Gao et Mopti, doivent désormais composer avec une réalité implacable : sans versement régulier, leurs activités sont systématiquement sabotées ou paralysées.
Un réseau de financement parallèle aux conséquences désastreuses
Le système mis en place par le Jnim repose sur plusieurs mécanismes :
- Les « dons volontaires » : sous couvert de charité islamique, les orpailleurs sont contraints de contribuer financièrement au « jihad » sous peine de représailles.
- Les rançons ciblées : en cas de refus ou de retard, les mineurs sont kidnappés, leurs équipements détruits ou leurs installations incendiées, avant que des négociations ne s’engagent.
- Le contrôle des routes commerciales : le groupe jihadiste impose des péages sur les axes menant aux zones minières, accentuant la pression économique sur les acteurs chinois.
Cette stratégie hybride, mêlant extorsion et intimidation, permet au Jnim de diversifier ses sources de revenus tout en fragilisant l’économie locale. Les autorités maliennes, déjà en difficulté face à la montée des groupes armés, peinent à endiguer ce phénomène qui s’étend désormais aux frontières du Burkina Faso et du Niger.
Un défi majeur pour la stabilité du Sahel
L’impact de ces activités ne se limite pas aux entreprises chinoises. Les populations locales, souvent employées dans ces mines, subissent de plein fouet les conséquences de cette économie de la terreur. La hausse des coûts de production et la précarité des travailleurs aggravent les tensions sociales, tandis que les fonds récoltés par le Jnim servent à recruter de nouveaux combattants ou à se procurer du matériel militaire.
Face à cette situation, les partenariats internationaux tentent de trouver des solutions, mais la complexité du terrain et l’absence de contrôle effectif sur ces zones rendent toute intervention périlleuse. Les forces de sécurité maliennes, soutenues par des contingents étrangers, multiplient les opérations, mais peinent à inverser la tendance.
Entre mines d’or et réseaux jihadistes, le Mali se trouve aujourd’hui au cœur d’un enjeu bien plus large que la simple exploitation aurifère. La lutte contre le Jnim passe désormais par une refonte des stratégies de financement de ce groupe, dont les tentacules s’étendent bien au-delà des frontières nationales.
