Mali : l’emprise croissante du JNIM et les limites de la stratégie sécuritaire

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De Ségou à Mopti, en passant par Kidal, le Mali traverse une phase critique de son histoire sécuritaire. Malgré les engagements des autorités militaires de restaurer l’intégrité du territoire, la réalité sur le terrain montre une progression constante des groupes armés. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) resserre son étau sur les civils, les milices d’autodéfense et les axes de transport vitaux. Cette situation interroge directement l’efficacité des choix stratégiques de Bamako et de son partenaire russe, Africa Corps.

Une offensive meurtrière contre les milices locales

La dégradation de la situation sécuritaire se traduit par une multiplication des assauts du JNIM. Récemment, le groupe terroriste lié à Al-Qaïda a mené une incursion violente contre un camp de dozos à Souley, dans la région de Ségou. Ce raid s’est soldé par la mort de 17 miliciens et la saisie de 18 fusils de chasse. Dans la région de Mopti, à Timba, une autre position tenue par ces chasseurs traditionnels est tombée aux mains des assaillants. Ces revers successifs mettent en lumière la vulnérabilité des forces supplétives sur lesquelles l’État s’appuie pour sécuriser le territoire.

Le recul progressif des forces étatiques

L’insécurité ne se résume plus à des incidents isolés. C’est une véritable stratégie d’isolement qui se déploie. Dans le Nord du Mali, l’armée et ses alliés russes ont dû abandonner des verrous hautement stratégiques. Après la perte de contrôle de Kidal, les troupes se sont retirées de Tessalit et d’Aguelhok. Dans le centre, le JNIM étend son influence en désarmant de nombreux villages. Face à l’incapacité de l’État à garantir une protection permanente, les populations rurales se retrouvent souvent contraintes de se soumettre au pouvoir des groupes armés pour survivre.

L’asphyxie économique par le blocus des axes routiers

L’un des leviers les plus redoutables utilisés par les insurgés est le blocus économique. En ciblant les voies de communication, le JNIM parvient à affaiblir le pouvoir central sans avoir à conquérir les grands centres urbains. Les attaques contre les camions-citernes et les convois de marchandises se sont intensifiées depuis 2025, menaçant les liaisons vitales avec le Sénégal, la Côte d’Ivoire et la Guinée. En 2026, malgré la mise en place d’escortes militaires massives – avec près de 940 camions protégés en une semaine sur l’axe Kayes-Bamako –, la menace reste entière. Ce blocus entraîne une hausse des prix, des pénuries de carburant et l’isolement progressif de régions entières.

Le calvaire quotidien des populations civiles

Au milieu de cet affrontement, les civils subissent un calvaire quotidien et silencieux. Entre la peur des représailles, les enlèvements et l’interdiction d’accéder aux terres agricoles, l’économie locale s’effondre. Les commerçants et les transporteurs n’osent plus circuler sans garanties, poussant des milliers de familles à fuir leurs foyers. Cette guerre d’usure vise à démontrer l’impuissance des institutions étatiques à protéger leurs propres citoyens.

Les résultats contestés du partenaire russe Africa Corps

Cette impasse sécuritaire remet en question l’apport d’Africa Corps, la structure russe qui a pris le relais du groupe Wagner. Présentée à son arrivée comme la solution pour reconquérir le territoire malien, cette force fait face à de sérieux revers. Après la défaite marquante de Tinzouatin en 2024, les retraits successifs de l’année 2026 dans le Nord confirment les difficultés sur le terrain. Les observateurs notent une posture désormais plus défensive des éléments russes, qui concentrent leurs efforts sur la protection de Bamako et des structures du pouvoir, laissant le gros des combats aux soldats maliens.

Un défi politique majeur pour Bamako

Au-delà de l’aspect militaire, c’est la crédibilité du projet politique de la transition qui est en jeu. La rupture avec les alliés occidentaux au profit d’un partenariat avec Moscou devait garantir le retour de la souveraineté nationale. Pourtant, le constat reste amer : les axes routiers sont coupés, les milices alliées sont harcelées et l’autorité de l’État recule dans les campagnes. Le Mali fait face à une crise de gouvernance profonde que le JNIM tente d’exploiter pour asphyxier lentement mais sûrement le pays.