Mali : les drones de Bamako frappent leurs alliés à intahaka, un symbole de l’effondrement stratégique

Un matin de mai restera gravé dans la mémoire des habitants d’Intahaka, dans la région de Gao. Ce jour-là, un drone des Forces armées maliennes (FAMa) a frappé par erreur un véhicule du Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés (GATIA), une coalition pourtant alliée à Bamako. Cet incident, présenté initialement comme une victoire contre les terroristes, révèle les dysfonctionnements profonds d’une armée en pleine déroute stratégique.

Intahaka : l’erreur qui illustre l’impasse militaire malienne

L’aube du 18 mai a été marquée par une tragédie évitable. Un drone des FAMa, censé neutraliser des cibles ennemies, a en réalité pulvérisé un pick-up du GATIA, une milice engagée depuis des années aux côtés du gouvernement. Le bilan, encore partiel, évoque des morts et des blessés graves parmi les alliés de Bamako. Une erreur aux conséquences désastreuses, qui souligne l’absence criante de coordination et de précision dans les opérations militaires.

Ce drame s’inscrit dans une série de bavures similaires, où les drones, loin de garantir la sécurité, deviennent des instruments de chaos. Les populations locales, déjà victimes des violences, voient désormais leurs propres protecteurs se transformer en menace.

La stratégie « tout-drone » : une illusion coûteuse

Depuis des mois, la junte dirigée par le colonel Assimi Goïta mise sur les drones comme solution miracle pour reprendre le contrôle du territoire. Pourtant, les résultats sont accablants : erreurs de ciblage, victimes civiles, et alliés bombardés. Une stratégie technologique qui échoue lamentablement face à une réalité complexe.

Pendant ce temps, les groupes armés comme le Front de Libération de l’Azawad (FLA) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) gagnent du terrain. Leur alliance a permis de repousser les forces gouvernementales dans plusieurs zones clés, prouvant l’inefficacité d’une approche purement militaire. Les insurgés, désormais équipés de technologies de brouillage et de drones kamikazes, adaptent leurs tactiques pour contourner les faiblesses de Bamako.

Intahaka, un enjeu économique sous le feu des drones

Intahaka, plus grande mine d’or artisanale de la région de Gao, est un symbole de la guerre économique qui ravage le Nord-Mali. Ce site, vital pour des milliers de familles, est au cœur de tensions entre l’État, les groupes armés et les réseaux de contrebande. Chaque affrontement ou tir aveugle paralyse une activité déjà fragilisée.

« *Les routes sont bloquées par les terroristes, les prix ont triplé à Gao… Et maintenant, c’est le ciel qui nous tombe dessus. On ne sait plus où aller* », confie un habitant sous anonymat. Pour les civils, la présence militaire n’est plus synonyme de protection, mais de danger supplémentaire. L’orpaillage, activité économique majeure, est régulièrement interrompu, plongeant les familles dans une précarité accrue.

Une junte en quête de légitimité, mais en pleine déroute

L’incident d’Intahaka n’est pas un simple accident : il reflète l’impasse politique et militaire dans laquelle la junte a plongé le Mali. En rejetant les accords de paix et en privilégiant une réponse purement sécuritaire, Bamako a perdu le soutien de ses derniers alliés sur le terrain, comme le GATIA.

Alors que le Nord et le Centre échappent de plus en plus au contrôle de l’État, le discours sur la « restauration de la souveraineté » sonne creux. Si les erreurs se multiplient, ce n’est plus seulement les alliés qui seront touchés, mais l’avenir même du pays. La junte doit choisir : persister dans une stratégie déconnectée ou admettre l’échec et chercher une issue politique.