Le centre de recherche Timbuktu Institute, basé au Sénégal, vient de publier une analyse percutante intitulée « Mali : anatomie d’un séisme sécuritaire ». Ce document revient sur les événements tragiques du 25 avril dernier, où une action coordonnée menée par les combattants du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (Jnim) et les indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) a ébranlé le pays. Ces assauts multiples ont conduit à la perte de Kidal, dans le Nord, et au décès du ministre de la Défense, le général Sadio Camara. Cette situation interroge profondément l’efficacité du dispositif militaire actuel et les alliances régionales.
L’échec de la sous-traitance sécuritaire à la Russie
Pour Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute, les récents revers militaires marquent la fin du mythe de l’externalisation de la sécurité. La mort du général Sadio Camara et le retrait précipité des forces d’Africa Corps à Kidal et Tessalit illustrent les failles de la stratégie impliquant les partenaires russes. Contrairement aux dispositifs précédents qui incluaient des volets de développement, la sous-traitance actuelle peine à contenir une guérilla profondément enracinée localement. Le pouvoir du général Assimi Goïta pourrait ainsi voir s’effriter son argument principal : la promesse d’une reconquête territoriale totale.
Les limites de l’Alliance des États du Sahel (AES)
L’analyse souligne également l’absence de réaction concrète de l’Alliance des États du Sahel. Malgré les engagements de solidarité inscrits dans la charte du Liptako-Gourma, ni le Niger ni le Burkina Faso n’ont déployé de soutien militaire effectif lors de la crise du 25 avril. Si des déclarations de soutien politique ont été formulées, notamment par le président Traoré évoquant un complot, les pays membres semblent avant tout absorbés par leurs propres défis sécuritaires internes, révélant les limites opérationnelles de ce pacte de défense.
Un paradoxe de légitimité nationale
Malgré ces échecs sur le terrain, on observe un phénomène de « ralliement autour du drapeau » au sein de l’opinion publique malienne. Paradoxalement, la fragilisation sécuritaire semble renforcer temporairement la figure du général Assimi Goïta. La population, hantée par le spectre de l’effondrement de 2012, se regroupe derrière les autorités de transition, faisant de la survie de l’État la priorité absolue, au-delà des résultats militaires immédiats.
La coalition Jnim-FLA : une alliance fragile ?
L’entente entre les jihadistes du Jnim et les rebelles du FLA constitue une nouvelle donne stratégique pour Bamako. Toutefois, cette collaboration est perçue comme une convergence d’intérêts pragmatiques plutôt que comme une union idéologique durable. Si des figures comme Iyad Ag Ghaly jouent un rôle de pivot, les objectifs finaux divergent radicalement : l’instauration de la charia pour les uns, et l’autonomie de l’Azawad pour les autres. Néanmoins, le Jnim tente d’opérer une mue politique en mettant en avant des cadres nationaux comme Bina Diarra, cherchant ainsi à s’imposer comme un interlocuteur incontournable dans l’avenir politique du pays.
La nécessité d’un dialogue national inclusif
Face à un jihadisme qui s’est endogénéisé, la réponse purement militaire montre ses limites. Les combattants sont désormais des enfants du pays, ce qui rend l’option du dialogue national inévitable pour de nombreux observateurs et acteurs politiques maliens. L’idée de discuter avec tous les Maliens, y compris ceux ayant rejoint les groupes armés, s’impose de plus en plus comme la seule alternative pour stabiliser durablement le Mali et mettre fin aux souffrances des populations civiles.
