RDC: l’armée congolaise doit cesser son soutien au groupe armé CMC-FDP selon une enquête

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Des combattants d’un groupe armé bénéficiant de l’appui des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont commis des exactions contre des civils dans le territoire de Rutshuru, à l’est de la RDC. Meurtres, tortures, pillages, enlèvements et esclavage sexuel sont reprochés à cette milice, selon une enquête rendue publique.

Le Collectif des mouvements pour le changement-Forces de défense du peuple (CMC-FDP) appartient à la galaxie des Wazalendo (« patriotes » en swahili), une coalition de groupes armés que l’armée congolaise utilise comme supplétifs dans sa lutte contre le M23, mouvement rebelle soutenu par le Rwanda. Le CMC-FDP est surtout actif dans le groupement de Bukombo (Rutshuru), actuellement sous contrôle du M23.

Des civils pris en étau

« Les habitants de Bukombo et des environs sont prisonniers de la violence du M23 et de celle du CMC-FDP. Leur quotidien est devenu un calvaire, surtout dans les zones reculées où le CMC-FDP agit sans aucune crainte de sanctions », dénonce Tigere Chagutah, spécialiste des droits humains pour la région.

Le groupe maintient des bases isolées à Bukombo et cible des civils, souvent la nuit ou dans des secteurs où les combattants du M23 sont moins présents. Après des accrochages avec le M23, des éléments du CMC-FDP se sont livrés à des représailles contre des personnes soupçonnées d’avoir des liens familiaux avec des rebelles. Ces atteintes au droit international humanitaire pourraient constituer des crimes de guerre.

« Les autorités congolaises condamnent régulièrement les violences du M23, ce qui est normal, mais elles ferment les yeux sur les exactions équivalentes commises par les Wazalendo, y compris le CMC-FDP. En réalité, elles cautionnent ces crimes et se dérobent à leur devoir de protéger les civils et de poursuivre les coupables. La communauté internationale doit exercer des pressions sur Kinshasa pour que cesse immédiatement ce soutien aux groupes armés », ajoute Tigere Chagutah.

Entre mars et avril 2026, des enquêteurs ont mené des entretiens à distance via des applications sécurisées avec 16 victimes et survivants de viols et d’agressions sexuelles, ainsi qu’avec des proches de personnes tuées, violées, torturées, enlevées ou maltraitées par des combattants du CMC-FDP entre juin et décembre 2025. Des défenseurs des droits humains ont également fourni des informations crédibles sur des violences similaires, notamment des exécutions sommaires et des incendies de maisons.

Le 8 juin 2026, les enquêteurs ont écrit au CMC-FDP pour l’informer de leurs constatations et demander des éclaircissements sur le comportement de ses commandants et combattants envers les civils. Le porte-parole du groupe, Héritier Donald Gashegu, a répondu par écrit le 16 juin 2026, niant toute responsabilité dans les faits reprochés et affirmant que le CMC-FDP « demeure attaché au respect des droits humains et à la discipline de ses combattants ».

Viols et esclavage sexuel

Une jeune femme d’une vingtaine d’années a raconté que, après que son mari eut rejoint le M23 en mai 2025, des hommes du CMC-FDP l’ont enlevée chez elle et retenue captive pendant trois mois. « Ils m’ont dit : soit tu viens avec nous, soit on te tue », a-t-elle témoigné. Elle a été détenue dans une maison sur leur camp, où un commandant lui a été présenté comme son futur « mari ». Chaque jour, elle recevait une tasse de taro et de maïs. Elle a vu deux autres femmes prisonnières, mais les combattants l’ont menacée de mort si elle leur parlait. Le commandant l’a violée à de nombreuses reprises. « Je pensais qu’il me tuerait si je refusais. Il venait tous les soirs », a-t-elle dit. Elle a réussi à s’échapper quand le M23 a attaqué le camp.

Une autre femme de 22 ans a déclaré que des combattants du CMC-FDP l’ont enlevée en juin 2025, après que son mari eut rejoint le M23. Ils l’ont emmenée sur la base de Mudugudu, à Bukombo, où elle a été forcée de devenir la « femme » d’un commandant. « Il a dit : si tu ne couches pas avec moi, je te tue », a-t-elle rapporté. Quatre autres femmes étaient dans la même situation. Elle a également vu des civils détenus et maltraités dans le camp. « Ils prenaient les gens et les emmenaient à la base. Si vous n’aviez rien de valeur, ils vous frappaient. Ils mettaient les gens dans des cellules souterraines. Ils les détenaient pour obtenir de l’argent », a-t-elle expliqué. Ces actes s’apparentent à une prise d’otage en tant que crime de guerre. Elle a fui en octobre 2025 après une attaque du M23.

Les deux victimes de violences sexuelles ont été détenues dans des conditions relevant de l’esclavage sexuel. Elles ont contracté des infections sexuellement transmissibles après les viols, causant douleur et souffrance. Si elles ont été soignées dans des centres de santé, de nombreuses autres victimes de violences sexuelles perpétrées par des groupes wazalendo n’ont pas accès à des soins médicaux ou psychologiques adaptés.

L’esclavage sexuel et les autres violences sexuelles commises dans un conflit armé constituent de graves violations du droit international humanitaire et peuvent être qualifiés de crimes de guerre. Ils violent également plusieurs droits humains fondamentaux, comme l’égalité, la non-discrimination, l’intégrité physique et l’interdiction de la torture.

Dans sa réponse, le CMC-FDP a « rejeté catégoriquement » les allégations de viols, d’esclavage sexuel et de mariages forcés, affirmant qu’aucune plainte officielle n’avait été portée à la connaissance de ses instances disciplinaires ou judiciaires internes.

Les dirigeants du CMC-FDP auraient dû être informés des violences commises par leurs commandants. Ils pourraient être considérés comme complices s’ils savaient ce qui se passait et n’ont rien fait pour l’empêcher ou y mettre fin.

Mauvais traitements et violences contre les femmes

Le 20 novembre 2025, huit personnes, dont une femme enceinte et son mari, se sont réfugiées dans une bananeraie à Mashango, un village de Bukombo, lors d’un échange de tirs entre le M23 et des groupes armés locaux, probablement le CMC-FDP. Des combattants armés les ont retrouvées et ont exigé de l’huile de cuisson. « Nous leur avons dit que nous n’avions plus d’huile. Ils ont alors pillé tout ce qui se trouvait chez nous et brûlé nos maisons. L’un d’eux a eu pitié de moi, disant que j’étais enceinte et qu’il fallait m’épargner », a raconté la femme. Elle a identifié les assaillants comme étant du CMC-FDP car le groupe avait une base à Mashango, zone qu’il contrôlait. Les combattants ont emmené son mari et l’ont tué. « Ils l’ont découpé à la machette. Tout le monde a été tué à la machette. Je suis ensuite allée chercher les corps, ils étaient déjà en décomposition », a-t-elle dit. Elle a accouché seule dans la forêt plus tard ce jour-là.

Une autre femme a raconté que son mari avait rejoint le M23 en juin 2025 et que des combattants du CMC-FDP étaient venus chez elle le mois suivant. « Quatre d’entre eux sont arrivés à midi. Deux avaient des pistolets, les deux autres des fouets. Je leur ai demandé d’avoir pitié de moi parce que j’étais enceinte. Ils ont répondu que ma grossesse n’était pas leur problème, qu’ils voulaient voir mon mari. Ils m’ont rouée de coups, frappée et blessée avec un couteau. Le lendemain, j’ai fait une fausse couche », a-t-elle déclaré.

Le CMC-FDP a nié les allégations de pillages et d’incendies de maisons.

Homicides par vengeance et exécutions sommaires

Neuf victimes et survivants ont indiqué aux enquêteurs que des combattants du CMC-FDP avaient tué leurs maris ou les avaient enlevés parce que leurs fils ou maris avaient rejoint le M23.

Une femme de 35 ans a raconté qu’un commandant et six combattants du CMC-FDP sont venus chez elle à Kyahemba en novembre 2025. Le commandant lui a demandé si elle avait laissé le M23 recruter son enfant. Son fils de 15 ans avait disparu au début du mois pour rejoindre les rebelles. « J’ai répondu que je ne savais pas comment il avait été recruté. À ce moment-là, le commandant a commencé à tirer sur mon mari », a-t-elle dit. Son mari a reçu trois balles dans la poitrine devant leurs enfants de huit et six ans. Elle a appris plus tard que son fils était mort au sein du M23.

Selon quatre victimes et un défenseur des droits humains, un commandant du CMC-FDP basé à Kyahemba était impliqué dans la détention ou l’homicide de leurs proches.

Une autre femme, Elisabeth*, a raconté que six combattants du CMC-FDP, dont quatre étaient d’anciens voisins, sont venus chez elle en novembre 2025 à la recherche de son mari. « Ils nous ont dit de quitter la maison, accusant mon mari de collaborer avec le M23. Ils lui ont tiré à trois reprises dans la poitrine et dans les parties génitales. Après l’avoir abattu, ils ont pillé la maison et sont repartis avec quatre chèvres, des vêtements et des marmites », a-t-elle dit.

Dans sa réponse, le CMC-FDP n’a pas précisé les mesures prises pour enquêter sur les allégations de meurtres de civils, affirmant ne pas disposer de suffisamment d’informations pour mener des enquêtes.

Extorsions et menaces

Avant l’arrivée du M23 dans la région, le CMC-FDP prélevait de l’argent auprès des habitants sous forme d’un impôt appelé « lala salama » (dormir paisiblement en swahili), soi-disant pour financer la protection des civils. Une victime a expliqué que son mari avait rejoint le M23 parce qu’il en avait assez de ces extorsions.

Innocent*, qui travaillait à Kyahemba, a déclaré que des combattants du CMC-FDP l’avaient approché à trois reprises depuis que son fils avait rejoint le M23 en août 2025, lui demandant de l’argent pour ce motif. Il leur a donné 300 dollars américains. « À chaque fois, ils me disaient de faire en sorte que mon fils rejoigne leur groupe. Je disais que ce n’était pas moi qui l’avait emmené. À chaque fois qu’ils venaient, ils me frappaient. Ils ont brûlé trois maisons, la mienne et deux autres. Ils ont dit qu’ils me tueraient si je ne leur donnais pas d’argent », a-t-il raconté.

Justine*, une femme de 20 ans, a raconté que son mari avait fui sans prévenir en juillet ou août 2025. En septembre, des combattants du CMC-FDP sont venus chez elle. « Je ressemble à une Tutsi. Les combattants ont forcé la porte, sont entrés et m’ont fouettée une fois dans le dos et une fois sur la poitrine. Ils m’ont attaché les mains. Ils m’ont dit : dis-nous où est ton mari », a-t-elle dit. Quand elle a répondu qu’elle l’ignorait, ils ont menacé de la conduire à un commandant militaire du CMC-FDP qui l’obligerait à révéler où se trouvait son mari. Sur le chemin, l’un des combattants l’a aidée à s’échapper, ayant pitié de son bébé.

Justine pensait que la peur avait poussé son mari à rejoindre le M23 : en juillet ou août, le M23 avait menacé son mari en disant que tous les Tutsis qui ne rejoignaient pas le M23 seraient décapités.

Le CMC-FDP a écrit qu’il n’avait « ni politique ni pratique consistant à exiger des rançons ou des paiements auprès des proches de ceux ayant rejoint le M23 ou d’un quelconque autre mouvement ennemi. Si des cas isolés de comportements contraires à nos principes existaient, nous serions les premiers intéressés à en connaître les auteurs afin que les mesures appropriées soient prises conformément aux règles de discipline et aux exigences de la justice. »

Les dirigeants du CMC-FDP auraient dû être au courant des pratiques d’extorsion et avaient la responsabilité d’enquêter et de traduire les coupables en justice. S’ils savaient et n’ont rien fait, ils pourraient être considérés comme complices.

Soutien de l’armée congolaise au CMC-FDP

En mai 2023, la RDC a adopté une loi créant la Réserve armée de la défense, permettant l’intégration de certains groupes armés locaux, dont le CMC-FDP, comme forces supplétives pour lutter contre le M23. Les FARDC fournissent à ces groupes un soutien financier, des armes et des munitions. En décembre 2025, le ministre des Finances de la RDC a indiqué à la commission Défense de l’Assemblée nationale que l’État versait aux groupes wazalendo 4 millions de dollars par mois.

Selon un document interne du gouvernement militaire du Nord-Kivu, le CMC-FDP a reçu plus de 100 000 cartouches de munitions et plus de 100 roquettes de 40 mm des FARDC fin 2023 et début 2024.

En juillet 2024, l’Union européenne a sanctionné le commandant en chef du CMC-FDP, Dominique « Domi » Kamanzi Ndaruhutse, pour « graves violations des droits humains ». Cet homme a combattu au sein de différents groupes nyatura pendant plus de dix ans et a, selon des experts onusiens, collaboré avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qui comptent d’anciens membres des Interahamwe et des soldats responsables du génocide de 1994.

« Il est inacceptable que l’armée congolaise continue de soutenir les combattants du CMC-FDP malgré les terribles exactions qu’ils infligent aux civils. Le groupe se livre à des violences effrénées depuis des années. Il faut que les autorités congolaises cessent immédiatement toute collaboration avec le CMC-FDP et les autres groupes wazalendo qui commettent des exactions, et qu’elles les traduisent en justice », conclut Tigere Chagutah.

* Les pseudonymes sont utilisés pour protéger l’identité des personnes interrogées.