Réfugiés maliens en Mauritanie : l’espoir d’un retour conditionné au départ des Russes

Des réfugiés maliens près d’un point d’eau d’un camp de fortune à Doueinkara, près de la frontière entre la Mauritanie et le Mali, le 29 avril 2026.

« Si les forces russes quittent le territoire, nous pourrons enfin envisager de rentrer chez nous. » C’est avec ces mots que Mosso, exilé en Mauritanie, résume le sentiment qui anime les camps de réfugiés après les récents revers subis par l’armée malienne et ses alliés d’Africa Corps. Les offensives coordonnées menées fin avril par les combattants du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les éléments du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) ont porté un coup sévère au pouvoir de Bamako, entraînant notamment la perte du ministre de la Défense.

À Fassala, petite localité mauritanienne située à la lisière de la frontière, les témoignages sur les agissements des paramilitaires russes, que tout le monde continue d’appeler Wagner, sont légion. Ces forces, venues remplacer les troupes françaises, sont au cœur des craintes des populations civiles qui ont fui les zones de combat.

Le poids de la présence d’Africa Corps au Mali

Sous un abri de fortune dressé contre le soleil implacable du désert, Mosso, un éleveur touareg de 57 ans, ne cache pas son amertume envers Assimi Goïta. « C’est lui qui a ouvert la porte à Wagner », déplore cet homme originaire de la région de Mopti. Il raconte avoir pris la fuite il y a moins d’un mois, après l’irruption de soldats blancs dans son campement. Un traumatisme profond pour cet éleveur qui a vu son frère tomber sous les balles de ces mêmes forces un an plus tôt.

Le climat de suspicion est général : de nombreux civils se retrouvent pris entre deux feux, accusés de complicité par l’armée malienne, les mercenaires russes ou les groupes jihadistes. Cette situation a d’ailleurs poussé plusieurs organisations de défense des droits humains à saisir la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) pour dénoncer les exactions commises sur le terrain.

Le récent retrait d’un convoi russe de Kidal, ville stratégique du Nord désormais sous influence rebelle, a fait naître une lueur d’espoir parmi les quelque 300 000 Maliens installés dans la région du Hodh Chargui. Pour beaucoup, c’est le signe d’un possible basculement.

Le camp de Mbera, miroir d’une crise sans fin

À Mbera, situé à une cinquantaine de kilomètres de la frontière, plus de 120 000 personnes s’entassent dans l’espoir de jours meilleurs. Ahmed, 35 ans, y attend la paix avec impatience. Pour lui, la responsabilité de cet exode massif incombe directement à la junte militaire et à son alliance avec les forces russes. « Nous sommes ici pour échapper aux amalgames et à la violence de Wagner », explique-t-il.

Cependant, l’unanimité n’est pas de mise concernant les récents succès de la rébellion. Abdallah, un doyen de 77 ans, exprime ses doutes face à l’alliance entre le FLA et le Jnim. « Je ne peux pas me réjouir de la prise de Kidal si elle se fait avec des terroristes », confie-t-il, rappelant que l’idéologie de ces groupes est incompatible avec sa vision d’un islam modéré et pacifique.

L’insécurité est loin de faiblir. Les blocus imposés par les jihadistes sur plusieurs localités maliennes continuent de jeter des milliers de personnes sur les routes. Ces dernières semaines, 14 000 nouveaux arrivants, principalement des femmes et des enfants, ont rejoint la Mauritanie selon les données humanitaires.

Une pression croissante sur les ressources locales

Cette instabilité persistante au Mali fait craindre une catastrophe humanitaire majeure. En Mauritanie, pays qui jouit d’une stabilité notable dans un Sahel tourmenté, l’accueil de ces populations pèse lourdement sur les infrastructures locales. À Fassala, le maire Cheikhna Ould Abdallahi s’inquiète de la pression sur les points d’eau, les pâturages et les services de santé, alors que sa commune héberge déjà 70 000 réfugiés.

L’avenir reste sombre pour des milliers de familles. Tilleli, 22 ans, qui a fui l’incendie de son village près de Mopti, serre sa fille contre elle. Sa condition pour un retour est catégorique : le départ définitif des forces de Wagner. Mais dans le regard de cette jeune mère, l’espoir d’une paix prochaine semble encore bien lointain.