Sénégal : le Pastef fait adopter sa révision constitutionnelle
La majorité parlementaire du parti Pastef a approuvé le projet de loi de révision constitutionnelle par 129 voix en faveur. L’opposition a, pour sa part, boycotté la séance après l’expulsion de l’hémicycle du député Abdou Mbow, qui avait refusé de quitter le pupitre.
Le ministre de la Justice, Moussa Sarr, représentait le gouvernement et a défendu quatre amendements. Ceux-ci ont tous été rejetés par les députés de la majorité. Notre envoyé spécial était présent à l’Assemblée nationale.
Boycott de l’opposition
Les députés de l’opposition accusent le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, d’avoir violé le règlement intérieur, ce qui a motivé leur boycott de la séance. Ils qualifient cette révision constitutionnelle proposée par le Pastef de « forfaiture ».
Aïssata Tall Sall, présidente du groupe parlementaire de l’opposition, a déclaré : « L’objectif a été atteint : montrer à la face du monde que ce qui se passe à l’Assemblée nationale est de la dictature, de la forfaiture. On a mobilisé des gendarmes pour évacuer un député qui n’exerçait qu’un seul droit : celui de prendre la parole. Voilà ce que nous voulions montrer. Objectif atteint. »
Concurrence gouvernement/Pastef
Le ministre de la Justice, Moussa Sarr, a vu ses quatre amendements rejetés par les députés du Pastef. Ils portaient sur ce qu’il considère comme une rupture d’équilibre entre le président et l’Assemblée nationale, en faveur de cette dernière : « Cette révision touche à des questions constitutionnelles majeures et altère les équilibres de notre régime : rationalisation de la motion de censure, limitation du droit de dissolution, modalités de complétion de la Cour constitutionnelle, et articulation avec notre statut fondamental et nos engagements internationaux. En effet, élargir la faculté de déposer une motion de censure à dix reprises durant une législature, tout en ne prévoyant qu’une seule dissolution pour le président de la République durant son mandat, revient à rompre l’équilibre institutionnel traditionnel. »
Dissensions des camps Diomaye Faye et Sonko
Parmi les points de discordance entre le Pastef et le président Bassirou Diomaye Faye figure notamment l’obligation de déclaration de patrimoine, au début et à la fin du mandat. Une divergence qui ne devrait pas exister, selon Ousmane Sonko. Le président de l’Assemblée nationale rappelle qu’il s’agissait d’engagements pris. « Le président de la République a repris le texte en ne gardant que ce qui l’arrange. La Constitution n’appartient pas à Bassirou Diomaye Faye. Venir dire : ‘non, je ne ferai plus de déclaration de patrimoine à la fin’, ‘non, je veux être président de parti’, alors que ce sont des engagements pris lors d’un dialogue politique, portés par le parti… Depuis plus de dix ans, nous menons ce combat ensemble. Au nom de quoi une seule personne peut se donner le droit de faire le tri et de ne garder que ce qui l’arrange ? »
Ousmane Sonko a demandé au président Bassirou Diomaye Faye de promulguer la loi. De son côté, le chef de l’État souhaite soumettre le texte au référendum. Cette réforme a donné lieu à des manifestations de l’opposition et de la société civile, ce lundi matin, non loin de l’Assemblée nationale.
