Stratégie américaine au Sahel : sécurité et commerce comme piliers
La récente mission de Nick Checker, chef du Bureau des affaires africaines au département d’État américain, au Mali, symbolise un retour en force de Washington dans les dynamiques du Sahel. Cette visite s’inscrit dans une stratégie révisée de la politique américaine en Afrique de l’Ouest, articulée autour de trois axes majeurs : une diplomatie économique centrée sur l’exploitation des ressources minières, un renforcement des partenariats sécuritaires avec une présence militaire adaptative, et une réorientation des aides humanitaires vers des collaborations ciblées à la fois économiques et sécuritaires.
Analyse avec le Dr Gnaka Lagoke
Changements sous l’administration Trump : un virage stratégique
DW : Dr Gnaka Lagoke, comment interpréter la visite de Nick Checker au Mali et ses entretiens avec les autorités maliennes et le président Assimi Goïta ? Quelles évolutions marquent la politique étrangère américaine au Sahel et en Afrique de l’Ouest sous l’administration Trump ?
Le coup d’État au Niger, qui a renversé le président Bazoum, a révélé une divergence notable entre les réactions des États-Unis et celles de la France. Contrairement à Paris, qui a tenté de mobiliser une intervention militaire pour rétablir Bazoum, Washington a adopté une approche plus mesurée. Cette position a été renforcée lorsque les nouvelles autorités nigériennes ont demandé le départ des troupes américaines du pays, sans que les États-Unis ne s’engagent dans un conflit ouvert.
Avec la montée des tensions entre les grandes puissances comme la Russie et la Chine, l’administration américaine a été encouragée par ses experts à recentrer sa politique sur deux axes principaux : la sécurité et l’économie. Le Sahel, riche en ressources stratégiques, constitue un enjeu majeur pour les États-Unis, qui cherchent à sécuriser des approvisionnements essentiels. Cette logique s’applique également à d’autres régions comme le Venezuela, l’Iran ou encore la République Démocratique du Congo.
Le Nigeria, nouveau partenaire privilégié des États-Unis en Afrique de l’Ouest
DW : Pourquoi les États-Unis privilégient-ils désormais le Nigeria comme partenaire en Afrique de l’Ouest, maintenant que leurs bases militaires au Niger ne sont plus permanentes ?
L’administration Trump a justifié son intervention au Nigeria par la nécessité de protéger les populations chrétiennes, selon ses propres termes, menacées par des groupes islamistes. Cependant, cette intervention, limitée à quelques frappes aériennes, n’a pas suffi à éradiquer les bases des insurgés. De nombreux analystes estiment que les véritables motivations sont davantage liées aux ressources naturelles du Nigeria, notamment le pétrole et d’autres minerais stratégiques. Cette approche illustre la volonté américaine de conjuguer sécurité et intérêts économiques dans la région.
Cette stratégie pourrait également conduire au déploiement de nouvelles bases militaires au Sahel. Les bases précédemment situées au Niger auraient été déplacées vers le Bénin et la Côte d’Ivoire.
Avantages pour les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) dans leur coopération avec les États-Unis
DW : Quels bénéfices les pays membres de l’AES pourraient-ils tirer d’une collaboration avec les États-Unis sous Trump ?
L’un des principaux atouts offerts par Washington réside dans la possibilité de négociation qu’il propose aux pays de l’AES. Ces derniers ont été perçus comme des parias par la France et l’Union européenne, ce qui rend cette ouverture américaine particulièrement attrayante. Par ailleurs, dans le contexte des tensions entre l’Occident et les pays des BRICS, les États-Unis offrent aux pays africains une alternative stratégique.
Les États-Unis pourraient ainsi tirer parti des frictions entre l’Afrique et l’Union européenne pour promouvoir leurs propres intérêts. Cependant, ils mettent en avant un discours de respect de la souveraineté des pays de l’AES, un message qui trouve un écho favorable auprès des populations locales.
Cependant, des informations indiquent l’existence de réseaux impliquant la France, les États-Unis et d’autres acteurs, visant potentiellement un changement de régime au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Cette situation soulève des questions sur la sincérité des intentions américaines, dont la duplicité ne sera révélée que par l’histoire.
Partagez cet article et suivez nos analyses sur les relations internationales en Afrique.
