Stratégie d’alignement post-coup du Mali : souveraineté et limites des partenariats

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la quête de souveraineté malienne face aux nouvelles alliances géopolitiques

depuis les coups d’état de 2020 et 2021, le Mali a opéré une mutation stratégique profonde sous la direction d’assimi goïta. le régime met en avant un discours souverainiste, se distanciant des partenaires occidentaux traditionnels tout en développant de nouvelles relations sécuritaires et économiques, notamment avec la Russie et les émirats arabes unis. pourtant, cette réorientation n’a pas permis d’améliorer la stabilité du pays. les groupes armés continuent de s’étendre, la gouvernance reste fragile et les conditions économiques peinent à se redresser.

la stratégie post-alignement du Mali repose sur une approche transactionnelle de la souveraineté. plutôt que de s’engager dans une alliance fixe, Bamako cherche à diversifier ses partenariats externes en exploitant les rivalités entre acteurs étatiques et non étatiques. cette tactique, bien que renforçant temporairement le régime, expose le pays à des risques accrus de dépendance et de fragmentation de sa gouvernance.

face à cette situation, le Mali s’est engagé dans un équilibre précaire entre autonomie affichée et alliances opportunistes, sans parvenir à instaurer une stabilité durable ni à améliorer les conditions de vie de sa population.

une gouvernance en déclin malgré les promesses de réformes

le chef de la junte, assimi goïta, a initialement séduit une partie de la population en promettant de lutter contre la corruption et de réformer les institutions. son discours populiste a résonné auprès des maliens lassés par l’impunité des élites et l’échec des gouvernances précédentes. cependant, les progrès tangibles en matière de sécurité et de développement économique restent absents.

depuis février 2022, le gouvernement de transition a reporté à plusieurs reprises les élections, invoquant des « raisons techniques ». une proposition vise même à prolonger le mandat présidentiel jusqu’en 2030, alimentant les craintes d’un dérapage démocratique. en mai 2025, goïta a franchi une nouvelle étape en dissous tous les partis politiques, justifiant cette décision par des impératifs d’ordre public.

ces mesures illustrent la consolidation progressive du pouvoir par le régime, mais elles risquent d’aggraver les tensions internes et de fragiliser davantage la légitimité institutionnelle du Mali.

un bilan économique préoccupant

malgré le discours souverainiste, le régime n’a pas réussi à offrir les services essentiels — sécurité, justice, infrastructures — en particulier dans les zones rurales et frontalières. la croissance économique reste concentrée dans les villes, creusant les inégalités entre zones urbaines et rurales.

le Mali se classe au 188e rang sur 193 pays dans l’indice de développement humain de l’ONU, confirmant les défis persistants en matière de santé, d’éducation et de revenus. la corruption, bien que reconnue par les autorités, persiste, et des signes d’enrichissement des élites se multiplient, renforçant le sentiment d’injustice sociale.

insécurité et expansion des groupes armés

l’environnement sécuritaire du Mali continue de se dégrader, alimentant l’instabilité politique et favorisant l’expansion des groupes armés et terroristes. la pauvreté généralisée et le mécontentement croissant poussent de plus en plus de jeunes vers les organisations militantes dans la région du Sahel. des groupes comme jama’at nusrat al-islam wal-muslimin (jnim) et isis-Sahel exploitent habilement les griefs locaux pour recruter et s’étendre.

malgré les promesses répétées d’éradiquer le terrorisme, la sécurité opérationnelle reste fragile. les attaques, embuscades et affrontements violents persistent dans tout le pays. les groupes armés, de plus en plus adaptatifs, utilisent également de nouvelles technologies de communication pour coordonner leurs actions et renforcer leurs capacités de recrutement.

le rôle clé de la Russie et les nouvelles dynamiques de sécurité

la Russie a joué un rôle central dans l’évolution de l’architecture sécuritaire du Mali. après le retrait des forces françaises et onusiennes, le groupe Wagner a fourni un soutien opérationnel, une formation et une protection au régime. son intervention a permis certaines avancées tactiques, comme la reprise de kidali en 2023, mais elle s’est accompagnée d’accusations graves de violations des droits de l’homme.

en juin 2025, Wagner s’est officiellement retiré du Mali, remplacé par l’africa corps, une force contrôlée par le ministère russe de la défense et composée en grande partie d’anciens membres de Wagner. cette nouvelle entité adopte une approche plus discrète, mais son engagement marque une consolidation de l’influence russe au Mali, formalisée par des accords de défense bilatéraux et une coopération économique accrue.

ce changement ne signifie pas un retrait de la Russie, mais plutôt une intégration plus profonde de son influence dans le pays. en mars 2026, les États-Unis seraient en passe de conclure un accord avec Bamako pour reprendre les vols de renseignement au-dessus du Mali, révélant la flexibilité pragmatique du régime malgré son discours souverainiste.

le Mali, un acteur des rivalités géopolitiques mondiales

le Mali est devenu un terrain d’affrontement indirect entre plusieurs puissances mondiales. l’Ukraine, par exemple, s’implique indirectement via un soutien en renseignement et des technologies de drones, illustrant comment le conflit russo-ukrainien s’étend au Sahel. en juillet 2024, des drones liés à l’Ukraine auraient participé à une embuscade meurtrière près de tin zaouatine, poussant le Mali à rompre ses relations diplomatiques avec kyiv.

les émirats arabes unis, malgré leur condamnation officielle des coups d’état au Sahel, apportent discrètement un soutien à certains régimes, dont le Mali. cette implication reflète une stratégie plus large visant à étendre leur influence dans la région, en concurrence avec des acteurs comme l’Algérie et le qatar.

les tensions mondiales, notamment la guerre en Ukraine et les crises au moyen-orient, influencent également le Mali de manière indirecte. la volatilité des marchés énergétiques et des prix des denrées alimentaires aggrave les difficultés économiques du pays, créant de nouvelles opportunités pour les groupes armés et sapant davantage la légitimité de l’État malien.

un avenir incertain pour le Mali

les défis majeurs du Mali — sous-développement économique, insécurité persistante et expansion des groupes armés — restent profondément ancrés. ni les forces armées maliennes ni les partenariats externes du régime n’ont permis d’instaurer une sécurité durable ou d’améliorer significativement les conditions de vie de la population.

la stratégie post-alignement du Mali, bien qu’elle offre une certaine résilience à court terme, comporte des risques importants : dépendance accrue, fragmentation des structures de gouvernance déjà fragiles, et ancrage du pays dans un rôle de théâtre d’interventions externes concurrentes.

sans réformes structurelles significatives, la crise malienne risque de s’aggraver et de se propager aux pays voisins, notamment le long du golfe de Guinée. une stabilité durable ne pourra être atteinte qu’à travers une transformation politique, sociale et économique globale, rétablissant la confiance entre l’État et ses citoyens tout en atténuant les vulnérabilités du pays face aux chocs géopolitiques et économiques externes.