Sud-Kivu : l’engagement militaire burundais sous le feu des questions après des pertes présumées en RDC

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Sud-Kivu : l’engagement militaire burundais sous le feu des questions après des pertes présumées en RDC

Fizi — Alors que les affrontements reprennent en intensité dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, des informations émanant de sources locales signalent des attaques de drones contre des renforts de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) sur le territoire de Fizi. Bien que ces allégations n’aient pas reçu de confirmation officielle, elles surviennent dans un contexte où les FARDC, la FDNB et les miliciens Wazalendo auraient récemment subi des revers face aux combattants Twirwaneho, qui seraient alliés à l’AFC/M23 selon diverses sources. Ces événements ravivent les interrogations sur le coût humain de l’intervention militaire burundaise en République démocratique du Congo, où plus de 29 000 soldats ont été déployés entre août 2022 et décembre 2025.

Des informateurs locaux dans la région de Fizi, au Sud-Kivu, rapportent que trois véhicules transportant des munitions et des militaires burundais auraient été ciblés par des drones à Mulima au cours de la semaine passée.

Selon ces témoignages, plusieurs soldats auraient péri, dont un colonel et un major de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB). Toutefois, aucun bilan officiel n’a été communiqué à ce jour, et ces données n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.

Les mêmes sources indiquent également qu’une embarcation transportant des militaires aurait été bombardée sur les eaux du lac Tanganyika, au large de la péninsule d’Ubwari. Ce navire aurait acheminé des renforts vers les zones de Baraka, Fizi et les hauts plateaux de Minembwe.

Ces renforts étaient, d’après les récits recueillis, destinés à soutenir les positions des FARDC, de la FDNB et des miliciens Wazalendo, suite à la perte de plusieurs localités telles que Point Zéro, Kakenge, Rubemba, Mikenge et Kalongi, imputée par ces sources aux combattants Twirwaneho, alliés à l’AFC/M23.

Recul sur le terrain

Toujours selon des sources locales, des unités des FARDC et de la FDNB se seraient retirées des secteurs de Rugezi, Kakenge et Point Zéro pour se replier vers Mukera. D’autres éléments auraient progressé en direction de Misisi, sur la route de la province du Tanganyika, dans le sud-est de la RDC.

Après plusieurs jours d’intenses combats, un calme relatif serait désormais observé dans la région de Minembwe. Des résidents déplacés auraient commencé à retourner dans leurs villages. Sur les plateformes numériques, des membres de la communauté Banyamulenge ont diffusé des images qu’ils présentent comme le signe d’une reprise progressive de l’activité dans certaines localités désormais sous le contrôle de Twirwaneho/AFC-M23. La vérification indépendante de ces images n’a pas été possible.

Arrivée des premiers militaires burundais à l’aéroport de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, à l’est de la RDC. Ce site stratégique a été repris par les rebelles du M23 en janvier 2025.

Une guerre qui coûte cher à la FDNB

Le bilan exact des militaires burundais décédés lors des combats de la semaine écoulée reste inconnu. Néanmoins, ces informations rappellent les pertes déjà subies par la FDNB depuis le début de son déploiement dans l’est de la RDC.

Avant la chute de Goma, capitale du Nord-Kivu, plusieurs soldats burundais avaient perdu la vie, dont un major, alors le gradé burundais le plus élevé à avoir été tué sur ce théâtre d’opérations.

En décembre 2025, lors des affrontements dans la plaine de la Rusizi, au Sud-Kivu, la FDNB avait enregistré la perte d’un colonel, le plus haut gradé burundais tombé au combat depuis le commencement de l’intervention militaire au Congo.

Après le retrait de l’AFC/M23 d’Uvira et de la plaine de la Rusizi, un recul obtenu en partie grâce aux pressions diplomatiques américaines, les autorités burundaises avaient procédé à de nouveaux redéploiements afin de renforcer les unités toujours engagées sur le front.

Depuis février dernier, la FDNB, les FARDC et les miliciens Wazalendo avaient également bénéficié d’importants renforts humains et matériels, ce qui leur avait permis de contenir pendant plusieurs mois les offensives de Twirwaneho et de l’AFC/M23. Les événements rapportés cette semaine pourraient toutefois indiquer un changement dans le rapport de force dans cette partie du Sud-Kivu.

Le général-major Ignace Sibomana, responsable de la Force de réserve et d’appui au développement (FRAD), et le colonel Grégoire Rivuzimana, aide de camp du chef d’état-major général de l’armée burundaise, le général Prime Niyongabo, lors d’une opération de sécurisation des déplacements d’officiels congolais dans le Sud-Kivu, en septembre 2025.

Plus de 29 000 soldats déployés

Selon un document interne du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité, plus de 29 000 militaires burundais ont été déployés dans l’est de la RDC entre août 2022 et décembre 2025, conformément à un accord militaire entre Kinshasa et Gitega.

Le président burundais Évariste Ndayishimiye a, à plusieurs reprises, défendu cette intervention. Il a notamment affirmé qu’il était « normal » que des militaires burundais perdent la vie en RDC, ayant choisi cette profession. Il a également expliqué que le Burundi appliquait un proverbe kirundi prônant l’aide au voisin pour éteindre l’incendie de sa maison avant que le feu ne se propage.

Une guerre régionale aux multiples acteurs

L’armée burundaise opère aux côtés des FARDC et des miliciens Wazalendo contre l’AFC/M23. Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir cette coalition politico-militaire, une allégation que Kigali rejette. Un rapport d’experts des Nations unies, publié en décembre 2025, faisait néanmoins état de la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés de l’AFC/M23.

Le Rwanda, de son côté, accuse la RDC et le Burundi de collaborer avec les FDLR, un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont soupçonnés d’avoir pris part au génocide des Tutsis en 1994. Les autorités congolaises réfutent cette accusation, tandis que Gitega estime que Kigali utilise la question des FDLR pour justifier son implication dans l’est de la RDC.

Au moment de la rédaction de cet article, ni les FARDC, ni la FDNB, ni les dirigeants de l’AFC/M23 n’avaient commenté les informations concernant des frappes de drones contre des renforts burundais dans le territoire de Fizi.

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