Tchad : quand l’art de diriger se résume au chaos

Écrit par

dans

Tchad : quand l’art de diriger se résume au chaos

Depuis près de quatre décennies, le schéma se répète sans jamais varier. Les décors se transforment, les figures providentielles s’enchaînent de père en fils, mais le sang qui coule quotidiennement conserve une teinte immuable : celle de l’échec cuisant. Dans ce pays, on ne désamorce pas les tensions entre communautés, on les orchestres. On mise sur le grondement des moteurs d’avions et les cortèges poussiéreux qui enveloppent les villages et aveuglent les populations plutôt que de compter sur une justice impartiale et efficace. Voici le portrait d’un système politique défaillant, méthodiquement entretenu.

Tchad : quand l'art de diriger se résume au chaos

Le théâtre des conflits : une stratégie de gouvernance

Dès qu’un différend éclate pour une ressource aussi vitale qu’un puits ou un pâturage, la réponse de l’État prend des allures de mise en scène. Des délégations ministérielles, des médiations solennelles et des discours empreints de bienveillance se succèdent. Pourtant, une fois dissipée la poussière soulevée par les 4×4, que reste-t-il ? Des promesses évanouies et des communautés toujours aussi vulnérables. Ce théâtre politique a un coût exorbitant : le budget d’une seule mission présidentielle ou d’une opération de pacification spectaculaire suffirait à creuser des centaines de puits modernes, rendant l’accès à l’eau potable universel. Mais instaurer des infrastructures durables reviendrait à priver les dirigeants de leur rôle de sauveur. Le peuple, privé de solutions pérennes, reste dépendant de l’interventionnisme intermittent des autorités.

Une justice sacrifiée sur l’autel du pouvoir

Tandis que dans d’autres nations, les dirigeants évitent de se mêler des querelles locales non par mépris, mais parce que les institutions fonctionnent, au Tchad, le pouvoir politique a délibérément affaibli le système judiciaire. Une justice forte représenterait une menace pour un régime fondé sur l’arbitraire. En maintenant les tribunaux sous contrôle, l’État pousse les citoyens à régler leurs différends par la force plutôt que par le droit. Mourir pour une ressource en 2026 n’est ni une malédiction divine ni une tradition immuable : c’est le fruit direct d’un vide institutionnel savamment entretenu. L’échec politique est ici patent, car il privilégie la gestion des crises à la construction d’une nation stable et unie.