Tchad : une révision constitutionnelle met en péril la démocratie et l’état de droit

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une menace majeure pour les institutions démocratiques

La récente révision de la constitution du Tchad, supprimant la limitation du nombre de mandats présidentiels, représente un recul alarmant pour l’état de droit et la démocratie, selon les analystes. Cette modification constitutionnelle, adoptée en octobre 2025 par le Parlement dominé par le Mouvement patriotique du salut (MPS), ouvre la voie à un maintien indéfini au pouvoir du président Mahamat Idriss Déby, déjà en fonction depuis 2021. Cette décision affaiblit les espoirs d’un changement politique conforme aux normes internationales, notamment en matière de droit de vote et de participation citoyenne.

des conséquences graves pour les libertés politiques

« En supprimant la limite des mandats, les autorités tchadiennes ont détruit un rempart essentiel contre l’autoritarisme », déclare Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch. Cette réforme, accélérée par une approbation parlementaire massive, prolonge également la durée de chaque mandat de cinq à sept ans. Certains députés de l’opposition ont boycotté le vote, dénonçant un processus anticonstitutionnel et illégitime.

Le gouvernement justifie ces amendements en les qualifiant de « techniques », mais leur principal effet est de légaliser un règne potentiellement illimité pour Mahamat Idriss Déby, fils de l’ancien président Idriss Déby Itno, qui a dirigé le pays pendant trois décennies. Cette réforme supprime un contrôle constitutionnel crucial, garantissant traditionnellement le transfert pacifique du pouvoir et empêchant la domination d’un seul parti ou individu.

un recul démocratique en Afrique centrale

Cette modification s’inscrit dans une tendance inquiétante en Afrique centrale, où plusieurs gouvernements modifient leurs constitutions pour consolider leur pouvoir. Ces pratiques, souvent qualifiées de « coups d’État constitutionnels », contredisent la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, à laquelle le Tchad est partie. Cette charte interdit explicitement les amendements constitutionnels visant à contourner les principes d’alternance démocratique.

Le Tchad, où l’opposition et la société civile subissent déjà des pressions constantes, voit son paysage politique encore plus verrouillé par cette réforme. Les élections de 2021, précédées de violences contre les manifestants pacifiques, illustrent la répression systématique des voix dissidentes. Après la mort d’Idriss Déby Itno, l’armée, dirigée par son fils, a pris le contrôle du pays, promettant une transition démocratique avant de renforcer son emprise autoritaire.

une transition militaire détournée

Selon la constitution de 2018, en cas de décès du président, le président de l’Assemblée nationale devait assurer une transition temporaire de 45 à 90 jours avant de nouvelles élections. Pourtant, l’armée a maintenu Mahamat Idriss Déby au pouvoir, prolongeant un cycle d’autoritarisme. Les violences d’octobre 2022, lors desquelles des manifestants ont été tués et des centaines arrêtés, ont marqué un tournant dans la répression des revendications démocratiques.

la répression des opposants politiques

Le dirigeant de l’opposition Succès Masra, ancien Premier ministre, a été arrêté en mai 2025 et condamné à 20 ans de prison pour des accusations jugées politiques. Cette condamnation, issue d’un procès à caractère partisan, illustre la stratégie du régime pour museler toute contestation. Malgré les appels internationaux, Succès Masra reste incarcéré dans des conditions dénoncées comme inhumaines.

l’historique des manipulations constitutionnelles

Cette n’est pas la première fois que le Tchad supprime la limitation des mandats. Idriss Déby Itno avait déjà aboli cette restriction en 2005, lui permettant de rester au pouvoir jusqu’à sa mort. En 2018, une limite de deux mandats avait été rétablie, mais avec une durée allongée à six ans. Son fils, Mahamat Idriss Déby, vient à nouveau de supprimer cette limite, confirmant l’utilisation des réformes constitutionnelles comme outil de maintien au pouvoir.

Les autorités tchadiennes sont appelées à rétablir la limitation des mandats présidentiels et à garantir un processus de réforme constitutionnelle transparent et inclusif. Les dirigeants de l’opposition, qui ont boycotté le vote, réclament un référendum pour légitimer ces changements. Un référendum similaire avait été organisé en 2023 pour mettre fin au régime militaire, mais les promesses de démocratisation restent lettre morte.

Les organisations de défense des droits humains exigent également la fin des poursuites politiques, la libération des opposants comme Succès Masra, et le respect des libertés fondamentales. « La répression est désormais institutionnalisée au Tchad, et la Constitution elle-même est réécrite pour restreindre davantage les droits des citoyens », alerte Lewis Mudge.

Sans mécanisme crédible de transition démocratique, les institutions comme le Parlement, la justice et les médias perdent leur capacité à contrôler l’exécutif, plongeant le pays dans une spirale autoritaire.