Tension Bénin Niger : toumba exige des garanties à wadagni avant son investiture

Écrit par

dans

manifestation de supporters du coup d'État à Niamey, au Niger

Le général Mohamed Toumba, ministre nigérien de l’Intérieur, a récemment livré une longue interview de deux heures et demie sur les ondes de la télévision publique du Niger. Parmi les sujets abordés, les tensions persistantes entre Niamey et Cotonou occupent une place centrale, à l’approche de l’investiture de Romuald Wadagni, successeur de Patrice Talon à la présidence du Bénin.

Des accusations lourdes contre le Bénin et la France

Lors de cet entretien, le haut responsable de la junte nigérienne a exprimé des critiques acerbes envers les autorités béninoises et françaises. Mohamed Toumba a notamment affirmé que « Patrice Talon n’était pas le problème, le vrai problème, c’est Emmanuel Macron ». Selon lui, l’ancien président béninois aurait servi d’intermédiaire à la France, permettant à celle-ci de s’installer sur le territoire du Bénin pour mener des actions hostiles contre le Niger.

Le général a ainsi exigé de Romuald Wadagni des « gages de bonne volonté » avant même son installation officielle. Il a demandé au futur président béninois de « clarifier publiquement que le Bénin n’a aucun lien avec les intérêts français » et de « cesser de faciliter la présence française sur son sol, utilisée pour agresser ses voisins ».

Patrice Talon n’était pas le problème, le vrai problème, c’est Emmanuel Macron.

Une dégradation progressive des relations depuis le coup d’État

Les tensions entre le Bénin et le Niger ne sont pas nouvelles. Elles se sont intensifiées depuis le renversement du président élu Mohamed Bazoum par la junte militaire dirigée par le général Abdourahamane Tiani en juillet 2023. Plusieurs incidents ont marqué cette période, notamment l’attaque contre l’aéroport international de Niamey et la base militaire 101, où se trouve un contingent russe de l’Africa Corps.

Le général Tiani avait alors lancé un avertissement sans équivoque aux dirigeants français, ivoiriens et béninois, les accusant de soutenir des mercenaires responsables de cette attaque, revendiquée par l’État islamique. Ses déclarations avaient été suivies d’une escalade verbale, avec des propos menaçants envers ces pays.

Romuald Wadagni entre apaisement et prudence

Face à ces critiques, Romuald Wadagni, élu avec 94 % des voix lors de la présidentielle du 12 avril, a adopté un discours plus conciliant. Dans un entretien accordé à la presse, il a exprimé sa conviction que « les pays de la région doivent dialoguer pour surmonter leurs défis communs », évoquant notamment la sécurité, la pauvreté et le chômage des jeunes.

Il a également souligné l’importance d’une coopération sécuritaire renforcée avec le Niger et le Burkina Faso, tout en reconnaissant que les relations actuelles ne sont pas encore optimales. Malgré ces déclarations d’ouverture, les propos du général Toumba montrent que Niamey reste méfiant quant à l’évolution des relations bilatérales.

Alors que l’investiture de Romuald Wadagni est prévue pour le 24 mai, la question de savoir si le Bénin parviendra à rassurer le Niger et à apaiser les tensions reste entière.