Après un parcours administratif semé d’embûches, l’United Bank for Africa (UBA), fleuron nigérian du secteur bancaire, s’apprête enfin à obtenir sa licence bancaire complète en France. Une avancée majeure qui marque l’aboutissement d’un projet ambitieux, lancé il y a plus d’un an et demi lors d’un accord historique entre les autorités françaises et nigérianes.
L’ACPR, régulateur français des banques, devrait officialiser dans les prochains jours l’homologation de l’UBA en tant qu’établissement de crédit de plein exercice. Cette décision couronne des mois de négociations discrètes mais intenses, où diplomatie et rigueur réglementaire se sont entremêlées pour concrétiser cette ambition. Un feu vert attendu depuis longtemps par le groupe dirigé par Tony Elumelu, entrepreneur nigérian de renom.
Un engagement diplomatique au plus haut niveau
L’obtention de cette licence n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’un alignement stratégique entre Paris et Abuja. Dès 2023, lors d’un sommet économique à Nairobi, les discussions autour du dossier UBA avaient été relancées en présence de hauts responsables des deux pays. Les échanges, notamment au sein du France-Nigeria Business Council, avaient souligné l’importance de lever les derniers obstacles administratifs pour permettre à la banque de s’installer durablement en France.
« Ce n’est plus une question de volonté, mais de synchronisation entre les exigences européennes et les ambitions régionales d’UBA », explique un observateur impliqué dans les pourparlers. Une série de réunions bilatérales, organisées en marge des sommets internationaux, a finalement permis de débloquer la situation, démontrant l’efficacité d’une approche proactive.
Paris, nouvelle plaque tournante de la finance nigériane en Europe
Avec cette licence, l’UBA rejoint un trio de banques nigérianes déjà implantées en France : Access Bank et Zenith Bank. Ces établissements, qui ont obtenu leur agrément en 2023 et 2024 respectivement, ont déjà commencé à structurer un écosystème financier dédié au commerce transfrontalier entre l’Europe et l’Afrique francophone. L’arrivée d’UBA en tant que banque commerciale de plein exercice renforce cette dynamique, offrant aux entreprises européennes et africaines un accès facilité aux services bancaires transcontinentaux.
Parmi les acteurs clés de cette transformation, on retrouve des figures comme Justin Maria, à la tête de la succursale d’Access Bank en France, ou encore Rabah Rahmani, qui dirige celle de Zenith Bank après une carrière à la Société Générale. Ces profils expérimentés incarnent la professionnalisation croissante du secteur bancaire nigérian en Europe.
Un calendrier politique bien orchestré
L’actualité de l’UBA s’inscrit dans un contexte politique chargé. Tony Elumelu, actuel président du conseil d’administration, doit céder sa place à Emmanuel Nnorom dès le 21 août. Une transition qui coïncide avec une étape symbolique : l’annonce officielle de l’ouverture de la succursale parisienne de l’UBA, prévue lors de la visite d’État du président français Emmanuel Macron au Nigeria, les 29 et 30 octobre prochains.
Le lien entre les deux hommes s’est renforcé ces derniers mois, notamment lorsque Macron a confié à Elumelu la présidence de l’Africa France Impact Coalition, une initiative visant à dynamiser les partenariats économiques entre l’Afrique et la France. Une synergie qui dépasse le cadre bancaire pour s’inscrire dans une vision plus large de coopération stratégique.
Heirs Holdings : une stratégie d’expansion mondiale
Pour UBA, cette homologation en France n’est qu’une étape dans une stratégie d’expansion bien plus vaste. Le groupe fait partie du conglomérat Heirs Holdings, un empire diversifié dirigé par Tony Elumelu, allant de l’énergie à l’hôtellerie de luxe. Parallèlement à son ancrage parisien, United Capital, la branche financière de Heirs Holdings, multiplie les implantations en Afrique, notamment en Éthiopie et au Rwanda, confirmant l’ambition du groupe de devenir un acteur clé des échanges économiques entre l’Afrique et le reste du monde.
En s’implantant au cœur de la zone euro, UBA ne se contente pas de répondre aux besoins des entreprises françaises souhaitant investir en Afrique de l’Ouest. Elle se positionne également comme un pont essentiel pour les acteurs africains cherchant à conquérir les marchés européens. Une initiative qui pourrait redéfinir les flux financiers entre les deux continents, tout en renforçant le rôle de Paris comme hub financier africain en Europe.
