Auteur/autrice : nigeractu

  • Femmes maliennes piégées par l’orpaillage artisanal : quand la survie tue

    Femmes maliennes piégées par l’orpaillage artisanal : quand la survie tue

    femmes travaillant dans une mine artisanale au Mali

    L’éboulement survenu à Kéniéty, dans le cercle de Kéniéba, a emporté six femmes, dont deux mères de famille, le 9 janvier 2026. Cette tragédie révèle une réalité glaçante : la pauvreté extrême pousse des femmes à risquer leur vie chaque jour pour subvenir aux besoins de leur foyer.

    Des mères de famille condamnées par la misère

    Dans les mines artisanales du Mali, les femmes n’ont d’autre choix que de travailler dans des conditions extrêmes. Leur combat quotidien pour nourrir leurs enfants les expose à des dangers mortels. Dans la région de Kayes, certaines d’entre elles passent plus de 12 heures sous un soleil accablant pour extraire quelques grammes d’or.

    Les zones de travail qui leur sont attribuées sont souvent les plus instables. Reléguées dans des galeries abandonnées ou des fosses fragilisées, elles doivent braver des parois instables, jugées trop risquées par les autres orpailleurs. Ces sites, qualifiés de « résiduels », deviennent leurs tombes dès que la terre s’effondre sous leur poids.

    Une spirale de risques et d’exploitation

    Les dangers ne se limitent pas aux effondrements. Les femmes manipulent des substances toxiques, comme le mercure, sans aucune protection. Elles subissent également des violences et des exploitations sur les sites miniers, aggravant leur précarité. L’éboulement de Kéniéty, où six femmes ont perdu la vie, illustre tragiquement cette situation.

    En grattant les parois d’une ancienne mine chinoise, ces mères de famille ont été surprises par un effondrement soudain. Malgré l’intervention rapide des secours, la terre a eu raison de leur fragile espoir.

    Vers une solution durable pour briser ce cycle

    Pour les habitants de Dialafara, la sécurité après l’exploitation minière est devenue une priorité. Les sociétés minières, en quittant les sites sans les sécuriser, laissent des cratères dangereux où les populations pauvres s’engouffrent. Le remblayage des anciennes mines est désormais une demande pressante pour éviter de nouvelles tragédies.

    Au-delà de la sécurisation des sites, il est essentiel d’offrir aux femmes des alternatives économiques viables. Les autorités sont appelées à renforcer leurs actions sociales pour les orienter vers des activités génératrices de revenus. Sans une solution concrète, la pauvreté continuera de sacrifier des vies humaines dans les entrailles de la terre malienne.

  • Corruption au Mali : l’impact dévastateur des petits cadeaux sur la société

    Corruption au Mali : l’impact dévastateur des petits cadeaux sur la société

    Au Mali, les expressions comme « bonya » (respect), « woro songo » (prix de la cola) ou « buru songo » (prix du pain) ne servent pas uniquement à désigner des cadeaux anodins. Elles symbolisent bien souvent des pots-de-vin, des faveurs indues ou des avantages personnels qui s’insinuent dans le quotidien des citoyens et des institutions. Une pratique qui, bien que répandue, reste un fléau aux conséquences dramatiques pour la société malienne.

    Qu’est-ce que la corruption et pourquoi est-elle si ancrée au Mali ?

    Selon Transparency International, la corruption se définit comme « le détournement à des fins privées d’un pouvoir confié en délégation ». Cette définition s’applique parfaitement à la situation actuelle du Mali, où les petits cadeaux et les avantages personnels sont devenus monnaie courante. Que ce soit dans les services publics, les administrations ou même les relations commerciales, cette pratique s’est normalisée au point d’être perçue comme acceptable, voire nécessaire.

    Myriam, directrice commerciale à Bamako, en témoigne avec amertume : « Chaque fois que je décroche un marché, des agents de l’administration ou de l’entreprise contractante exigent un pourcentage de retour. C’est à prendre ou à laisser. » Une situation qui la pousse à douter de sa capacité à poursuivre son activité dans ces conditions, tant cette extorsion systématique est devenue une norme ancrée dans les mœurs.

    Des pratiques corruptives qui touchent tous les secteurs

    La corruption au Mali ne se limite pas aux grands contrats ou aux hauts fonctionnaires. Elle se manifeste aussi dans des situations du quotidien :

    • Un pot-de-vin pour accélérer une démarche administrative ;
    • Un « cadeau » pour obtenir une note élevée à un examen ;
    • Une faveur accordée grâce à des relations plutôt qu’au mérite ;
    • Des paiements informels pour accéder à des services essentiels comme la santé ou l’éducation.

    Omar Keita, entrepreneur à Bamako, raconte avoir dû débourser 10 000 FCFA à un pompiste pour être servi après une longue attente. Une situation qu’il qualifie de « profondément blessante », mais qui illustre la banalisation de ces pratiques. Avec la pénurie de carburant qui a frappé le pays, ces petits paiements informels sont devenus encore plus fréquents, créant un cercle vicieux où la corruption est perçue comme un mal nécessaire.

    Une corruption qui menace les fondements de la démocratie et de l’économie

    Pour Sibiri Diarra, ancien fonctionnaire international, « les cadeaux, même symboliques, doivent être encadrés pour éviter toute dérive ». Pourtant, au Mali, ces règles sont souvent ignorées, ouvrant la porte à tous les abus. Le manque de sanctions réelles et l’absence de cadre juridique strict renforcent cette tendance, rendant la lutte contre la corruption particulièrement difficile.

    Mohamed Abdellahi Elkhalil, sociologue spécialiste du Sahel, met en garde : « La corruption a infiltré les rouages de la société malienne. Ce n’est pas une question culturelle, mais sociologique. » Selon lui, « l’envie de vivre au-delà de ses moyens » et la précarité économique sont des catalyseurs majeurs de cette pratique. Oumar Korkosse, membre du Réseau des communicateurs traditionnels pour le développement au Mali (Recotrade), ajoute que « la pauvreté et le chômage poussent les citoyens à adopter des comportements corruptifs pour survivre ».

    Face à cette réalité, l’Association Malienne de Lutte contre la Corruption et la Délinquance Financière (AMLCDF) insiste sur la nécessité de construire une conscience citoyenne fondée sur l’éthique et le respect du bien commun. Les initiatives de la société civile, les programmes d’éducation à la citoyenneté et les discours religieux pourraient jouer un rôle clé dans cette prise de conscience.

    Un phénomène endémique aux conséquences désastreuses

    Selon un sondage réalisé en mars 2024 par Afrobaromètre, les juges, les hommes et femmes d’affaires, les fonctionnaires, les agents des impôts, les policiers et les gendarmes sont perçus comme les plus impliqués dans des affaires de corruption. De nombreux citoyens avouent avoir dû verser un pot-de-vin pour accéder à des services publics, notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation et de la police.

    illustration des pratiques de corruption au Mali

    Les résultats de l’Indice de perception de la corruption (IPC) 2024 de Transparency International confirment cette tendance inquiétante. Avec un score de 27/100, le Mali se classe à la 135e position sur 180 pays évalués. En 2025, malgré une légère amélioration (28/100), le pays reste parmi les nations où le secteur public est considéré comme fortement corrompu.

    Le Worldwide Governance Indicators de la Banque mondiale révèle également que le contrôle de la corruption au Mali se situe à -0,86, un score bien en dessous de la moyenne mondiale (-0,04). Cette situation indique une faible capacité des institutions à combattre et contrôler ce fléau.

    Me. Soumaré Boubacar, avocat au Barreau de Bamako, explique cette résignation par un phénomène de « normalisation de la corruption » : « Quand une grande partie de la population doute de l’intégrité des institutions, la corruption devient une stratégie de survie. Puisque tout le monde le fait, pourquoi pas moi ? »

    Vers une prise de conscience collective ?

    Pour briser ce cycle, plusieurs pistes sont évoquées :

    • Renforcer les sanctions contre les auteurs de corruption ;
    • Sensibiliser la population via des programmes d’éducation et des campagnes de communication ;
    • Encourager la transparence dans les administrations et les entreprises ;
    • Impliquer la société civile et les leaders religieux dans la lutte contre ce fléau.

    La corruption au Mali n’est pas une fatalité. Elle peut être combattue, mais cela nécessite une volonté politique forte, une mobilisation citoyenne et une refonte des mentalités. Seule une approche globale, combinant répression et prévention, pourra permettre au pays de se libérer de l’emprise de ce drame social.

  • Malgré les efforts, le Mali peine à réduire la corruption selon l’indice 2024

    Malgré les efforts, le Mali peine à réduire la corruption selon l’indice 2024

    Un score inquiétant pour le Mali dans le dernier classement de la corruption

    Le Mali se classe à la 136e position sur 180 pays dans l’Indice de perception de la corruption (IPC) 2024 publié par Transparency International, avec un score de 28/100. Ce résultat confirme les difficultés persistantes du pays à endiguer ce fléau qui entrave la bonne gouvernance et freine son développement économique.

    Des failles structurelles dans la lutte contre la corruption

    Selon le rapport, les institutions de contrôle au Mali montrent des signes d’affaiblissement, tandis que les marchés publics manquent cruellement de transparence. La gestion opaque des finances publiques alimente une méfiance généralisée envers les autorités, renforçant un climat d’impunité pour les élites dirigeantes.

    Des services publics corrompus et inaccessibles

    L’administration publique malienne est particulièrement touchée. Les citoyens subissent des pratiques de favoritisme ou des pots-de-vin pour accéder à des services essentiels comme la justice, la santé ou l’éducation. Les rapports de l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite (OCLEI) et du Bureau du Vérificateur Général illustrent cette réalité préoccupante.

    Une région africaine particulièrement touchée

    Le Mali n’est pas le seul pays ouest-africain confronté à ce problème. Plusieurs nations de la région affichent des scores médiocres dans l’IPC 2024, en raison d’une gouvernance fragile et de finances publiques opaques.

    • Nigeria (25/100) : premier pays économique de la région, mais miné par le détournement de fonds publics, notamment dans le secteur pétrolier.
    • Burkina Faso (30/100) : malgré une transition politique, le pays reste sous la barre critique de 50/100, symbole d’une administration peu intègre.
    • Ghana (43/100) : l’un des rares pays de la région à afficher une transparence relative, bien que son score soit en légère baisse.

    L’Afrique subsaharienne, une zone particulièrement vulnérable

    Avec un score moyen de 32/100, l’Afrique subsaharienne figure parmi les régions les plus corrompues au monde. Plus des deux tiers des pays africains obtiennent un score inférieur à 50, révélant une incapacité à lutter efficacement contre ce phénomène.

    Transparency International met en garde contre le risque de détournement des fonds climatiques, alors que plusieurs pays africains devraient bénéficier d’aides internationales pour faire face au changement climatique. L’absence de contrôles rigoureux menace de priver les populations vulnérables des ressources nécessaires à leur adaptation.

    • Somalie (11/100)
    • Soudan du Sud (13/100)
    • République centrafricaine (19/100)

    Ces pays, en proie à des conflits prolongés, subissent un effondrement institutionnel aggravant l’impunité.

    Les bons élèves mondiaux en matière de transparence

    À l’inverse, les pays nordiques dominent le classement, avec des scores exceptionnels :

    • Danemark (90/100) : le pays le moins corrompu au monde.
    • Finlande (88/100) et Norvège (87/100) : suivent de près.
    • Canada (75/100) et Allemagne (79/100) : malgré quelques controverses, ces pays maintiennent une bonne gouvernance.

    Les pays les plus corrompus au niveau mondial

    Les dernières places du classement sont occupées par des États en crise, où l’absence de gouvernance stable favorise la corruption à grande échelle :

    • Somalie (11/100)
    • Soudan du Sud (13/100)
    • Syrie (14/100)
    • Venezuela (14/100)
    • Yémen (16/100)

    Ces nations souffrent de guerres civiles, d’un effondrement institutionnel et d’une impunité totale pour les acteurs corrompus.

    Quelles solutions pour le Mali ?

    Transparency International insiste sur la nécessité de renforcer le cadre juridique, d’assurer l’indépendance de la justice et de protéger les lanceurs d’alerte pour lutter efficacement contre la corruption au Mali.

    Sans réformes concrètes, la corruption continuera de fragiliser les institutions, de freiner le développement et d’accentuer la méfiance des citoyens. Une mobilisation nationale et internationale est indispensable pour garantir une croissance économique durable et une stabilité politique au Mali.

  • Burkina Faso : 2025, l’année des transformations sanitaires et de l’accessibilité aux soins

    Burkina Faso : 2025, l’année des transformations sanitaires et de l’accessibilité aux soins

    L’année 2025 s’est imposée comme un moment clé pour le système de santé au Burkina Faso. Malgré un contexte national marqué par des enjeux sécuritaires et économiques importants, le secteur sanitaire a enregistré des progrès remarquables, tant au niveau des infrastructures que des soins spécialisés et de l’accessibilité financière aux services.

    En 2025, pour la toute première fois, le Burkina Faso a réalisé une transplantation rénale sur son propre territoire.

    Cette prouesse chirurgicale, fruit d’une collaboration exemplaire entre les équipes burkinabè et turques au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Tengandogo, constitue un jalon historique dans la prise en charge de l’insuffisance rénale. Elle vise à diminuer significativement le recours aux évacuations sanitaires vers l’étranger, auparavant indispensables pour ce type de pathologie.

    Dans la même dynamique, une autre réussite médicale notable a eu lieu à Kaya, dans la région du Kuilsé. Une équipe dirigée par le neurochirurgien Dr Lassané Taoko, avec l’appui du Dr Fabrice Lompo, anesthésiste-réanimateur, a mené à bien une intervention complexe sur une patiente atteinte d’une tumeur cérébrale. Cette opération illustre le renforcement de l’expertise en chirurgie spécialisée au niveau national.

    Concernant les infrastructures, l’année 2025 a été marquée par l’inauguration du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Pala. Dotée d’équipements de pointe, cette nouvelle structure contribue à améliorer considérablement l’offre de soins spécialisés dans sa zone d’influence.

    À cela s’ajoute l’ouverture du centre d’hémodialyse de Gaoua, une solution concrète face aux besoins croissants des patients souffrant de maladies rénales dans la région du Djôrô.

    De plus, des avancées significatives ont été observées en matière d’accessibilité financière aux soins. Les autorités sanitaires ont mis en œuvre une réduction des coûts pour certains examens médicaux essentiels dans les hôpitaux publics. Ainsi, le tarif du scanner a été divisé par deux, passant de 50 000 FCFA à 25 000 FCFA, et celui de l’IRM a baissé de 60 %, de 100 000 FCFA à 40 000 FCFA.

    Pour l’hémodialyse, la caution de 500 000 FCFA a été purement et simplement supprimée. Ces mesures sociales ont pour objectif d’alléger le fardeau économique des patients et de favoriser une détection plus précoce des affections graves.

    Dans le domaine de la prévention et de la santé publique, les efforts se sont poursuivis. La campagne nationale de chimio-prévention du paludisme saisonnier a atteint la majorité des enfants ciblés (âgés de 3 à 59 mois), contribuant ainsi à une baisse des formes sévères et des décès liés à cette maladie endémique. Parallèlement, la lutte contre la mortalité maternelle et néonatale a été intensifiée grâce à l’implémentation de nouveaux mécanismes de suivi et de gestion des décès évitables.

    L’année 2025 a également été le théâtre de transformations structurelles essentielles, incluant le renforcement des soins de santé primaires, la numérisation graduelle des services de santé communautaire et l’intensification des politiques de prévention, à l’image du durcissement de la réglementation anti-tabac.

    En somme, 2025 représente une année de réalisations tangibles et de progrès remarquables pour le système de santé burkinabè. Si des défis persistent, ces développements témoignent d’un engagement clair à construire un système de santé plus robuste, plus ouvert et davantage orienté vers les besoins des populations.

  • Afrique 2025 : une année de turbulences pour la démocratie

    Afrique 2025 : une année de turbulences pour la démocratie

    Coups d’État, élections contestées et manifestations : une année difficile pour la démocratie en Afrique

    Gros plan sur trois femmes en deuil, bouleversées. Elles pleurent devant un cercueil, invisible sur la photo.

    Les événements troublants survenus en Tanzanie en octobre dernier donnent un aperçu des tensions qui ont jalonné une année complexe pour la politique africaine. Des manifestants ont été tués par la police lors de protestations contre une élection qu’ils jugeaient frauduleuse, un scrutin condamné par les instances régionales et continentales. Cet épisode a terni la réputation de stabilité du pays.

    Avec des opposants emprisonnés ou écartés de la course, la présidente Samia Suluhu Hassan a été réélue avec un score de 98 %. Les progrès vers une démocratie plus inclusive en Tanzanie semblent avoir été balayés. Ce cas illustre une fracture plus large observée dans de nombreux pays africains entre les peuples et leurs gouvernants.

    L’année 2025 a été marquée par des manifestations et des conflits électoraux dans plusieurs nations, tandis que des régimes militaires ont renforcé leur pouvoir dans d’autres. Les analystes prévoient que l’année à venir pourrait connaître encore plus de bouleversements.

    « En observant la situation globale sur le continent, la tendance est inquiétante », affirme Mo Ibrahim, dont la fondation analyse les données pour évaluer la gouvernance en Afrique. Son dernier rapport suggère que les progrès en matière de gouvernance, mesurés par des critères comme la sécurité, la participation citoyenne, la santé et l’éducation, ont ralenti par rapport à la décennie précédant 2022. « La multiplication des coups d’État, le retour des militaires et la restriction de l’espace démocratique pointent tous vers le même problème : un échec de la gouvernance. »

    L’augmentation du coût de la vie a souvent été l’étincelle qui a allumé le feu du mécontentement. Bien que ce phénomène ne soit pas exclusif au continent, M. Ibrahim souligne que « le risque pour l’Afrique est que ces tendances négatives se propagent sans contrôle, anéantissant une grande partie des progrès durement acquis ces dernières décennies ».

    Un groupe de personnes brandit une image géante de la tête de Lazarus Chakwera qui a été arrachée d'un panneau d'affichage.

    Pour les partisans de la démocratie, 2025 a tout de même offert quelques lueurs d’espoir, avec des transferts de pouvoir pacifiques et des élections jugées libres. Au Malawi, l’ancien président Peter Mutharika a regagné le pouvoir après un passage dans l’opposition. Aux Seychelles, le parti United Seychelles, longtemps au pouvoir, a fait son retour cinq ans après sa défaite électorale. Dans les deux cas, les dirigeants sortants ont payé leur incapacité perçue à gérer l’inflation.

    Ces résultats s’inscrivent dans la lignée de revers subis par les partis au pouvoir en 2024. En Afrique du Sud, l’African National Congress a perdu sa majorité absolue pour la première fois depuis 1994, formant une coalition avec son principal rival. Au Sénégal, la mobilisation populaire et des décisions de justice ont contrecarré les tentatives du président de prolonger son mandat, menant à l’élection d’un candidat peu connu après l’invalidation du principal leader de l’opposition.

    Cependant, les analystes mettent en avant des évolutions inverses ailleurs, témoignant d’une remise en question de la démocratie sur le continent. La consolidation du pouvoir par les régimes militaires dans la région du Sahel en est l’exemple le plus frappant. Le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont quitté la CEDEAO pour créer une nouvelle alliance de gouvernements issus de coups d’État. L’actualité au Niger et dans les pays voisins illustre cette tendance de la politique nigérienne et sahélienne.

    Là où la démocratie subsiste, la démographie est un facteur de tension. L’Afrique est le continent le plus jeune, mais ses dirigeants sont les plus âgés du monde. Les réseaux sociaux informent une jeunesse qui exige de plus en plus d’être entendue. Au Cameroun, où l’âge moyen est d’à peine 18 ans, le président Paul Biya, à 92 ans, a consolidé son pouvoir. En poste depuis 43 ans, il a prêté serment pour un huitième mandat, ce qui pourrait le maintenir au pouvoir jusqu’à près de 100 ans. Son élection en octobre, jugée ni libre ni équitable par ses détracteurs, a provoqué des jours de manifestations, signe d’une jeunesse prête à défier ouvertement le dirigeant.

    Un groupe de manifestants, dont certains brandissent une banderole « Génération Z », lèvent les poings en l'air.

    Si les manifestations au Cameroun et en Tanzanie n’ont pas entraîné de changements immédiats, l’année 2025 a montré comment l’action directe peut porter ses fruits. En septembre, à Madagascar, des semaines de manifestations menées par des jeunes contre la mauvaise qualité des services publics ont forcé le président Andry Rajoelina à renvoyer son gouvernement. Face à la poursuite des protestations, Rajoelina a été renversé par un coup d’État en octobre, et l’armée a installé l’ancien officier Michael Randrianirina comme président par intérim.

    Bien que les coups d’État militaires représentent un recul démocratique, ils peuvent rappeler aux dirigeants civils la nécessité d’écouter leur électorat. De nombreux analystes pensent que les manifestations deviendront un élément de plus en plus central de la politique africaine.

    « Nous assistons à de nombreuses manifestations », explique Nerima Wako, directrice de Saisa, une organisation kényane. « Ce n’est pas la meilleure façon d’obtenir des changements, mais c’est souvent la seule. » Elle ajoute : « Les contrats sociaux se brisent. Partout en Afrique, les jeunes exigent l’accès à la santé, à l’eau, à des opportunités. »

    Un grand incendie près d'un arbre tombé.

    Pour Adem Abebe, de l’Institut international pour la démocratie, cette désillusion est cruciale. « Les gens sont de plus en plus en colère face à l’érosion des libertés et au manque de services publics. » Il souligne également le rôle de la géopolitique, qui offre aux gouvernements du continent une plus grande marge de manœuvre vers l’autoritarisme. Les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, privilégient des relations transactionnelles. « Les partenaires démocratiques traditionnels se retirent, et les gouvernements africains ont désormais le choix, avec des alternatives comme la Chine ou la Russie, ce qui leur permet de poursuivre leurs objectifs sans craindre les critiques. »

    L’avenir de la gouvernance africaine est incertain. Fin 2025, un coup d’État en Guinée-Bissau a porté à huit le nombre de pays du continent dirigés par des militaires. Une tentative de putsch au Bénin a cependant déclenché une réaction rapide de la CEDEAO, suggérant une possible défense plus ferme de la démocratie en Afrique de l’Ouest.

    Un nuage de gaz lacrymogène dessine la silhouette d'un groupe de personnes qui tentent de courir sur un sol poussiéreux pour échapper à la fumée.

    Début janvier, des élections auront lieu en Ouganda, dirigé depuis 40 ans par Yoweri Museveni, 81 ans. Pour Mo Ibrahim, la question clé est la réponse des gouvernements aux aspirations de la jeunesse. « Si nous les écoutons et investissons en eux, les années à venir pourraient marquer un tournant pour le continent. »

    « Nous sommes en crise », conclut Mme Wako. « Nous sommes entrés dans une nouvelle ère dans les relations entre les peuples et le pouvoir. Les gouvernements qui le comprendront rapidement survivront. »

  • Ouagadougou : la DGSV déclenche une opération majeure pour la sécurité des produits aviaires

    Ouagadougou : la DGSV déclenche une opération majeure pour la sécurité des produits aviaires

    La Direction Générale des Services Vétérinaires (DGSV) a initié une vaste opération de contrôle à Ouagadougou ce lundi 29 décembre 2025, ciblant spécifiquement la commercialisation de volailles illégales. Avec le soutien stratégique de la Gendarmerie nationale, pas moins de onze équipes ont été mobilisées sur le terrain pour passer au crible les points de vente, assurant ainsi la sécurité alimentaire des citoyens et la protection de leur santé.

    Alors que les festivités de fin d’année approchent, les autorités du Burkina Faso accentuent leur vigilance sur les marchés. L’ambition première est d’éradiquer la présence de produits aviaires importés frauduleusement, qui ne respectent pas les normes sanitaires strictes et mettent en péril la santé publique.

    Les agents de la DGSV, accompagnés de la Gendarmerie nationale, inspectant un point de vente de volailles à Ouagadougou

    Dr Timothée Bationo, qui dirige le service de l’inspection et de la santé publique vétérinaire au sein de la DGSV, a souligné que cette démarche s’inscrit dans un cadre réglementaire rigoureux.

    Il a précisé que « depuis la période 2015-2017, des dispositions légales prohibent formellement l’introduction de poulets et d’autres produits aviaires provenant de nations touchées par des épidémies ». L’objectif principal de cette interdiction est de contrecarrer l’arrivée de la grippe aviaire, une pathologie qui a malheureusement affecté le territoire burkinabè à diverses reprises par le passé.

    Saisie de produits aviaires importés sans certificat sanitaire

    L’expert a insisté sur le danger inhérent à l’absence de certificat vétérinaire pour ces marchandises. Sans ce précieux sésame, aucune garantie ne peut être donnée quant à la salubrité de la viande pour la consommation. « Tout produit aviaire qui a pénétré le territoire burkinabè sans les attestations requises est, par définition, une importation illégale », a affirmé le Dr Bationo, insistant sur la gravité de la situation.

    La complexité des contrôles est accentuée par les ruses des importateurs clandestins. Ces derniers ont recours à des stratégies de dissimulation ingénieuses, dissimulant par exemple les cargaisons de poulets au milieu de camions censés transporter du poisson. Cette méthode rend l’identification des marchandises frauduleuses particulièrement ardue pour les inspecteurs lors des opérations de déchargement.

    Le Dr Timothée Bationo, Chef de service à la DGSV, expliquant les risques liés à l’importation illégale de poulets

    Au-delà de la stricte question sanitaire, cette campagne vise à sauvegarder l’économie locale. Le marché burkinabè subit en effet une pression constante de ces produits frauduleux, générant une concurrence inéquitable pour les éleveurs nationaux. Le responsable de la DGSV a affirmé : « Nous avons activement soutenu la production avicole locale afin que nos concitoyens puissent profiter de produits du terroir. En régulant et en assainissant le marché, l’État offre aux producteurs locaux de meilleures perspectives pour commercialiser leurs volailles ».

    Les équipes de contrôle saisissent les produits importés sans autorisation ni document sanitaire

    Les autorités lancent un appel pressant à la responsabilité des commerçants. Il est formellement stipulé que toute marchandise saisie sans les attestations sanitaires obligatoires sera irrévocablement détruite. De plus, les infractions commises exposent les responsables à des poursuites judiciaires rigoureuses, pouvant entraîner de lourdes amendes et des peines d’emprisonnement.

    La Direction Générale des Services Vétérinaires (DGSV) a confirmé que cette vigilance renforcée se maintiendra sans relâche tout au long de la période des fêtes, avec pour mission d’assurer à chaque consommateur l’accès à des produits avicoles de qualité et sans risque.

    Lire également ⇒Ouagadougou : La DGSV désinfecte les marchés de volaille pour des fêtes sécurisées

    Akim KY

    Burkina 24

  • Le Mali face à une propagation alarmante de la diphtérie dans un contexte humanitaire tendu

    Le Mali face à une propagation alarmante de la diphtérie dans un contexte humanitaire tendu

    Le Mali est aux prises avec une résurgence préoccupante de la diphtérie depuis la mi-septembre. Cette maladie, pourtant évitable par la vaccination, trouve un terrain propice à sa propagation dans un système de santé affaibli, des manques persistants de ressources et un accès humanitaire de plus en plus complexe.

    Au début du mois de décembre, les données officielles faisaient état de plus de 530 cas de diphtérie et d’une trentaine de décès. Cependant, les Nations Unies alertent sur une possible sous-estimation significative de ces chiffres, suggérant que l’ampleur réelle de l’épidémie est vraisemblablement bien supérieure.

    Les zones les plus durement touchées, affichant les taux de mortalité les plus élevés, se situent dans les régions centrales de Mopti et Ségou, ainsi qu’à Tombouctou, au nord-ouest du pays. Ces territoires sont déjà gravement affectés par l’insécurité, les entraves aux déplacements et la dégradation des services essentiels. La diffusion de la maladie y est exacerbée par une carence en vaccins et un accès insuffisant aux soins médicaux, des problématiques amplifiées par les mouvements de populations et une instabilité chronique.

    Un million de dollars pour une réponse immédiate

    Devant cette situation critique, Tom Fletcher, le responsable des opérations d’urgence des Nations Unies, a alloué un million de dollars provenant du Fonds central d’intervention d’urgence des Nations Unies (CERF). Ce financement vise à soutenir une action sanitaire prompte. Grâce à cette aide, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pourra déployer des unités médicales d’urgence, distribuer des antibiotiques et des antitoxines, intensifier les mesures de prévention des infections, améliorer la gestion des cas, assurer le traçage des contacts et sensibiliser activement les populations locales.

    Cependant, cette riposte sanitaire se heurte à des obstacles majeurs : l’accès pour les acteurs humanitaires au Mali devient de plus en plus difficile. Dans de nombreuses zones du centre et du nord du pays, le manque de carburant, les limitations de déplacement et l’insécurité ont fortement ralenti les opérations sur le terrain ces dernières semaines. Les capacités d’intervention des cliniques mobiles sont limitées, les circuits d’approvisionnement sont sous tension, et les communautés les plus reculées demeurent privées d’accès aux services de santé.

    Cette recrudescence de la diphtérie s’inscrit donc dans une crise humanitaire de grande ampleur. Dans un pays où plus du quart de la population a besoin d’aide, cette épidémie met en lumière, de manière poignante, la fragilité des infrastructures étatiques.

  • Réforme des tarifs médicaux au Burkina Faso : une révolution pour l’accès aux soins

    Réforme des tarifs médicaux au Burkina Faso : une révolution pour l’accès aux soins

    Une barrière financière enfin levée pour des milliers de Burkinabè

    Accéder à des soins vitaux sans s’endetter : pendant des années, cette équation semblait impossible pour de nombreux Burkinabè. Pourtant, depuis mars 2024, une réforme audacieuse a transformé cette réalité.

    En abaissant drastiquement les coûts de plusieurs examens médicaux et en supprimant la caution exigée pour les séances de dialyse dans les hôpitaux publics, l’État burkinabè a franchi un pas décisif. Désormais, l’accès aux soins n’est plus réservé à une élite, mais s’ouvre à toutes les couches sociales.

    Des témoignages qui parlent d’espoir

    Dans les couloirs bondés du Centre hospitalier universitaire de Bogodogo, à Ouagadougou, l’émotion est palpable. Madi Diallo, dont la sœur a succombé faute de moyens pour payer une caution de 500 000 F CFA, partage un soulagement teinté de regret : « Cette mesure arrive trop tard pour ma famille, mais elle sauvera d’autres vies. »

    Un autre patient, confronté à une insuffisance rénale, explique : « Avant, chaque séance de dialyse coûtait une fortune. Aujourd’hui, je n’ai plus à avancer de caution. C’est une bouffée d’oxygène. » Ces récits illustrent l’impact concret des nouvelles dispositions.

    Des tarifs divisés par deux pour les examens coûteux

    Le ministre de la Santé, le Dr Robert Lucien Jean Claude Kargougou, a détaillé les changements majeurs :

    • Le prix d’un scanner est passé de 50 000 à 25 000 F CFA ;
    • Celui d’une IRM est tombé de 100 000 à 40 000 F CFA ;
    • La caution pour la dialyse a été supprimée.

    Ces ajustements tarifaires s’appliquent dans tous les établissements publics du pays, offrant une accessibilité inédite aux diagnostics et aux traitements spécialisés.

    Une réforme qui change la donne sur le terrain

    À Ziniaré, au Centre hospitalier régional, la baisse des tarifs a permis de réduire les évacuations vers la capitale. Le directeur de l’établissement souligne : « Les examens sont désormais réalisés sur place, ce qui évite des déplacements longs et coûteux. »

    À Bobo-Dioulasso, au Centre hospitalier universitaire Sourou Sanou, les patients profitent aussi de ces mesures. Élie Ouattara, venu acheter des produits médicaux, témoigne : « Les prix sont bien plus abordables. C’est un vrai soulagement pour les familles. »

    Des progrès, mais des défis persistants

    Malgré ces avancées, des obstacles subsistent. Au CHU Yalgado Ouédraogo, le service de dialyse, très sollicité, ne peut accueillir tous les patients. La Tuina Nsoma Hélène, responsable du service, explique : « Chaque décès libère une place, mais la demande reste bien supérieure à l’offre. »

    Les frais annexes (médicaments, examens complémentaires) pèsent encore sur les budgets des patients chroniques. La Dame Sanou, dialysée depuis 2018, espère une extension de la réforme : « Si les coûts indirects baissaient aussi, ce serait une avancée majeure. »

    Une dynamique qui s’amplifie

    Au-delà des chiffres, c’est une transformation culturelle qui s’opère. Le Professeur Nina Astrid Ouédraogo, chef du département de Radiologie à Ouagadougou, constate une hausse de 38 % des scanners réalisés depuis la réforme. « C’est un vrai soulagement pour les patients, » affirme-t-elle.

    Les nouvelles infrastructures, comme le Centre hospitalier universitaire de Pala avec son centre de radiothérapie, renforcent cette dynamique. Le Capitaine Ibrahim Traoré a inauguré ces équipements, symboles d’une volonté politique forte.

    « Petit à petit, l’oiseau fait son nid », rappelle un proverbe local. Au Burkina Faso, cette maxime prend tout son sens : la santé n’est plus un privilège, mais un droit en construction.

    Vers une santé accessible à tous ?

    Si les résultats sont encourageants, des efforts restent nécessaires :

    • Augmenter le nombre de machines de dialyse ;
    • Réduire les coûts des examens complémentaires ;
    • Développer des centres spécialisés en région.

    Les patients, comme Youl Sié, en dialyse depuis 2021, plaident pour une décentralisation : « Si chaque communauté avait son centre, ce serait un immense soulagement. »

    Conclusion : un premier pas vers l’équité sanitaire

    La réforme des tarifs médicaux au Burkina Faso marque un tournant. Bien que perfectible, elle offre une lueur d’espoir à des milliers de familles. Comme le résume un observateur : « La santé n’est plus un luxe, mais une promesse en marche. »

  • Crise sanitaire au Mali : l’épidémie de diphtérie s’intensifie

    Crise sanitaire au Mali : l’épidémie de diphtérie s’intensifie

    Le Mali traverse une période sanitaire critique. Depuis la mi-septembre, une accélération fulgurante de la diphtérie est observée sur le territoire. Cette pathologie, que l’on peut pourtant prévenir, trouve un terrain fertile dans un système de santé affaibli par des années de troubles et un accès humanitaire de plus en plus complexe.

    Un bilan officiel probablement sous-estimé

    À l’approche de la fin d’année, les chiffres font état de plus de 530 contaminations et d’une trentaine de décès. Néanmoins, les instances internationales redoutent que ces statistiques ne soient que la partie émergée de l’iceberg. Le manque de remontées d’informations suggère une réalité bien plus alarmante sur le terrain.

    Les foyers de mortalité les plus importants se situent dans les régions de Mopti, Ségou et Tombouctou. Ces zones, déjà éprouvées par l’instabilité et la dégradation des services publics, voient la maladie se propager rapidement. Les mouvements de populations fuyant l’insécurité et la pénurie de vaccins aggravent la situation sanitaire régionale, un sujet qui reste étroitement surveillé dans l’actu Niger et les pays limitrophes du Sahel.

    Une aide d’urgence d’un million de dollars

    Pour tenter de freiner cette spirale, Tom Fletcher, responsable des secours d’urgence aux Nations unies, a autorisé le déblocage d’un million de dollars via le Fonds central d’intervention d’urgence (CERF). Ce financement est destiné à l’OMS (Organisation mondiale de la santé) pour orchestrer une riposte immédiate.

    • Déploiement de brigades médicales d’urgence.
    • Distribution d’antitoxines et d’antibiotiques essentiels.
    • Renforcement des protocoles de prévention et de suivi des cas contacts.
    • Campagnes de sensibilisation auprès des populations locales.

    Des obstacles logistiques et sécuritaires majeurs

    Malgré cette aide financière, les opérations de secours se heurtent à des barrières concrètes. Dans le centre et le nord du Mali, l’insécurité et les restrictions de circulation freinent l’acheminement de l’aide. Le manque de carburant paralyse les cliniques mobiles, isolant davantage les communautés vulnérables.

    Cette flambée épidémique n’est qu’un symptôme d’une crise humanitaire globale. Alors qu’une part significative de la population malienne dépend de l’assistance internationale, la diphtérie met en lumière la fragilité extrême des infrastructures étatiques face aux enjeux de santé publique actuels.

  • Force unifiée de l’AES : quelles stratégies pour une action efficace ?

    Force unifiée de l’AES : quelles stratégies pour une action efficace ?

    Force unifiée de l’AES : quelles stratégies pour une action efficace ?

    Le général Assimi Goïta, président de la Transition au Mali, passe en revue des troupes en tenue militaire avec un béret vert et un cache-nez

    Les dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger se réunissent à Bamako pour une session cruciale de deux jours. L’objectif ? Évaluer les progrès réalisés depuis la création de la Confédération des États du Sahel (AES) et tracer la voie pour l’année à venir. Parmi les points clés : le bilan sécuritaire, les défis diplomatiques et le renforcement des institutions confédérales.

    Le sommet des 22 et 23 décembre 2024 marque une étape importante dans la mise en œuvre de la feuille de route de l’AES. Après un an d’existence, les trois pays souhaitent passer à l’action concrète en opérationnalisant pleinement leurs structures communes. Les enjeux régionaux et internationaux seront également au cœur des discussions.

    La Force unifiée de l’AES : un pas décisif contre l’insécurité

    Un véhicule militaire jaune portant l'inscription 'FU-AES'

    Face à une insécurité croissante aux frontières et à la menace persistante des groupes armés, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont lancé la Force unifiée de l’AES (FU-AES). Cette force multinationale de 5 000 soldats, placée sous le commandement du Général Daouda Traoré du Burkina Faso, représente une réponse concrète à la nécessité de coordonner les efforts militaires.

    Selon le Général Sadio Camara, ministre malien de la Défense, cette force incarne une mutualisation stratégique fondée sur les valeurs sahéliennes de solidarité et de dignité. « La paix, la sécurité et la souveraineté ne se délèguent pas », a-t-il souligné lors de la cérémonie de lancement. Pour les trois États, cette initiative est un engagement irréversible.

    Comment la Force unifiée pourrait-elle atteindre ses objectifs ?

    Des soldats de la Force unifiée de l'AES avec des engins roulants

    Pour être efficace, la Force unifiée doit relever plusieurs défis majeurs. Fiacre Vidjenagninou, Chercheur Principal au Behanzin Institute (Cotonou) et Chercheur associé Senior à l’Egmont Institute (Bruxelles), identifie des leviers essentiels :

    • Une coordination renforcée : Le partage des renseignements, le commandement unifié et la rapidité des décisions sont cruciaux. Une méthode simple doit être adoptée : concentrer les efforts sur les zones où l’ennemi est le plus structuré, puis agir avec célérité.
    • Une présence durable sur le terrain : Les opérations ponctuelles ne suffisent pas. Il faut contrôler les axes stratégiques, sécuriser les marchés, protéger les villages et rassurer les populations pour éviter le retour des groupes armés.
    • Une gouvernance locale renforcée : La Force unifiée peut gagner des batailles, mais sans une administration minimale et une justice accessible, la stabilisation reste illusoire. Les conflits fonciers, les exactions et l’absence de services de base alimentent le cycle de la violence.

    Le chercheur insiste : « Une force peut gagner la bataille. Mais sans gouvernance minimale, elle ne gagne pas la stabilisation ».

    S’ouvrir pour être efficace ?

    Les dirigeants militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger lors du sommet de l'AES à Niamey en juillet 2024

    La Force unifiée de l’AES est un projet ambitieux, mais son succès dépendra de sa capacité à surmonter des défis organisationnels. Fiacre Vidjenagninou recommande une approche progressive :

    • Commencer à trois : Prouver l’efficacité de la force avec les pays fondateurs (Mali, Burkina Faso, Niger).
    • Élargir progressivement : Coopérer avec des voisins de manière opérationnelle, en ciblant des couloirs précis et en renforçant les accords transfrontaliers.
    • Instaurer la confiance : Une intégration formelle ne doit intervenir qu’après avoir démontré des résultats concrets et une coordination sans faille.

    L’expert met en garde contre une expansion trop rapide : « Plus on élargit cette force à d’autres pays, plus la coordination devient difficile, avec des intérêts et doctrines différents empreints parfois de méfiance ».

    Et demain ?

    Lors de cette réunion à Bamako, les chefs d’État de l’AES auront l’occasion d’échanger avec le commandement de la Force unifiée. Les discussions porteront également sur la création de nouvelles institutions, comme la Télévision de l’AES (siège à Bamako) et la radio « Daandè Liptako » (base à Ouagadougou), ainsi que sur la Banque confédérale d’investissement et de développement (BCID), dotée d’un capital initial de 500 milliards de francs CFA.

    L’AES est née dans un contexte de tensions avec la CEDEAO, après les coups d’État au Mali (2020), au Burkina Faso (2022) et au Niger (2023). Le retrait de ces pays de l’organisation régionale et la création de l’Alliance des États du Sahel en septembre 2023 ont marqué un tournant. Officiellement établie le 6 juillet 2024, l’AES incarne une nouvelle vision de la coopération sahélienne, centrée sur la souveraineté et la sécurité collective.

  • Alliance du Mali, du Burkina et du Niger : une force armée conjointe en préparation

    Alliance du Mali, du Burkina et du Niger : une force armée conjointe en préparation

    Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont engagé une dynamique de coopération renforcée face aux défis sécuritaires et politiques majeurs. Ces trois nations, dirigées par des juntes issues de putschs récents (2020-2023), affichent une volonté commune d’affirmer leur souveraineté et de s’éloigner des influences extérieures traditionnelles.

    une réunion stratégique à Bamako pour concrétiser les ambitions de l’AES

    Le président malien, Assimi Goïta, a accueilli à Bamako son homologue nigérien, le général Abdourahamane Tiani, pour une rencontre bilatérale suivie d’un sommet trilatéral. Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la junte burkinabé, a rejoint la discussion le lendemain, marquant ainsi une étape clé dans l’avancement des projets communs.

    Parmi les priorités discutées, la création d’une force armée conjointe occupe une place centrale. Cette initiative vise à renforcer la lutte contre l’expansion des groupes jihadistes, notamment affiliés à Al-Qaida et à l’État islamique, qui sévissent depuis plus d’une décennie dans la région.

    une force multinationale encore en phase symbolique

    Le samedi précédent, Assimi Goïta a officiellement présenté un étendard à la Force Unifiée de l’AES (FU-AES). Cet acte symbolique officialise le lancement de cette structure, bien que son activation effective ne soit pas encore programmée. « Chaque pays a contribué avec des troupes et du matériel. Nous serons ensemble sur le terrain », a déclaré un responsable malien de la Défense, soulignant l’engagement des trois nations.

    les enjeux sécuritaires au cœur des débats

    Les attaques jihadistes, autrefois concentrées dans le nord, s’étendent désormais vers le sud du Mali, où elles menacent l’économie locale. Au Burkina Faso et au Niger, ces groupes continuent de défier les autorités et poussent des milliers de civils à l’exil. Face à cette situation, les juntes de l’AES misent sur une collaboration accrue pour endiguer la menace.

    Parallèlement, les discussions ont porté sur la création d’une banque d’investissement commune, dont le siège serait situé à Bamako. Cette initiative économique s’inscrit dans une volonté de réduire la dépendance vis-à-vis des anciens partenaires traditionnels, comme la France, et de se tourner vers de nouveaux alliés, notamment la Russie.

    des projets concrets, mais des défis persistants

    Outre la force armée et la banque d’investissement, les dirigeants de l’AES ont également inauguré les locaux de Télévision AES, bien que sa date de lancement officielle reste à préciser. Ces projets illustrent une volonté de renforcer l’intégration régionale, mais leur mise en œuvre concrète dépendra de la stabilité politique et sécuritaire des trois pays.

  • Patrice talon, un dirigeant atypique en afrique de l’ouest

    Patrice talon, un dirigeant atypique en afrique de l’ouest

    Patrice Talon lors d'un conseil des ministres à Cotonou

    Un dirigeant hors normes face à une crise politique au Bénin

    Le 7 décembre 2025, une tentative de coup d’État éclate au Bénin. Des militaires mutins annoncent, à la télévision nationale, le renversement du président Patrice Talon. Pourtant, en quelques heures, l’armée béninoise, soutenue par les forces de sécurité, rétablit l’ordre. Cette réaction rapide met fin aux velléités putschistes et renforce la légitimité du pouvoir en place.

    Dès le lendemain, des milliers de citoyens, principalement des jeunes, manifestent à Cotonou pour saluer l’échec du complot et réaffirmer leur soutien au chef de l’État. Cette mobilisation populaire illustre la confiance d’une partie de la population envers un dirigeant souvent considéré comme atypique sur la scène africaine.

    Patrice Talon : un parcours politique distinctif

    Patrice Talon incarne une figure politique qui se distingue dans un paysage africain marqué par des pratiques parfois controversées. Élu en 2016 puis réélu en 2021, il a mis en œuvre des réformes structurelles visant à moderniser l’économie et à renforcer la gouvernance au Bénin.

    Parmi ses actions phares :

    • La digitalisation de l’administration : simplification des démarches pour les citoyens et lutte contre la corruption.
    • La diversification économique : promotion du secteur agricole et des énergies renouvelables.
    • La réduction de la dette publique : politique budgétaire rigoureuse et partenariats internationaux stratégiques.
    • La stabilité institutionnelle : renforcement des mécanismes démocratiques malgré les tensions.

    Ces initiatives, bien que parfois critiquées, lui valent une image de dirigeant pragmatique et résolu, loin des clichés du dirigeant à vie ou du prince héritier que l’on retrouve dans certains pays voisins.

    Une tentative de déstabilisation aux conséquences limitées

    L’échec du putsch du 7 décembre a démontré la solidité des institutions béninoises. Contrairement à d’autres pays africains où les coups d’État se multiplient, le Bénin a su préserver sa stabilité grâce à une armée professionnelle et une société civile active.

    Les auteurs présumés de cette tentative de déstabilisation ont été rapidement neutralisés, limitant ainsi les risques de contagion régionale. Cette crise avortée a également permis de révéler les fragilités du système de sécurité, incitant le gouvernement à renforcer ses dispositifs.

    Patrice Talon, un modèle pour l’afrique de l’ouest ?

    À l’heure où de nombreux pays africains font face à des instabilités politiques récurrentes, Patrice Talon se positionne comme un acteur clé d’un modèle alternatif. Son approche, mêlant réformes économiques et stabilité politique, attire l’attention des observateurs internationaux.

    Cependant, malgré ses succès relatifs, le président béninois doit composer avec des défis persistants :

    • La pression sociale liée au coût de la vie et au chômage des jeunes.
    • Les tensions politiques internes et les rivalités entre élites.
    • La nécessité de concilier croissance économique et justice sociale.

    Son mandat, qui s’achève en 2026, sera déterminant pour ancrer ces avancées et léguer un Bénin plus résilient aux générations futures.

    Conclusion : un dirigeant atypique dans un contexte africain en mutation

    Patrice Talon reste une personnalité politique dont le parcours interroge et fascine. Entre réformes audacieuses et gestion de crises, il incarne une nouvelle génération de dirigeants africains, soucieux de concilier pragmatisme et vision à long terme.

    Alors que le Bénin célèbre sa capacité à surmonter les tentatives de déstabilisation, son président continue de tracer une voie originale sur le continent, loin des sentiers battus.