Auteur/autrice : nigeractu

  • Renforcer la protection des droits humains au Sahel : une conférence régionale cruciale face à l’insécurité

    Renforcer la protection des droits humains au Sahel : une conférence régionale cruciale face à l’insécurité

    Une initiative régionale majeure s’est tenue à Niamey le mardi 23 mai 2023 : l’ouverture d’une conférence dédiée aux mécanismes de protection des droits humains au Sahel. Présidée par M. Maty El Hadj Moussa, président de la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH), cet événement rassemble des acteurs clés pour aborder les défis posés par l’insécurité grandissante dans la zone des trois frontières, englobant le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Parmi les personnalités présentes figuraient le Secrétaire général adjoint du Ministère de la Justice, la directrice Afrique du DCAF et l’ambassadeur d’Allemagne au Niger, aux côtés de nombreux experts.

    Organisée sur deux jours, cette rencontre stratégique vise plusieurs objectifs fondamentaux. Elle cherche notamment à sensibiliser les parties prenantes aux bonnes pratiques en matière de défense des droits fondamentaux et à consolider leurs compétences concernant les outils et dispositifs de prévention des violations. De plus, la conférence aspire à contribuer activement à l’amélioration de la gouvernance et de l’état de droit en renforçant les capacités des institutions de contrôle, tant internes qu’externes, afin qu’elles puissent pleinement exercer leurs prérogatives et missions.

    Lors de la séance inaugurale, M. Maty El Hadj Moussa, président de la CNDH, a alerté sur l’ampleur de l’insécurité qui frappe les régions frontalières du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Cette situation se traduit par des violations massives des droits humains, perpétrées non seulement par des groupes armés non identifiés, semant terreur et désolation parmi les populations civiles, mais aussi, parfois, par certains éléments des forces de défense et de sécurité engagés dans la lutte contre cette instabilité. Il a souligné que ces populations sont confrontées aux horreurs d’une guerre asymétrique, d’une violence inouïe, où l’ennemi se fond dans les communautés, faisant de toute suspicion de dénonciation une sentence de mort certaine.

    Face à la persistance de cette crise, le président de la CNDH a exhorté tous les défenseurs des droits de l’homme à s’engager, comme lors de cette conférence, dans des réflexions constructives pour élaborer des solutions répondant aux aspirations légitimes des citoyens à la paix, à la sécurité et à la stabilité.

    De son côté, M. Moussa Sahirou Tchida, Secrétaire général adjoint du ministère de la Justice, a insisté sur la nécessité d’une synergie d’actions entre tous les acteurs pour la mise en œuvre des initiatives vitales pour les pays du Sahel. Il a salué le soutien des partenaires, notamment celui des pays membres de l’Union Européenne, dont l’appui à l’organisation de cette conférence est une illustration parfaite, renforçant leur détermination. Il a réaffirmé l’entière disponibilité de son ministère à collaborer pour concrétiser toutes les initiatives visant à stabiliser la zone des trois frontières.

    Mme Anne Benette, Directrice Afrique du DCAF, a mis en lumière la complexité de la gouvernance au Sahel, exacerbée par une série de crises politiques, sociales, humanitaires, sanitaires et environnementales. L’escalade de l’insécurité, les conflits, les assauts des groupes armés, les activités criminelles transnationales et les tensions communautaires sont autant de facteurs qui génèrent des violations des droits humains et dégradent progressivement le tissu social. Elle a ainsi souligné l’importance capitale de cette conférence régionale, qui offre un cadre d’échanges sur les bonnes pratiques, met en lumière les défis actuels et permet un apprentissage mutuel pour optimiser la réponse collective aux menaces sécuritaires pesant sur l’état de droit et le respect des droits humains.

    Enfin, M. Herman Nicolai, Ambassadeur d’Allemagne au Niger, a déploré l’intensification tragique des violences dans l’espace sahélien, un phénomène plus rapide que dans toute autre région d’Afrique. Il a évoqué la propagation ininterrompue d’événements violents liés aux activités des groupes extrémistes et des acteurs de la criminalité transnationale organisée, qui ont, depuis plus d’une décennie, causé des milliers de morts civils et militaires, ainsi que des déplacements massifs de populations.

  • Liberté de la presse au Mali et au Burkina Faso : un collectif appelle à la fin des intimidations

    Liberté de la presse au Mali et au Burkina Faso : un collectif appelle à la fin des intimidations

    Sous l’impulsion de Reporters sans frontières (RSF), près d’une trentaine d’organisations médiatiques et de défense des droits humains ont conjointement adressé une lettre ouverte aux autorités du Mali et du Burkina Faso, ainsi qu’aux instances régionales et internationales. Leur objectif est de réclamer la cessation immédiate des atteintes à la liberté de la presse dans ces nations ouest-africaines.

    RSF a orchestré cette mobilisation d’une trentaine de médias et d’associations œuvrant pour les droits humains afin de défendre activement la liberté d’informer au Mali et au Burkina Faso. Dans leur communication officielle, ils interpellent les dirigeants de ces deux pays, les institutions régionales et la communauté mondiale pour exiger la fin des pressions et intimidations ciblant les journalistes, qu’ils soient locaux ou étrangers. Ils insistent également sur le respect des engagements internationaux pris par ces nations en matière de liberté d’expression et de presse, en particulier la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.

    Cette démarche solidaire souligne l’importance primordiale de la protection et de la promotion de la liberté de la presse au Mali et au Burkina Faso. À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, il est crucial que les autorités de ces deux États en saisissent pleinement la signification et prennent sans délai les mesures nécessaires pour garantir que chaque journaliste puisse exercer sa profession sans craindre de représailles.

    Sadibou Marong
    Directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF

    Parmi les signataires figurent des médias nationaux comme Joliba Tv News au Mali et Lefaso.net au Burkina Faso, ainsi que des organisations majeures dédiées à la défense de la liberté de la presse et des droits des journalistes. On retrouve notamment la Fédération des Journalistes Africains (FAJ), l’Union Internationale de la Presse Francophone (UPF) et la Fondation des Médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA), aux côtés de plusieurs médias internationaux.

    Sans surprise, le Mali et le Burkina Faso ont enregistré une chute dans le récent Classement mondial de la liberté de la presse, publié le 3 mai 2023. Le Burkina Faso est désormais classé 58e et le Mali 113e sur 180 pays évalués.

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    Lettre ouverte pour la protection des journalistes et la défense de la liberté d’expression et de la liberté de la presse au Mali et au Burkina Faso

    • Monsieur le Président de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de l’Union africaine,
    • Monsieur le Président de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de la CEDEAO,
    • Monsieur le Président de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de l’UEMOA,
    • Monsieur le Président de la Commission de l’Union africaine,
    • Monsieur le Président de la Commission de la CEDEAO,
    • Monsieur le Président de la Commission de l’UEMOA,
    • Monsieur le Président du Parlement panafricain,
    • Monsieur le Secrétaire général de l’ONU,
    • Monsieur le Président du Conseil des droits de l’homme de l’ONU,
    • Madame la Directrice générale de l’UNESCO,
    • Madame la Secrétaire générale de l’OIF,
    • Mesdames et Messieurs les Présidents des instances de régulation des médias des 15 pays de la CEDEAO,
    • Monsieur le Président du Réseau francophone des régulateurs des médias,
    • Monsieur le Président de la Plateforme des régulateurs de l’audiovisuel des pays membres de l’UEMOA et de la Guinée,
    • Mesdames et Messieurs les ministres de la Communication des 15 pays de la CEDEAO,
    • Monsieur le Président de l’Union africaine de radiodiffusion (UAR),

     

    Les menaces pesant sur la liberté d’expression et la presse sont alarmantes au Burkina Faso. Des appels au meurtre de journalistes et leaders d’opinion, des intimidations ciblant la presse nationale, des campagnes de désinformation contre des reporters, la suspension des médias internationaux RFI et France 24, ainsi que l’expulsion des correspondants des journaux français Libération et le Monde, témoignent d’une situation critique. Les décisions prises par les autorités burkinabè, particulièrement ces derniers mois, compromettent gravement le droit fondamental des citoyens à une information libre. L’accès à l’information est un pilier essentiel de la liberté.

    Au Mali, la situation n’est guère meilleure, avec une multiplication des pressions et intimidations envers les journalistes et les figures d’opinion. Le 20 février 2023, la Maison de la presse de Bamako a été vandalisée. Le 13 mars, le chroniqueur radio Mohamed Youssouf Bathily, connu sous le nom de Ras Bath, a été incarcéré et inculpé pour avoir dénoncé l’assassinat de l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga.

    Le 15 mars, Rokia Doumbia, alias « Rose vie chère », a été arrêtée après avoir communiqué sur la hausse des prix et « l’échec » de la transition. Le 6 avril, le journaliste Aliou Touré a été enlevé par des individus armés et masqués, avant d’être retrouvé libre quatre jours plus tard. La presse internationale n’est pas épargnée non plus.

    En février 2022, un reporter de Jeune Afrique a été expulsé de Bamako. Un mois plus tard, RFI et France 24 ont été coupées sur l’ensemble du territoire malien. De novembre à décembre 2022, la chaîne Joliba TV a été suspendue par la Haute Autorité de la Communication (HAC) suite à la diffusion d’un éditorial jugé critique envers le pouvoir.

    Au Burkina Faso comme au Mali, ces agressions sont amplifiées sur les réseaux sociaux par des « influenceurs » soutenant les régimes militaires. Ces derniers se posent en justiciers et menacent de mort les journalistes et leaders d’opinion perçus comme trop indépendants. La violence s’accompagne désormais d’une vague de « fake news » inondant les plateformes, comme l’a souligné le quotidien burkinabè L’Observateur Paalga en évoquant l’instauration d’un « régime de terreur ». Les principales victimes de ces actions sont les populations malienne et burkinabè, privées d’un débat démocratique éclairé.

    Face à la grave crise sécuritaire qui touche ces deux pays, les journalistes, essentiels à l’information des citoyens, sont conscients de leurs responsabilités. Ils appréhendent la complexité du contexte politique, géopolitique et militaire, et subissent eux-mêmes les lourdes conséquences de cette crise. Comme tous les citoyens, ils aspirent à un retour rapide à la paix. Cependant, la lutte contre le terrorisme ne doit en aucun cas servir de prétexte pour imposer une nouvelle norme de l’information et restreindre les droits fondamentaux des populations malienne et burkinabè à rechercher et obtenir des informations via des médias professionnels et indépendants.

    Au Burkina Faso, la situation des journalistes est devenue si précaire que même l’instance de régulation en est préoccupée. Dans un communiqué du 29 mars 2023, le Conseil Supérieur de la Communication (CSC) « constate avec regret la récurrence des menaces proférées à l’endroit d’organes de presse et d’acteurs des médias ». Le CSC exhorte les autorités burkinabè à « prendre les mesures idoines pour assurer la sécurité des médias et des journalistes dans l’exercice de leur profession ». De son côté, Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, s’est dit « profondément troublé » par la situation des médias au Burkina Faso, ajoutant que « en cette période de transition, la protection des voix indépendantes est plus nécessaire que jamais ».

    Le 20 février, Alioune Tine, l’expert indépendant des Nations Unies sur les droits de l’homme au Mali, a exprimé sa « vive préoccupation face au rétrécissement de l’espace civique, de la liberté d’expression et d’association » dans le pays.

    Forts de ces constats, nous, signataires de cette lettre ouverte :

    • Exhortons les autorités du Mali et du Burkina Faso à mettre un terme à toutes les mesures portant atteinte à la liberté de la presse.
    • Soulignons l’absence de protection de la part des forces de sécurité et le silence de la justice face aux campagnes d’intimidation et aux menaces de mort visant les journalistes de ces deux pays. Tout en respectant l’indépendance judiciaire, nous appelons les procureurs et officiers de police judiciaire à une plus grande réactivité face à ces actes répréhensibles par le droit pénal.
    • Demandons aux autorités de ces deux pays de garantir la protection et la sécurité de tous les professionnels des médias victimes de menaces, intimidations, harcèlement et agressions physiques.
    • Demandons aux autorités d’ouvrir des enquêtes impartiales, efficaces et indépendantes pour élucider les abus commis contre les journalistes, identifier les responsables et les traduire en justice.
    • Appelons les deux gouvernements à respecter les obligations internationales qu’ils ont signées et ratifiées concernant la liberté d’expression et de la presse, notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
    • Appelons les responsables nationaux et les instances panafricaines et internationales destinataires de cette lettre ouverte à soutenir cette démarche au plus haut niveau : l’accès à l’information est un droit fondamental des peuples. À la veille de la Journée mondiale de la liberté de la presse, il est essentiel de le défendre et de le protéger.

    SIGNATAIRES

    1. AfrikaJom Center

    2. Association des Journalistes du Burkina Faso (AJB)

    3. Association des Professionnels de la Presse en Ligne (APPEL Sénégal)

    4. Cellule Norbert Zongo pour le Journalisme d’Investigation (CENOZO)

    5. Centre National de la Presse Norbert Zongo (CNP-NZ Burkina Faso)

    6. Courrier confidentiel (Burkina Faso)

    7. Fédération des Journalistes Africains (FAJ)

    8. Fédération Internationale des Journalistes (FIJ)

    9. Fédération Internationale pour les Droits de l’Homme (FIDH)

    10. France 24 (France)

    11. Fondation des médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA)

    12. Human Rights Watch (HRW)

    13. International Press Institute (IPI)

    14. Jeune Afrique (France)

    15. Joliba TV News (Mali)

    16. Le Pays (Burkina Faso)

    17. Le Monde (France)

    18. Lefaso.net (Burkina Faso)

    19. Le Reporter (Burkina Faso)


    20. L’Événement (Burkina Faso)

    21. Libération (France)

    22. L’Observateur Paalga (Burkina Faso)

    23. Radio France Internationale (France)

    24. Reporters sans frontières (RSF)

    25. Société des Editeurs de la Presse Privée du Burkina Faso (SEP)

    26. Omega Médias (Burkina Faso)

    27. Union Internationale de la Presse Francophone (UPF)

    28. Union des Journalistes d’Afrique de l’Ouest (UJAO)

    29. 24heures.bf (Burkina Faso)

    30. Wakat Sera (Burkina Faso)

  • Le Niger et la liberté de la presse : la France dénonce la suspension de France 24 et RFI

    Le Niger et la liberté de la presse : la France dénonce la suspension de France 24 et RFI

    La France exprime sa plus ferme désapprobation suite à la décision de suspendre la diffusion des chaînes France 24 et RFI sur le territoire nigérien.

    Paris réaffirme avec force son engagement indéfectible en faveur des principes essentiels que sont la liberté de la presse et la liberté d’expression. Cet engagement s’étend à la protection des journalistes et de toutes les voix qui contribuent à un paysage médiatique diversifié, à une information indépendante et à la vitalité du débat public, partout dans le monde.

    Au Niger, les mesures répressives visant les médias s’inscrivent malheureusement dans un climat de répression autoritaire orchestré par les instigateurs de la tentative de coup d’État.

    Après avoir illégalement détenu le Président démocratiquement élu de la République du Niger, ces acteurs mènent désormais une série d’arrestations arbitraires ciblant les représentants légitimes du peuple. La France condamne sans équivoque ces graves atteintes aux libertés fondamentales des citoyens.

  • Urgence humanitaire : l’insécurité alimentaire s’aggrave au Sahel et dans la Corne de l’Afrique

    Urgence humanitaire : l’insécurité alimentaire s’aggrave au Sahel et dans la Corne de l’Afrique

    Le Sahel et la Corne de l’Afrique face à une détresse alimentaire sans précédent

    Les régions du Sahel et de la Corne de l’Afrique traversent actuellement une période critique où s’entremêlent pauvreté extrême, conflits armés et inégalités sociales. Cette situation est exacerbée par les dérèglements climatiques, les séquelles économiques de la pandémie de Covid-19 et l’explosion des coûts des produits de base, tels que les céréales, le carburant et les engrais.

    En 2024, le bilan est alarmant : au Sahel central, englobant le Mali, le Niger et le Burkina Faso, environ 7,2 millions de personnes sont frappées par une crise alimentaire sévère. Parallèlement, dans la Corne de l’Afrique, la sécheresse persistante prive de nourriture 31,5 millions d’habitants en Éthiopie, au Kenya, en Somalie et au Soudan du Sud. Dans ces deux derniers pays, les statistiques révèlent qu’une personne sur deux souffre de la faim.

    Les chiffres clés de la crise

    • 1 individu sur 2 est victime de la faim en Somalie et au Soudan du Sud.
    • 45,74 millions de personnes nécessitent une intervention humanitaire d’urgence dans la Corne de l’Afrique (Éthiopie, Kenya, Somalie, Soudan du Sud).
    • 24 millions de personnes sont privées d’un accès sécurisé à l’eau potable, favorisant la propagation d’épidémies comme la rougeole ou le choléra.

    Une dégradation rapide de la sécurité alimentaire

    L’actu Niger et celle des pays limitrophes soulignent une détérioration fulgurante. Au Sahel central, si l’on inclut le Tchad, ce sont 24 millions de personnes qui ont un besoin vital d’assistance pour se loger, se nourrir, se soigner et accéder à l’éducation. Cette zone représente aujourd’hui l’une des crises humanitaires les plus évolutives à l’échelle mondiale.

    En Somalie, l’insécurité alimentaire aiguë touche 40 % de la population, soit 6,5 millions de personnes. Au Soudan du Sud, le constat est tout aussi sombre avec 7,7 millions d’habitants en situation de précarité alimentaire extrême. Pour rappel, l’insécurité alimentaire aiguë signifie qu’une personne ne peut plus subvenir à ses besoins nutritionnels de base, mettant sa vie en péril immédiat. La famine, stade ultime de cette crise, se définit par une mortalité accrue et une malnutrition critique.

    Le poids du changement climatique sur les récoltes

    Le Mali subit sa pire crise nutritionnelle en une décennie. Au Niger, les chocs climatiques et l’insécurité ont entraîné une baisse de près de 40 % de la production de céréales. Si le réchauffement global franchit le seuil des 2 °C, les récoltes de millet et de sorgho, piliers de la Niger économie rurale, pourraient encore chuter de 25 %. Au Burkina Faso, les prévisions de baisse oscillent entre 15 % et 25 %.

    Dans la Corne de l’Afrique, les années de sécheresse consécutives ont laissé place à des pluies torrentielles début 2024. Loin de résoudre le problème, ces inondations ont dévasté des milliers d’hectares de cultures et déplacé des centaines de milliers de personnes en Éthiopie, au Kenya et en Somalie, compliquant davantage la politique nigérienne et régionale de gestion des risques.

    Inégalités de genre et résilience locale

    La crise frappe de manière disproportionnée les femmes et les jeunes filles. Au Mali, bien qu’elles constituent plus de la moitié de la main-d’œuvre agricole, seules 5 % des femmes possèdent leurs propres terres. Pour contrer ces discriminations, des initiatives de fermes collectives voient le jour.

    Alizeta Sawadogo, agricultrice de 55 ans au Burkina Faso, témoigne de ce combat. Face à la raréfaction des pluies, elle a intégré une ferme collective avec l’appui de partenaires locaux pour apprendre des techniques horticoles bio et diversifier ses revenus malgré les aléas climatiques.

    Quelles solutions pour endiguer la famine ?

    Le financement international reste largement insuffisant. Entre 2000 et 2021, les fonds alloués aux pays les plus exposés aux risques climatiques n’ont couvert que 40 % des besoins. Pourtant, les pays du G7 et la Russie sont responsables de l’immense majorité des émissions mondiales de CO2, loin devant le Kenya, l’Éthiopie ou la Somalie.

    Actions concrètes et plaidoyer politique

    Sur le terrain, les interventions se concentrent sur trois axes :

    • Soutien alimentaire : distribution de cash ou de bons d’achat, fourniture de semences résistantes et vaccination du bétail.
    • Accès à l’eau : réhabilitation de points d’eau et promotion de l’hygiène pour freiner les maladies.
    • Protection et autonomisation : formations techniques et fourniture de matériel pour renforcer la résilience des communautés.

    Au niveau politique, des mesures radicales sont nécessaires. La mise en place d’un impôt de 1 % sur les bénéfices des entreprises d’énergies fossiles permettrait de récolter 10 milliards de dollars, comblant ainsi la majeure partie du déficit humanitaire de l’ONU. De plus, l’annulation de la dette des pays vulnérables et un engagement accru de pays comme la France sont indispensables pour protéger les populations face à l’urgence climatique et alimentaire.

  • Akwa Africa officialise le rachat de Total Mauritanie après validation du Conseil

    Le Conseil de la concurrence a donné son feu vert définitif au projet de rachat de Total Mauritanie S.A par le groupe Akwa Africa S.A, selon une annonce publiée dans le Bulletin officiel. Cette opération stratégique, validée lors de la réunion du 12 décembre 2022, concerne l’acquisition de la totalité du capital social ainsi que des droits de vote associés à la filiale mauritanienne de TotalEnergies.

    Un projet de concentration économique sous haute surveillance

    Dès le 3 novembre 2022, le Conseil de la concurrence avait été informé de cette opération de concentration économique. Selon les informations relayées par Financial Afrik, le montant de cette transaction s’élèverait à environ 185 millions de dollars, marquant ainsi une étape majeure dans le développement du groupe Akwa Africa en Afrique subsaharienne.

    Akwa Africa : un acteur stratégique dans le secteur énergétique africain

    Filiale du groupe marocain Akwa, Akwa Africa S.A se positionne comme une société d’investissement spécialisée dans le secteur des carburants et lubrifiants. Son activité couvre l’importation, le stockage, le négoce et la distribution de produits pétroliers, ainsi que la gestion des chaînes de valeur du gaz de pétrole liquéfié (GPL). Cette acquisition s’inscrit dans une logique d’expansion régionale pour renforcer sa présence sur le continent.

    De son côté, Total Mauritanie S.A, société de droit mauritanien et filiale de TotalEnergies Marketing Afrique, est un acteur clé dans l’aval pétrolier du pays. Son intégration au sein du groupe Akwa Africa devrait permettre de dynamiser les activités de distribution et de logistique énergétique en Mauritanie.

  • Akwa africa rachète total Mauritanie : le conseil de la concurrence informé

    Le Conseil de la concurrence a récemment été notifié d’une opération majeure dans le secteur énergétique mauritanien. Selon un communiqué officiel, le groupe marocain Akwa Africa projette de racheter l’intégralité des parts sociales et droits de vote de Total Mauritanie.

    une acquisition stratégique dans le secteur pétrolier mauritanien

    Cette transaction, déjà annoncée par plusieurs médias locaux, s’inscrit dans une démarche de restructuration du paysage énergétique du pays. Des sources mauritaniennes confirment que les salariés de Total Mauritanie ont été informés de cette décision, reflétant une volonté de modernisation du secteur. Selon Financial Afrik, ce rachat s’aligne sur la politique énergétique mauritanienne, qui vise à renforcer ses alliances avec des partenaires fiables. Le montant estimé de l’opération s’élèverait à 185 millions de dollars, d’après cette même source.

    qui est akwa africa ?

    Akwa Africa, holding d’investissement marocain, se spécialise dans l’acquisition de participations au sein d’entreprises africaines. Son cœur de métier couvre l’importation, le stockage, le négoce et la distribution de carburants et lubrifiants, ainsi que le GPL (Gaz de Pétrole Liquéfié). Cette opération en Mauritanie marque une nouvelle étape dans son expansion en Afrique subsaharienne.

    total Mauritanie : une filiale clé du géant totalenergies

    Total Mauritanie, filiale du groupe TotalEnergies Marketing Afrique, est un acteur incontournable de l’aval pétrolier en Mauritanie. Elle intervient sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de la distribution à la logistique des produits pétroliers. Son rachat par Akwa Africa pourrait donc redessiner le marché énergétique local.

    À noter : cette transaction doit encore obtenir l’aval des autorités de régulation pour être finalisée.

  • La guerre informationnelle franco-russe en Afrique : une confrontation sans merci

    La guerre informationnelle franco-russe en Afrique : une confrontation sans merci

    Sur le continent africain, la confrontation informationnelle entre la France et la Russie s’intensifie, se manifestant de manière directe et sans équivoque. Initiée par Moscou, notamment après son intervention en République centrafricaine en 2018, cette facette de la guerre d’influence russe cherche à éroder et supplanter l’emprise historique de Paris en Afrique. Pour y parvenir, la stratégie du Kremlin repose sur une manipulation ciblée des opinions publiques locales. Ayant tardivement pris la mesure de cette tactique, déjà mise en œuvre par les Russes sur d’autres fronts depuis 2014, les autorités françaises s’efforcent aujourd’hui de riposter avec détermination.

  • Crise de la malnutrition au Mali : enjeux et solutions pour la santé des enfants

    Crise de la malnutrition au Mali : enjeux et solutions pour la santé des enfants

    Enfant souffrant de malnutrition au Mali

    crise de la malnutrition au Mali : enjeux et solutions pour la santé des enfants

    Avec plus de 15 millions d’habitants, le Mali fait face à une crise sanitaire majeure liée à la malnutrition, particulièrement dans la bande sahélienne. Malgré les efforts de prévention déployés ces dernières années, cette problématique touche de nombreuses régions du pays. Voici un état des lieux complet.

    Plusieurs zones du Mali enregistrent des taux élevés de malnutrition. Face à un taux de mortalité infantile alarmant – près d’un enfant sur cinq ne survit pas au-delà de 5 ans –, les autorités maliennes ont fait de la lutte contre ce fléau une priorité nationale. La malnutrition, souvent qualifiée de maladie silencieuse, engendre des conséquences néfastes à court, moyen et long terme, tant pour les familles que pour la société dans son ensemble.

    Dans les foyers maliens, les naissances sont fréquemment rapprochées, ce qui aggrave les risques de malnutrition chez les jeunes enfants et les mères. Par ailleurs, plus le nombre de membres dans un ménage est élevé, plus le risque de malnutrition augmente significativement.

    Des chiffres dépassant largement les seuils d’alerte

    La malnutrition aiguë globale (modérée et sévère) touche 15 % de la population malienne, alors que le seuil d’alerte international est fixé à 10 %. Quant à la malnutrition chronique, elle affecte 38 % des enfants de moins de 5 ans, contre un seuil d’alerte de 20 % défini par l’Organisation mondiale de la santé. Le Mali se trouve ainsi bien au-dessus des limites recommandées.

    Plus de 80 % des enfants de moins de 5 ans et 65 % des femmes au Mali souffrent d’une carence en fer, l’un des taux les plus élevés au monde. Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’une carence en fer entrave fortement le développement intellectuel et les capacités d’apprentissage chez les enfants. Pour les mères, une anémie peut avoir des répercussions directes sur la santé de leur enfant dès la grossesse, augmentant les risques de malnutrition néonatale.

    Avec près de 40 % de sa population touchée, la malnutrition représente un défi sanitaire colossal pour le Mali.

    Les actions engagées pour endiguer la crise

    Pour combattre efficacement la malnutrition, le gouvernement malien a mis en place « une stratégie nationale claire en matière de nutrition ». Cette politique s’accompagne d’un plan d’action visant à mobiliser des financements et à améliorer la prise en charge des populations affectées.

    « Cette politique s’accompagne d’un plan d’action ambitieux, conçu pour mobiliser des ressources financières essentielles à la lutte contre la malnutrition »
    Expert en nutrition à l’Unicef Mali

    Le Mali a récemment adopté l’iodation universelle du sel pour lutter contre les troubles liés à la carence en iode. Aujourd’hui, 79 % des ménages maliens utilisent du sel iodé, mais cet objectif reste en deçà de la cible fixée à 90 %.

    Depuis 2005, les semaines d’intensification des activités nutritionnelles (SIAN) sont organisées deux fois par an et couvrent 95 % du territoire. Destinées aux enfants âgés de 6 à 59 mois, ces campagnes sont désormais ancrées dans les pratiques communautaires, favorisant ainsi la sensibilisation et la prévention. Pendant les SIAN, l’État et les partenaires humanitaires, dont l’Unicef, promeuvent notamment la vitamine A et les comprimés de déparasitage, des mesures efficaces pour réduire les maladies et la mortalité infantile.

    Parmi les initiatives menées par le Mali, l’Unicef et les ONG locales, ces actions ont permis de réduire significativement le taux de mortalité infantile dans le pays.

    Les SIAN s’inscrivent dans une démarche communautaire globale, portée par l’Unicef, visant à éduquer les populations sur la détection précoce des signes de malnutrition. L’organisation forme les communautés à identifier les symptômes, à dépister les cas avérés et à intervenir rapidement. « Pour renforcer l’impact de ces campagnes, l’Unicef et ses partenaires intègrent le dépistage de la malnutrition dans les services de santé de base », explique Médiatrice Kiburente Touré. Elle ajoute : « Il est crucial de continuer à informer les populations sur les causes de la malnutrition, en mettant l’accent sur l’accès à une eau potable de qualité ».

    En 2010, seulement 50 % des enfants maliens atteints de malnutrition aiguë sévère bénéficiaient d’une prise en charge. Aujourd’hui, cette couverture s’améliore progressivement.

  • Financement santé Niger : enjeux et réformes pour une couverture sanitaire universelle

    Financement santé Niger : enjeux et réformes pour une couverture sanitaire universelle

    Pourquoi le Niger mise sur une réforme du financement de la santé ?

    La République du Niger, pays d’Afrique de l’Ouest confronté à des défis majeurs comme les conflits armés et les sécheresses répétées, affiche des indicateurs sanitaires parmi les plus préoccupants au monde. Avec des taux de mortalité maternelle et infantile records, le système de santé nigérien peine à offrir des services accessibles à tous. Face à cette situation, les autorités ont lancé une politique de gratuité des soins en 2006, ciblant d’abord les femmes et les enfants de moins de cinq ans. Pourtant, malgré des résultats initiaux encourageants, cette initiative s’est heurtée à un financement insuffisant, ne couvrant que la moitié des besoins réels jusqu’en 2011. Résultat : des factures de soins impayées se sont accumulées, paralysant partiellement le système.

    Un financement fragmenté et des dépenses de santé en dents de scie

    Les dépenses publiques de santé au Niger ont fluctué entre 4,9 % et 5,7 % du PIB entre 2007 et 2020, sans jamais atteindre les 6 % recommandés par l’OMS. Les dépenses directes des ménages représentent plus de 40 % des dépenses totales, un fardeau insupportable pour les populations les plus vulnérables. Dès 2006, le Gouvernement nigérien avait tenté de structurer le financement de la santé via le Fonds Commun Santé (FCS), en collaboration avec des partenaires comme l’Agence française de développement (AFD) et la Banque mondiale. En 2020, ce cercle s’est élargi avec l’arrivée de l’UNICEF, de l’UNFPA, de Gavi et de l’AECID (Espagne).

    Maman câlinant son bébé dans un village du Niger

    Maman câlinant son bébé, dans le village de Soki situé dans le centre du Niger. © UNICEF/Dejongh

    Réseau P4H et Plan d’action mondial : une coordination renforcée pour un financement pérenne

    Pour pallier les lacunes du système, le Niger s’est tourné vers des mécanismes de collaboration internationale. Depuis 2018, le pays bénéficie du soutien du réseau Providing for Health (P4H), une plateforme mondiale dédiée au financement de la santé et à la protection sociale. En 2021, les membres de P4H et les signataires du Plan d’action mondial pour la réalisation de l’ODD 3 ont uni leurs forces pour recruter un point focal national. Ce dernier, soutenu par le Gouvernement et des partenaires comme Gavi, joue un rôle clé dans la coordination des financements et l’alignement des aides sur les priorités nationales.

    Ce poste, initialement financé par l’OMS et l’AFD, a été transféré à la Banque mondiale en 2022, avec le soutien du Mécanisme de financement mondial. Son objectif ? Désengorger le Ministère de la santé des sollicitations multiples des bailleurs et harmoniser les interventions pour une couverture sanitaire universelle (CSU) plus efficace.

    Quelles réformes pour un système de santé plus résilient ?

    Le Niger a identifié cinq priorités stratégiques pour moderniser son financement de la santé :

    • Alignement budgétaire : harmoniser les dépenses de santé sur des indicateurs stratégiques communs.
    • Réforme du FCS : transformer cet outil de gestion en un système de financement plus flexible et fongible.
    • Achats stratégiques : optimiser les acquisitions médicales avec l’appui de l’INAM.
    • Prévisibilité des contributions : sécuriser les engagements des partenaires techniques et financiers.
    • Mobilisation des ressources locales : plaider pour une augmentation des budgets alloués aux soins primaires et à la vaccination.

    Ces réformes s’articulent autour de quatre axes majeurs :

    • Harmonisation du financement : recensement des donateurs, analyse des flux financiers et trajectoire du FCS.
    • Harmonisation du soutien : évaluation critique de l’assistance technique disponible.
    • Outils de financement : analyse des stratégies de gratuité des soins et d’assurance-maladie universelle.
    • Optimisation des ressources : développement d’outils de simulation des coûts et identification d’innovations peu coûteuses.

    Résultats attendus et défis persistants

    Cette approche collaborative vise à réduire les doubles emplois entre partenaires et à cibler les interventions là où elles sont le plus nécessaires. Par exemple, le Mécanisme de financement mondial permet de suivre précisément l’allocation des ressources, évitant ainsi le gaspillage. À terme, cette réforme devrait améliorer l’efficacité de l’INAM et réduire les dépenses directes des ménages, soulageant ainsi les populations les plus pauvres.

    Cependant, des obstacles subsistent :

    • Surcharge des points focaux : le personnel des organismes partenaires doit consacrer plus de temps à ces missions.
    • Financement à long terme du poste de point focal : des discussions sont en cours pour pérenniser ce mécanisme, avec un soutien de Gavi et du Mécanisme de financement mondial.

    Les leçons tirées de cette expérience pourraient être partagées avec d’autres pays confrontés à des enjeux similaires, renforçant ainsi la coordination internationale en matière de santé.

    Focus sur le Plan d’action mondial pour l’ODD 3

    Le Plan d’action mondial pour la réalisation de l’ODD 3 rassemble 13 organismes clés (OMS, UNICEF, Banque mondiale, etc.) pour accélérer la progression vers les cibles sanitaires des Objectifs de développement durable. Son originalité réside dans la collaboration renforcée entre acteurs, alignant leurs actions sur les stratégies nationales. Mis à jour en octobre 2021 pour intégrer une stratégie de reprise post-COVID-19, ce plan vise une relance équitable et durable des systèmes de santé.

  • Influenceurs pro-Moscou en afrique, les alliés de poutine

    Influenceurs pro-Moscou en afrique, les alliés de poutine

    deux hommes discutant près d'une table en bois

    Dernière mise à jour : octobre 2024. Temps de lecture : 8 minutes.

    En Afrique, l’influence du Kremlin s’appuie sur un réseau d’activistes, de médias et de partis locaux qui diffusent ses thèses. Parmi eux, Evgueni Prigojine – proche de Vladimir Poutine et financier du groupe Wagner – joue un rôle clé en finançant des associations relais comme l’Afric (Association pour la recherche libre et la coopération internationale).

    L’Afric est dirigée depuis Maputo par José Matemulane, un universitaire mozambicain formé en psychologie. Ioulia Afanasieva, une associée de Prigojine, préside cette structure liée au réseau de l’oligarque russe. Grâce à elle, Moscou mène des opérations d’influence sur le continent africain.

    L’Afric collabore avec plusieurs sites panafricanistes, dont Radio Révolution panafricaine et Afrique Média TV, pour diffuser des messages pro-russes et anti-français. Basée au Cameroun, cette chaîne appartient au groupe Afrique Média, dirigé par Justin B. Tagouh. Ce dernier s’est rendu à deux reprises à Sotchi, affirmant avoir rencontré Poutine.

    • Le Camerounais Banda Kani, président du parti Nouveau mouvement populaire, y défend des positions pro-Kremlin virulentes dans le conflit ukrainien. Selon lui, Kiev est une « oligarchie criminelle », et Volodymyr Zelensky, son président, un « voyou ».
    • Cette chaîne invite régulièrement Kemi Seba, un militant Franco-Béninois connu pour ses prises de position radicales contre la présence occidentale en Afrique.

    Evgueni Prigojine, expert en désinformation et membre du premier cercle de Poutine, finance la nébuleuse Wagner. Il s’appuie sur des relais locaux comme l’Afric pour étendre son influence en Afrique.

    Kemi Seba : de l’activisme anticolonial au rapprochement pro-Kremlin

    Le fondateur de l’ONG Urgence panafricaniste s’est rapproché ces dernières années de Aleksandr Douguine, un nationaliste russe chantre d’un monde multipolaire et d’une idéologie anti-occidentale. Très influent dans l’entourage de Poutine, Douguine a reçu Kemi Seba en Russie dès 2017. L’activiste Franco-Béninois a de nouveau été reçu par le Kremlin début mars 2024.

    • Lors de ce voyage à Moscou, il s’est entretenu avec Mikhaïl Bogdanov, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, chargé de l’Afrique et du Moyen-Orient.
    • Il a également prononcé une conférence à l’Institut d’État des relations internationales.

    En octobre 2020, sur la chaîne Vox Africa, Kemi Seba a expliqué avoir été invité par Evgueni Prigojine en Russie, au Soudan et en Libye. Cependant, il affirme avoir pris ses distances avec l’oligarque russe lorsque ce dernier lui a suggéré de passer à des actions violentes contre des symboles occidentaux, même si cela devait causer des dommages collatéraux en Afrique.

    Malgré cette rupture apparente, Kemi Seba continue de multiplier les déclarations favorables aux thèses du Kremlin sur les réseaux sociaux et les médias africains.

    Nathalie Yamb : la « dame de Sotchi » et son combat contre l’influence française

    Proche de Kemi Seba, qui la qualifie de « grande sœur de lutte et de cœur », la Suissesse d’origine camerounaise Nathalie Yamb gravite dans le réseau de l’Afric. Elle s’est auto-proclamée la « dame de Sotchi » après sa participation remarquée au sommet Russie-Afrique de 2019.

    Selon un rapport de l’ONG Free Russia Foundation, Nathalie Yamb a participé à une conférence organisée par l’Afric à Berlin en janvier 2020. Cet événement a été co-organisé avec la Fondation pour la protection des valeurs nationales, une structure également liée à Prigojine. Elle est dirigée par Alexander Malkevitch, un « journaliste » proche des services de renseignement russes.

    • Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, elle affiche clairement son soutien à l’armée russe.
    • Elle a été expulsée de Côte d’Ivoire en décembre 2019 pour ses prises de position virulentes contre la France.

    Nathalie Yamb est également membre du parti ivoirien Lider, dont le compte Twitter relaie régulièrement la propagande pro-russe depuis le début de la guerre en Ukraine.

    Bien qu’il ait officiellement pris sa retraite politique et ne soit plus actif sur les réseaux sociaux, le fondateur du Lider, Mamadou Koulibaly, s’est rendu à Bamako en mars 2024 pour soutenir la junte malienne, elle-même pro-russe. Dans une interview à Vox Africa, il explique avoir répondu à l’invitation d’un mouvement de jeunes panafricanistes et avoir souhaité « violer l’embargo et soutenir les populations qui se battent pour affirmer leur souveraineté ».

    Le rôle clé de Adama Diarra, alias « Ben le cerveau » au Mali

    Au Mali, Adama Diarra dit « Ben le cerveau » est une figure centrale de la présence russe. Il est le porte-parole du mouvement Yerewolo – Debout sur les remparts, une association malienne pro-russe.

    • En septembre 2021, alors que des rumeurs circulaient à Bamako concernant la signature d’un contrat entre Wagner et l’État malien, il a été le premier à confirmer qu’un tel accord était en négociation entre le palais présidentiel de Koulouba et le réseau de Prigojine.
    • Depuis l’automne 2021, il est à l’origine de presque toutes les manifestations pro-russes organisées à Bamako.

    « Cinquante experts militaires russes sont présents au Mali depuis plus d’un mois », avait précisé Adama Diarra, un fervent défenseur de la junte malienne et membre du Conseil national de transition (CNT). Ces spécialistes ont rendu une expertise militaire détaillée au gouvernement malien.

    Les relais médiatiques de Wagner à Bangui

    La galaxie de Prigojine s’étendu jusqu’à Bangui, en République centrafricaine. Là-bas, l’un des principaux relais médiatiques du Kremlin est Fred Krock, directeur de la radio Lengo Songo. Cette dernière serait entièrement financée par Lobaye Invest, une société minière liée à la nébuleuse Wagner en Centrafrique. Elle est initialement dirigée par Evgueni Khodotov, un fidèle de Prigojine.

    Les articles de cette radio sont régulièrement mis en avant par l’agence de presse russe Ria Fan, un pilier de l’écosystème médiatique de l’oligarque proche de Poutine. Sur les ondes de Lengo Songo, les propos des principales figures de la présence russe à Bangui sont largement diffusés et repris, qu’il s’agisse de :

    • L’ancien ambassadeur russe Vladimir Titorenko.
    • L’ex-conseiller à la présidence centrafricaine Valeri Zakharov.
    • Le sociologue russe Maksim Shugaley.
    • Le patron de la Communauté des officiers pour la sécurité internationale (Cosi), Aleksandr Ivanov.

    Cette radio est également utilisée par une partie de la société civile centrafricaine, notamment :

    • Blaise Didacien Kossimatchi, membre de la plateforme « Galaxie nationale », très pro-Touadéra.
    • Harouna Douamba, président de l’association « Aimons notre Afrique », financée par Lobaye Invest.
    • Les deux hommes comptent parmi les organisateurs des manifestations pro-russes à Bangui.

    L’Afrique du Sud n’échappe pas à cette dynamique. Les réseaux sociaux locaux relayent largement les positions pro-russes. Ainsi, le compte Twitter (plus de 200 000 abonnés) attribué à Duduzile Zuma-Sambudla, la fille de l’ex-président Jacob Zuma, a été le premier à populariser dans le pays le hashtag #istandwithrussia, partagé plusieurs centaines de milliers de fois depuis le début de la guerre en Ukraine.

    La majorité des contenus associés à ce hashtag dénoncent l’influence de l’OTAN et l’impérialisme occidental en Afrique.

  • Situation alarmante des droits humains au Mali en 2025

    situation des droits humains au Mali : une crise persistante en 2025

    En 2025, le Mali fait face à une dégradation marquée des droits fondamentaux, notamment la liberté d’expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté d’association. Des opposants politiques, des membres de la société civile et des militants sont régulièrement arrêtés de manière arbitraire ou soumis à des disparitions forcées. Les forces gouvernementales, leurs alliés ainsi que des groupes armés multiplient les violences illégales contre les civil·e·s, incluant des meurtres ciblés, des blocus imposés dans plusieurs villes et la fermeture de plus de 2 000 écoles en raison de l’insécurité.

    contexte politique et sécuritaire au Mali

    La situation au Mali s’est complexifiée après l’échec d’un processus de paix boycotté par les partis politiques, la société civile et certains groupes armés. En février 2025, les autorités ont adopté la Charte nationale pour la paix et la réconciliation, un texte visant à restaurer la stabilité. Cependant, la transition politique, instaurée après le coup d’État de 2020, a été prolongée de cinq ans en avril, suscitant des tensions.

    En juin, le groupe Wagner a été remplacé par l’Africa Corps, une structure placée sous l’autorité du ministère russe de la Défense, dans le cadre d’un partenariat sécuritaire avec le Mali. Parallèlement, en août, les autorités ont annoncé avoir déjoué un coup d’État, entraînant l’arrestation de plusieurs militaires et d’un diplomate français, également membre des services de renseignement. Enfin, en septembre, le Mali a annoncé son retrait de la Cour pénale internationale (CPI).

    répression des libertés fondamentales

    Les autorités maliennes ont dissous tous les partis politiques, une décision symbolisant une répression systématique des droits démocratiques. En avril et mai, des manifestations organisées à Bamako pour dénoncer cette mesure ont été violemment réprimées par les forces de sécurité.

    disparitions forcées et arrestations arbitraires

    Plusieurs personnalités ont été victimes de disparitions forcées ou d’arrestations arbitraires. Parmi elles :

    • Alou Badra Sacko, coordonnateur de l’Appel du 20 février et président du mouvement Touche pas à mon argent, enlevé le 14 mars à Bamako après avoir critiqué les taxes sur les transactions mobiles. Il a été libéré le 24 mai.
    • El Bachir Thiam, dirigeant du parti Yelema, enlevé le 8 mai à son domicile. Il a été libéré le 26 septembre après une mobilisation internationale, notamment de l’ONU.
    • Alhassane Abba, secrétaire général du parti Convergence pour le développement du Mali, enlevé le même jour à Bamako et libéré le 5 juin sans avoir été jugé.

    Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a également appelé à la libération de Moulaye Baba Haïdara, Mahamoud Mohamed Mangane et Amadou Togola, détenus depuis 2023 et torturés en prison. Moussa Mara, ancien Premier ministre, a été condamné en octobre à un an de prison pour avoir critiqué la détention de militants. Enfin, Clément Dembele, militant anticorruption, reste détenu malgré un jugement en sa faveur.

    violences perpétrées par les groupes armés

    Les groupes armés, notamment l’État islamique au Sahel (EIS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), continuent de cibler les civil·e·s. Voici quelques exemples marquants :

    • En février, 34 civil·e·s ont été tués dans une attaque de l’EIS près de Gao.
    • En mai, Sidi Barka, dirigeant de la société civile, a été enlevé à Ménaka et retrouvé mort en août.
    • Ousmane Kampo, maire de Konna, a été enlevé par le GSIM en mai et libéré en octobre.
    • En août, des membres de la katiba du Macina ont tué des civil·e·s et provoqué un exode à Farabougou. Le maire de Dogofry, Modibo Kimbiri, et son chauffeur ont également été tués.
    • Le 6 novembre, Mariam Cissé, influenceuse, a été enlevée à Echell, emmenée à Tonka et exécutée publiquement le lendemain.

    exactions des forces gouvernementales et de leurs alliés

    L’armée malienne et ses partenaires, dont l’Africa Corps, ont commis de graves violations du droit international humanitaire, incluant des tortures et des exécutions extrajudiciaires :

    • Le 16 mars, une frappe de drone des FAMa a tué au moins 10 civil·e·s à Ejdeïr (Tombouctou).
    • Le 12 avril, une centaine d’hommes, principalement de la communauté peule, ont été arrêtés à Sebabougou. Une soixantaine d’entre eux ont été torturés au camp de Kwala avant d’être exécutés. Des corps en décomposition ont été retrouvés près du camp.
    • Le 12 mai, entre 23 et 27 hommes ont été exécutés sommairement par des militaires et des miliciens dozos à Diafarabé, leurs corps jetés dans des fosses communes.

    droits économiques et sociaux : une population en souffrance

    Les groupes armés, comme le GSIM, ont imposé des blocus autour de plusieurs villes, privant la population de ses droits fondamentaux, notamment la sécurité alimentaire et la liberté de circulation. En juillet, le GSIM a restreint l’accès au carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, ciblant les camions-citernes sur les routes.

    droit à l’éducation : des milliers d’enfants privés d’école

    La crise éducative s’aggrave : en juin 2025, plus de 2 000 écoles étaient fermées, privant 618 000 enfants de leur droit à l’éducation. La région de Kidal est la plus touchée, avec 63 % d’enfants déscolarisés.

  • Le Fonds commun santé au Niger : analyse approfondie par l’AFD

    Depuis sa création en 2006, le Fonds commun santé au Niger a mobilisé 91 millions d’euros pour soutenir les politiques sanitaires nationales. Une récente évaluation de ses impacts, présentée dans le volet Afrique du rapport d’évaluations de l’Agence française de développement (AFD), confirme la pertinence de ce mécanisme et formule des recommandations clés pour son optimisation.