Boko Haram exploite l’intelligence artificielle américaine et chinoise pour ses attaques
Une étude récente de l’Université de Cambridge met en lumière l’utilisation par Boko Haram de six plateformes d’intelligence artificielle issues des écosystèmes technologiques américain et chinois. Selon cette analyse, le groupe djihadiste nigérian s’appuie sur ChatGPT, Claude, Gemini, Grok, Meta AI et DeepSeek pour organiser des attaques, concevoir des engins explosifs et optimiser ses opérations militaires sur le terrain.
Une fragmentation technologique exploitable par les groupes terroristes
Des unités spécialisées en IA au sein de Boko Haram
Depuis 2023, le groupe a mis en place des cellules dédiées à l’intelligence artificielle. Ces équipes, équipées de leurs propres abonnements, répondent aux besoins opérationnels des combattants sur le terrain. Les six plateformes utilisées reflètent la diversité des offres mondiales : OpenAI et Anthropic (États-Unis), Google Gemini (États-Unis), Meta AI (États-Unis), Grok de X (États-Unis) et DeepSeek (Chine).
L’étude, menée par Antonia Juelich du Cambridge Programme on AI Science & Policy, s’appuie sur 57 entretiens avec 27 anciens membres de Boko Haram, des commandants et des experts techniques. Elle couvre la période 2023 à mi-2025, durant laquelle l’IA est passée d’un outil de propagande à un instrument de planification stratégique.
L’absence de coordination entre éditeurs : une faille de sécurité mondiale
L’adoption simultanée de technologies américaines et chinoises révèle un vide sécuritaire majeur : l’absence totale de coordination entre les éditeurs pour contrer l’exploitation terroriste de leurs outils. Aucun protocole de partage d’informations n’existe pour identifier et bloquer les utilisateurs malveillants qui naviguent d’une plateforme à l’autre.
L’organisation Tech Against Terrorism, soutenue par l’ONU, a testé 27 modèles d’IA avec 2 300 requêtes basées sur des scénarios terroristes réels. Résultat : 32 % des demandes ont généré des informations exploitables. Ce taux atteint 42 % lorsque les questions sont reformulées pour cibler spécifiquement des objectifs de recherche.
La rivalité géopolitique entre Washington et Pékin empêche toute harmonisation des normes de sécurité. Chaque acteur développe ses propres garde-fous sans concertation, créant des zones grises exploitées par des organisations comme Boko Haram.
DeepSeek, un acteur chinois qui change la donne
Une alternative moins restrictive pour les groupes terroristes
L’intégration de DeepSeek dans l’arsenal technologique de Boko Haram marque un tournant géopolitique dans la lutte contre le terrorisme. La plateforme chinoise, moins surveillée par les autorités occidentales, offre un accès alternatif lorsque les restrictions américaines s’intensifient.
Les terroristes alternent entre les différentes plateformes pour contourner les blocages, exploitant les différences de modération entre les écosystèmes. Selon les observations, cette stratégie permet de maintenir une activité opérationnelle continue malgré les tentatives de régulation.
L’impact de l’IA sur les tactiques militaires de Boko Haram
L’intelligence artificielle a radicalement transformé les méthodes de combat du groupe. Boko Haram réduit désormais le nombre de combattants engagés par opération de 200 à seulement 20, tout en améliorant l’efficacité des attaques coordonnées. Les modèles d’IA fournissent des analyses tactiques, des plans de repli et des optimisations logistiques impossibles à obtenir par essai-erreur sur le terrain.
Enjeux de souveraineté numérique et de sécurité internationale
L’implication de DeepSeek soulève des questions cruciales sur la souveraineté technologique. La Chine développe son propre écosystème d’IA, échappant partiellement aux régulations occidentales. Pour les services de renseignement européens et américains, cette fragmentation complique la surveillance et l’interception des communications terroristes.
Les groupes djihadistes exploitent cette zone grise réglementaire pour accéder à des capacités technologiques avancées sans contrôle centralisé. En 2025, une hausse des incidents a été documentée aux États-Unis, au Canada, en Israël, en Finlande, en France et en Autriche, où des terroristes ont utilisé l’IA pour planifier des attentats. La diffusion transnationale de cette expertise menace directement la sécurité des États occidentaux.
