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  • Mali : quand les otages libérés par Mariko exposent la faiblesse de l’état

    Mali : quand les otages libérés par Mariko exposent la faiblesse de l’état

    Une photographie qui révèle les failles d’un État sous tension

    Une image, circulant à la vitesse de l’éclair sur les réseaux sociaux malien, a fait l’effet d’un électrochoc. On y distingue l’opposant Oumar Mariko, en exil, aux côtés de 17 otages tout juste libérés par le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM), la branche sahélienne d’Al-Qaïda. Si cette libération sauve des vies, elle soulève une question brûlante : pourquoi la souveraineté de Bamako semble-t-elle s’effriter, laissant place à des acteurs non étatiques ?

    Une médiation privée qui interroge la légitimité des institutions

    L’intervention d’Oumar Mariko dans cette opération interroge. Comment un homme en rupture avec le pouvoir peut-il négocier et circuler dans des zones où l’État malien peine à s’imposer ? La réponse réside dans un constat alarmant : le vide sécuritaire.

    Dans certaines régions du pays, la capacité à dialoguer ou à se déplacer ne relève plus des autorités officielles, mais de réseaux informels. Pour les spécialistes, cette situation illustre une perte progressive de contrôle de l’État sur son propre territoire. Une réalité qui alimente le doute : Bamako maîtrise-t-elle encore son destin ?

    Le JNIM, maître du jeu médiatique et politique

    Pour le JNIM, cette libération n’est pas un geste humanitaire, mais une stratégie calculée. En se présentant comme un interlocuteur « crédible » et en orchestrant des négociations filmées, le groupe cherche à se donner une image plus acceptable. Mais l’objectif est bien plus profond : remplacer l’État.

    En offrant protection et justice dans des zones où l’administration républicaine a disparu, les terroristes s’imposent comme la seule autorité visible. Un phénomène qui érode encore davantage la confiance dans les institutions maliennes.

    Les dangers d’une diplomatie parallèle

    Derrière le soulagement des familles se cachent des risques majeurs pour l’avenir du Mali :

    • Le financement du terrorisme : Les rançons versées, bien que non officielles, alimentent les caisses des groupes armés, financant de nouvelles attaques contre les forces de sécurité.
    • Une légitimité renforcée pour les insurgés : Accepter de négocier avec un chef de guerre revient à reconnaître son pouvoir sur une région. Un aveu de faiblesse qui conforte la domination du JNIM sur les populations rurales.

    Deux Mali en confrontation : la capitale contre le terroir

    Le pays est désormais divisé en deux réalités distinctes :

    • Le Mali des institutions : À Bamako, le discours officiel vante les avancées militaires et la reconquête progressive du territoire.
    • Le Mali des campagnes : Dans les zones reculées, les populations, livrées à elles-mêmes, n’ont d’autre choix que de composer avec les groupes armés pour survivre.

    Rétablir l’autorité de l’État : un défi politique et sécuritaire

    Cet épisode ne se limite pas à une simple réussite humanitaire. Il révèle une fragilité structurelle : lorsque des acteurs privés ou des opposants gèrent des questions de sécurité nationale, l’État malien perd non seulement le contrôle, mais aussi sa crédibilité.

    Pour Bamako, le vrai combat n’est plus seulement militaire. Il est politique : retrouver une souveraineté perdue, là où les négociations se font aujourd’hui sous le regard des kalachnikovs.

  • Burkina faso : une junte militaire dépendante des aides alimentaires internationales malgré ses promesses

    Burkina faso : une junte militaire dépendante des aides alimentaires internationales malgré ses promesses

    Le Burkina Faso, entre discours de souveraineté et réalité des dons alimentaires

    Malgré les déclarations martiales du capitaine Ibrahim Traoré sur l’autosuffisance alimentaire, le Burkina Faso reste profondément ancré dans une dépendance aux importations de riz. Récemment, ce sont 2 422 tonnes de riz pakistanais qui ont été livrées au pays, illustrant l’incapacité des autorités à garantir la sécurité alimentaire de leur population. Un paradoxe criant pour un gouvernement qui mise sur des slogans de « souveraineté retrouvée ».

    Cette aide humanitaire s’ajoute à celles de la Chine et du Canada, révélant un pays où la production locale ne suffit plus à nourrir ses habitants. Plus de 3,5 millions de Burkinabè dépendent aujourd’hui de l’aide internationale pour se nourrir, un chiffre qui contraste avec les promesses de relance économique.

    L’échec de la production locale face aux besoins urgents

    Les dons successifs de riz, bien que bienvenus, soulignent une réalité accablante : le Burkina Faso ne produit plus assez pour subvenir à ses besoins. Les régions du Nord et de l’Est, déjà fragilisées par l’insécurité, sont les premières concernées par ces distributions. Pourtant, ces zones, autrefois greniers à céréales du pays, sont aujourd’hui déconnectées des circuits commerciaux traditionnels.

    Le constat est sans appel :

    • Le pays est piégé dans une logique de « main tendue » vers l’Asie et l’Occident.
    • Les promesses de production locale restent lettre morte, malgré les discours officiels.
    • Plus de 2 millions de personnes déplacées aggravent la crise, transformant les terres agricoles en zones stériles.

    L’insécurité, principal frein à l’autosuffisance alimentaire

    Selon le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), certaines zones du Burkina Faso frôlent la phase 4, synonyme d’urgence humanitaire. Plus de 600 000 enfants risquent de souffrir de malnutrition aiguë d’ici la fin de l’année, un chiffre qui reflète l’ampleur de la crise.

    Les stratégies militaires mises en place par la junte, notamment le blocus de localités et la militarisation des zones rurales, ont paralysé les campagnes agricoles. Les observateurs pointent du doigt la responsabilité du gouvernement dans cette dégradation structurelle, plutôt que de se contenter d’incriminer le changement climatique.

    Une gestion de crise sous surveillance internationale

    La transparence des distributions alimentaires est de plus en plus remise en question. Le don pakistanais, confié au ministère de l’Action humanitaire, suscite des inquiétudes quant à son utilisation. Les tensions entre les autorités burkinabè et les organisations humanitaires ont réduit l’efficacité de l’aide : le Plan de réponse humanitaire 2026 n’est financé qu’à 18 %, reflétant une méfiance croissante des bailleurs de fonds.

    Alors que la saison des pluies approche, ce riz pakistanais offre un répit temporaire à une population exsangue. Pourtant, pour Ibrahim Traoré, le défi reste entier : la souveraineté alimentaire ne se décrète pas, elle se construit. Et pour l’instant, les champs, jadis prospères, peinent à être sécurisés par une administration davantage tournée vers la rhétorique que vers des actions concrètes.

    Sans une relance urgente de l’économie rurale et une sécurisation des zones agricoles, une solution durable semble hors de portée.

  • Algerie accusée d’exporter le terrorisme au Sahel par le Mali et le Niger

    Algerie accusée d’exporter le terrorisme au Sahel par le Mali et le Niger

    Le Mali et le Niger pointent du doigt l’Algérie : un rôle controversé dans la propagation du terrorisme au Sahel

    Le Mali et le Niger ont réitéré des accusations anciennes selon lesquelles l’Algérie exporterait le terrorisme au Sahel. Ces pays estiment que Alger abrite et soutient indirectement des groupes armés qui multiplient les attaques dans la région. Bien que les responsables malien et nigérien n’aient pas cité explicitement l’Algérie lors d’un forum régional sur la sécurité organisé au Sénégal, leurs propos s’alignent sur des allégations répétées de Bamako ces derniers mois.

    Le ministre des Affaires étrangères du Mali, Abdoulaye Diop, a déclaré à Reuters : « Certains pays voisins abritent des groupes terroristes, les soutiennent ou accueillent régulièrement des forces hostiles menant des opérations contre nous. » Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions croissantes entre les deux pays.

    Des racines historiques liées à la guerre civile algérienne des années 1990

    Les experts en sécurité analysent l’actuelle montée du terrorisme au Sahel comme une conséquence directe de la guerre civile algérienne des années 1990. Les réseaux militants vaincus ou déplacés en Algérie se seraient reconstitués avant de migrer vers le sud, évitant ainsi une disparition totale. Des groupes comme Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) sont nés du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), lui-même issu du Groupe islamique armé (GIA) ayant combattu Alger pendant la « Décennie noire ». Pendant des années, ces mouvements ont été dirigés par des ressortissants algériens qui ont délocalisé leurs opérations au Mali et dans le Sahara sous la pression militaire en Algérie.

    Plusieurs rapports évoquent une possible complicité entre les services de sécurité algériens et certains groupes terroristes au Sahel.

    Le Mali dénonce officiellement le soutien algérien au terrorisme

    Le Mali a maintes fois condamné la position de l’Algérie devant l’ONU, notamment après une dégradation marquée des relations entre les deux pays l’an dernier. Les tensions se concentrent principalement dans le nord du Mali, où des groupes terroristes et des mouvements armés touaregs affrontent l’État malien depuis plus d’une décennie. Bamako accuse ces groupes de profiter des frontières poreuses et de la tolérance de l’Algérie envers les militants présents le long de sa frontière sud.

    En septembre de l’année dernière, le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, avait déclaré à l’Assemblée générale des Nations unies que l’Algérie était passée du statut de partenaire dans la lutte antiterroriste à celui d’« exportateur de terrorisme » vers le Sahel.

    Ces accusations se sont intensifiées après que les forces algériennes aient abattu un drone militaire malien près de la frontière fin mars. Bamako a interprété cet incident comme un acte délibéré visant à protéger des chefs terroristes ciblés par les opérations maliennes.

    En représailles, le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont rappelé conjointement leurs ambassadeurs à Alger et publié une déclaration accusant l’Algérie de soutenir le terrorisme.

    Le Niger s’associe au Mali dans sa lutte contre l’influence algérienne

    Le Niger a systématiquement soutenu le Mali dans ses différends avec l’Algérie. Les autorités nigériennes ont approuvé la riposte diplomatique du Mali après l’incident du drone et exprimé leur solidarité face à ce qu’elles qualifient de terrorisme soutenu par Alger. Le général Abdourahamane Tiani, chef de l’État nigérien, avait antérieurement accusé plusieurs gouvernements étrangers de financer des attaques contre le Niger. Niamey a également apporté son soutien à Bamako dans son conflit avec l’Algérie, perçue par le Sahel comme un facteur de déstabilisation croissant.

    Cette querelle met en lumière une fracture de plus en plus marquée dans la politique de sécurité en Afrique de l’Ouest. Les dirigeants militaires du Sahel estiment que le terrorisme ne peut être éradiqué tant que des pays voisins adoptent, selon eux, des comportements permissifs ou déstabilisateurs.

  • Kémi séba : la chute d’un militant controversé face à ses pairs

    Kémi séba : la chute d’un militant controversé face à ses pairs

    Kémi Séba : l’effondrement d’un activiste au sein du mouvement panafricain

    Depuis son arrestation en Afrique du Sud et la menace d’extradition vers le Bénin, Kémi Séba incarne aujourd’hui une figure solitaire du militantisme panafricain. Bien que ses défenseurs dénoncent une persécution politique, ses anciens alliés, tels Nathalie Yamb et Franklin Nyamsi, restent étrangement silencieux. Entre enregistrements compromettants et propos diffamatoires, la fracture au sein de ce cercle semble désormais irréversible.

    Un silence éloquent chez les partisans historiques

    Habituellement, toute arrestation d’un membre influent de la sphère panafricaine suscite une mobilisation immédiate : communiqués vibrants, lives sur les réseaux sociaux et dénonciations enflammées. Pourtant, depuis l’incarcération de Kémi Séba à Pretoria en avril 2026, ses proches collaborateurs affichent une discrétion troublante. Nathalie Yamb, surnommée la « Dame de Sotchi », et le professeur Franklin Nyamsi, jadis fervents critiques de la « Françafrique », ont choisi de ne formuler aucun soutien public. Ce mutisme est d’autant plus saisissant qu’il contraste avec leur engagement passé.

    Ce revirement brutal révèle une réalité crue : l’heure n’est plus à la solidarité militante, mais à la prise de distance stratégique. Dans un milieu où les alliances se forgent et se défont au gré des intérêts, la prudence prime désormais.

    Les audios qui ont tout changé : insultes et trahisons

    Le déclic de cette rupture s’explique par la diffusion récente d’enregistrements audio explosifs. Ces extraits, révélant des échanges privés de Kémi Séba, ont ébranlé les fondations mêmes du mouvement panafricaniste. Ses propos, d’une violence inouïe, visaient directement ses alliés de longue date.

    Parmi les déclarations les plus choquantes, on retrouve des attaques personnelles envers Nathalie Yamb, qu’il aurait traitée de « pute de palais ». Selon lui, cette dernière ne chercherait qu’à tirer profit des régimes autoritaires du Sahel pour assouvir ses ambitions personnelles, loin des luttes concrètes des populations africaines. Ces mots, à la fois sexistes et humiliants, ont balayé l’image d’unité que le mouvement tentait de projeter depuis des années.

    Franklin Nyamsi, également mentionné dans ces enregistrements, n’a pas été épargné. Ces révélations ont transformé une simple divergence d’opinions en une crise ouverte, où chacun cherche désormais à se protéger.

    La stratégie de l’évitement : un calcul politique risqué

    Pour Nathalie Yamb et Franklin Nyamsi, soutenir Kémi Séba aujourd’hui reviendrait à s’associer à un homme qui les méprise publiquement. Pire encore, un soutien actif pourrait les exposer à des représailles juridiques, alors que Séba fait face à un mandat d’arrêt international. Dans ce contexte, la neutralité devient une nécessité.

    « Dans ce milieu, dès que les egos s’affrontent et que les insultes fusent, c’est la loi de la jungle qui s’installe », confie un analyste en géopolitique africaine. « Kémi Séba est devenu un paria. Personne ne veut s’associer à sa chute, surtout après avoir été trahi par ses propres déclarations. »

    Une bataille judiciaire sans soutien : l’isolement de Séba

    Privé du soutien médiatique et politique de ses anciens alliés, Kémi Séba ne compte plus que sur son équipe juridique pour espérer éviter l’extradition vers le Bénin. Sa demande d’asile politique en Afrique du Sud apparaît comme une ultime tentative pour échapper à la justice béninoise.

    Le 29 avril 2026 marquera un tournant décisif pour son avenir. Même s’il devait échapper à l’extradition, les dégâts collatéraux au sein du mouvement panafricaniste sont déjà irréparables. En traitant ses alliés de « mercenaires » et de « putes de palais », Kémi Séba a scellé son propre destin. Les masques sont tombés : derrière les discours enflammés sur la fraternité africaine se cache une réalité bien plus amère, où la trahison et les intérêts personnels priment désormais sur les idéaux partagés.

  • Kémi séba : les alliances controversées d’un activiste panafricaniste en détention

    Kémi séba : les alliances controversées d’un activiste panafricaniste en détention

    Incarcéré à Pretoria suite à une arrestation pour une présumée violation des réglementations migratoires, Kémi Séba, figure emblématique du mouvement panafricaniste, clame être victime d’une persécution à caractère politique. Cependant, au-delà de cette rhétorique souverainiste, une investigation approfondie met en lumière des collaborations occultes, étonnantes et préoccupantes, s’étendant des cercles d’influence russes jusqu’aux mouvances d’extrême droite prônant le suprémacisme blanc.

    L’arrestation qui suscite l’indignation

    Depuis sa cellule sud-africaine, l’activiste Kémi Séba exprime une vive indignation. Le militant franco-béninois qualifie sa détention de « cabale » supplémentaire, qu’il attribue à ses détracteurs – notamment la France et les autorités béninoises – dans le but de restreindre sa liberté d’action. Ses partisans dénoncent un complot politique, interprétant cette incarcération comme une tentative d’étouffer la dynamique de celui qu’ils perçoivent comme le porte-parole d’une jeunesse africaine désillusionnée.

    Néanmoins, par-delà les enjeux légaux liés à son statut de visa ou à sa requête d’asile, les ramifications de ses engagements à l’échelle internationale soulèvent des interrogations que l’intéressé semble vouloir ignorer.

    L’influence du Kremlin et les tactiques de déstabilisation

    Notre investigation corrobore l’existence de relations entre Kémi Séba et les sphères d’influence russes, des liens qui dépassent désormais la simple affinité idéologique pour devenir structurels. Des documents examinés attestent de communications régulières avec des organisations affiliées à la constellation du défunt Evgueni Prigojine et au « Projet Lakhta ».

    L’objectif sous-jacent est clair : exploiter un discours anti-occidental afin de promouvoir les ambitions géopolitiques de Moscou sur le continent africain. En contrepartie d’un appui logistique et financier, Séba opérerait comme un vecteur d’influence, convertissant les frustrations post-coloniales en un levier de déstabilisation au bénéfice de la Fédération de Russie.

    Des alliances inattendues : l’activisme panafricaniste et le suprémacisme

    De manière plus déconcertante encore, notre enquête révèle des rapprochements discrets avec des personnalités éminentes du suprémacisme blanc et de l’extrême droite radicale, tant en Europe qu’aux États-Unis. Malgré des idéologies apparemment antagonistes, un dénominateur commun les unit : l’adhésion à un séparatisme racial.

    La maxime « L’ennemi de mon ennemi est mon ami » semble orienter les interactions de Séba avec des idéologues du « Grand Remplacement » ou des partisans d’une ségrégation rigoureuse des populations. Ces liaisons illustrent une stratégie de « convergence des extrêmes », visant à fragiliser les systèmes démocratiques libéraux et le modèle multiculturel, y compris par des ententes avec des groupes qui perçoivent le continent africain comme intrinsèquement inférieur.

    Une manœuvre stratégique sous surveillance

    En sollicitant l’asile politique en Afrique du Sud, Kémi Séba cherche à transmuter une position légale délicate en étendard de la résistance. Cependant, les autorités sud-africaines, attentives à leur réputation sur la scène internationale et à la conformité de leur cadre migratoire, se trouvent confrontées à un épineux dilemme.

    La journée du 29 avril s’annonce décisive. Au-delà de la décision rendue par le tribunal de Pretoria, c’est l’intégrité de la figure publique qui est désormais remise en question. L’écart entre l’image du défenseur de la dignité des populations noires et celle du collaborateur de réseaux d’influence étrangers n’a, semble-t-il, jamais été aussi prononcé.

  • Le Tchad engage 1500 militaires en Haïti pour contrer la terreur des gangs

    Le Tchad engage 1500 militaires en Haïti pour contrer la terreur des gangs

    Face à la violence endémique des gangs en Haïti, le Tchad a annoncé sa participation à la force de sécurité des Nations unies avec le déploiement de 1500 soldats. Cette contribution significative vise à restaurer l’ordre dans ce pays des Caraïbes.

    La décision a été officialisée par le président tchadien, Mahamat Déby Itno, dans une communication adressée au Parlement. Il y précise que deux bataillons, chacun composé de 750 militaires, seront envoyés pour une mission d’une durée d’un an, avec un déploiement commençant dès ce mois-ci, en réponse à une sollicitation de l’ONU.

    Le président a également souligné qu’un premier contingent de 400 hommes avait déjà rejoint Haïti, qualifiant cette mission de fierté « pour le Tchad et ses forces de défense et de sécurité ».

    Cette initiative s’inscrit dans le cadre de l’élargissement de la force multinationale en Haïti, approuvé l’an dernier par le Conseil de sécurité de l’ONU. Dirigée par le Kenya, cette force, baptisée Force de répression des gangs, verra ses effectifs portés à 5500 soldats et disposera de pouvoirs étendus, notamment celui de procéder à l’arrestation de membres présumés de gangs, une capacité dont était dépourvue la mission précédente.

    La mission antérieure, lancée en 2023 avec un effectif prévu de 2500 policiers kenyans, avait en effet rencontré des difficultés majeures en raison d’un manque de personnel et de financement.

    La situation sur le terrain reste critique. Des groupes armés criminels contrôlent près de 90% de la capitale, Port-au-Prince, et de larges zones du centre du pays. Cette instabilité a culminé en 2021 avec l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse dans sa résidence. Récemment encore, une offensive du gang Gran Grif dans la ville de Petite-Rivière de l’Artibonite a causé la mort d’au moins 30 personnes, tandis que des dizaines d’autres sont portées disparues, selon les organisations de défense des droits humains.

  • Haïti : le Tchad intensifie son déploiement avec 1 500 hommes contre les gangs

    Haïti : le Tchad intensifie son déploiement avec 1 500 hommes contre les gangs

    Le Tchad s’apprête à envoyer un contingent de 1 500 militaires en Haïti, s’inscrivant dans le cadre de la Force de Répression des Gangs (FRG), une initiative mandatée par les Nations unies. Cette décision a été officialisée par le président tchadien, Mahamat Idriss Déby.

    « La contribution de l’État à cette force se fera via deux bataillons de 750 hommes chacun, atteignant un total de 1 500 effectifs. Un premier contingent de 400 soldats est déjà sur place en Haïti. »

    Mahamat Idriss Déby

    Les représentants parlementaires tchadiens, incluant députés et sénateurs, ont été informés de cette résolution par un message du chef d’État, lu par Ali Kolotou Tchaïmi, le président de l’Assemblée nationale.

    Cette nouvelle annonce fait suite à une déclaration antérieure du Tchad, datant du 24 mars, concernant l’envoi initial de 750 membres des forces de sécurité pour cette mission. Le déploiement actuel représente donc l’ajout d’un second bataillon de taille équivalente.

    Le président Déby a tenu à rappeler l’historique du Tchad en matière de participation aux coalitions internationales et aux opérations de maintien de la paix. Il a cité des exemples marquants tels que l’engagement contre le groupe jihadiste Boko Haram, les missions en République démocratique du Congo (RDC), en Côte d’Ivoire, au Mali, au Cameroun, ainsi que le rôle essentiel du Tchad au sein du G5 Sahel.

    Haïti, la nation la plus démunie du continent américain, est malheureusement rongée depuis des années par une violence endémique orchestrée par des groupes criminels. Ces derniers se livrent à des homicides, des agressions sexuelles, des pillages et des enlèvements. D’après les rapports de l’ONU, ces gangs, qui dominent la quasi-totalité de la capitale, Port-au-Prince, ont « élargi leur emprise bien au-delà de la métropole » au cours des douze derniers mois. Un récent rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, publié en mars, révèle que les violences perpétrées par ces groupes, combinées aux ripostes, ont causé la mort de plus de 5 500 personnes en Haïti entre mars 2025 et mi-janvier.

    La Force de Répression des Gangs (FRG) est une opération multinationale dont le mandat est de soutenir la police haïtienne dans sa lutte contre les organisations criminelles. Elle est conçue pour accueillir jusqu’à 5 500 membres, policiers et militaires confondus. Cette nouvelle entité succède à la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité (MMAS), précédemment dirigée par le Kenya. Il est à noter que des soldats kenyans déployés en Haïti ont été accusés d’agressions sexuelles, y compris sur des mineures.

  • Le Togo et le Sahel : une alliance risquée aux portes de l’instabilité

    Le Togo et le Sahel : une alliance risquée aux portes de l’instabilité

    L’adage ancestral sur la prudence face aux alliances périlleuses résonne avec une acuité particulière pour le Togo. En se positionnant comme un interlocuteur privilégié des régimes militaires composant l’Alliance des États du Sahel (AES), Lomé s’engage sur une voie délicate. Cette tentative d’apprivoiser le tumulte sahélien pourrait, à terme, transformer l’invité en convive malheureux de la table du danger.

    L’illusion d’une immunité togolaise

    Depuis l’escalade des crises sécuritaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger, le Togo a cultivé l’image d’un « facilitateur » indispensable. Sous le couvert d’un pragmatisme affiché, Lomé a ouvert ses portes aux juntes, s’éloignant visiblement des positions communes de la CEDEAO. Cette stratégie repose sur une hypothèse dangereuse : celle qu’une complaisance diplomatique puisse garantir une forme d’immunité face aux menaces régionales.

    Le pouvoir togolais semble croire qu’en ménageant les autorités militaires de Bamako ou de Ouagadougou, il protège efficacement sa frontière septentrionale. C’est une erreur d’analyse historique. La menace djihadiste, qui déstabilise le Sahel, ne se soucie d’aucun accord de non-agression négocié dans les enceintes diplomatiques. En relâchant la pression concertée pour un retour à l’ordre constitutionnel, le Togo alimente une instabilité qui menace inévitablement de déborder sur son propre territoire.

    Une diplomatie à courte vue

    La coopération, telle que perçue par Lomé, s’est transformée en un exercice de relations publiques. En se désolidarisant de l’Initiative d’Accra et de ses partenaires côtiers (Bénin, Côte d’Ivoire) pour adopter une approche unilatérale, le Togo fragilise gravement la défense collective.

    « On ne peut négocier avec un brasier pour qu’il s’arrête aux limites de son jardin, surtout lorsque l’on apporte du souffle à ceux qui attisent les flammes. »

    Cette politique de « bilatéralisme à tout prix » est un leurre. Les groupes terroristes actifs dans le nord du Togo n’attendent pas l’autorisation des régimes considérés comme alliés par Lomé. Au contraire, ils exploitent la désintégration progressive des États sahéliens – une situation que la diplomatie togolaise s’efforce paradoxalement de normaliser – pour étendre leur influence vers le Golfe de Guinée.

    Le coût de la désunion régionale

    En choisissant la voie de la rupture plutôt que celle de l’intégration, le Togo s’isole de ses partenaires naturels. Les conséquences sont déjà perceptibles :

    • Isolement sécuritaire accru : L’échange de renseignements vitaux avec les nations côtières se dégrade, rendant les forces de défense togolaises plus vulnérables face aux mouvements transfrontaliers.
    • Érosion de la crédibilité internationale : À force de vouloir satisfaire toutes les parties, le Togo risque de perdre sa fiabilité aux yeux de l’ensemble de la communauté internationale.
    • Asphyxie politique interne : En légitimant le modèle des « transitions » prolongées, le Togo prépare involontairement le terrain pour sa propre instabilité politique future.

    L’urgence d’une prise de conscience

    Il est impératif que Lomé réalise que la collaboration avec le Sahel ne peut se réduire à une logique de clientélisme diplomatique. Le Sahel n’est pas un terrain de jeu pour l’influence, mais un foyer de crises profondes. En continuant à cautionner les ruptures démocratiques et sécuritaires de l’AES, le Togo ne fait que reporter une échéance inéluctable.

    Les forces radicales, tout comme les régimes en difficulté, n’ont pas d’amis, seulement des intérêts. Le « petit voisin » accueillant de la côte pourrait bien devenir leur prochaine cible facile, une fois les ressources du Sahel épuisées. À vouloir jouer le rôle de pont, le Togo risque de se transformer en une simple passerelle pour l’instabilité généralisée.

  • Passeport AES : progrès et retards dans sa mise en place au Sahel

    Passeport AES : progrès et retards dans sa mise en place au Sahel

    Passeport AES : où en est son déploiement dans l’Alliance des États du Sahel ?

    Introduit pour succéder au passeport de la Cédéao, le passeport AES ambitionne de renforcer l’intégration régionale et la souveraineté des pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). Ce document biométrique, lancé officiellement en 2025, est aujourd’hui au cœur de nombreuses discussions. Pourtant, son déploiement varie considérablement selon les pays de la confédération.

    Un homme dans une foule brandit une pancarte avec l'acronyme AES

    Au Niger, le passeport de la Cédéao reste d’actualité

    Au Niger, malgré le lancement officiel du passeport AES, les Nigériens continuent de recevoir le document biométrique de la Cédéao. Plusieurs témoignages recueillis auprès de nationaux confirment cette situation. Un ressortissant nigérien, souhaitant se rendre en pèlerinage à La Mecque, a expliqué avoir obtenu un passeport Cédéao sans comprendre pourquoi celui de l’AES n’était pas disponible.

    Un autre témoignage, celui d’un Nigérien anonyme, révèle une expérience similaire : « J’ai demandé un passeport pour un voyage religieux, mais j’ai reçu un document Cédéao. Pourquoi ? Normalement, ce devrait être un passeport AES. » Les autorités nigériennes n’ont pas encore communiqué d’explication officielle sur ce retard.

    Le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte au pouvoir, a bien été enrôlé pour la carte d’identité biométrique AES en mars dernier, marquant ainsi le début officiel de sa production. Cependant, le passeport AES n’est pas encore disponible, et la société libyenne Alitisal Aljadeed a été chargée de sa fabrication.

    Au Burkina Faso et au Mali, le passeport AES est déjà une réalité

    Contrairement au Niger, le Burkina Faso et le Mali ont déjà intégré le passeport AES dans leur système administratif. Les deux pays délivrent désormais des passeports biométriques estampillés AES à leurs ressortissants.

    Au Mali, malgré quelques difficultés initiales, notamment concernant la reconnaissance du document à l’étranger, le passeport AES est désormais accepté. Un Malien vivant en France a confirmé avoir reçu son nouveau passeport biométrique, marqué du logo de l’AES, sans difficulté lors de ses déplacements.

    Passeport Cédéao du Niger

    Une transition progressive vers les nouveaux documents

    Les détenteurs de passeports Cédéao valides peuvent continuer à les utiliser jusqu’à expiration. C’est ce que confirme Mohamed, un citoyen malien ayant obtenu son passeport en 2024 : « Si je dois le renouveler, ce sera un passeport AES, car le Cédéao n’est plus délivré au Mali. »

    Le passeport AES se distingue par son niveau de sécurité élevé, intégrant une puce électronique et une page en polycarbonate, conformément aux normes de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Il symbolise la volonté des pays de l’AES de marquer leur souveraineté et leur indépendance vis-à-vis de la Cédéao.

    Depuis leur retrait de la Cédéao, les autorités du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont lancé une refonte complète de leurs pièces d’identité. Outre le passeport, une Carte nationale d’identité biométrique (CNIB-AES) est également en cours de déploiement, avec une production massive prévue en 2026.

    Points clés à retenir

    • Le passeport AES est déjà disponible au Burkina Faso et au Mali, mais pas encore au Niger.
    • Les passeports Cédéao restent valides jusqu’à expiration, même dans les pays de l’AES.
    • Le passeport AES intègre des technologies de pointe pour lutter contre la fraude.
    • La Carte nationale d’identité biométrique (CNIB-AES) est en cours de généralisation.
    Un passeport de l'AES

    Le déploiement du passeport AES reflète les ambitions des pays de l’AES de renforcer leur autonomie et leur intégration régionale. Cependant, les disparités dans son déploiement soulèvent des questions sur les défis logistiques et politiques qui persistent.

  • Togo et Sahel : une stratégie diplomatique en pleine évolution

    Togo et Sahel : une stratégie diplomatique en pleine évolution

    Togo et Sahel : une stratégie diplomatique en pleine évolution

    Le Togo renforce son positionnement sur l’échiquier régional en Afrique de l’Ouest. Le pays a récemment officialisé une nouvelle phase de sa stratégie pour le Sahel, un territoire marqué par une montée des violences terroristes et des transitions politiques tumultueuses. Cette initiative, présentée comme un moyen de servir de pont entre les régimes militaires du Mali, du Niger et du Burkina Faso et la communauté internationale, vise à concilier médiation régionale et sécurisation des intérêts nationaux.

    Place de la Confédération des États du Sahel à Bamako, Mali

    Une approche structurée en trois axes stratégiques

    Robert Dussey, ministre togolais des Affaires étrangères, a détaillé les trois piliers qui fondent cette nouvelle stratégie. Le premier s’articule autour du renforcement de la coopération régionale afin de préserver la paix et la stabilité dans l’espace ouest-africain. Cette collaboration s’avère cruciale face à l’expansion des groupes armés et aux défis sécuritaires persistants.

    Le second axe repose sur la promotion des conditions propices à la stabilisation politique. Lomé mise sur des initiatives visant à faciliter le retour à l’ordre constitutionnel dans les pays dirigés par des juntes militaires, tout en évitant une détérioration supplémentaire de la situation sécuritaire.

    Enfin, le troisième pilier concerne le soutien aux processus de normalisation. Le Togo entend jouer un rôle actif dans la recherche de solutions durables pour les pays confrontés à des crises politiques et sécuritaires simultanées.

    Soldats de l'armée togolaise lors d'une opération

    Des succès relatifs mais une vision contestée

    Jean Emmanuel Gnagnon, enseignant-chercheur à l’Université de Lomé et spécialiste des crises sécuritaires, salue les progrès accomplis par le Togo. Selon lui, le pays a réussi à limiter la propagation des groupes armés vers le sud et à éviter une implantation durable des cellules terroristes sur son territoire. Ces actions ont également permis de renforcer la présence sécuritaire du Togo dans la sous-région, un atout face à des voisins plus exposés aux menaces.

    Néanmoins, l’expert reconnaît que les phases précédentes n’ont pas mis fin à la crise, mais ont offert un sursis précieux et consolidé les capacités nationales pour éviter un scénario catastrophe.

    Des critiques sur l’efficacité de la diplomatie togolaise

    Malgré ces avancées, des voix s’élèvent pour questionner l’impact réel de la stratégie togolaise. Madji Diabakaté, politologue, adopte une position plus sceptique. Il compare l’ambition du Togo à celle de la grenouille défiant le bœuf dans un conte populaire. Selon lui, les deux principaux enjeux du Sahel – l’insécurité et la restauration de la démocratie – n’ont guère évolué depuis les coups d’État. Pire encore, il estime que l’engagement du Togo a pu affaiblir la Cédéao en soutenant les régimes militaires responsables de la crise.

    Cette prise de position reflète un débat plus large au sein de la société togolaise. Une partie de la population considère que le gouvernement devrait d’abord stabiliser la situation politique intérieure avant de s’impliquer dans les affaires régionales. Cette critique souligne les tensions entre les ambitions internationales du Togo et les défis internes persistants.

    Une diplomatie axée sur les intérêts communs

    Robert Dussey défend quant à lui une approche pragmatique, fondée sur des relations constructives avec les partenaires régionaux et internationaux. L’objectif affiché est de promouvoir les intérêts communs tout en maintenant un équilibre entre médiation et réalisme politique. Cette stratégie, bien que controversée, positionne le Togo comme un acteur clé dans la gestion des crises sahéliennes.

    En définitive, la nouvelle phase de la stratégie togolaise pour le Sahel s’inscrit dans une logique de diplomatie proactive. Entre avancées sécuritaires, défis politiques et critiques internes, l’engagement du Togo dans la région reste un sujet de réflexion pour les observateurs et les acteurs du continent africain.

  • Répression de la société civile au Burkina Faso : la junte muselle les voix indépendantes

    Répression de la société civile au Burkina Faso : la junte muselle les voix indépendantes

    Le gouvernement militaire du Burkina Faso durcit son emprise sur la société civile en multipliant les mesures répressives. Législation restrictive, pressions administratives et sanctions ciblées visent désormais les organisations locales et internationales, selon les alertes conjointes de Human Rights Watch, de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et de l’Observatoire KISAL. Ces entités appellent à l’arrêt immédiat de ces pratiques et au respect des libertés fondamentales.

    dissolution massive de 118 organisations : une attaque frontale contre la société civile

    Le 15 avril 2026, le ministre de l’administration territoriale et de la mobilité a annoncé la dissolution de 118 associations, dont une majorité œuvrait pour la défense des droits humains. Cette décision s’appuie sur une loi de juillet 2025 encadrant la liberté d’association, mais sans justification claire. Seules des allusions floues à un prétendu non-respect de cette réglementation ont été évoquées.

    Binta Sidibé Gascon, Présidente de l’Observatoire Kisal, dénonce un « dernier acte d’une junte déterminée à étouffer toute dissidence et à masquer son bilan désastreux en matière de droits humains ». Elle ajoute que cette mesure instaure un climat de peur paralysant l’activité civique indépendante.

    une répression systématique depuis le coup d’état de 2022

    Depuis le putsch militaire de septembre 2022, les autorités ciblent sans relâche les ONG, les médias indépendants, les défenseurs des droits humains et toute forme de contestation pacifique. Cette répression s’inscrit dans un contexte de crise sécuritaire persistante, marquée par la présence de groupes armés islamistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Des dizaines d’organisations et de médias, tant locaux qu’internationaux, ont été suspendus, interdits ou expulsés sous des prétextes administratifs flous ou en représailles à des critiques formulées à l’encontre du régime.

    Parmi les cibles figurent des structures actives comme l’Action des Chrétiens contre la Torture (ACAT) ou la Coalition Burkinabè pour les droits des femmes (CBDF), pourtant conformes aux exigences légales de la loi de 2025. Cette loi impose un délai d’un an pour se mettre en conformité, un délai qui n’est pas encore échu.

    Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior chez Human Rights Watch, souligne le caractère juridiquement contestable de ces dissolutions : « L’ampleur de cette mesure est l’un des coups les plus brutaux portés à la société civile depuis le coup d’état. Elle envoie un message terrifiant à l’ensemble des acteurs indépendants ».

    une loi liberticide au service d’un contrôle accru

    La loi de juillet 2025, présentée comme un outil de régulation des organisations à but non lucratif pour lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, étend en réalité le contrôle gouvernemental sur le secteur. Elle impose des obligations lourdes qui entravent le travail humanitaire et de développement. Les organisations étrangères, par exemple, doivent nommer des ressortissants burkinabè à des postes clés, les exposant à des risques personnels. Cette contrainte est aggravée par une disposition du Code de la famille de septembre 2025, autorisant le retrait de la nationalité burkinabè pour quiconque jugé contraire aux intérêts de l’État, créant un risque d’apatridie.

    En avril 2026, le gouvernement a menacé de sanctions « fermement » les ONG qu’il accuse d’être des « officines impérialistes déguisées », en réaction à un rapport de Human Rights Watch dénonçant des crimes de guerre et contre l’humanité commis par toutes les parties au conflit depuis 2023.

    des entraves administratives pour museler la recherche et l’aide humanitaire

    Fin 2025, de nouvelles barrières ont été instaurées. Les organisations doivent désormais obtenir un « visa statistique » avant de mener des enquêtes ou des recherches. Ce processus, coûteux et chronophage, selon un travailleur humanitaire interrogé, « paralyse la collecte et l’analyse indépendante des données dans un contexte déjà très fermé ».

    Entre juin et juillet 2025, près de 20 ONG étrangères, dont Comunità di Sant’Egidio, Diakonia, Geneva Call et le Tony Blair Institute, ont vu leurs licences suspendues ou révoquées pour des raisons procédurales peu claires, souvent liées à l’« obligation de signature de la convention d’établissement ».

    ciblage des individus : arrestations, expulsions et enrôlements forcés

    La répression s’étend aux acteurs individuels de la société civile. Depuis 2022, plus de 70 travailleurs humanitaires, majoritairement burkinabè, ont été détenus, selon les médias internationaux. En août 2025, Carol Flore-Smereczniak, principale représentante des Nations unies au Burkina Faso, a été expulsée et déclarée persona non grata après la publication d’un rapport de l’ONU sur les violations des droits des enfants.

    En 2025, huit membres du personnel de l’International Group Safety Organization (INSO), une ONG néerlandaise spécialisée dans la sécurité humanitaire, ont été arrêtés et accusés d’espionnage et de trahison avant d’être finalement libérés en décembre. Ces accusations, infondées selon plusieurs observateurs, illustrent la stratégie de criminalisation des défenseurs des droits humains.

    Les autorités exploitent également le décret de mobilisation générale d’avril 2023, une loi d’urgence, pour enrôler de force des journalistes, militants et membres de la société civile dans l’armée. Ces enrôlements illégaux visent à réduire les voix critiques et à renforcer les rangs militaires. Entre juillet et octobre 2025, six journalistes et trois militants ont été libérés, mais d’autres, comme le journaliste d’investigation Serge Oulon, restent portés disparus, suscitant de vives inquiétudes quant à leur sort.

    un bilan en violation du droit international

    Le droit international protège les libertés d’expression et d’association, garantissant aux individus et aux groupes le droit d’agir sans ingérence. Les restrictions imposées par le Burkina Faso ne respectent pas les critères de nécessité, de proportionnalité et de non-discrimination, selon les quatre organisations signataires. Drissa Traoré, Secrétaire général de la FIDH, rappelle que « une société civile forte et indépendante est un rempart contre les abus de pouvoir et donne une voix aux communautés marginalisées ». Il appelle les autorités à permettre aux organisations de travailler librement et à garantir les droits fondamentaux de chacun.

  • Le Togo renforce sa position de médiateur clé au Sahel

    Le Togo renforce sa position de médiateur clé au Sahel

    Le Togo mise sur sa stratégie géopolitique pour relancer le dialogue au Sahel

    Le Togo a dévoilé sa stratégie de sécurité et de dialogue pour le Sahel lors d’un sommet de haut niveau organisé à Lomé. Cette rencontre a rassemblé des représentants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Alliance des États du Sahel (AES), ainsi que des émissaires internationaux, notamment de la France et de l’Union européenne.

    L’objectif principal de cette initiative est de rétablir un dialogue constructif avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Ces pays ont récemment pris leurs distances avec la CEDEAO et leurs partenaires occidentaux, privilégiant une coopération accrue avec la Russie.

    Une médiation togoise pour apaiser les tensions régionales

    Le Togo, fort de son expertise en médiation et de sa position géographique stratégique, se positionne comme un acteur clé pour favoriser la stabilité dans la région. « Le Togo est prêt à mettre son savoir-faire diplomatique et sa position régionale au service de la paix, en servant de pont entre le Sahel et la communauté internationale », a déclaré Robert Dussey, ministre des Affaires étrangères du Togo.

    La stratégie togoise pour le Sahel, prévue pour la période 2026-2028, s’articule autour de cinq axes majeurs :

    • Renforcement du dialogue politique avec l’AES pour désamorcer les tensions;
    • Coopération régionale et internationale pour une approche concertée;
    • Lutte contre le terrorisme et sécurisation des frontières;
    • Intégration économique régionale pour stimuler la croissance;
    • Soutien à la stabilité des États voisins face à la menace jihadiste.

    Les représentants de l’AES ont salué cette initiative et manifesté leur intérêt pour une collaboration renforcée. « La coopération sécuritaire doit passer par la fin de l’accueil de forces étrangères hostiles qui menacent la stabilité des pays voisins », a souligné Abdoulaye Diop, ministre malien des Affaires étrangères.

    Les trois pays de l’AES subissent une violence jihadiste croissante, avec des groupes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique qui ont causé des milliers de victimes. Ces groupes étendent désormais leur influence vers des États côtiers comme le Togo et le Bénin, accentuant les défis sécuritaires dans la région.