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  • Junte du Burkina Faso frappe l’organisation étudiante majeure et son dirigeant

    Junte du Burkina Faso frappe l’organisation étudiante majeure et son dirigeant

    L’entrée de l’université Thomas Sankara, située près de Ouagadougou, photographiée en octobre 2021.

    Les autorités de la transition au Burkina Faso viennent de prendre une décision radicale en suspendant les activités de l’organisation étudiante la plus influente du pays. Cette mesure s’accompagne de l’arrestation de son principal dirigeant, marquant un tournant dans le paysage politique et social du pays.

    La junte au pouvoir a justifié sa décision par des raisons de sécurité nationale et de stabilité institutionnelle. Les autorités n’ont pas encore précisé la durée de cette suspension, mais cette initiative suscite déjà de vives réactions parmi les acteurs de la société civile et les représentants des étudiants.

    Les motifs invoqués par les autorités

    D’après les communiqués officiels, la suspension de l’organisation étudiante s’appuie sur des accusations de déstabilisation et de menaces à l’ordre public. Les dirigeants de la junte ont pointé du doigt des mouvements contestataires jugés trop virulents, notamment dans le secteur de l’éducation.

    L’arrestation du leader étudiant, figure emblématique des revendications récentes, a été présentée comme une nécessité pour restaurer le calme dans les universités. Les autorités ont souligné que cette action s’inscrivait dans une logique de protection des institutions contre des influences extérieures jugées néfastes.

    Réactions et conséquences immédiates

    Dès l’annonce de cette décision, des manifestations spontanées ont éclaté dans plusieurs campus universitaires, en particulier à Ouagadougou. Les étudiants dénoncent une atteinte aux libertés fondamentales et réclament la libération immédiate de leur représentant.

    Les syndicats enseignants et les associations de défense des droits humains ont également réagi avec fermeté. Ils dénoncent une dérive autoritaire et appellent à un dialogue national pour éviter une escalade des tensions. Certains craignent que cette mesure ne fragilise davantage la cohésion sociale dans un contexte déjà marqué par des défis sécuritaires majeurs.

    Un climat politique sous haute tension

    Cette décision intervient dans un contexte où le Burkina Faso traverse une période de profondes mutations politiques. La junte, arrivée au pouvoir après des mois d’instabilité, tente de consolider son autorité face à des groupes armés qui menacent la stabilité du pays.

    Les observateurs s’interrogent sur l’impact de cette crise sur le processus de transition démocratique. Certains y voient une tentative de museler toute opposition, tandis que d’autres estiment que cette mesure pourrait exacerber les frustrations au sein de la jeunesse burkinabè.

    Reste à savoir comment les autorités de la transition parviendront à concilier sécurité et libertés dans un paysage politique aussi complexe.

  • Diplomatie nigéro-béninoise : vers une réouverture de la frontière ?

    Diplomatie nigéro-béninoise : vers une réouverture de la frontière ?

    La réouverture de la frontière entre le Niger et le Bénin, fermée depuis trois ans, pourrait s’accélérer après la visite officielle du Premier ministre nigérien Ali Lamine Zeine à Cotonou. L’événement, marqué par la participation du chef du gouvernement nigérien à l’investiture du président béninois Romuald Wadagni, a relancé le dialogue direct entre les deux capitales. Ali Lamine Zeine a évoqué, devant ses homologues béninois, l’ouverture d’une « nouvelle page » dans les relations bilatérales, un message interprété comme le début d’un dégel après des mois de tensions consécutifs au coup d’État de juillet 2023.

    Le poste-frontière de Malanville, principal corridor commercial reliant les deux pays, avait été fermé dans le contexte des sanctions imposées par la Cédéao contre le régime militaire nigérien. Depuis, les échanges commerciaux, autrefois fluides, ont été redirigés vers des itinéraires détournés via le Burkina Faso et le Togo. Résultat : une hausse vertigineuse des coûts logistiques pour les entreprises des deux pays, qui pèse sur les économies locales.

    Un impact économique dévastateur pour les deux pays

    Le port de Cotonou jouait un rôle clé dans l’économie nigérienne, pays enclavé, en servant de porte d’entrée maritime pour les importations et exportations. Sa fermeture a eu des répercussions immédiates : pertes de recettes douanières pour le Bénin et difficultés d’approvisionnement pour Niamey, aggravées par la suspension de l’exploitation du pipeline reliant le champ pétrolier d’Agadem au terminal béninois de Sèmè-Kpodji. Ce différend, lié à un partenariat avec la China National Petroleum Corporation (CNPC), avait cristallisé les tensions en 2024.

    Les populations frontalières, dont les moyens de subsistance dépendent du commerce transfrontalier, subissent de plein fouet cette fermeture. Les transporteurs et commerçants informels ont dû emprunter des routes secondaires, favorisant un marché parallèle difficile à réguler. L’économiste Olivier Vallée, ancien conseiller technique au Niger, souligne que la réouverture de Malanville apporterait un soulagement immédiat aux ménages des deux côtés de la frontière.

    La sécurité, obstacle persistant à un rapprochement

    Malgré les signaux positifs, la question sécuritaire reste un frein majeur. Le Bénin fait face à une recrudescence des activités des groupes armés affiliés à l’État islamique au Sahel et au JNIM dans le nord du pays, notamment dans les parcs nationaux du W et de la Pendjari. Les autorités béninoises craignent qu’une réouverture précipitée de Malanville ne facilite le passage d’individus armés ou le réapprovisionnement logistique des cellules terroristes présentes dans la zone des trois frontières.

    De son côté, Niamey garde une méfiance tenace envers Cotonou, accusant les autorités béninoises d’abriter des éléments hostiles à son régime après le coup d’État de 2023. Les autorités nigériennes évoquent régulièrement la présence de bases d’entraînement sur le sol béninois, une allégation catégoriquement démentie par Cotonou. Ce climat de défiance mutuelle explique pourquoi, selon Olivier Vallée, les craintes d’infiltrations — qu’elles soient jihadistes ou politiques — persistent des deux côtés.

    Une réouverture sous haute surveillance

    L’arrivée de Romuald Wadagni à la tête du Bénin pourrait accélérer les négociations. Ancien ministre des Finances et figure respectée des partenaires internationaux, il hérite d’un dossier où les impératifs économiques plaident pour une normalisation rapide. La reprise des exportations de pétrole nigérien via le terminal de Sèmè-Kpodji représente, en effet, un enjeu financier colossal pour les deux États, estimé à plusieurs centaines de milliards de francs CFA par an.

    Les modalités de la réouverture restent cependant à définir. Plusieurs étapes clés devront être franchies : mise en place de contrôles renforcés à Malanville, possible relance d’une commission mixte de sécurité et régularisation du statut des ressortissants bloqués depuis 2023. Par ailleurs, le retrait du Niger de la Cédéao, aux côtés du Mali et du Burkina Faso, pour former la Confédération des États du Sahel, ajoute une complexité supplémentaire à ce processus. Malgré ces défis, la rencontre entre les deux dirigeants à Cotonou marque le premier geste politique concret depuis le début de la crise.

  • Répression au Burkina Faso : l’ugb suspendue et son président interpellé

    Répression au Burkina Faso : l’ugb suspendue et son président interpellé

    Une décision brutale contre la principale organisation étudiante du Burkina Faso

    Le pouvoir militaire burkinabè vient de frapper un grand coup contre la contestation estudiantine. Dans un communiqué officiel rendu public mercredi, les autorités ont annoncé la suspension immédiate de l’Union générale des étudiants du Burkina Faso (Ugeb), l’organisation étudiante la plus influente du pays, pour une durée initiale de trois mois, renouvelable. L’accusation portée contre elle ? « Apologie du terrorisme», une formulation vague qui ouvre la voie à toutes les interprétations.

    Manifestation étudiante au Burkina Faso

    Une vague d’arrestations ciblant les figures de la contestation

    Les autorités n’ont pas attendu pour passer à l’action. Dans la nuit de lundi à mardi, une dizaine de membres de l’Ugeb, dont son président Wilfried Bazo, ont été arrêtés à leur siège à Ouagadougou par des individus en civil armés. Selon l’organisation, plusieurs étudiants auraient été « emmenés vers une destination inconnue», sans que leurs proches ne puissent obtenir la moindre information. L’Ugeb dénonce sans détour des « violations graves des libertés fondamentales » et exige la libération immédiate de ses membres.

    Des tensions qui s’aggravent face à l’insécurité persistante

    Cette décision s’inscrit dans un contexte de durcissement sans précédent du régime dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir après un coup d’État en septembre 2022. Depuis plusieurs semaines, les associations, qu’elles soient politiques, syndicales ou communautaires, sont dans le viseur des autorités. Près d’un millier d’organisations ont déjà été dissoutes ou suspendues sous prétexte d’une nouvelle loi sur les libertés associatives, jugée liberticide par de nombreux observateurs.

    L’Ugeb, de son côté, avait récemment publié un communiqué percutant dénonçant les atteintes répétées aux libertés démocratiques, syndicales et politiques commises au nom de la lutte antiterroriste. Le mouvement étudiant pointait du doigt l’incapacité criante du gouvernement à garantir la sécurité de la population, alors que les attaques jihadistes s’intensifient dans plusieurs régions du pays.

    Une enquête judiciaire lancée contre l’organisation

    Le procureur du Faso a annoncé, mercredi également, l’ouverture d’une enquête visant les « écrits et propos » attribués à l’Ugeb. Une procédure qui risque de servir de prétexte pour étouffer toute velléité de contestation. Les organisations de défense des droits humains, comme Human Rights Watch, tirent la sonnette d’alarme : cette suspension s’inscrit dans une stratégie délibérée de musèlement de la société civile et des voix critiques. « Réduire les étudiants au silence ne résoudra ni la crise sécuritaire ni les défis de gouvernance que traverse le Burkina Faso», rappelle l’ONG.

    Un climat politique de plus en plus répressif

    Cette affaire illustre la radicalisation du pouvoir en place, qui n’hésite plus à utiliser des mesures d’exception pour étouffer toute opposition. Entre suspensions massives, arrestations arbitraires et restrictions des libertés, le régime semble déterminé à imposer une main de fer, quitte à sacrifier les principes démocratiques les plus élémentaires. La question reste entière : jusqu’où ira cette politique de répression avant que la société civile ne se mobilise massivement ?

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  • Menace djihadiste à Bamako pour l’aïd al-kébir 2026

    Menace djihadiste à Bamako pour l’aïd al-kébir 2026

    menace djihadiste à Bamako pour l’aïd al-kébir 2026

    La fête de l’Aïd al-Kébir, célébrée mercredi soir dans tout le Mali, s’est déroulée sous haute tension. Les autorités militaires, encore ébranlées par l’attaque du 25 avril dernier qui a coûté la vie au ministre de la Défense Sadio Camara, craignent un « assaut final » sur Bamako. Cette menace émane du Groupe de Soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM), qui multiplie les actions symboliques lors des célébrations religieuses pour renforcer son influence.

    Les groupes armés, bien connus pour frapper lors des moments clés comme l’Aïd, misent sur l’impact psychologique de leurs attaques. Cette année, leur stratégie semble porter ses fruits : le bétail, essentiel pour la traditionnelle viande de Tabaski, est devenu inaccessible pour de nombreux foyers. Dans les zones rurales, les djihadistes prélèvent des taxes sous forme de troupeaux, tandis qu’à Bamako, ils ont imposé un boycott économique, déjà observé dans certaines régions du Burkina Faso et d’autres localités maliennes. Les forces de sécurité maintiennent malgré tout l’ouverture des axes routiers, limitant partiellement l’impact de cette mesure.

    La situation est tout aussi tendue à Niamey, où les prix des moutons ont explosé en raison des incessantes attaques des groupes armés. Le Groupe de Soutien à l’Islam et aux musulmans et l’État islamique au Sahel ont intensifié leurs opérations dans l’ouest du Niger, une zone stratégique pour l’approvisionnement en bétail. Ces groupes profitent de la mobilisation des troupes nigériennes vers le nord pour reprendre Kidal, créant un appel d’air pour leurs actions déstabilisatrices.

    Les autorités locales et les populations, habituées aux difficultés, doivent cette fois composer avec une pression supplémentaire : l’impossibilité d’acquérir des moutons pour la fête, un symbole fort de la tradition musulmane. Les marchés, déjà fragilisés par l’inflation et l’insécurité, peinent à répondre à la demande, tandis que les habitants doivent se contenter de solutions alternatives pour célébrer cette occasion sacrée.

  • Tensions croissantes au Burkina Faso après des mesures contre les libertés

    Tensions croissantes au Burkina Faso après des mesures contre les libertés

    politiqueBurkina Faso

    Tensions croissantes au Burkina Faso après des mesures contre les libertés

    L’interpellation controversée d’un prédicateur influent et la suspension d’un syndicat étudiant soulèvent des questions sur la gestion des libertés fondamentales par les autorités.

    Mocou 2025 | Vladimir Poutine rencontre Ibrahim Traoré à l'occasion du 80e anniversaire de la victoire, le 10 mai 2025

    L’arrestation de l’imam Mohamed Ishaq Kindo, figure religieuse majeure au Burkina Faso, a provoqué une onde de choc. Interpellé la veille de la fête de Tabaski, son interpellation reste entourée de mystère. Aucune communication officielle n’a été publiée pour expliquer les raisons de cette mesure musclée.

    Des témoins présents sur place rapportent une intervention musclée : des forces de l’ordre encagoulées et lourdement armées ont encerclé la zone vers 14 heures, déclenchant des heurts avec des fidèles. Plusieurs personnes ont été blessées lors de ces affrontements.

    Le climat politique est particulièrement tendu depuis des semaines, en raison d’un projet de loi controversé sur les libertés religieuses. Ce texte vise à renforcer la laïcité de l’État, encadrer les lieux de culte dans les services publics et limiter certaines dérives. Cependant, il suscite une opposition farouche, notamment de la part d’associations musulmanes, qui réclament son retrait pur et simple.

    Quelques jours avant son arrestation, l’imam Kindo avait diffusé un message audio percutant. Il y invitait les autorités à « réfléchir profondément aux conséquences de leurs décisions avant d’agir », un discours qui semble avoir précipité les événements.

    À Ouagadougou, une manifestation de soutien à l’imam a été violemment dispersée à coups de gaz lacrymogènes, ajoutant à la tension ambiante.

    Cette affaire n’est pas isolée. Fin mars, l’imam Mahmoud Barro avait également disparu après avoir critiqué ouvertement le même projet de loi.

    Autre symbole de la répression en cours : la suspension de l’Union générale des étudiants burkinabè (Ugeb). Accusée d’« apologie du terrorisme », cette organisation est désormais sous le coup d’une suspension de trois mois, renouvelable. La publication incriminée dénonçait l’« incapacité flagrante » des autorités à garantir la sécurité et à tenir leurs promesses.

    Des sanctions dénoncées par les défenseurs des droits humains

    Human Rights Watch (HRW) rappelle le rôle historique de l’Ugeb, fondée en 1960. L’organisation la présente comme « un acteur clé dans la défense des droits étudiants et un porte-voix essentiel pour la transparence et la justice sociale ».

    Un procureur de Ouagadougou a annoncé l’ouverture d’une enquête visant « l’auteur ou les auteurs » de la publication incriminée. Un Burkinabè en exil, cité par HRW, met en garde : cette affaire illustre selon lui la « soumission croissante du système judiciaire à l’agenda politique et sécuritaire de la junte ».

    L’ONG exige l’abandon immédiat des sanctions contre l’Ugeb et appelle à « mettre fin à la répression des voix indépendantes et des libertés fondamentales ». Pour HRW, « museler les étudiants ne résoudra pas la crise sécuritaire et institutionnelle qui s’aggrave au Burkina Faso, notamment face à la montée des violences perpétrées par des groupes armés ».

    Il y a un mois, la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) avait également interpellé les autorités burkinabè, les exhortant à « garantir les droits et libertés fondamentaux de chaque citoyen ». Pourtant, force est de constater que ces appels restent sans écho. Au contraire, la peur s’installe progressivement dans la société.

    Les journalistes peinent désormais à obtenir des réponses, les sources se faisant de plus en plus rares. Pourtant, la contestation persiste, notamment à travers les réseaux sociaux et dans l’intimité des foyers burkinabè.

  • Sénégal : une crise politique et sociale qui interroge

    Sénégal : une crise politique et sociale qui interroge

    Sénégal : une crise politique et sociale qui interroge

    Le Sénégal traverse une période de profondes tensions politiques et sociales. Depuis le 22 mai 2026, le pays est marqué par des bouleversements institutionnels majeurs. Le président Bassirou Diomaye Faye a en effet destitué son premier ministre, Ousmane Sonko, figure centrale de son mouvement. Par ailleurs, Ousmane Sonko a été élu président de l’Assemblée nationale le 26 mai 2026, un événement qui accentue encore les divisions au sein du paysage politique sénégalais.

    Ces remous politiques s’accompagnent d’une montée des tensions sociétales. En mars 2026, une loi controversée a été adoptée, durcissant significativement les sanctions contre l’homosexualité. Cette mesure a suscité de vives réactions au sein de la société sénégalaise, alimentant un débat déjà intense sur les droits humains et la liberté individuelle.

    un pays sous tension : entre divisions politiques et questions sociétales

    Les récents événements politiques au Sénégal illustrent une fracture croissante au sein de la classe dirigeante. Le limogeage du premier ministre Ousmane Sonko par le président Bassirou Diomaye Faye a révélé des tensions internes au sein du pouvoir exécutif. Ces divisions pourraient affaiblir la stabilité institutionnelle du pays, déjà fragilisée par des années de luttes politiques intenses.

    Parallèlement, la société sénégalaise est elle aussi en ébullition. La loi adoptée en mars 2026 contre l’homosexualité a provoqué une vague de protestations et de critiques, tant au niveau national qu’international. Cette mesure, perçue par certains comme une régression des droits humains, a ravivé les tensions entre conservateurs et progressistes au sein du pays.

    les enjeux d’une crise aux multiples visages

    La situation actuelle au Sénégal soulève plusieurs questions cruciales pour l’avenir du pays. Sur le plan politique, la capacité du président Bassirou Diomaye Faye à maintenir la cohésion gouvernementale et à apaiser les tensions avec son ancien allié, Ousmane Sonko, sera déterminante. Une collaboration difficile entre ces deux figures pourrait plonger le pays dans une impasse institutionnelle prolongée.

    Sur le plan sociétal, la loi contre l’homosexualité divise profondément la population. Si certains y voient une protection des valeurs traditionnelles, d’autres dénoncent une violation des droits fondamentaux et une instrumentalisation de la législation à des fins politiques. Ces débats reflètent les tensions plus larges entre modernité et conservatisme qui traversent le Sénégal.

    vers une escalade ou une résolution ?

    Les prochaines semaines seront déterminantes pour le Sénégal. Les observateurs s’interrogent sur l’évolution de la crise politique : ira-t-elle vers une escalade ou, au contraire, vers une recherche de compromis entre les différentes forces en présence ? Quant aux tensions sociétales, elles pourraient s’aggraver si la loi contre l’homosexualité venait à être appliquée de manière plus stricte ou à être contestée par des mouvements citoyens.

    Dans ce contexte incertain, le Sénégal doit faire face à un double défi : préserver sa stabilité politique et répondre aux aspirations de sa population en matière de droits et de libertés. Les prochains mois diront si le pays parviendra à surmonter cette crise ou si, au contraire, elle ouvrira la voie à des bouleversements encore plus profonds.

  • Crise sécuritaire au Mali : entre instabilité et résilience du pouvoir

    Crise sécuritaire au Mali : entre instabilité et résilience du pouvoir

    Le Mali traverse une période d’une gravité exceptionnelle, marquée par une escalade sans précédent de la violence. Les événements du 25 avril 2026 ont révélé une menace sécuritaire d’une ampleur inédite depuis le début de la crise en 2012. Des attaques coordonnées, des prises de villes stratégiques et des cibles symboliques ont illustré la détermination des groupes armés, fusionnant désormais les forces jihadistes et indépendantistes en une alliance redoutable.

    Parmi les victimes de cette journée noire figure le ministre de la Défense, dont la disparition a ébranlé les fondations mêmes de l’État malien. Cette perte, couplée à la chute de positions clés comme Kidal, a exposé la vulnérabilité des institutions face à cette coalition inédite. Pourtant, malgré l’onde de choc, les structures du pouvoir n’ont pas cédé, résistant à l’effondrement annoncé par certains observateurs.

    Un samedi historique : l’offensive éclair du 25 avril

    La date du 25 avril restera gravée dans l’histoire récente du Mali comme un jour de rupture. En l’espace de quelques heures, plusieurs villes ont été prises d’assaut par des groupes armés déterminés. Les attaques, d’une précision chirurgicale, visaient des infrastructures militaires et des symboles de l’autorité étatique. Kidal, bastion stratégique dans le nord du pays, a été l’une des premières cibles, passant sous contrôle des assaillants avant même que les forces gouvernementales ne puissent réagir efficacement.

    Les témoignages recueillis sur place décrivent un chaos organisé, où les milices, renforcées par des jihadistes aguerris, ont exploité les failles du dispositif sécuritaire. Les mercenaires du groupe Africa Corps, encore présents quelques semaines auparavant, n’ont pas suffi à contenir l’avancée ennemie. Leur retrait, combiné à la désorganisation des troupes locales, a créé un vide que les assaillants n’ont pas manqué de combler.

    L’émergence d’une alliance redoutable

    Ce qui distingue cette offensive des précédentes, c’est la coalescence entre groupes jihadistes et indépendantistes. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) a joint ses forces à celles du Front de libération de l’Azawad (FLA), un mouvement indépendantiste historique. Cette union, longtemps suspectée, est désormais une réalité tangible, avec des conséquences dramatiques pour la stabilité régionale.

    Les experts s’accordent à dire que cette alliance repose sur une complémentarité tactique. D’un côté, les jihadistes apportent une expertise en guérilla et en attaques-suicides, tandis que les indépendantistes fournissent un ancrage local et une connaissance approfondie du terrain. Ensemble, ils forment une force hybride capable de défier les armées conventionnelles.

    Les conséquences de cette fusion sont immédiates : les zones sous contrôle gouvernemental se réduisent comme peau de chagrin, tandis que les groupes armés étendent leur emprise sur des territoires autrefois considérés comme sécurisés. À Kidal, par exemple, les nouveaux maîtres des lieux ont rapidement instauré leur propre ordre, marquant ainsi la fin de toute influence étatique dans la région.

    Le pouvoir en sursis : entre résistance et adaptation

    Face à cette crise, les autorités maliennes se retrouvent dans une position délicate. Le président Assimi Goïta, en poste depuis plusieurs années, doit désormais gérer une équation complexe : comment stabiliser un pays en proie à des menaces multiples, tout en évitant un effondrement total ? Les appels à la résistance se multiplient, mais les moyens manquent cruellement.

    Les forces armées maliennes, déjà affaiblies par des années de combats et de désertions, peinent à se réorganiser. Les désertions se poursuivent, alimentées par des conditions de vie précaires et un sentiment croissant d’abandon de la part de l’État. Les rapports faisant état de pertes humaines et matérielles colossales se succèdent, soulignant l’urgence d’une réponse coordonnée.

    Dans ce contexte, les partenaires internationaux du Mali sont appelés à jouer un rôle clé. Les missions de maintien de la paix, bien que controversées, restent une bouée de sauvetage pour un gouvernement aux abois. Cependant, leur efficacité est régulièrement remise en question, notamment en raison des lenteurs bureaucratiques et des divergences politiques entre les pays contributeurs.

    Les défis de la reconstruction et de la confiance

    Au-delà des combats, c’est la question de la reconstruction qui se pose avec acuité. Les villes reprises aux groupes armés, comme Kidal, nécessitent des investissements massifs pour restaurer les services de base et redonner espoir aux populations locales. Les infrastructures détruites, les écoles fermées et les hôpitaux pillés sont autant de symboles d’un État en déliquescence.

    Mais la tâche la plus ardue reste la restauration de la confiance entre les autorités et les citoyens. Les Maliens, épuisés par des décennies de conflits, aspirent à la paix et à la stabilité. Pourtant, les promesses de dialogue et de réconciliation peinent à se concrétiser. Les divisions ethniques et politiques, attisées par des années de violence, compliquent considérablement les efforts de médiation.

    Dans ce paysage incertain, une question persiste : le pouvoir malien parviendra-t-il à surmonter cette épreuve ? Les signes de résilience sont visibles, mais les défis sont immenses. Une chose est sûre : le Mali de demain ne ressemblera pas à celui d’hier, et les choix faits aujourd’hui traceront la voie pour les années à venir.

    Un poste de contrôle à l'entrée de Kidal, en direction de Tessalit, contrôlé par les mercenaires d'Africa Corps avant la prise de la ville par le FLA le 25 avril 2026.
  • Affaire de trafic de visas au Niger : le ministre de l’Intérieur sous pression

    Affaire de trafic de visas au Niger : le ministre de l’Intérieur sous pression

    Un scandale diplomatique secoue la junte nigérienne

    Le général Mohamed Toumba, ministre de l’Intérieur du Niger et troisième personnage de la junte au pouvoir depuis juillet 2023, se retrouve au cœur d’une affaire judiciaire aux répercussions politiques majeures. Son épouse, ancienne employée de l’ambassade d’Espagne à Niamey, est directement impliquée dans un vaste réseau de trafic de visas Schengen, aujourd’hui démantelé par les services de renseignement nigériens.

    Une filière illicite vers l’Europe

    L’enquête révèle l’existence d’un système organisé visant à faciliter l’obtention frauduleuse de titres de séjour pour l’espace Schengen. Les investigations, menées par la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE), ont permis de reconstituer le fonctionnement de ce réseau clandestin.

    Les modalités de cette opération illégale étaient les suivantes :

    • Tarifs exorbitants : Les demandeurs devaient s’acquitter de sommes comprises entre 2 et 5 millions de francs CFA (3 048 à 7 622 euros) par visa.
    • Procédure simplifiée : Aucune présence physique en ambassade n’était requise, les démarches s’effectuant intégralement à distance.
    • Cible privilégiée : Le réseau a principalement profité à des ressortissants maliens, bénéficiaires d’une exemption frauduleuse de vérification de leur titre de séjour nigérien — pourtant obligatoire. Dès leur arrivée à Madrid, des complices se chargeaient de leur prise en charge.

    D’après les premières conclusions des enquêteurs, près de 1 500 Maliens auraient ainsi pu accéder illégalement au territoire européen grâce à cette filière.

    Des ramifications financières et des arrestations ciblées

    Les investigations ont également mis en lumière des circuits de blanchiment d’argent transitant par plusieurs pays de la sous-région, notamment le Sénégal. Les autorités ont procédé à des interpellations stratégiques :

    • Maty Cissokho Toumba, épouse du ministre de l’Intérieur, a été entendue par la DGDSE.
    • Samsoudine Idrissa, identifié comme le logisticien du réseau et proche du général Toumba, a été appréhendé alors qu’il quittait la résidence du ministre.
    • Une complice supplémentaire, recrutée par l’épouse du ministre peu avant son départ de l’ambassade d’Espagne il y a un an, fait également l’objet de poursuites.

    Un remous politique au sein de la junte

    L’ouverture de cette enquête par les services de renseignement extérieur, et non par les canaux judiciaires classiques, a exacerbé les tensions internes au sein de la junte militaire. Le président de la transition, le général Abdourahamane Tchiani, semble privilégier les membres de sa communauté d’origine, les Haoussa, au détriment des autres groupes ethniques présents au sommet de l’État. Cette affaire fragilise particulièrement les responsables issus de la communauté Zarma, parmi lesquels figurent le général Toumba et le général Salifou Modi, ministre de la Défense, pourtant estimé au sein des forces armées.

    Cette crise interne révèle les profondes divisions qui minent le régime en place et soulève des interrogations sur la stabilité future de la transition.

  • Au Burkina Faso, l’imam Kindo interpellé après avoir critiqué la junte d’Ibrahim Traoré

    Au Burkina Faso, l’imam Kindo interpellé après avoir critiqué la junte d’Ibrahim Traoré

    L’imam burkinabè Mohamad Ishaq Kindo.

    Publié aujourd’hui à 10h36 Lecture : 2 minutes.

  • Interpellation d’un imam influent au Burkina Faso après des critiques contre le pouvoir

    Interpellation d’un imam influent au Burkina Faso après des critiques contre le pouvoir

    Interpellation d’un imam influent au Burkina Faso après des critiques contre le régime

    L’imam sunnite Mohamad Ishaq Kindo, figure religieuse respectée au Burkina Faso, a été arrêté mardi à Ouagadougou par des forces de sécurité. Cette interpellation intervient quelques jours après ses critiques virulentes contre un projet de loi encadrant les libertés religieuses dans le pays. Son arrestation a immédiatement suscité des réactions vives et provoqué des rassemblements dans la capitale burkinabè.

    Interpellation de l'imam Mohamad Ishaq Kindo au Burkina Faso

    Une arrestation tendue en pleine période de fêtes religieuses

    Selon des proches de l’imam et la Fédération des associations islamiques du Burkina Faso, l’interpellation a été menée mardi après-midi par des policiers et des militaires encagoulés. L’opération, survenue à la veille de l’Aïd al-Fitr, a dégénéré en affrontements avec des fidèles présents sur place. Plusieurs blessés ont été recensés lors de cette intervention, dont le bilan reste flou. La destination de l’imam après son arrestation reste également inconnue, alimentant les inquiétudes parmi ses partisans.

    Des critiques envers un texte sur les libertés religieuses

    Deux jours avant son interpellation, un enregistrement audio de l’imam Mohamad Ishaq Kindo s’était largement répandu sur les réseaux sociaux. Dans ce message, il dénonçait un projet de loi adopté en mars dernier, qui selon lui, risquait d’entraver la pratique religieuse dans l’espace public. Le religieux mettait en garde les autorités contre toute velléité d’interdire les prières collectives et appelait à une réflexion approfondie avant toute décision pouvant restreindre les libertés fondamentales.

    Des manifestations rapidement dispersées par les forces de l’ordre

    Quelques heures après l’arrestation de l’imam, des centaines de fidèles se sont rassemblés à Ouagadougou pour réclamer sa libération. Les forces de sécurité ont dispersé le rassemblement en utilisant des gaz lacrymogènes, sans qu’aucun bilan précis des interpellations ne soit communiqué. La Fédération des associations islamiques du Burkina Faso a appelé les musulmans à garder leur calme et à éviter toute escalade de violence, tout en exigeant des éclaircissements sur les conditions de détention de l’imam.

  • Mali: l’ancien ministre Hamma Ag Mahmoud rallie la coalition de l’imam Dicko

    Mali: l’ancien ministre Hamma Ag Mahmoud rallie la coalition de l’imam Dicko

    Mali: l’ancien ministre Hamma Ag Mahmoud rallie la coalition de l’imam Dicko

    David Baché

    Hamma Ag Mahmoud a été ministre du Travail et de la fonction publique entre 1986 et 1988, sous le régime militaire du général Moussa Traoré, puis préfet de différentes régions maliennes (Sikasso, Koulikouro, Ségou, Gao, Tombouctou), avant de rallier le mouvement indépendantiste du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) lors de la rébellion de 2012, au sein duquel il a œuvré pour la signature de l’accord de paix conclu en 2015 avec le gouvernement malien.

    « La classe politique a échoué »

    Installé en Mauritanie depuis 2011, Hamma Ag Mahmoud officialise aujourd’hui son ralliement à la Coalition des forces pour la République (CFR). « Nous sommes dans une période de crise actuellement, le pays est en plein délitement », estime l’ancien ministre au micro de David Baché, « il faut que les Maliens se mobilisent tous autour d’un projet commun de société dans lequel tous se retrouvent. La CFR a pris les devants, je pense que tous les Maliens doivent la rejoindre pour pouvoir organiser une conférence nationale qui corrige toutes les erreurs précédentes. »

    « Si vous voyez qu’il y a eu des rébellions et des islamistes au Mali, c’est parce que la classe politique a échoué », affirme encore Hamma Ag Mahmoud, « les Maliens ont besoin d’avoir un projet politique dans lequel tous se retrouvent. »

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    Pour autant, beaucoup de Maliens sont aujourd’hui réticents, voire effrayés par l’idée d’un dialogue avec les jihadistes du Jnim, liés à al-Qaïda, et d’un possible fractionnement du pays. « Si on les associe à un projet commun, je crois qu’on met fin à tout ça », assure l’ancien ministre, « si on rétablit la bonne gouvernance dans le pays, il n’y aura plus de jihadistes, il n’y aura plus de rébellion [indépendantiste – Ndlr] non plus. »

    Charia et République

    Ces derniers mois, le Jnim a fait évoluer son discours pour tenter de se positionner en acteur politique, au Mali spécifiquement. Si le groupe jihadiste fait désormais sien le concept de « souveraineté » et prétend agir pour la défense des populations, son objectif ultime n’a pas changé : appliquer sa vision de la charia. Des négociations avec un tel groupe sont-elles envisageables dans un cadre républicain ?

    « Bien sûr », veut croire l’ancien administrateur civil malien, « tous les principes de la démocratie – l’égalité, la justice -, il faut les appliquer en associant tous les Maliens. »

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  • Blocus au Mali : quand la terreur isole les villages et redéfinit la vie quotidienne

    Blocus au Mali : quand la terreur isole les villages et redéfinit la vie quotidienne

    Les stratégies de blocus imposées par les groupes armés dans le centre du Mali ne datent pas d’hier. Historiquement, ces territoires ont connu des encerclements similaires lors des conflits du XIXe siècle, comme ceux opposant l’État de Ségou ou le Califat de Hamdalahi. Pourtant, avec l’essor de la Katiba Macina, affiliée au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), cette pratique a évolué : elle n’est plus seulement une tactique militaire, mais un véritable outil de domination, façonnant les rapports de force et les dynamiques sociales locales.

    Les recherches menées dans les régions de Mopti et de Bandiagara — notamment à Marébougou, Saye, Kori-Maoundé et sur le pont de Parou-Songobia — révèlent une réalité bien plus complexe qu’un simple siège. Ces zones subissent un contrôle systématique des routes, des marchés, des écoles et même des normes religieuses. L’objectif ? Rendre l’existence insupportable pour ceux qui refusent de plier. Le blocus devient ainsi une méthode de gouvernance par la terreur, où la privation des ressources essentielles sert à imposer une soumission forcée.

    Les habitants de ces villages décrivent ces arrangements sous le terme benkan, un mot bambara évoquant un pacte ou un compromis. Pourtant, derrière ce vocable se cache une réalité brutale : des exigences unilatérales imposées sous la menace. Fermeture des écoles, versement obligatoire de la zakat sur les récoltes et le bétail, port imposé du voile pour les femmes, interdiction de la musique et restriction des cérémonies sociales — autant de mesures qui transforment la vie locale en un enfer quotidien. La prétendue négociation n’est qu’une façade pour masquer une relation de domination, où la violence et l’intimidation dictent les règles.

    Marébougou : l’échec d’une résistance éphémère

    À Marébougou, dans le cercle de Djenné, la révolte éclate en 2021. Les villageois rejettent les diktats de la Katiba Macina, refusant notamment la fermeture des écoles et les prélèvements sur les ressources agricoles. Leur détermination s’explique par plusieurs facteurs : la présence régulière des forces de sécurité et l’appui d’un campement de chasseurs traditionnels, les donso. Pendant deux ans, l’engouement pour ces groupes d’autodéfense est palpable, certains y voyant une forme de résistance citoyenne contre les djihadistes. Pourtant, cette dynamique s’effondre en octobre 2021, lorsque les milices locales subissent une défaite cinglante face aux combattants de la Katiba.

    Le blocus qui s’ensuit pendant six mois est total. Les marchés sont inaccessibles, les déplacements sur les axes routiers deviennent mortels, et les champs, autrefois fertiles, sont abandonnés. La pénurie atteint des niveaux extrêmes : le sel, une denrée habituellement abondante, vient à manquer. Après des mois de souffrances, Marébougou finit par accepter un benkan — non par adhésion, mais par nécessité. Ce n’est pas un choix, mais une capitulation forcée pour mettre fin à la famine qui décime la population. En échange, le village doit accepter des modifications profondes de sa vie sociale et religieuse, tout en voyant son économie locale s’effondrer.

    Saye et Kori-Maoundé : des réactions opposées à la terreur

    À Saye, le blocus s’intensifie entre 2023 et 2025, plongeant le village dans un isolement presque total. Les habitants, qui se considèrent comme de « bons musulmans », refusent catégoriquement de se soumettre aux exigences de la Katiba. Leur résistance s’appuie sur les autorités traditionnelles et les jeunes milices locales, les donsow. Pourtant, la pression est insoutenable : les hommes sont confinés dans le village, tandis que les femmes, moins surveillées, tentent désespérément d’aller chercher de la nourriture en brousse. Mais cette liberté relative ne les protège pas de la violence structurelle du siège. Pire, Saye devient un refuge pour des déplacés d’autres villages, aggravant une crise humanitaire déjà explosive. Les besoins en nourriture et en médicaments explosent, tandis que les services publics, déjà fragilisés, sont submergés. Le blocus n’est plus seulement une tactique : c’est une arme de guerre psychologique et économique, conçue pour briser toute velléité de résistance.

    À Kori-Maoundé, la situation est différente. Depuis 2018, ce village est sous l’emprise de Dan Na Ambassagou, un mouvement d’autodéfense radical qui rejette toute négociation avec les groupes djihadistes. Les autorités locales — chefs de village, imams et maires — appliquent une ligne dure, refusant tout dialogue avec la Katiba Macina. Résultat : le blocus se durcit, devenant de plus en plus punitif. Les attaques ciblées, les assassinats et les restrictions de circulation se multiplient. En 2024, l’accès aux champs est presque totalement interdit, et les déplacements sont devenus une entreprise risquée. Pourtant, malgré ces pressions, la population refuse de plier. La mémoire collective joue un rôle clé : Kori-Maoundé est un bastion historique de la résistance, notamment contre le colonialisme français, dont une bataille décisive a eu lieu dans la région en 1892. Pour les habitants, capituler reviendrait à trahir cet héritage de lutte. Mais cette détermination a un prix : les civils fuient vers des villes comme Bandiagara, Sévaré ou Bamako, ou survivent dans des conditions de plus en plus précaires sur place.

    L’école, l’agriculture et l’élevage : les piliers de la vie locale en péril

    Dans ces villages sous blocus, l’école n’est pas qu’un lieu d’apprentissage : c’est un symbole de l’État, un espace de socialisation, et une promesse d’avenir pour les jeunes. Pourtant, la fermeture des écoles est devenue monnaie courante. À Kori-Maoundé comme à Marébougou et Saye, les enseignants ont fui, les classes sont vides, et les élèves dispersés. Ce n’est pas un dommage collatéral : c’est une stratégie délibérée pour affaiblir l’emprise de l’État et imposer un nouvel ordre, où l’administration est remplacée par des règles religieuses ou militaires. Lorsque l’école disparaît, c’est tout un avenir collectif qui s’effrite.

    L’agriculture, pilier de l’économie rurale dans les régions de Ségou et de Mopti, est également en première ligne. Les champs deviennent inaccessibles, les récoltes sont brûlées ou saisies, et les cultivateurs sont pris pour cible. À Marébougou, seuls les terrains proches du village restent exploitables. Partout ailleurs, l’insécurité réduit drastiquement les surfaces cultivables, forçant les ménages à dépendre de ravitaillements extérieurs — qui, eux aussi, sont bloqués par le siège. L’élevage et le commerce de bétail, qui complètent les revenus agricoles, subissent le même sort : les troupeaux sont enlevés, les foires hebdomadaires deviennent dangereuses, et les femmes, souvent impliquées dans le petit commerce ou le maraîchage, voient leurs marges d’autonomie s’amenuiser. Le blocus ne détruit pas seulement des revenus : il anéantit les liens d’échange qui structurent ces territoires.

    La solidarité face à l’oppression

    Pourtant, malgré l’horreur du blocus, une lueur d’espoir subsiste. Dans les trois villages étudiés, les habitants développent des stratégies de survie collective : partage de nourriture, mutualisation de l’eau, entraide médicale, répartition des tâches. À Saye comme à Marébougou, nombreux sont ceux qui soulignent un renforcement des liens communautaires face à l’adversité. Ces solidarités ne suppriment ni la faim ni la peur, mais elles retardent, au moins temporairement, l’effondrement total du tissu social. Elles rappellent une vérité souvent ignorée : les populations ne sont pas de simples victimes passives. Elles jouent un rôle actif dans leur survie, en créant localement des formes de protection face à l’absence de l’État.

    Marébougou, Saye et Kori-Maoundé illustrent une réalité glaçante : le blocus au Mali est devenu une technologie de contrôle territorial. En maîtrisant les routes, les marchés, les écoles et les normes sociales, les groupes armés redéfinissent les conditions de vie quotidienne. Bien qu’ils n’occupent pas systématiquement tous les villages, leur influence s’étend, transformant le quotidien des populations en une lutte permanente pour la survie. Entre reddition forcée, résistance prolongée, refus de négocier ou fuite partielle, les réponses varient d’un village à l’autre. Mais une question reste universelle : comment vivre quand tout ce qui relie un territoire au reste du monde — routes, champs, écoles, marchés — peut être coupé du jour au lendemain ? Dans les régions de Ségou et de Mopti, le blocus ne cause pas seulement des pénuries. Il établit aussi un ordre politique fondé sur la peur.