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  • Partenariats technologiques : le Tchad mise sur Washington pour accélérer sa transformation numérique

    Partenariats technologiques : le Tchad mise sur Washington pour accélérer sa transformation numérique

    Une délégation gouvernementale tchadienne, dirigée par le ministre des Télécommunications, de l’Économie numérique et de la Digitalisation, Haliki Choua Mahamat, a sillonné Washington du 23 au 31 mai 2026. L’objectif était clair : renforcer les alliances avec les acteurs clés du numérique et accélérer la modernisation des infrastructures technologiques du pays.

    illustration de l'article sur les partenariats technologiques du Tchad

    rencontres stratégiques avec les géants du numérique

    Cette mission diplomatique a permis de nouer des échanges constructifs avec des institutions américaines majeures et des entreprises leaders dans l’innovation technologique. Parmi les interlocuteurs figurent le Département d’État et le Département du Commerce des États-Unis, ainsi que des acteurs comme InterSystems, Starlink, Cybastion, Vertiv et 19Labs.

    Les discussions ont ciblé des projets prioritaires pour N’Djamena : amélioration de la couverture internet, renforcement des infrastructures numériques, modernisation des services publics, cybersécurité et déploiement de solutions de santé connectée.

    starlink au cœur des négociations sur la connectivité

    Un point d’orgue de cette mission a été l’échange avec Starlink, filiale de SpaceX spécialisée dans l’accès internet par satellite. Les autorités tchadiennes ont pointé du doigt la qualité de service et les tarifs pratiqués sur le territoire, jugés moins compétitifs qu’ailleurs en Afrique. Pour le gouvernement, résoudre cette problématique est essentiel pour répondre aux besoins croissants des administrations, des entreprises et des populations.

    la santé connectée, un pilier de la stratégie numérique tchadienne

    Le Tchad ne s’arrête pas aux télécommunications. Une part importante des discussions a porté sur la digitalisation du système de santé. L’objectif ? Transformer cinq centres hospitaliers universitaires, 23 hôpitaux régionaux et plus de 1 000 centres de santé à travers le pays. Grâce aux technologies numériques, le pays souhaite optimiser la gestion des données médicales, le suivi des patients et l’efficacité des soins.

    former les talents locaux pour réduire la dépendance

    La mission a aussi permis d’aborder la formation et le transfert de compétences. Les autorités tchadiennes veulent développer les savoir-faire locaux dans des domaines comme l’intelligence artificielle, la cybersécurité et les métiers du numérique. Cette approche vise à bâtir un écosystème technologique autonome et à limiter la dépendance aux expertises étrangères.

    vers une économie numérique plus compétitive

    Pour N’Djamena, cette offensive diplomatique et économique marque une volonté claire : faire du numérique un levier de diversification et de modernisation de l’économie nationale. Malgré des défis persistants en matière de connectivité et d’inclusion numérique, le gouvernement mise sur ces partenariats pour concrétiser des projets durables, améliorer les services publics et renforcer la position du Tchad dans l’économie numérique africaine.

  • Togo : fin des résultats d’examens par sms, un scandale financier démasqué

    Togo : fin des résultats d’examens par sms, un scandale financier démasqué

    Togo : la fin d’un système frauduleux qui saignait les familles

    Pendant près de deux décennies, le système éducatif togolais a fonctionné comme une machine à extraire des fonds des foyers les plus vulnérables, sous couvert de consultations de résultats. La décision récente du ministre de l’Éducation nationale, Mama Omorou, de mettre un terme aux envois de résultats par SMS marque un tournant historique. Cette mesure révèle un mécanisme organisé d’extorsion déguisée en service public.

    Un mécanisme pernicieux : l’exploitation de l’angoisse familiale

    Lors d’une inspection surprise dans les centres de correction du BAC I, aux lycées de Tokoin et d’Agoè-centre, le ministre a dénoncé publiquement un système qu’il qualifie d’« arnaque d’État ». L’objectif ? Faire payer les familles pour un service déjà rémunéré par l’impôt.

    Le processus était implacable. À chaque session d’examen (CEPD, BEPC, BAC I ou II), des milliers de parents, craignant de manquer une information cruciale, envoyaient plusieurs SMS surtaxés – entre 100 et 250 francs CFA par message – pour obtenir le même résultat. Un cercle vicieux où l’absence de transparence alimentait l’anxiété, elle-même exploitée par des intermédiaires et des opérateurs téléphoniques.

    L’ampleur du détournement : des milliards envolés en fumée

    Bien que les audits complets n’aient pas encore été publiés, les chiffres donnent le vertige. Chaque année, des centaines de milliers d’élèves togolais passent les examens nationaux. Multipliés par le nombre de messages envoyés par foyer (parfois jusqu’à cinq), cela représente des dizaines de millions de SMS par session.

    Sur une période de quinze à vingt ans, ce sont plusieurs milliards de francs CFA qui ont été soustraits aux ménages togolais. Or, ces fonds n’ont jamais alimenté le système éducatif public. Ils ont plutôt enrichi des acteurs privés – opérateurs mobiles et intermédiaires – sous couvert de concessions étatiques tacitement acceptées par les gouvernements successifs.

    Qui a profité de ce système ?

    • Les opérateurs de téléphonie mobile : bénéficiaires directs de cette manne financière via les frais de messagerie premium.
    • Des intermédiaires obscurs : acteurs non identifiés ayant tiré profit de la complicité passive de l’administration.
    • L’État togolais : complice par omission, en fermant les yeux sur des pratiques contraires à l’intérêt général.

    Vers une solution équitable : des alternatives digitales gratuites et transparentes

    La suppression des SMS ne doit pas entraîner un retour à l’époque des files d’attente interminables devant les centres d’affichage, synonyme de stress et d’inégalités. Au contraire, le Togo, souvent cité pour ses avancées en matière de digitalisation, doit saisir cette opportunité pour moderniser son système éducatif.

    Trois principes doivent guider cette transition :

    • Souveraineté numérique : les résultats doivent être hébergés sur des serveurs publics (.tg), garantissant leur sécurité et leur contrôle par l’État.
    • Transparence totale : l’accès aux résultats doit être entièrement gratuit, financé par le budget national de l’éducation pour assurer une égalité de traitement entre tous les candidats.
    • Modernisation technologique : la diffusion des résultats par vagues de courriels ou via des portails web adaptés aux téléphones mobiles est une solution simple, peu coûteuse et déjà largement répandue dans d’autres pays.

    Un tournant éthique pour l’école togolaise

    Au-delà de la dimension financière, le ministre Mama Omorou a saisi l’occasion pour rappeler les valeurs fondamentales de l’institution scolaire : rigueur, éthique et méritocratie. En libérant les familles de ce système oppressif, il pose les bases d’une école plus juste, où le mérite seul détermine l’avenir des élèves.

    Reste à voir si cette volonté de rupture sera suivie d’actes concrets. Le gouvernement devra notamment auditer les contrats passés avec les opérateurs téléphoniques pour établir la vérité sur ces milliards détournés. Une tâche indispensable pour restaurer la confiance dans un système éducatif longtemps bafoué.

  • Sénégal : un pouvoir renouvelé et son impact sur les réformes du fmi

    Sénégal : un pouvoir renouvelé et son impact sur les réformes du fmi

    Le Sénégal traverse une période de reconfiguration politique accélérée depuis la fin mai. En l’espace de seulement quatre jours, le paysage institutionnel du pays a été profondément modifié. Le 22 mai, le président Bassirou Diomaye Faye a écarté le Premier ministre Ousmane Sonko de ses fonctions. Dès le lendemain, un nouveau chef de gouvernement, Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô, était nommé pour prendre la tête de l’exécutif. Puis, le 26 mai, Ousmane Sonko retrouvait une position centrale en étant élu président de l’Assemblée nationale. “Une accélération sans précédent dans l’histoire récente du pays”, soulignent les observateurs politiques dakarois.

    Cette restructuration rapide des institutions s’accompagne d’un changement de dynamique au sommet de l’État. Les analystes s’interrogent désormais sur ses conséquences pour la gestion de la crise économique qui frappe le pays. “Le Sénégal fait face à une urgence financière majeure”, alerte un économiste sénégalais, Abdoulaye Ndiaye, qui met en lumière une dette publique représentant 132 % du PIB. Les difficultés se multiplient : hausse des dépenses énergétiques due à la perturbation des approvisionnements en hydrocarbures, alourdissement de la pression sur les finances publiques et risques accrus de défaut de paiement.

    Jusqu’ici, les propositions de réforme économique du Fonds monétaire international (FMI) se heurtaient à une opposition ferme du parti au pouvoir, le Pastef. Pourtant, la nouvelle configuration politique pourrait ouvrir la voie à une coopération renforcée avec l’institution internationale. Les observateurs locaux estiment que cette évolution pourrait faciliter l’adoption de mesures d’austérité ou de restructuration budgétaire, jugées indispensables pour stabiliser l’économie nationale.

  • Expulsions forcées à Niamey : l’état nigérien bafoue les droits fondamentaux

    Expulsions forcées à Niamey : l’état nigérien bafoue les droits fondamentaux

    L’opération de déguerpissement menée à Niamey, privant 26 000 habitants de leurs logements sans préavis ni compensation, a déclenché une crise humanitaire et morale sans précédent. Cette décision, prise sous l’égide du général Abdourahamane Tiani et du gouvernement de transition, interroge sur les valeurs mêmes qui doivent guider l’action publique.

    une expulsion massive aux conséquences dramatiques

    L’annonce brutale de ces expulsions a plongé des milliers de familles dans une détresse indicible. Maikoul Zodi, militant influent de la société civile nigérienne, a exprimé son indignation : « Comment dormir quand on sait que 26 000 personnes se retrouvent à la rue en une nuit ? » Ce chiffre, équivalent à celui d’une petite ville, souligne l’ampleur d’une opération menée sans aucun égard pour les conséquences humaines.

    l’illégalité d’une méthode autoritaire

    Les autorités justifient souvent ces mesures par des impératifs d’urbanisme ou de sécurité. Pourtant, la façon dont ces expulsions ont été conduites révèle un mépris flagrant des principes juridiques essentiels. Le droit nigérien, tout comme les conventions internationales ratifiées par le Niger, encadre strictement les procédures de déguerpissement. Ces textes imposent notamment :

    • une évaluation préalable des impacts sociaux et environnementaux ;
    • un recensement exhaustif des populations concernées ;
    • une indemnisation équitable et un plan de relogement viable avant toute mise en œuvre.

    L’absence totale de ces garanties transforme cette opération en une expulsion forcée, prohibée par le droit international et constitutive d’une violation grave des droits humains.

    des vies brisées, un avenir incertain

    Derrière les statistiques se cachent des existences brisées. Des enfants voient leur scolarité interrompue, des travailleurs perdent leur gagne-pain, des personnes âgées se retrouvent sans abri. Dans un pays déjà éprouvé par des crises économiques répétées, comment justifier une telle précarisation ? Aucune alternative n’a été proposée à ces 26 000 citoyens, abandonnés à leur sort sans aucune perspective de réinsertion.

  • Burkina Faso : l’arrestation d’Oumarou Yabré signe-t-elle la chute du régime Traoré ?

    Burkina Faso : l’arrestation d’Oumarou Yabré signe-t-elle la chute du régime Traoré ?

    Le Burkina Faso traverse une phase critique de son histoire récente. Sous l’égide du capitaine Ibrahim Traoré, la junte au pouvoir s’engage dans une dérive autoritaire sans précédent, écartant toute opposition, qu’elle provienne des cercles religieux, de la société civile ou même de ses alliés les plus proches. La capitale, Ouagadougou, est désormais le théâtre d’une tension palpable, où chaque événement semble annoncer un bouleversement imminent.

    Tabaski sous surveillance : entre dévotion et répression

    La célébration de la Tabaski, habituellement synonyme de paix et de rassemblement, a révélé la radicalisation du pouvoir en place. Cette semaine sacrée, propice à la réflexion et à la concorde, a été marquée par des mesures brutales qui ont choqué une population déjà éprouvée.

    Un imam en détention : symbole d’une répression méthodique

    L’arrestation d’un imam respecté, intervenue durant cette période de recueillement, a jeté une ombre sur cette fête religieuse. Cet acte, perçu comme une atteinte intolérable à la liberté de culte, illustre la volonté du régime de museler toute contestation, même au sein des institutions les plus vénérées du pays.

    Militarisation de la répression : des centres de « redressement » aux fronts de guerre

    Parallèlement, des militants et des détracteurs du pouvoir ont été contraints de rejoindre des structures de « rééducation » ou d’être déployés sur les zones de combat. Cette stratégie, qui transforme la justice en instrument de soumission et la défense nationale en outil de coercition, confirme l’évolution du système vers une logique purement répressive.

    La rupture Oumarou Yabré : un séisme au sommet de l’État

    L’information, bien que non confirmée officiellement, circule avec insistance : Oumarou Yabré, directeur de l’Agence nationale de renseignement (ANR), aurait été placé en résidence surveillée. Cette décision, si elle se vérifie, marque un tournant dans la crise politique qui secoue le pays.

    Une fracture au sein de la junte

    Deux logiques s’affrontent désormais au cœur du pouvoir. D’un côté, le Capitaine Ibrahim Traoré, en quête d’un contrôle absolu, nourrit une méfiance grandissante envers ses collaborateurs, y compris les plus fidèles. De l’autre, Oumarou Yabré, architecte des réseaux de renseignement et artisan de l’ancrage des relations avec la Russie, incarne une vision stratégique divergente, notamment sur la gestion des partenariats internationaux et la lutte antiterroriste.

    Cette purge interne révèle une paranoïa croissante au sein de la junte. En s’attaquant à ceux qui ont contribué à bâtir son édifice sécuritaire, le chef de l’État fragilise ses propres fondations et risque de s’isoler davantage.

    Ouagadougou au bord du précipice

    Les tensions entre les deux figures centrales du système sécuritaire burkinabè ne sont plus un secret pour les observateurs avertis. Depuis des mois, les tensions grondent, alimentées par la rivalité pour le contrôle de l’appareil d’État et la pression constante des groupes armés sur le terrain.

    En se coupant de la population, en s’aliénant les autorités religieuses et en éliminant ses alliés les plus proches, le régime Traoré s’expose à un risque historique. L’histoire des transitions politiques en Afrique de l’Ouest enseigne une leçon implacable : un pouvoir qui ne repose que sur la terreur et l’élimination de ses propres soutiens prépare inéluctablement sa chute. La capitale burkinabè est aujourd’hui sous tension, et les prochains jours pourraient sceller le destin du pays.

  • Mali : assimi goïta restructure l’armée face aux défis sécuritaires du printemps 2026

    Mali : assimi goïta restructure l’armée face aux défis sécuritaires du printemps 2026

    Le Mali rebat les cartes de sa stratégie militaire après des offensives meurtrières

    Face aux attaques simultanées du 25 avril 2026, revendiquées par le Jamaat Nusrat al-Islam wal Muslimin (JNIM) et le Front de Libération de l’Azawad (FLA), le Mali a décidé de revoir en profondeur l’organisation de ses forces armées. Ces événements, ayant entraîné la perte du général Sadio Camara, ancien ministre de la Défense, ont marqué un tournant dans la gestion sécuritaire du pays.

    Une réorganisation militaire d’ampleur a été officialisée le 29 mai via le Journal officiel. Plusieurs postes stratégiques au sein des Forces armées maliennes et de la Force unifiée de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont été attribués à de nouveaux officiers, reflétant une volonté de renforcer l’efficacité opérationnelle.

    Des nominations stratégiques pour un commandement renforcé

    Le général de brigade Makan Alassane Diarra a été désigné pour diriger la Force unifiée de l’AES, succédant ainsi au général Daouda Traoré. Son profil, marqué par une expertise dans les opérations militaires de l’Est malien, a été déterminant dans cette décision. Pour occuper le poste de sous-chef d’état-major des Armées, le général de brigade Mamadou Massaoulé Samaké a été choisi, tandis que le colonel-major Yacouba Sanogo se voit confier un rôle de conseiller stratégique au sein de l’état-major.

    Une refonte des commandements territoriaux pour une meilleure réactivité

    Sur le terrain, les théâtres d’opérations ont également été réorganisés. Le colonel-major Karim Traoré prend désormais la tête du Théâtre Est, le colonel-major Didier Dembélé dirige le Théâtre Sud, et le colonel Issa Bagayoko se voit attribuer la responsabilité du Théâtre Centre. Ces changements visent à optimiser la coordination des actions militaires sur l’ensemble du territoire.

    Cette restructuration s’accompagne d’une prise en main directe des enjeux de défense par le président de la Transition, le général Assimi Goïta, qui a récupéré le portefeuille de la Défense. Le général Oumar Diarra a quant à lui été nommé ministre délégué chargé de ce secteur, soulignant l’importance accordée à cette réforme.

    L’objectif affiché est clair : renforcer la capacité de réaction du Mali face à une insécurité croissante et améliorer la synergie entre les opérations nationales et celles menées sous l’égide de l’AES. Cette initiative s’inscrit dans une démarche globale pour rétablir la stabilité et la sécurité dans le pays.

  • Comment le port de Conakry sert de route d’approvisionnement en armements russes vers le Mali

    Comment le port de Conakry sert de route d’approvisionnement en armements russes vers le Mali

    Le cargo Sabetta, escorté par un navire russe dans la Manche, en mars 2026.

    Le port de Conakry s’impose progressivement comme une plaque tournante stratégique pour les livraisons d’équipements militaires en provenance de Russie et à destination du Mali. Cette route logistique, désormais bien établie, soulève des questions sur les réseaux d’influence et les alliances qui se dessinent en Afrique de l’Ouest.

    une route maritime sous surveillance

    Plusieurs sources concordantes confirment que des navires battant pavillon russe, comme le cargo Sabetta, ont récemment transité par les eaux guinéennes avant de rejoindre les côtes maliennes. Ces mouvements, souvent escortés par des bâtiments militaires russes, s’effectuent dans un contexte géopolitique où Moscou renforce ses liens avec plusieurs régimes africains.

    Les autorités guinéennes, par la voix du président Mamadi Doumbouya, ont jusqu’à présent adopté une position discrète. Aucune déclaration officielle n’a été faite concernant ces livraisons, mais des observateurs locaux notent une augmentation sensible du trafic portuaire ces derniers mois.

    l’africa corps et la stratégie russe en Afrique

    L’Africa Corps, nouvelle appellation de l’ex-groupe Wagner, joue un rôle central dans cette dynamique. Ce corps expéditionnaire, officiellement créé en 2023, agit comme un instrument de projection de puissance pour Moscou. Son implication dans le transport d’armes vers le Mali illustre l’évolution des méthodes russes en Afrique subsaharienne.

    Les cargaisons acheminées incluent non seulement des armes légères, mais également des équipements plus sophistiqués, comme des systèmes de communication ou des pièces détachées pour drones. Ces livraisons s’inscrivent dans une logique de soutien à des régimes alliés, souvent en échange de ressources naturelles ou d’accès stratégique.

    les défis pour la stabilité régionale

    Cette situation suscite des inquiétudes au sein des pays voisins. Le Mali, sous embargo de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), peine à se procurer des équipements militaires légaux. Les livraisons via Conakry contournent partiellement ces restrictions, alimentant les tensions avec les autres États membres.

    Les experts en sécurité régionale alertent sur les risques de prolifération d’armes dans un espace déjà fragilisé par les groupes armés. La présence accrue de mercenaires russes, liés à l’Africa Corps, ajoute une couche supplémentaire de complexité à une crise déjà multiforme.

    Face à cette réalité, les pays de la région doivent désormais composer avec une nouvelle donne géopolitique où la Russie étend son influence, souvent au détriment des équilibres traditionnels.

    • Russie – Afrique
    • Africa Corps
    • Mamadi Doumbouya
    • Wagner
  • Le 6 juin, le Togo défie son système politique par la résistance silencieuse

    Le 6 juin, le Togo défie son système politique par la résistance silencieuse

    Le 6 juin prochain ne sera pas une date comme les autres. Ce jour-là, le peuple togolais choisira de rompre radicalement avec un système qui, depuis près de six décennies, étouffe toute velléité de changement. Sous le slogan « Togo en Pause », une mobilisation inédite s’organise, portée par la jeunesse et soutenue par l’ensemble de la société civile. L’objectif ? Créer un vide stratégique pour interroger la légitimité d’un régime où le pouvoir se transmet comme un héritage familial.

    Ce mouvement n’est pas une simple grève ou une manifestation de plus. Il s’agit d’une interpellation collective, où chaque citoyen, où qu’il se trouve, est invité à suspendre ses activités quotidiennes. Derrière ce choix se cache une logique implacable : si les urnes et les institutions n’ont jamais permis de faire bouger les lignes, alors c’est l’ensemble du système qu’il faut mettre en lumière. Un système où l’alternance politique est un mythe, où les libertés individuelles sont conditionnées, et où les privilèges se perpétuent sans contrôle.

    Une jeunesse en quête de dignité

    Les jeunes Togolais n’ont connu que cette alternance sans alternance : des élections contestées, des leaders muselés, des médias sous surveillance. Pourtant, cette génération refuse désormais de jouer le rôle de figurant dans un scénario écrit d’avance. Pour eux, le 6 juin représente bien plus qu’une action symbolique. C’est une déclaration de rupture.

    Le message est clair : « Si vous ne nous écoutez pas, constatez notre absence. » En fermant les commerces, en restant chez soi, en refusant toute participation active au quotidien du régime, la population togolaise enverra un signal fort. Chaque porte close, chaque rue déserte sera une preuve tangible que le système, malgré ses discours de modernité, ne repose que sur l’inertie et la peur.

    Un appareil d’État verrouillé

    Derrière les façades des institutions se cache une réalité implacable : un État où les postes clés sont attribués non pas en fonction des compétences, mais de la loyauté. Armée, administration, entreprises publiques : tous les leviers du pouvoir sont contrôlés par un réseau militaro-ethnique et civil solidement ancré. Les promesses de développement et les partenariats internationaux ne changent rien à cette logique de préservation.

    La population, comme la diaspora, en a conscience. Les inégalités persistent, les opportunités se raréfient, et la précarité s’aggrave. Pourtant, l’espoir d’un changement pacifique s’est érodé face à des décennies de répression et de division. « Togo en Pause » devient alors l’acte de lucidité nécessaire : refuser de normaliser l’anormal.

    Une mobilisation sans précédent

    Ce qui rend cette initiative unique, c’est son caractère universel. Travailleurs, commerçants, étudiants, fonctionnaires, artisans, agriculteurs : tous sont appelés à participer, chacun à leur échelle. Le 6 juin n’est pas réservé à une élite ou à un groupe en particulier. Il s’agit d’un mouvement collectif, où chaque geste compte. En refusant de contribuer au fonctionnement du système, les Togolais envoient un message sans équivoque : « Nous ne sommes pas vos marionnettes. »

    Ce jour-là, le pays s’arrêtera. Non pas par soumission, mais pour affirmer une volonté de changement. Ce n’est ni le début ni la fin d’une lutte, mais un moment charnière où la société togolaise choisira de se regarder en face.

    Un test pour la société togolaise

    Rester chez soi, ne pas travailler, ne pas circuler : ces choix ne sont pas anodins. Ils impliquent des risques économiques, des pressions familiales, des incertitudes. Pourtant, cette mobilisation teste la résilience d’une population habituée à composer avec l’injustice. Le 6 juin pose une question simple : faut-il continuer à accepter un système qui ne nous accepte pas ?

    Le message ne dépend ni d’un parti, ni d’un leader. Il s’inscrit dans une histoire plus large, faite de frustrations accumulées et de silences trop longtemps entretenus. C’est une volonté intergénérationnelle qui s’exprime, un refus de voir l’avenir confisqué par un pouvoir obsolète.

    Le 6 juin, le Togo s’arrêtera. Pour mieux se relever.

  • Mali : l’étau se resserre sur les médias et la liberté d’expression

    Mali : l’étau se resserre sur les médias et la liberté d’expression

    Les récentes évolutions au Mali révèlent une tendance inquiétante : l’érosion progressive de l’espace médiatique et la concentration du pouvoir autour d’une seule figure. Une situation qui reflète une volonté croissante de contrôler l’information et d’imposer un récit unique, au détriment des libertés fondamentales.

    Vue générale de Bamako après les attaques lancées contre des bases militaires à travers le pays, à Bamako, au Mali, le 25 avril 2026.

    une suspension des médias francophones qui interroge

    Depuis les violentes attaques menées le 25 avril par des groupes jihadistes et indépendantistes touaregs, le Mali a suspendu la diffusion de plusieurs médias francophones, parmi lesquels figurent des titres majeurs. Ces décisions, justifiées par des accusations de « désinformation », s’inscrivent dans une logique plus large de restriction de l’information. Le phénomène n’est pas isolé : le Burkina Faso et le Niger appliquent des mesures similaires, créant un rétrécissement alarmant de l’espace médiatique en Afrique de l’Ouest.

    Les conséquences de cette stratégie sont multiples. Selon des observateurs aguerris, ces pays du Sahel s’enfoncent dans une ère où la censure et l’intimidation des journalistes deviennent la norme. « Nous sommes sous surveillance constante. Au Burkina Faso, au Mali ou au Niger, les reporters sont menacés, harcelés, poussant la population vers une forme de résignation », confie un analyste proche du dossier. Une métaphore glaçante évoque même une « zombification » des citoyens, où l’accès à une information pluraliste disparaît au profit d’un discours unique, façonné par les autorités.

    Bamako-Moscou : un partenariat qui muselle toute critique

    Le rapprochement entre Bamako et Moscou a pris une dimension symbolique forte. Dans un contexte de tensions avec l’ancienne puissance coloniale, la Russie est présentée comme un partenaire inconditionnel, exempt de toute critique. Toute remise en question de cette alliance est désormais perçue comme une attaque directe contre le pouvoir en place.

    L’arrestation récente d’un militant pro-démocratie, Ibrahima Tamega, illustre cette inflexibilité. Accusé d’avoir tagué des messages hostiles à la Russie, il a été interpellé puis placé en détention. « Cette affaire n’est pas anodine. Elle révèle la peur du régime face à toute opposition, surtout lorsqu’elle touche à son nouvel allié stratégique », explique un observateur. Les graffitis, bien que mineurs, deviennent des actes de résistance dans un paysage politique de plus en plus étouffant. La réponse sécuritaire qui s’ensuit sert de rappel à l’ordre : toute contestation de l’axe Bamako-Moscou sera sévèrement réprimée.

    le général goïta, un pouvoir de plus en plus concentré

    La personnalisation du pouvoir atteint des sommets au Mali. Le général Assimi Goïta, qui cumule les rôles de chef de l’État et de ministre de la Défense, incarne cette tendance. Une analyse récente, signée par deux chercheurs de renom, met en lumière les dangers de cette gouvernance où la loyauté envers le dirigeant prime sur l’intérêt national.

    Selon Salah Ben Hammou et Hiba Naciri, « la concentration excessive du pouvoir autour d’une seule personne affaiblit les institutions et fragilise la stabilité à long terme ». Les décisions militaires, autrefois prises pour l’efficacité opérationnelle, sont désormais influencées par des considérations politiques. La protection du dirigeant devient une priorité, au détriment de la lutte contre les insurgés. Cette logique, alertent-ils, « réduit la capacité de l’armée à répondre aux menaces et expose le pays à un risque accru de déstabilisation ».

    Dans un Sahel en proie à l’instabilité, cette évolution interroge : jusqu’où ira la dérive autoritaire au Mali ? La réponse dépendra de la capacité des citoyens et des institutions à résister à l’emprise d’un pouvoir de plus en plus centralisé et opaque.

  • Kemi Seba : entre panafricanisme et procédures judiciaires en Afrique du Sud

    Kemi Seba : entre panafricanisme et procédures judiciaires en Afrique du Sud

    Enfermé dans l’enceinte austère de la prison de haute sécurité de Pretoria, Kemi Seba maintient une activité médiatique soutenue. À travers un troisième communiqué diffusé par ses relais officiels, l’activiste panafricaniste réaffirme avec emphase son engagement « inébranlable contre les séquelles du colonialisme » tout en dénonçant une prétendue « entreprise d’élimination politique ».

    Pourtant, derrière cette rhétorique déjà bien rodée de la persécution, se profile une réalité judiciaire autrement plus complexe : celle d’un individu confronté à des accusations criminelles sérieuses, assorties d’un mandat d’arrêt international.

    Une stratégie de diversion politique bien huilée

    Les observateurs avertis de la vie politique africaine n’ont rien d’étonnant à constater que ce nouvel épisode s’inscrit dans la continuité des prises de position de Kemi Seba. En adoptant une posture systématique de victimisation, il cherche à transformer son procès en tribune idéologique, détournant ainsi l’attention des charges qui pèsent sur lui. En désignant du doigt « les cercles du pouvoir accusés de spolier les citoyens africains », il tente de substituer au débat judiciaire une confrontation politique.

    Cette tactique de l’amalgame, qui consiste à présenter toute action en justice comme l’émanation d’une conspiration ourdie par des instances étrangères ou des réseaux corrompus, poursuit deux objectifs majeurs :

    • Renforcer l’adhésion de son audience en mobilisant des thèmes mobilisateurs ;
    • Se draper dans l’aura morale du « prisonnier politique » pour obtenir une forme d’impunité symbolique.

    Des faits judiciaires qui transcendent les postures militantes

    L’incarcération actuelle de Kemi Seba à Pretoria n’est en rien liée à ses prises de position idéologiques, fussent-elles radicales, mais bien à des actes qualifiés de délictueux par la justice. Contrairement à la narration qu’il cherche à imposer, son arrestation et sa détention prolongée répondent à des violations graves du droit pénal et du droit international :

    • Incitation à la violence : Plusieurs de ses prises de parole publiques et publications ont franchi les limites de la liberté d’expression pour basculer dans l’apologie de la haine et l’appel à la violence contre des institutions ainsi que des personnalités.
    • Mandat d’arrêt international : Son placement en détention s’inscrit dans le cadre d’une procédure de coopération judiciaire entre États. L’existence d’un mandat d’arrêt international atteste que les autorités d’un pays ont jugé les preuves présentées suffisamment consistantes pour ordonner la privation de liberté en vue d’une extradition.

    L’effritement d’une stratégie de défense

    En évitant soigneusement d’aborder le fond des accusations qui lui sont imputées et en se retranchant derrière le paravent d’un combat panafricaniste auto-proclamé, Kemi Seba affaiblit sa position face aux institutions judiciaires. Son absence de réponse aux griefs concrets qui lui sont reprochés laisse peu de place à une défense juridique solide aux yeux des experts en droit.

    Le panafricanisme, mouvement intellectuel et politique légitime, se trouve ainsi récupéré pour servir de paravent à des comportements déviants et à des manquements pénaux. Pendant ce temps, la justice sud-africaine, réputée pour son indépendance, examine un dossier technique, à l’abri du tumulte médiatique et des réseaux sociaux où l’activiste a bâti sa réputation. Il ne s’agit donc pas d’un procès du colonialisme à Pretoria, mais bel et bien d’un procès intenté à un individu pour ses actes, confronté à ses responsabilités pénales.

  • Le tourisme au Sahara occidental : une stratégie marocaine controversée

    Le tourisme au Sahara occidental : une stratégie marocaine controversée

    Deux vacanciers européens s'allongent sur des chaises longues au Sahara occidental, tandis qu'un autre fait du kitesurf dans la mer

    En mars dernier, une proposition de « prochaine aventure marocaine » de la compagnie aérienne Ryanair a attiré mon attention. La destination ? Dakhla, une ville séduisante nichée sur une péninsule balayée par les vents, à la confluence du Sahara et de l’océan Atlantique.

    Les offres étaient alléchantes : des vols aller-retour depuis Madrid à partir de 30 euros seulement, complétés par une multitude d’options d’hébergement, des auberges aux luxueuses retraites flambant neuves, toutes présentant la région comme un joyau caché du Maroc.

    Cependant, derrière ces promesses idylliques se cache une réalité complexe. Tout voyageur se rendant à Dakhla se retrouverait inévitablement au cœur de l’un des conflits territoriaux les plus anciens du monde. Dakhla est en effet située au Sahara occidental, un territoire que les Nations unies classent comme « non autonome », signifiant que sa population locale n’a pas la capacité de s’autogouverner.

    Le Maroc, son voisin septentrional, occupe et administre environ 80 % du Sahara occidental, qu’il désigne comme ses « provinces du sud ». Malgré les efforts des Nations unies pour trouver une solution à ce conflit cinquantenaire, notamment par la tenue d’un référendum, les habitants autochtones de la région n’ont jamais pu exercer leur droit de vote pour décider de leur propre avenir.

    Des groupes de défense des droits humains et des experts juridiques ont exprimé de sérieuses préoccupations concernant la commercialisation et la présentation du Sahara occidental comme une partie intégrante du Maroc. Selon eux, cette pratique soulève des questions cruciales au regard du droit international et pourrait contribuer à légitimer l’occupation marocaine. Le gouvernement marocain n’a pas répondu à nos sollicitations pour commenter cette situation.

    L’essor du tourisme et les compagnies aériennes

    Le nombre de visiteurs dans la partie du Sahara occidental contrôlée par le Maroc a connu une croissance significative, augmentant de plus de 50 % au cours des sept dernières années, passant de 490 297 en 2019 à 743 133 en 2025, selon les données du ministère marocain du Tourisme. Cet essor est principalement alimenté par l’expansion des liaisons aériennes.

    Outre la compagnie nationale Royal Air Maroc, des acteurs majeurs comme Ryanair, Transavia France et Binter Canarias proposent désormais des vols directs depuis Madrid, Paris et les îles Canaries, respectivement. Ryanair et Transavia France ont explicitement indiqué que les destinations du Sahara occidental faisaient partie du Maroc. Transavia France a précisé opérer ses vols vers Dakhla « conformément aux autorisations reçues des autorités ».

    Capture d'écran d'une campagne d'e-mails de Ryanair, faisant la promotion de vols vers le Sahara occidental

    Tom Ruck, un touriste britannique de 29 ans qui s’est récemment rendu à Dakhla via Ryanair depuis Madrid, a partagé ses impressions. Il a constaté la construction de nombreux complexes hôteliers, mais les a trouvés « très, très vides ». Bien qu’il ait croisé « quelques autres touristes » en vacances familiales, il a eu l’impression que le développement touristique en était encore à ses « balbutiements ». Son passeport a été tamponné avec un cachet marocain, et il a noté que le drapeau du Maroc flottait au-dessus de la ville.

    À contre-courant, Binter Canarias, la compagnie nationale des îles Canaries, fait exception en qualifiant la région de Sahara occidental. Elle dessert Dakhla et Laâyoune, la plus grande ville du territoire.

    Implications juridiques et éthiques du tourisme

    Erik Hagen, du groupe de campagne Western Sahara Resource Watch, juge « inquiétant et trompeur » le fait que des compagnies aériennes désignent le territoire comme faisant partie du Maroc. Il souligne que ces entreprises risquent de « contribuer à fausser le droit international et la compréhension du public », soulevant de « sérieuses questions quant à la responsabilité des entreprises et à la diligence raisonnable dans les territoires politiquement sensibles et illégalement occupés ».

    Sur les principales plateformes de réservation internationales (Expedia, Booking.com et Trivago), les hébergements au Sahara occidental sont également listés comme étant situés au Maroc. Un porte-parole de Booking.com a déclaré que si une région est classée comme contestée ou touchée par un conflit, la plateforme ajoute des informations pour permettre aux voyageurs de faire un choix éclairé, en les conseillant de consulter les avis officiels de leur gouvernement.

    Le Dr Andrea Maria Pelliconi, experte en droit international des droits humains à l’université de Southampton, estime que les compagnies aériennes et les sites de réservation « devraient distinguer le Sahara occidental en tant que territoire ayant un statut différent de celui du Maroc ». Elle avertit que les entreprises qui ne font pas cette distinction pourraient faire face à des poursuites judiciaires pour violation du droit international, atteinte au droit à l’autodétermination des Sahraouis, mais aussi pour des questions de protection des consommateurs et de concurrence équitable en vertu du droit de l’UE. Suite à la pression de groupes de campagne, Airbnb a déjà modifié sa politique l’année dernière, cessant de présenter les annonces au Sahara occidental comme étant au Maroc.

    Tom Ruck prend un selfie devant le poste frontière de Guerguerat entre le Sahara occidental et la Mauritanie. Derrière lui se trouve une grande structure en béton sur laquelle est peint un drapeau marocain.

    Contexte historique et perspectives d’avenir

    Le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole de 1884 à 1976, a été revendiqué par le Maroc après le retrait de l’Espagne. Un conflit armé a éclaté peu après entre le Maroc et le Front Polisario, un mouvement sahraoui qui milite pour l’indépendance du territoire. Un cessez-le-feu négocié par l’ONU en 1991 prévoyait un référendum sur l’autodétermination, mais ce vote n’a jamais eu lieu. Aujourd’hui, le Front Polisario contrôle une étroite bande orientale du pays.

    Sidi Breika, représentant du Front Polisario au Royaume-Uni et en Irlande, dénonce l’utilisation du tourisme comme un moyen d’imposer un « fait accompli » aux revendications du Maroc. Il estime que la plupart des touristes ne sont « pas bien informés sur l’ensemble de la question » et que « tous les projets réalisés sur le territoire occupé illégalement violent le droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance, clairement reconnu par l’ONU ». Il a également indiqué que le Polisario surveillait Ryanair « de près » et envisageait une action en justice.

    Une femme âgée portant un foulard bleu et blanc porte un drapeau du Sahara occidental devant d'autres manifestants

    En octobre, le Conseil de sécurité des Nations unies a voté en faveur de la proposition marocaine d’autonomie pour le Sahara occidental comme voie la plus probable, prolongeant également de 12 mois la mission de maintien de la paix de l’ONU dans la région. Cette motion a été menée par les États-Unis, qui, sous la présidence de Donald Trump en 2020, avaient reconnu la revendication marocaine en échange de la reconnaissance d’Israël par le Maroc.

    Malgré ces développements, la position juridique internationale continue de souligner la nécessité d’une solution politique mutuellement convenue sous la supervision des Nations unies. Le Front Polisario a d’ailleurs rejeté à plusieurs reprises la proposition d’autonomie. Sidi Breika reste ferme : « Nous espérons que le Maroc comprend qu’investir dans le tourisme ou dans tout autre projet économique ne remplace pas la volonté du peuple sahraoui et son droit inaliénable de décider de son avenir. »

  • Pierre mabè, le journaliste camerounais à l’origine de la radio nationale tchadienne

    Pierre mabè, le journaliste camerounais à l’origine de la radio nationale tchadienne

    Pierre Mabè, le visionnaire camerounais qui a façonné Radio Tchad

    Dans les années qui ont suivi l’indépendance du Tchad, alors que le pays cherchait à se doter d’une voix médiatique propre, un homme au parcours atypique a joué un rôle clé dans la création de Radio Tchad. Originaire du Cameroun, Pierre Mabè Gwet incarnait cette génération de pionniers africains qui ont marqué l’histoire de l’audiovisuel sur le continent.

    Un destin africain entre formation et engagement

    À l’aube des années 1960, le Tchad fraîchement indépendant sous la présidence de François Tombalbaye cherchait à moderniser sa communication. Le chef de l’État, déterminé à transformer l’ancienne station radio de la France-Libre basée à Fort Lamy en un média national digne de ce nom, avait un objectif précis : trouver un journaliste compétent pour mener à bien cette mission.

    Lors d’un séjour en France, Tombalbaye se rend au Pavillon de La Muette, au cœur de la forêt de Saint-Germain-en-Laye, où siège la Société de Radiovision d’Outre-Mer (SORAFOM). C’est là qu’il rencontre Pierre Shaefflert, un ingénieur du son visionnaire qui avait révolutionné les techniques radiophoniques. Ce dernier, sans hésitation, lui recommande un jeune homme camerounais au profil remarquable : Pierre Mabè Gwet.

    Ce dernier, déjà formé à l’animation radio entre 1956 et 1957 au Studio-École, puis perfectionné entre 1960 et 1961, s’était distingué comme un cadre de la coopération française. Son parcours, marqué par un stage d’animateur puis une spécialisation, en faisait le candidat idéal pour un projet aussi ambitieux que la création d’une radio nationale.

    De Fort Lamy à N’Djamena : la naissance d’une institution

    Pierre Mabè Gwet a relevé le défi avec brio. Il a non seulement transféré l’ancienne station radiophonique de Fort Lamy vers son emplacement actuel à N’Djamena, mais a également formé la première génération de journalistes tchadiens. Son influence a dépassé le cadre technique : il a insufflé une véritable passion pour le journalisme chez de nombreux jeunes talents, dont Garambaye Adoum Saleh et Saleh Kedzabo. Ce dernier deviendra plus tard une figure emblématique de la presse panafricaine.

    Son expertise, son écriture raffinée et sa culture générale exceptionnelle, nourrie par une vision panafricaine inspirée des penseurs trinidadiens et une formation à Sciences Po Paris, lui ont valu une place de choix auprès du président Tombalbaye. Ce dernier, en pleine conversion vers le panafricanisme et l’authenticité africaine, en fera son conseiller privilégié, notamment pour la rédaction de ses discours les plus marquants.

    Le conseiller de l’authenticité africaine

    Au moment où François Tombalbaye opérait un virage idéologique majeur vers l’authenticité africaine, Pierre Mabè Gwet est devenu son sherpa intellectuel. Il a non seulement contribué à façonner la communication du régime, mais a également joué un rôle dans la diffusion des idées panafricaines qui animaient alors le continent.

    Son parcours illustre cette génération de précurseurs dont l’histoire retient les contributions majeures au service des idées en Afrique. Comme lui, d’autres figures comme Georges Rawiri au Gabon, Pierre Mouasso Priso au Cameroun ou encore Sylvain Zogbo en Côte d’Ivoire ont marqué l’audiovisuel africain de leur empreinte.

    Un héritage qui traverse les frontières

    La carrière de Pierre Mabè Gwet n’a pas été sans épreuves. Lors du coup d’État qui a renversé Tombalbaye en 1975, il a dû fuir précipitamment vers Kousseri, au Cameroun, échappant de justesse aux violences qui ont coûté la vie au président tchadien. Cette période a confirmé son statut d’homme de conviction, capable de s’adapter aux bouleversements politiques tout en restant fidèle à ses idéaux.

    Son parcours, partagé entre le Cameroun et le Tchad, symbolise cette mobilité africaine qui a permis à la fois l’enrichissement mutuel des cultures et le renforcement des liens entre les nations du continent. Aujourd’hui encore, son nom reste associé à l’émergence d’une presse nationale indépendante et à la formation des premiers médias tchadiens.

    Pierre Mabè Gwet incarne ainsi cette génération de journalistes africains qui ont posé les fondations des médias modernes sur le continent, mêlant expertise technique, engagement politique et passion pour l’Afrique.