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  • Réforme syndicale au Sénégal : l’appel de Dakar redéfinit l’action des travailleurs

    Réforme syndicale au Sénégal : l’appel de Dakar redéfinit l’action des travailleurs

    Réforme syndicale au Sénégal : l’Appel de Dakar redéfinit l’action des travailleurs

    Réunion des syndicats sénégalais pour l'Appel de Dakar

    Le mouvement syndical sénégalais franchit une étape décisive avec l’émergence de l’Appel de Dakar, une initiative historique lancée au cœur de la capitale. Réunis en juillet 2026 au siège de la Confédération nationale des travailleurs libres du Sénégal (CNTLS), place de la Médina, plusieurs organisations syndicales et forces sociales du pays ont acté le lancement de ce projet ambitieux. Face à un contexte marqué par l’aggravation de la précarité de l’emploi et un dialogue social de plus en plus tendu, ces acteurs ont choisi de poser les fondations d’un syndicalisme rénové, indépendant et résolument tourné vers l’avenir.

    Le document fondateur de l’Appel de Dakar met en avant un impératif catégorique : dégager l’action syndicale de toute influence politique, administrative ou partisane. Les signataires, issus aussi bien du secteur public que de l’économie informelle, appellent à une mobilisation unifiée autour de valeurs fondamentales : éthique, compétence et solidarité locale. Ce rassemblement inédit vise à redonner un sens à la défense des droits des travailleurs en s’appuyant sur des principes intangibles.

    Dans un message clair adressé aux autorités et aux employeurs, l’Appel de Dakar exige la mise en place d’un dialogue social transparent et le strict respect des accords signés. Les promoteurs de cette initiative rappellent que la paix sociale ne peut être imposée par la contrainte, mais doit résulter d’une collaboration sincère et équitable. Par ailleurs, le texte insiste sur la nécessité de former une nouvelle génération de dirigeants syndicaux, tout en encourageant activement la participation des jeunes, des femmes et des acteurs de la société civile à cette dynamique transformatrice.

  • Bénin : le Sénat, une nouvelle pièce de l’échiquier politique sous le feu des critiques

    Bénin : le Sénat, une nouvelle pièce de l’échiquier politique sous le feu des critiques

    Le 30 juillet 2026 marquera une date charnière dans l’histoire institutionnelle du Bénin. Ce jour-là, le premier Sénat de la République voit officiellement le jour, fruit d’une révision constitutionnelle adoptée un an plus tôt, le 17 décembre 2025. Moins d’une semaine plus tard, l’ancien président Patrice Talon en est élu président, le 6 août, ajoutant une nouvelle dimension à cette réforme. Pourtant, cette avancée démocratique s’accompagne d’une vague de controverses, certains y voyant une manœuvre pour prolonger une influence politique au-delà du mandat présidentiel.

    Une institution née de la Constitution, pas d’une volonté personnelle

    Contrairement aux accusations qui circulent, le Sénat béninois n’est pas une création ad hoc au service d’un homme ou d’un parti. Il s’inscrit dans une logique de réforme constitutionnelle, transformant le Parlement en une assemblée bicamérale. Cette nouvelle structure, prévue par la Constitution révisée, définit avec précision ses missions, sa composition et ses prérogatives.

    La naissance du Sénat ne dépend donc pas de la personnalité de son président, mais bien des textes qui l’encadrent. Critiquer son existence ou son mode de fonctionnement relève du débat démocratique, mais présenter cette institution comme un instrument personnel relève de la désinformation.

    Patrice Talon au Sénat : une influence politique, mais pas le pouvoir exécutif

    L’élection de Patrice Talon à la tête du Sénat a naturellement alimenté les spéculations. Ancien chef de l’État, son arrivée à la présidence de cette nouvelle chambre suscite des interrogations légitimes sur son rôle futur. Pourtant, il est crucial de distinguer influence politique et exercice du pouvoir constitutionnel.

    Patrice Talon a quitté la présidence en mai 2026 après deux mandats, laissant la place à Romuald Wadagni, élu avec une large majorité. Son nouveau rôle au Sénat ne lui confère ni les prérogatives du président de la République, ni celles du gouvernement. La Constitution maintient une séparation claire entre les pouvoirs : l’exécutif reste entre les mains du président et de son gouvernement, tandis que le Sénat s’inscrit dans le cadre législatif.

    Un Sénat aux pouvoirs réels, mais strictement encadrés

    Certains attribuent au Sénat des ambitions démesurées, voire le qualifient de « gouvernement parallèle ». Or, ses compétences, bien que significatives, sont strictement limitées par la Constitution.

    Parmi ses attributions, le Sénat doit donner son avis sur des textes sensibles : lois constitutionnelles, lois électorales ou encore celles organisant le fonctionnement des partis politiques. Pour s’opposer à une loi, il doit réunir une majorité qualifiée des deux tiers de ses membres. À défaut de notification dans les délais, l’avis est considéré comme favorable. Il peut également demander une seconde lecture des lois adoptées par l’Assemblée nationale, sauf pour les textes budgétaires ou certains programmes gouvernementaux.

    Ces mécanismes montrent que le Sénat n’est pas une chambre symbolique. Il joue un rôle actif dans le processus législatif, mais il ne gouverne pas. Son pouvoir est avant tout un pouvoir de contrôle et de régulation, et non d’exécution.

    Une composition pensée pour l’expérience et la stabilité

    Le Sénat béninois se distingue par une composition originale. En plus des élus, il intègre des membres de droit issus d’anciennes fonctions institutionnelles, ainsi que des personnalités ayant servi dans les forces de sécurité. Lorsque les effectifs ne sont pas complets, des membres complémentaires sont nommés pour atteindre le seuil constitutionnel de 25 sénateurs.

    Cette architecture vise à faire du Sénat un espace où l’expérience institutionnelle peut s’exprimer. Dans une démocratie, la recherche de consensus et la prévention des crises passent aussi par des mécanismes de dialogue et de médiation. Le Sénat pourrait ainsi jouer un rôle clé dans la stabilité politique du pays.

    Influence politique vs. pouvoir constitutionnel : le débat doit rester factuel

    Les critiques envers Patrice Talon, en tant qu’ancien président, ne sont pas infondées. Un chef d’État sortant conserve naturellement des réseaux et une expérience qui peuvent peser dans le débat public. Cependant, il est essentiel de ne pas confondre cette influence politique avec une captation du pouvoir exécutif.

    La question n’est pas de savoir si Patrice Talon peut encore peser sur la vie politique, mais bien si cette influence peut se substituer aux prérogatives du président de la République. La réponse est non. Le Sénat, aussi puissant soit-il, ne dirige pas le gouvernement, ne promulgue pas les lois et ne commande pas l’administration. Il est un acteur législatif, pas exécutif.

    Une continuité politique assumée, mais pas une confiscation du pouvoir

    La transition entre Patrice Talon et Romuald Wadagni a été présentée comme une continuité politique. Wadagni, ancien ministre de l’Économie et des Finances sous Talon, a été élu président en avril 2026 avec plus de 94 % des voix. Cette succession peut être analysée comme le prolongement d’une même vision gouvernementale.

    Cependant, continuité politique ne rime pas avec confiscation institutionnelle. Une démocratie peut évoluer sans rupture brutale, à condition que les institutions respectent leurs rôles respectifs et que les mécanismes de contrôle fonctionnent. Le véritable enjeu réside dans l’équilibre des pouvoirs et le respect des limites constitutionnelles.

    Le test de l’efficacité : le Sénat à l’épreuve des faits

    Une institution nouvelle ne peut être jugée sur des intentions ou des craintes, mais sur ses actes. Le Sénat béninois devra prouver sa capacité à exercer ses prérogatives sans devenir une chambre d’enregistrement, à dialoguer avec l’Assemblée nationale, et à jouer pleinement son rôle de régulation.

    Son fonctionnement quotidien sera le meilleur indicateur de son utilité. Il faudra notamment observer comment ses membres respectent l’obligation de réserve politique, prévue par la Constitution. Les sénateurs ne peuvent être « acteurs ni partisans politiques », une règle qui garantit leur impartialité.

    Clarté des rôles : le président gouverne, le Sénat légifère

    Pour dissiper toute ambiguïté, il est utile de rappeler la répartition des responsabilités au Bénin. Le président de la République dirige l’exécutif, le gouvernement met en œuvre les politiques publiques, l’Assemblée nationale et le Sénat forment le Parlement, et la Cour constitutionnelle veille au respect des règles. Dans ce cadre, Patrice Talon peut présider le Sénat sans redevenir président de la République. Il peut exercer une influence politique sans détenir les pouvoirs de l’exécutif.

    Cette distinction entre influence et pouvoir institutionnel est fondamentale. Elle rappelle que le Sénat béninois n’est pas une entité fantôme, mais une pièce essentielle de l’architecture démocratique du pays.

    Juger le Sénat sur ses résultats, pas sur des spéculations

    Le débat autour du Sénat est légitime. Une nouvelle institution doit pouvoir être évaluée, critiquée et améliorée. Cependant, cette critique doit s’appuyer sur des faits concrets.

    Le Sénat béninois n’est pas une aberration constitutionnelle. Il est prévu par la Constitution de décembre 2025, doté de compétences précises et intégré au Parlement bicaméral. Son président n’est pas un président bis, ses pouvoirs ne sont pas ceux du gouvernement, et son existence ne diminue en rien les responsabilités du chef de l’État.

    Le véritable défi pour le Bénin sera de voir si le Sénat remplit sa mission : contribuer à la stabilité institutionnelle, améliorer la qualité du processus législatif, favoriser le dialogue politique et préserver la paix. Le temps des spéculations doit désormais céder la place à celui de l’évaluation. Le Sénat est une réalité. Son efficacité se mesurera dans l’action, pas dans les suppositions.

  • Mali : bilan lourd après une attaque djihadiste à San

    Mali : bilan lourd après une attaque djihadiste à San

    Une attaque d’une violence inouïe a frappé la ville de San, située au centre du Mali, tôt ce dimanche matin. Selon des sources sécuritaires et locales, au moins une dizaine de militaires ont perdu la vie lors de l’assaut mené par des éléments du JNIM, un groupe djihadiste actif dans la région. Une source proche des forces armées a confirmé des pertes humaines sans en révéler le détail précis. « Des pertes sont à déplorer du côté de nos troupes, mais l’évaluation des dégâts est en cours. Nos soldats ont cependant repris le contrôle de la situation », a-t-elle déclaré sous couvert d’anonymat.

    Crédit Photo : DT

    Les habitants de San ont témoigné d’affrontements intenses dès les premières lueurs du jour. « Il s’agit sans conteste d’une attaque terroriste. Tout a commencé vers cinq heures du matin. Des détonations assourdissantes et des échanges de tirs nourris ont retenti pendant plusieurs heures », a rapporté un riverain. Le calme est finalement revenu en milieu de matinée, laissant place à une scène de désolation.

    Dans un communiqué officiel, l’armée malienne a qualifié l’incident de « tentative d’intrusion » sur un site militaire à San, survenue à 5h30 ce dimanche. L’état-major a souligné que les forces armées maliennes (FAMa) avaient réagi avec une « riposte immédiate et déterminée », parvenant à neutraliser la menace et à rétablir l’ordre. « La situation est désormais maîtrisée », a-t-on assuré, sans plus de précisions.

    Le JNIM revendique l’attaque et revendique une victoire

    Quelques heures après les faits, le JNIM, affilié à Al-Qaïda, a revendiqué l’attaque dans un message diffusé sur ses réseaux. Le groupe terroriste affirme avoir « pris le contrôle total d’une caserne de l’armée malienne à San, dans la région de Ségou » dès le début de la matinée. Cette annonce contraste avec le récit officiel des autorités, qui minimisent l’ampleur des dégâts.

    Cette attaque survient à peine un mois après un autre assaut meurtrier dans le nord du pays. Le 18 juillet dernier, un convoi militaire avait été la cible d’une coalition djihadiste associant le JNIM et le Front de Libération de l’Azawad (FLA), faisant au moins 50 morts parmi les soldats. Il s’agissait alors de l’une des attaques les plus sanglantes subies par l’armée malienne depuis le début de la crise sécuritaire.

    Le Mali traverse depuis 2012 une crise multidimensionnelle, alimentée par l’insurrection de groupes armés liés à Al-Qaïda et à l’État islamique, mais aussi par des tensions communautaires et des revendications indépendantistes touarègues. Cette instabilité s’ajoute à une crise économique persistante. Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, le pays est dirigé par une junte militaire qui avait promis de rétablir la sécurité et de préserver l’intégrité territoriale. Pourtant, les attaques se multiplient, mettant à mal ces engagements.

  • Coopération militaire : l’Algérie renforce la défense du Niger avec un don stratégique

    Coopération militaire : l’Algérie renforce la défense du Niger avec un don stratégique

    L’Algérie a procédé à la livraison d’un don militaire majeur à l’armée nigérienne, comprenant quatre hélicoptères et divers équipements. Cette initiative fait suite aux directives du Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, Chef suprême des Forces armées et ministre de la Défense nationale. Le Général d’Armée Saïd Chanegriha, Chef d’État-major de l’Armée nationale populaire (ANP), a supervisé la mise en œuvre de cette opération stratégique, marquant une étape clé dans l’actu Niger.

    Un renforcement stratégique pour la défense du Niger

    Ce geste diplomatique et militaire souligne la volonté de l’Algérie de consolider des relations de coopération bilatérale stratégiques avec le Niger. L’accent est mis sur le secteur militaire, visant à renforcer les capacités de défense du pays face aux défis sécuritaires régionaux. C’est une démarche essentielle pour la politique nigérienne de défense et de sécurité.

    Détails du don et déploiement vers Niamey

    La concrétisation de ce don militaire a eu lieu le dimanche 9 août 2026. Deux hélicoptères de combat de type MI-24V et deux hélicoptères de transport polyvalents MI-171 ont décollé de la Base de déploiement secondaire d’In Gezzam, située dans la 6ème Région militaire algérienne. Leur destination finale était l’aéroport de Niamey, la capitale nigérienne.

    En complément des aéronefs, un avion de transport militaire algérien a également acheminé une quantité significative de munitions spécifiques pour ces hélicoptères, des pièces de rechange essentielles, ainsi que tout l’équipement nécessaire à leur appui, leur maintenance et leur soutien logistique. Cette opération illustre un soutien complet pour l’armée nigérienne.

    L’engagement algérien pour la stabilité régionale

    Cette opération d’envergure témoigne de la solidité des relations fraternelles et historiques liant les deux nations. Elle réaffirme l’engagement indéfectible de l’Algérie à soutenir activement les pays de la région, particulièrement dans les domaines cruciaux de la défense et de la sécurité, via des échanges d’expertise et un appui multiforme. Par cette action, l’Algérie insiste sur sa détermination à œuvrer, en étroite coordination avec ses partenaires, pour garantir la sécurité et la stabilité de l’ensemble de la région sahélienne. Cette initiative est cruciale pour les Niger nouvelles et la stabilité régionale.

  • Gabon monaco : une alliance verte pour le climat et l’économie

    Gabon monaco : une alliance verte pour le climat et l’économie

    Gabon et Monaco scellent un partenariat ambitieux pour la préservation de l’environnement

    Libreville a franchi une étape décisive dans sa stratégie environnementale. Lors d’une rencontre inédite le 5 août 2026, le vice-président du gouvernement gabonais, Hermann Immongault, a accueilli une délégation de la Fondation Prince Albert II de Monaco, conduite par Charles Oula Siehe, conseiller spécial Afrique de l’organisation. Cette réunion, qui s’est tenue en présence du ministre de la Pêche, de la Mer et de l’Économie bleue, Aimé Martial Massamba, marque le début d’une collaboration destinée à faire du Gabon un acteur clé de la lutte contre le changement climatique.

    Un patrimoine naturel à valoriser stratégiquement

    Le Gabon mise sur ses atouts environnementaux pour renforcer son influence internationale. Avec l’une des plus vastes forêts tropicales d’Afrique centrale et un littoral riche en biodiversité marine, le pays détient un capital naturel inestimable. Cette richesse, souvent perçue comme un simple enjeu écologique, devient désormais un levier de développement et de coopération mondiale. « Notre objectif est clair : transformer cette responsabilité environnementale en opportunités économiques et diplomatiques », a déclaré un haut responsable gabonais sous couvert d’anonymat.

    La délégation monégasque a souligné l’importance du Gabon dans le bassin du Congo, l’un des poumons verts de la planète. À quelques semaines du vingtième anniversaire de la Fondation, cette collaboration s’inscrit dans une volonté de renforcer l’action en Afrique centrale, où la préservation des écosystèmes est cruciale pour l’équilibre climatique mondial.

    Coopération renforcée : des forêts aux océans

    Plusieurs axes de partenariat ont été identifiés pour concrétiser cette ambition. Parmi eux :

    • La protection des forêts : développement de mécanismes de financement carbone transparents et crédibles, permettant au Gabon de valoriser les services écosystémiques qu’il rend à la planète.
    • La conservation de la biodiversité : renforcement des mesures de préservation des espèces menacées et des habitats naturels.
    • L’économie bleue : exploitation durable des ressources marines, associant pêche responsable, tourisme écologique et création d’emplois locaux.
    • Le transfert d’expertise : formation des acteurs gabonais et partage de bonnes pratiques en matière de gestion environnementale.

    Pour le Gabon, l’enjeu est double : « Il ne s’agit plus seulement de protéger, mais de tirer parti de cette protection pour financer notre développement ». Les mécanismes de compensation carbone, par exemple, pourraient générer des revenus substantiels si les projets sont rigoureusement encadrés et alignés sur les standards internationaux.

    Une diplomatie environnementale en mutation

    Cette rencontre illustre une évolution majeure dans la stratégie gabonaise. Le pays ne se contente plus d’adhérer aux accords climatiques : il se positionne comme un partenaire incontournable pour les nations et organisations souhaitant agir sur le front de l’environnement. Monaco, avec sa Fondation, apporte une expertise reconnue et un réseau international, tandis que le Gabon offre un terrain d’action idéal au cœur du bassin du Congo.

    Pour que cette collaboration porte ses fruits, les deux parties devront passer des déclarations d’intention à des réalisations tangibles. « Les promesses doivent se traduire par des projets financés, des résultats mesurables et des bénéfices concrets pour les populations », a rappelé un expert proche des négociations. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer la concrétisation de cet accord.

    Si ce partenariat aboutit, il pourrait servir de modèle pour d’autres pays africains cherchant à concilier préservation de l’environnement et développement économique. Une chose est sûre : dans un monde où les ressources naturelles deviennent des actifs stratégiques, le Gabon a tout intérêt à négocier ses alliances avec la même rigueur que ses contrats commerciaux.

    Vers une souveraineté environnementale ?

    Au-delà des retombées immédiates, cette alliance pourrait redéfinir la place du Gabon sur la scène internationale. En transformant son capital naturel en levier de puissance, Libreville espère attirer des investissements, renforcer sa crédibilité climatique et affirmer sa souveraineté sur ses ressources. Une approche qui, si elle est couronnée de succès, pourrait inspirer d’autres nations africaines.

    La balle est désormais dans le camp des négociateurs. Leur capacité à concilier ambition écologique, viabilité économique et justice sociale déterminera si cette rencontre du 5 août marquera un tournant ou restera un simple échange diplomatique.

  • Maroc-espagne : la dépendance énergétique, talon d’achille de Rabat

    Maroc-espagne : la dépendance énergétique, talon d’achille de Rabat

    illustration de la dépendance énergétique entre le Maroc et l'Espagne

    Derrière les crises migratoires et les tensions territoriales entre le Maroc et l’Espagne se cache une réalité moins médiatisée mais tout aussi stratégique : la dépendance énergétique. Alors que Rabat renforce régulièrement ses revendications sur Ceuta et Melilla, son approvisionnement en gaz et en électricité reste largement tributaire des infrastructures espagnoles.

    Ce paradoxe illustre une vulnérabilité majeure pour le royaume chérifien. Malgré ses ambitions géopolitiques, le Maroc ne peut se passer des réseaux énergétiques contrôlés par Madrid, un levier que l’Espagne pourrait exploiter en cas de tensions accrues.

    Le gazoduc Maghreb-Europe : un virage stratégique

    La rupture des relations entre le Maroc et l’Algérie en 2021 a profondément transformé les flux énergétiques dans la région. Avant cette crise, le gazoduc Maghreb-Europe (GME) permettait au gaz algérien de transiter par le territoire marocain vers l’Espagne. Désormais, le sens s’est inversé : l’Espagne exporte désormais du gaz vers le Maroc via cette infrastructure.

    Selon les dernières données disponibles, le Maroc a importé près de 10,3 TWh de gaz espagnol en 2025, pour un coût estimé à 400 millions d’euros. Ce volume représente environ un quart des exportations de gaz du système espagnol cette année-là, confirmant ainsi l’importance de cette dépendance.

    Les projets du Maroc pour réduire sa vulnérabilité

    Face à cette situation, Rabat multiplie les initiatives pour diversifier ses sources d’approvisionnement. Le terminal de Nador West Med, actuellement en développement, vise à importer directement du gaz naturel liquéfié (GNL) par voie maritime. Une fois opérationnel, ce projet permettra au Maroc de réduire sa dépendance vis-à-vis des infrastructures espagnoles.

    Un autre projet d’envergure, le gazoduc Nigeria-Maroc, pourrait à terme relier les réserves gazières ouest-africaines aux marchés du nord. Cependant, ces solutions nécessitent des investissements colossaux et ne seront pas opérationnelles avant plusieurs années. À court terme, l’Espagne conserve donc un rôle central dans l’approvisionnement énergétique du Maroc.

    L’électricité, un autre maillon faible

    La dépendance ne se limite pas au gaz. Deux câbles sous-marins relient actuellement le réseau électrique espagnol à celui du Maroc, avec une capacité totale de 1 400 MW. En 2025, l’Espagne a exporté 3 743 GWh d’électricité vers le Maroc, soit une hausse de 47,5 % par rapport à l’année précédente. Cette connexion permet au Maroc de répondre à une demande croissante, tout en soutenant le développement de ses infrastructures industrielles et renouvelables.

    Madrid et Rabat envisagent même la construction d’un troisième câble sous-marin pour renforcer cette coopération énergétique. Pourtant, cette interdépendance crée une vulnérabilité structurelle pour le Maroc, qui reste largement dépendant des échanges avec l’Espagne.

    Ceuta et Melilla : un contraste énergétique saisissant

    Cette coopération énergétique révèle une contradiction frappante. Alors que le Maroc est connecté au réseau électrique européen via l’Espagne depuis près de trois décennies, les villes espagnoles de Ceuta et Melilla ont longtemps fonctionné en marge du réseau péninsulaire.

    Ceuta devrait sortir de cet isolement en 2026 avec la mise en service d’un câble sous-marin reliant la ville à la péninsule. Ce projet, d’un coût estimé à 300 millions d’euros, renforcera la sécurité énergétique de la ville. En revanche, Melilla devrait conserver son statut d’île énergétique, en raison de sa distance géographique.

    Une dimension géopolitique renforcée

    Ces infrastructures, longtemps perçues comme purement économiques, prennent une nouvelle dimension avec les tensions géopolitiques en Méditerranée et en Afrique du Nord. Une interruption des flux de gaz ou d’électricité aurait des conséquences économiques, diplomatiques et juridiques majeures pour les deux pays.

    Jusqu’à présent, le rapport de force entre les deux royaumes semblait favorable au Maroc sur des dossiers comme la gestion des migrations ou la coopération sécuritaire. Cependant, l’énergie introduit une nouvelle donne. L’Espagne détient désormais un levier stratégique dans cette relation, en contrôlant une partie essentielle de l’approvisionnement énergétique marocain.

    Madrid et Rabat : deux stratégies en tension

    Le Maroc déploie des efforts considérables pour réduire sa dépendance énergétique. Les projets de Nador West Med et du gazoduc Nigeria-Maroc en sont les principaux exemples. Pourtant, ces alternatives ne pourront pas remplacer à court terme les infrastructures espagnoles.

    Dans ce contexte, l’Espagne se retrouve dans une position unique : elle est à la fois le principal point d’entrée du gaz marocain et la passerelle reliant le réseau électrique du royaume au système européen continental. Cette réalité pourrait devenir un élément clé dans les négociations futures, notamment autour des tensions territoriales comme celles de Ceuta et Melilla.

    Si le Maroc dispose de nombreux atouts face à l’Espagne, cette dernière conserve un avantage invisible mais crucial : le contrôle des flux énergétiques. Une dépendance que Rabat cherche à réduire, mais qui, pour l’instant, reste un talon d’Achille dans sa stratégie géopolitique.

  • Épidémie d’ebola en RDC : une propagation alarmante dans l’est du pays

    Épidémie d’ebola en RDC : une propagation alarmante dans l’est du pays

    L’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) s’intensifie sans signe de ralentissement. Cette situation a été confirmée lors d’une visite officielle début août, où les autorités sanitaires ont tiré la sonnette d’alarme : plus de 1 850 décès et près de 4 000 cas recensés depuis le 15 mai. Avec un taux de létalité dépassant 40 %, cette flambée est désormais la deuxième plus meurtrière jamais enregistrée. Le virus Bundibugyo, responsable de cette crise, se propage à une vitesse inédite.

    Les chiffres sont alarmants : cette souche a déjà causé cinq fois plus de victimes que lors des précédentes épidémies similaires. À titre de comparaison, il avait fallu plus de dix mois pour atteindre un bilan équivalent lors de la dernière grande crise en RDC, entre 2018 et 2020. « Nous ne pouvons pas affirmer aujourd’hui que nous maîtrisons totalement cette épidémie », a déclaré Jean Kaseya, directeur général de l’Africa CDC, fin juillet.

    Un contexte sécuritaire explosif qui entrave la lutte contre le virus

    Plusieurs obstacles majeurs compliquent la réponse sanitaire. L’est du Congo, épicentre de l’épidémie, est un territoire en proie à une insécurité chronique. La province de l’Ituri, où la maladie sévit le plus, subit régulièrement des attaques perpétrées par les ADF, un groupe armé originaire d’Ouganda. Parallèlement, des milices locales se disputent le contrôle des ressources naturelles et de l’influence sur les populations, aggravant encore les tensions.

    Le Nord-Kivu, également touché, échappe en grande partie au contrôle des autorités de Kinshasa. Depuis plus d’un an, une partie de cette province est sous l’emprise du M23, un groupe armé soutenu par le Rwanda, à l’issue de combats intenses avec l’armée congolaise. Ces violences ont provoqué des déplacements massifs de populations vers l’Ouganda, le Burundi ou d’autres régions de la RDC, plongeant des millions de personnes dans des conditions de vie précaires et insalubres.

    La surveillance épidémiologique et les capacités de dépistage ont été initialement insuffisantes, faute de moyens suffisants. Résultat : la détection des cas a été retardée, permettant au virus de se propager sans être identifié. Le suivi des « cas contacts » reste particulièrement défaillant. À Bunia, épicentre de l’épidémie, 90 % des patients admis n’étaient pas des contacts suivis. Dans toute la province de l’Ituri, seuls 59 % des contacts ont pu être traqués. L’Africa CDC estime que pour chaque cas confirmé en zone urbaine, environ 40 contacts devraient être suivis. Pourtant, seulement 17 500 personnes font l’objet d’un suivi, soit 13 % de l’objectif requis. Environ un cinquième des personnes recensées ne bénéficient même pas d’un suivi régulier, en raison d’un manque de personnel ou des violences persistantes. Autre signe de l’ampleur de la crise : 60 % des décès surviennent au sein des communautés, et non dans des centres de santé.

    Des traitements en développement mais une réponse internationale en retard

    Face à cette situation critique, des avancées sont en cours pour tenter de freiner la propagation. Un essai clinique pour un vaccin contre la souche Bundibugyo a débuté ce mois-ci à l’université d’Oxford. Le premier volontaire a reçu le vaccin, dans le cadre d’une étude incluant 50 adultes pour évaluer sa sécurité. La Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) finance également le développement d’un autre vaccin par le laboratoire singapourien Hilleman Laboratories, avec l’objectif de produire rapidement des doses et de les tester en RDC.

    En attendant la disponibilité d’un vaccin spécifique à cette souche, l’Africa CDC a annoncé vouloir administrer massivement le vaccin contre la souche Zaïre du virus Ebola. Bien que différente, cette souche provoque des symptômes légers chez les patients vaccinés et réduit considérablement les risques de mortalité. Plus de 40 patients participent également à un premier essai évaluant une combinaison de traitements.

    Jean Kaseya a annoncé vouloir « étendre l’utilisation du remdesivir en RDC », un antiviral dont les résultats se sont avérés prometteurs en Ouganda pour contenir une épidémie similaire. « Le taux de létalité en Ouganda est de 10 %, principalement grâce à l’utilisation massive du remdesivir pour les malades et les cas contacts », a-t-il souligné. Selon les projections des autorités sanitaires internationales, cette épidémie pourrait dépasser en nombre de cas et de victimes celle d’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, la plus meurtrière jamais enregistrée avec plus de 11 000 morts.

    Une aide internationale en demi-teinte face à l’urgence

    L’aide internationale a mis un temps précieux à se mobiliser. Début 2025, l’administration américaine avait suspendu les aides sanitaires et médicales historiquement fournies par l’USAID, fragilisant considérablement la réponse du Congo. Ce n’est que le 5 août que le département d’État américain a finalement annoncé une nouvelle allocation de 242 millions de dollars, portant l’aide directe des États-Unis à 512 millions de dollars pour lutter contre Ebola. Cette somme permet enfin, trois mois après le début de l’épidémie, à l’OMS et aux autorités sanitaires de disposer des financements nécessaires pour leur plan de réponse sur les six premiers mois, évalué à 518 millions de dollars.

    Pourtant, ce montant reste bien inférieur aux dépenses américaines précédentes en matière d’aide humanitaire et sanitaire. Les États-Unis restent le premier contributeur à la réponse contre Ebola, loin devant l’Union européenne.

  • L’histoire solide entre les États-Unis et le Maroc, clé de la crise de ceuta

    L’histoire solide entre les États-Unis et le Maroc, clé de la crise de ceuta

    l’histoire solide entre les États-Unis et le Maroc, clé de la crise de ceuta

    Mohamed VI et Trump.

    L’alliance entre les États-Unis et le Maroc s’étend sur plus de deux siècles, marquée par un traité d’amitié signé en 1786. Cette relation, renforcée par des intérêts géopolitiques et économiques communs, a joué un rôle central lors de la récente crise migratoire à Ceuta, où plus de 70 000 personnes ont franchi la frontière en provenance du territoire marocain.

    Le roi Mohammed VI a récemment honoré cette alliance en rebaptisant une autoroute de 1 000 kilomètres dans le Sahara occidental en l’honneur de Donald Trump, en remerciement du soutien américain à la souveraineté marocaine sur ce territoire disputé. Cette décision intervient dans un contexte où les tensions autour de Ceuta ont révélé les divergences entre les positions des États-Unis, du Maroc et de l’Espagne.

    Un partenariat né il y a plus de deux siècles

    Les relations entre les deux nations remontent à l’époque où les États-Unis ont proclamé leur indépendance en 1776. Dès 1777, le sultan Mohammed III du Maroc a autorisé les navires américains à accoster librement dans ses ports, un geste interprété comme la première reconnaissance internationale des États-Unis.

    En 1786, les deux pays ont officialisé leur alliance par la signature du Traité de paix et d’amitié à Marrakech, un accord toujours en vigueur aujourd’hui. Ce traité a permis aux États-Unis de sécuriser leurs échanges commerciaux en Méditerranée et d’éviter les captures de navires par les corsaires d’Afrique du Nord.

    Comme l’explique Timothy W. Kneeland, professeur d’histoire à l’université de Nazareth (New York) : « La position stratégique du Maroc, à la croisée des mondes européen, africain et islamique, a fait de ce pays un partenaire clé pour les États-Unis dans leur quête d’influence mondiale. »

    Marché de la ville de Tanger au XIXe siècle.

    Selon Sarah Yerkes, chercheuse à la Fondation Carnegie, « ce traité reste le plus ancien accord encore en vigueur dans l’histoire diplomatique américaine. »

    Après l’indépendance du Maroc en 1956, les États-Unis ont rapidement reconnu le nouveau régime et ouvert leur ambassade à Rabat, consolidant ainsi leur coopération.

    Sécurité, commerce et Sahara occidental : les piliers de l’alliance

    La coopération militaire entre les deux pays a débuté bien avant l’indépendance marocaine. Dès 1950, les États-Unis ont collaboré avec la France, alors puissance coloniale au Maroc, pour développer des bases aériennes stratégiques.

    Dans les années 1970, les États-Unis ont soutenu discrètement le Maroc dans son conflit avec l’Espagne pour le contrôle du Sahara occidental. Henry Kissinger, alors secrétaire d’État américain, a même encouragé le roi Hassan II à agir pour sécuriser ce territoire.

    Après les attentats du 11 septembre 2001, la coopération sécuritaire s’est intensifiée. En 2004, le Maroc a été désigné comme « allié majeur non membre de l’OTAN », lui offrant un accès privilégié à l’armement américain. Le pays accueille également African Lion, le plus grand exercice militaire américain en Afrique, et participe activement à la lutte contre le terrorisme aux côtés de Washington.

    Sur le plan économique, l’accord de libre-échange de 2006 a dynamisé les échanges commerciaux, atteignant 7,4 milliards de dollars en 2025, contre 927 millions en 2005. Les États-Unis y voient un marché modeste mais stratégique en Afrique.

    Le soutien américain au Maroc s’est encore renforcé en 2020, lorsque Donald Trump a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, en échange de la normalisation des relations entre le Maroc et Israël. Cette décision a été saluée comme un succès par les experts, qui soulignent la résilience de l’alliance malgré les tensions régionales.

    Avion de chasse F-16 de fabrication américaine de la Force aérienne royale marocaine.

    Ceuta : un révélateur des tensions entre Washington, Rabat et Madrid

    La crise migratoire à Ceuta, où plus de 70 000 personnes ont franchi la frontière en quelques jours, a mis en lumière les divergences entre les alliés. Alors que l’Espagne, membre de l’OTAN, accuse des réseaux de trafic d’êtres humains et des médias sociaux, des voix espagnoles soupçonnent le Maroc d’avoir orchestré ou facilité cette vague migratoire.

    Les États-Unis, eux, ont choisi leur camp. Donald Trump a qualifié la situation de « catastrophe » et critiqué ouvertement la gestion espagnole de la frontière. « L’Espagne doit assumer ses responsabilités dans cette crise, » a-t-il déclaré, sans jamais remettre en cause le rôle du Maroc.

    Cette prise de position a surpris peu de monde, mais elle a créé un malaise à Madrid, qui dépend à la fois de l’aide américaine pour sa défense et de la coopération marocaine pour contrôler ses frontières en Afrique du Nord.

    Sarah Yerkes analyse : « Washington ne considère pas cette crise comme une initiative du Maroc. En revanche, la Maison Blanche a clairement pointé du doigt les politiques migratoires espagnoles, révélant des tensions au sein de l’OTAN. »

    Le Maroc, partenaire incontournable des États-Unis en Afrique du Nord, pourrait devenir un acteur encore plus important pour Washington, notamment après le veto espagnol à l’utilisation des bases de Rota et Morón pour des opérations en Iran.

    Dans un message adressé au roi Mohammed VI à l’occasion de la Fête du Trône, Donald Trump a souligné : « Nous célébrons 250 ans d’amitié indéfectible avec le Maroc, un partenariat fondé sur la confiance et le respect mutuel. »

    Il a réaffirmé le soutien américain au Sahara occidental et exprimé l’espoir que cette coopération se poursuive pour les « 250 prochaines années. »

    Ligne grise.
  • Réforme de la fonction publique gabonaise : entre modernisation et tensions sociales

    Réforme de la fonction publique gabonaise : entre modernisation et tensions sociales

    Le gouvernement gabonais opère un virage décisif en mettant un terme à l’avancement automatique à l’ancienneté au sein de la fonction publique. Cette décision historique marque la fin d’un système perçu comme désuet et inefficace, au profit d’une logique de mérite et de performance. En s’attaquant à ce pilier traditionnel, l’exécutif cherche à aligner les rémunérations sur la productivité réelle des agents, tout en rationalisant les dépenses publiques.

    Portée par des figures clés comme le vice-président du gouvernement Hermann Immongault et la ministre Laurence Ndong, cette réforme s’appuie sur une étude approfondie menée par 110 experts issus de 29 administrations différentes, complétée par une analyse comparative de 20 pays. L’objectif affiché est clair : corriger les inégalités structurelles du système actuel, où l’ancienneté prime sur l’effort individuel, et où la masse salariale pèse lourdement sur les finances de l’État.

    Pour concrétiser cette transition, plusieurs mesures phares sont envisagées. Parmi elles, l’augmentation de l’âge minimal de recrutement à 40 ans, une sélection rigoureuse via des concours nationaux, et une évaluation à 360 degrés intégrant les retours de la hiérarchie, des collègues et des usagers. Ces changements visent à instaurer une culture de la responsabilité et de l’excellence dans l’administration gabonaise.

    Cette refonte s’inspire de modèles étrangers innovants, comme le Performance Contracting kényan, qui lie rémunération et objectifs mesurables, ou encore le système canadien, où les traitements peuvent être gelés en cas de performance insuffisante. Selon le Dr. Joël Patient Mbiamany N’tchoreret, ces approches permettraient de remplacer l’ancienne logique du « temps passé » par une dynamique de résultats, stimulant ainsi l’émulation collective et réduisant l’écart entre salaire et productivité.

    Les craintes d’un bouleversement social et économique

    Cependant, cette réforme suscite de vives inquiétudes parmi les syndicats, la société civile et l’opposition. Alain Mouagouadi, syndicaliste et sociologue, alerte sur les risques d’une « paupérisation programmée » des fonctionnaires. En s’appuyant sur les données de la grille indiciaire de 2015, il met en lumière des projections alarmantes : un cadre de catégorie A1 verrait son salaire de base plafonné à 374 000 FCFA au lieu de culminer à 1 058 500 FCFA en fin de carrière, soit un manque à gagner de plus de 100 millions de FCFA sur toute une vie professionnelle. De même, les pensions de retraite pourraient chuter de 635 100 FCFA à 224 400 FCFA mensuels, une situation aggravée par l’inflation et le gel du point d’indice depuis 2015.

    Pierre Mintsa, président de la Confédération syndicale des travailleurs gabonais (CSTG), et Ange Kevin Nzigou, leader du Front démocratique socialiste (FSD), dénoncent une mesure perçue comme une sanction injustifiée. Pour eux, l’avancement automatique représente un droit fondamental garantissant la stabilité des carrières, surtout après dix années de stagnation salariale. Son abolition, dans ces conditions, risquerait de dégrader durablement le climat social et d’accélérer l’exode des compétences vers le secteur privé ou l’étranger.

    Vers une réforme négociée ou un blocage institutionnel ?

    Face à ces oppositions, le gouvernement affirme vouloir mener une réforme « pédagogique » et transparente. Pourtant, les représentants des travailleurs refusent catégoriquement que les carrières des fonctionnaires deviennent un simple levier d’ajustement budgétaire. Pour éviter une paralysie des institutions, ils exigent des garanties concrètes : une concertation large et inclusive, la régularisation des retards d’avancement accumulés, et l’adoption de protections légales strictes. Sans ces mesures, le projet de modernisation de la fonction publique pourrait bien s’enliser dans un conflit persistant entre rigueur budgétaire et justice sociale.

  • Nigeria : crise sécuritaire, tensions avec l’AES et réforme policière en débat

    Nigeria : crise sécuritaire, tensions avec l’AES et réforme policière en débat

    Nigeria : crise sécuritaire, tensions avec l’AES et réforme policière en débat

    President Bola Ahmed Tinubu

    Les dernières déclarations du Président nigérian, Bola Ahmed Tinubu, sur l’origine transfrontalière de l’insécurité dans le nord du Nigeria surviennent alors que le pays enregistre une recrudescence alarmante d’enlèvements. Lors d’une audience avec des chefs traditionnels le 30 juillet, il a pointé du doigt des éléments terroristes issus de pays voisins comme source partielle de cette instabilité. Ces propos ont immédiatement provoqué une réponse cinglante de l’Alliance des États du Sahel (AES), dont le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean-Marie Traoré, a souligné dans un communiqué daté du 7 août que le Nigeria, le Burkina Faso, le Mali et le Niger « partagent un ennemi commun ».

    Cette polémique diplomatique éclate dans un contexte où la menace sécuritaire s’intensifie. Début août, une opération militaire d’envergure dans la forêt du parc national du lac Kainji a permis la libération de plus de 300 otages, dont des habitants de Woro (État de Kwara) et d’autres victimes enlevées dans l’État du Niger. Quelques jours plus tôt, au moins 52 personnes, dont des enfants, avaient été kidnappées à Kasuwar Daji, dans l’État de Zamfara, selon des témoignages recueillis par la presse locale.

    Une insécurité multiforme au Nigeria

    Ces attaques illustrent l’ampleur d’une crise qui dépasse les frontières nigérianes. Banditisme armé, groupes jihadistes, enlèvements contre rançon et porosité des frontières alimentent une insécurité persistante dans le nord-ouest, le nord-centre et le nord-est du pays. Malgré les efforts des autorités pour renforcer la coordination entre l’armée, la police, les services de renseignement et les unités antiterroristes, la multiplication des enlèvements maintient une pression constante sur Abuja.

    Face à cette situation, le projet de réforme policière avancé par Bola Tinubu et adopté par la Chambre des représentants propose une architecture sécuritaire duale. Ce texte prévoit le maintien d’une police fédérale pour les enjeux nationaux, tandis que chaque État du Nigeria disposerait de sa propre force policière locale. L’objectif affiché est de permettre une intervention plus rapide et un renseignement de proximité plus efficace pour contrer les enlèvements et les attaques des groupes armés.

    Les avantages et les risques de la décentralisation policière

    Les partisans de cette réforme estiment qu’elle offrirait aux gouverneurs une meilleure capacité de réaction, ces derniers étant souvent considérés comme les premiers responsables de la sécurité locale sans pour autant détenir le contrôle opérationnel des forces de l’ordre. Cependant, cette décentralisation soulève des inquiétudes quant à son encadrement. Des garde-fous stricts seront nécessaires pour éviter les abus de pouvoir, les dérives politiques ou les conflits de compétence entre les forces fédérales et les polices d’État.

    L’AES rappelle l’importance d’une coopération transfrontalière

    La réaction de l’AES met en lumière un enjeu crucial : la lutte contre le terrorisme et les enlèvements ne peut se limiter à des accusations réciproques entre voisins. Si Abuja mise sur sa réforme policière pour mieux sécuriser son territoire, la crise actuelle démontre aussi la nécessité impérieuse d’une collaboration renforcée entre les pays de la région. Dans le nord du Nigeria comme dans l’ensemble du Sahel, les groupes criminels exploitent les faiblesses des États et circulent librement à travers les frontières.

    La réponse à cette menace doit donc être à la fois locale, nationale et régionale. Seule une approche intégrée, combinant réformes internes et coopération transfrontalière, pourra permettre de briser le cycle de l’insécurité qui touche le Nigeria et ses voisins.

  • Le Gabon tourne le dos à la France : 78 % des Gabonais jugent l’influence française néfaste

    Le Gabon tourne le dos à la France : 78 % des Gabonais jugent l’influence française néfaste

    L’influence de la France au Gabon subit un recul historique. D’après les données les plus récentes du réseau Afrobarometer, spécialisé dans les enquêtes d’opinion en Afrique, 78 % des Gabonais interrogés considèrent l’impact de Paris sur leur pays comme négatif, un niveau sans précédent. À l’inverse, seulement 20 % des sondés attribuent une image positive à cette relation. Cette situation place la France en dernière position parmi les partenaires internationaux actifs à Libreville, alors que le pays était autrefois vu comme un bastion francophone en Afrique centrale.

    Le contraste avec les autres acteurs internationaux est flagrant. La Chine obtient 61 % d’avis favorables, suivie de près par l’Union africaine (60 %), les États-Unis (47 %) et la Russie (43 %). Pour les Gabonais, Pékin est désormais perçu comme un partenaire trois fois plus légitime que la France. Cette inversion des hiérarchies reflète une transformation radicale des perceptions diplomatiques dans un État où l’influence économique et militaire française semblait autrefois inébranlable.

    Une tendance qui dépasse les frontières du Gabon

    Le rejet de la présence française n’est pas un phénomène isolé. Depuis le départ des troupes françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger, la remise en cause de Paris s’étend bien au-delà du Sahel. Le Tchad a demandé une révision de ses accords de défense fin 2024, le Sénégal a obtenu l’évacuation de ses bases militaires, et la Côte d’Ivoire a suivi cette voie. Le Gabon, où la junte dirigée par Brice Clotaire Oligui Nguema a pris le pouvoir en août 2023, s’inscrit dans cette vague de réévaluation des alliances historiques.

    Sur le plan symbolique, la fermeture progressive des bases françaises sur le continent et la réduction des Éléments français au Gabon à une simple mission de coopération illustrent ce changement. Le discours des autorités de Libreville, axé sur la souveraineté nationale et la diversification des partenariats, résonne avec une population lasse d’une relation perçue comme déséquilibrée.

    La Chine tire profit de cette méfiance envers Paris

    L’ascension de la Chine ne repose pas uniquement sur des investissements massifs ou des prêts avantageux. Sa communication, dépourvue de toute ingérence politique, met en avant des réalisations concrètes : infrastructures modernes, hôpitaux flambant neufs, réseaux de télécommunications performants. Le manganèse gabonais, dont la Chine est un acheteur clé, alimente cette relation perçue comme plus transparente que les liens complexes entre Libreville et Paris.

    La Russie, avec 43 % d’opinions positives, profite quant à elle d’une image anti-occidentale renforcée par les réseaux sociaux. Bien que son poids économique soit bien moindre que celui de la Chine ou de la France, Moscou bénéficie d’un récit souverainiste qui séduit une jeunesse urbaine et connectée. L’Union africaine, créditée de 60 % d’avis favorables, confirme que le multilatéralisme continental conserve une forte légitimité, malgré la suspension du Gabon après le putsch de 2023.

    Un signal d’alerte pour la diplomatie française

    Ces chiffres constituent un signal d’alarme pour la France. Libreville reste un territoire stratégique pour les intérêts économiques français, avec des groupes majeurs comme Eramet dans le manganèse, TotalEnergies dans les hydrocarbures, ou encore des filiales bancaires et logistiques. Une détérioration de l’image de Paris pourrait fragiliser ces positions, surtout à l’heure où les appels d’offres publics sont réexaminés par les autorités de transition.

    Les tensions persistantes autour du franc CFA, les controverses sur la restitution des œuvres d’art et les séquelles des ingérences postcoloniales alimentent un ressentiment profond. Une simple amélioration de l’image de la France ne suffira pas à inverser la tendance : une refonte complète de sa stratégie diplomatique sera nécessaire.

    La transition politique en cours au Gabon, qui doit mener à une élection présidentielle et au rétablissement de l’ordre constitutionnel, pourrait bouleverser la donne. Le futur gouvernement issu des urnes devra trouver un équilibre entre la préservation des intérêts économiques, la pression populaire en faveur d’une rupture et l’attractivité des propositions chinoises, américaines et russes.

  • La confédération des États du Sahel dénonce les déclarations du Nigeria sur la crise sécuritaire

    La confédération des États du Sahel dénonce les déclarations du Nigeria sur la crise sécuritaire

    AFRIQUE
    3 min de lecture
    la confédération des États du Sahel dénonce les déclarations du Nigeria sur la crise sécuritaire
    « Certains d’entre eux (les terroristes) ne sont pas Nigérians. Vous voyez, le problème de l’insécurité au Mali, au Burkina Faso et au Niger ne fait qu’aggraver nos difficultés », avait affirmé le 30 juillet dernier le président Bola Ahmed Tinubu.
    la confédération des États du Sahel dénonce les déclarations du Nigeria sur la crise sécuritaire

    Le ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, Karamoko Jean Marie Traoré, a reçu jeudi le Chargé d’Affaires de l’Ambassade de la République fédérale du Nigéria au Burkina Faso. Cette rencontre fait suite aux déclarations du président nigérian, Bola Ahmed Tinubu, sur la situation sécuritaire dans les pays de la Confédération des États du Sahel (AES).

    Cette entrevue s’est tenue en présence des Chargés d’Affaires des Ambassades du Mali et du Niger, soulignant l’unité et la solidarité des trois États membres de la Confédération face à la crise.

    Le 30 juillet, lors d’une audience avec des chefs traditionnels nigérians, le président Tinubu avait attribué la hausse des enlèvements et des attaques terroristes au Nigéria à un prétendu « effondrement » de la sécurité dans les pays voisins du Sahel, comme l’a rappelé le ministère burkinabè dans un communiqué.

    « Certains d’entre eux (les terroristes) ne sont pas Nigérians. Vous voyez, le problème de l’insécurité au Mali, au Burkina Faso et au Niger ne fait qu’aggraver nos difficultés », avait-il déclaré devant les chefs traditionnels, selon le même communiqué.

    Pour le chef de la diplomatie burkinabè, cette vision des choses « occulte les sacrifices immenses consentis chaque jour par les Forces de défense et de sécurité, ainsi que par les populations, du Burkina Faso, du Mali et du Niger dans leur combat contre le terrorisme ».

    Le ministre Traoré a dénoncé une analyse « rapide, simpliste et surprenante », révélant selon lui un « biais préoccupant » de la part du dirigeant nigérian. Il a insisté sur la nécessité d’une présentation plus nuancée du contexte sécuritaire, afin d’éviter d’alimenter des incompréhensions et des tensions entre des peuples unis par l’histoire et la géographie.

    Il a également souligné que les propos du président Tinubu minimisent les efforts constants de l’armée nigériane contre Boko Haram, alors que le terrorisme ne sévissait pas encore dans les pays de l’AES.

    Le chef de la diplomatie burkinabè a rappelé que, malgré les liens avérés entre Boko Haram et certains groupes terroristes actifs au Sahel, les États membres de l’AES s’abstiennent de toute accusation publique envers le Nigéria. Ils privilégient en effet une approche basée sur la coopération et la responsabilité partagée.

    « Le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Nigéria affrontent le même ennemi. À ce titre, les avancées réalisées par les Forces de défense et de sécurité des pays de l’AES renforcent la sécurité de toute la sous-région, y compris celle du Nigéria, en limitant la mobilité et les capacités d’action des groupes terroristes », a-t-il expliqué.

    Traoré a appelé les autorités nigérianes à adopter des discours fédérateurs, porteurs de solidarité, plutôt que des déclarations susceptibles d’attiser les divisions ou les malentendus entre voisins.

    En réponse, le Chargé d’Affaires de l’Ambassade du Nigéria a assuré avoir pris bonne note du message et s’est engagé à le transmettre fidèlement à ses supérieurs à Abuja, selon le communiqué du ministère burkinabè.