Catégorie : Actualités

  • Woleu-ntem, destination phare du Gabon durable et écotouristique

    Woleu-ntem, destination phare du Gabon durable et écotouristique

    économie durable

    Woleu-Ntem, destination phare du Gabon durable et écotouristique

    Libreville, 22 juin 2026 – À l’aube d’un événement touristique national majeur, le Gabon mise sur le Woleu-Ntem comme vitrine de sa stratégie d’écotourisme. La ministre du Tourisme durable et de l’Artisanat, Pr. Marcelle Ibinga épouse Itsitsa, a lancé une série de consultations approfondies dans cette province du nord du pays, riche en ressources naturelles et culturelles.

    Lors de cette mission de terrain, qui s’est tenue les 20 et 21 juin 2026, la responsable gouvernementale n’a pas limité son action à une simple visite protocolaires. Elle a engagé un dialogue direct avec les acteurs locaux pour évaluer la préparation de la Caravane touristique 2026 et identifier les leviers d’une offre touristique durable et compétitive.

    Un laboratoire du Gabon vert

    Cette province du nord du Gabon incarne à elle seule les ambitions écotouristiques du pays. Entre ses forêts tropicales préservées, son artisanat traditionnel et ses paysages préservés, le Woleu-Ntem représente un terrain d’expérimentation idéal pour une politique touristique ambitieuse. La Caravane touristique 2026 y sera testée avant son déploiement national, offrant une occasion unique de peaufiner l’expérience visiteur.

    Les échanges menés par Marcelle Ibinga avec les autorités locales, les entrepreneurs et les communautés ont porté sur plusieurs axes stratégiques :

    • L’amélioration des infrastructures d’accueil et des services touristiques
    • La professionnalisation des guides et des artisans pour répondre aux standards internationaux
    • La préservation des sites naturels et culturels en lien avec les populations locales
    • Le renforcement des circuits transfrontaliers avec le Cameroun et la Guinée équatoriale

    Chaque visite de site a été l’occasion d’analyser l’accessibilité, la sécurité, l’impact environnemental et le potentiel d’attractivité des lieux sélectionnés pour la caravane.

    Tourisme durable : un levier économique et social

    Le Gabon mise sur le tourisme comme pilier de sa diversification économique. Avec plus de 80 % de son territoire recouvert de forêts tropicales et treize parcs nationaux reconnus pour leur biodiversité, le pays dispose d’un capital naturel exceptionnel. Le Woleu-Ntem, avec ses traditions ancestrales et son artisanat local, ajoute une dimension culturelle unique à cette richesse environnementale.

    La stratégie portée par la ministre vise à transformer ces atouts en emplois locaux et en revenus pour les communautés. En professionnalisant les acteurs du secteur et en structurant les filières artisanales, le gouvernement entend faire du tourisme un moteur de développement inclusif. Les jeunes entrepreneurs et les femmes, souvent en première ligne dans les initiatives locales, bénéficieront particulièrement de ces mesures.

    Une vision régionale pour le tourisme gabonais

    L’un des points forts de cette mission a été son approche transfrontalière. En se rendant dans les zones limitrophes du Cameroun et de la Guinée équatoriale, Marcelle Ibinga a souligné l’importance de la coopération sous-régionale. L’objectif est clair : positionner le Gabon comme une porte d’entrée vers l’Afrique centrale, en proposant des circuits intégrés et des expériences culturelles partagées.

    Cette dynamique s’inscrit dans une tendance mondiale où les voyageurs recherchent des voyages authentiques et des connexions entre plusieurs pays. La Caravane touristique 2026 pourrait ainsi devenir un catalyseur pour les échanges culturels et économiques entre les nations voisines, tout en renforçant l’attractivité internationale du Gabon.

    En conclusion, le Woleu-Ntem s’impose comme le symbole d’une nouvelle ère pour le Gabon. À travers cette province, le pays démontre que tourisme durable, préservation du patrimoine et développement économique peuvent progresser de concert. Le succès de la Caravane touristique 2026 ne sera pas seulement une victoire pour le secteur touristique, mais aussi pour la vision d’un Gabon vert, intégré et prospère.

  • Vers une normalisation entre le Bénin et le Niger : trois axes stratégiques identifiés

    Vers une normalisation entre le Bénin et le Niger : trois axes stratégiques identifiés

    Le dialogue entre le Bénin et le Niger franchit une étape décisive. À la suite d’une concertation entre experts mandatés par Cotonou et Niamey, trois chantiers de coopération ont été définis pour servir de fondement à la reprise des relations diplomatiques. Cette initiative constitue une avancée majeure depuis la rupture consommée à l’été 2023, marquée par le changement de régime au Niger et le verrouillage de la frontière commune.

    Le climat diplomatique est resté tendu pendant de longs mois. Le Bénin avait initialement appliqué les mesures de la CEDEAO, tandis que le Niger soupçonnait son voisin de servir de base à des intérêts hostiles. Le blocage des exportations de pétrole via le pipeline reliant Agadem au port de Sèmè-Kpodji avait fini de crisper les échanges. Aujourd’hui, le recours à une diplomatie technique témoigne d’une volonté partagée de protéger les intérêts économiques des soubresauts politiques.

    Trois piliers pour restaurer la confiance mutuelle

    Les priorités retenues par les délégations techniques ciblent les points de friction les plus critiques. Le premier axe concerne la libre circulation des individus et des marchandises, avec pour objectif une réouverture synchronisée des points de passage frontaliers. Le second volet traite de l’acheminement du pétrole brut nigérien vers les marchés internationaux via l’infrastructure opérée avec des partenaires chinois. Enfin, le troisième pilier porte sur le développement d’infrastructures transfrontalières pour redynamiser durablement les échanges commerciaux.

    Le choix de ces thématiques répond à une urgence économique évidente. Le Niger, pays enclavé, a un besoin vital du corridor béninois pour ses flux d’import-export et ses revenus hydrocarbures. Parallèlement, le Bénin a vu ses recettes portuaires et douanières chuter drastiquement depuis l’arrêt du trafic. Cette interdépendance devient aujourd’hui le moteur principal de la réconciliation.

    La diplomatie technique comme levier de déblocage

    Pour contourner les obstacles politiques, les présidents Patrice Talon et Abdourahamane Tiani ont privilégié une approche pragmatique. En confiant les discussions initiales à des techniciens plutôt qu’à des représentants ministériels, les deux chefs d’État s’offrent une flexibilité nécessaire. Cette méthode permet de progresser sur des dossiers concrets sans buter immédiatement sur les questions de souveraineté ou d’appartenance aux organisations régionales.

    Toutefois, la concrétisation de ces projets dépendra d’un aval politique définitif. Le retrait du Niger de la CEDEAO au profit de l’Alliance des États du Sahel (AES) impose de concevoir un nouveau cadre juridique bilatéral. Cotonou et Niamey doivent désormais bâtir une architecture de coopération robuste, capable de fonctionner indépendamment des tensions régionales globales.

    Un enjeu de stabilité pour toute la sous-région

    Au-delà des intérêts bilatéraux, ce rapprochement est suivi de près par l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Un succès entre le Bénin et le Niger pourrait servir de référence pour la gestion des relations entre les pays de la CEDEAO et ceux de l’AES. Les acteurs du transport, les logisticiens et les industriels espèrent une reprise rapide de la fluidité sur l’axe CotonouNiamey, condition essentielle à la viabilité des grands projets énergétiques du bassin d’Agadem.

    Les semaines à venir confirmeront si cette feuille de route technique résiste aux réalités politiques. La réussite de ces trois projets permettrait de stabiliser une zone économique majeure et de prouver que la coopération sectorielle reste possible malgré des trajectoires institutionnelles divergentes.

  • Gabon : le recensement des véhicules 142 pour une gestion transparente

    Gabon : le recensement des véhicules 142 pour une gestion transparente

    Libreville, lundi 22 juin 2026 – Depuis des années, les véhicules arborant les plaques d’immatriculation « 142 », liés au ministère de l’Intérieur, circulaient sans véritable contrôle citoyen. Le gouvernement gabonais a lancé ce lundi une campagne d’identification et de recensement de leurs détenteurs, une initiative qui dépasse le simple cadre automobile pour s’inscrire dans une volonté de rétablir l’ordre dans la gestion des biens publics.

    Du 22 juin au 1er juillet 2026, tous les propriétaires de véhicules portant la plaque 142 qui n’exercent pas au sein du ministère de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation sont invités à se présenter au Secrétariat général du ministère pour régulariser leur situation. Cette mesure intervient alors que les autorités multiplient les actions pour moraliser la gestion publique et restaurer la confiance entre l’État et les citoyens.

    Une clarification nécessaire

    Selon les autorités, cette campagne vise à établir une cartographie précise des véhicules bénéficiant de cette immatriculation spécifique. Les propriétaires concernés devront fournir une attestation d’affectation du véhicule, la carte grise et une pièce d’identité, permettant aux services compétents de vérifier la légalité de leur situation.

    L’enjeu est important. Dans de nombreux pays, les immatriculations administratives sont réservées à des usages précis et à des agents clairement identifiés. Sans contrôle, elles deviennent des zones grises propices aux privilèges et aux détournements. Le Gabon n’échappe pas à cette problématique : depuis plusieurs années, les débats sur la gestion du patrimoine de l’État ont souligné la nécessité d’une meilleure traçabilité des équipements publics, qu’il s’agisse de véhicules, de bâtiments ou de ressources financières. Cette opération s’inscrit dans une logique de modernisation administrative où chaque bien de l’État doit être identifié, suivi et utilisé conformément à sa destination.

    Restaurer l’autorité de l’État

    Au-delà de l’aspect technique, cette démarche porte un message politique fort : mettre fin aux pratiques héritées d’une époque où certains avantages étaient attribués sans contrôle rigoureux. La crédibilité des institutions repose sur leur capacité à appliquer les mêmes règles à tous. Le contrôle des véhicules immatriculés 142 participe de cette exigence de cohérence.

    Les autorités ont annoncé que cette phase de recensement sera suivie d’opérations de contrôle sur le terrain. Les services compétents procéderont à des vérifications dans la circulation pour identifier les véhicules non déclarés ou en situation irrégulière. Cette seconde étape constitue le véritable test : l’efficacité d’une réforme ne se mesure pas seulement à la qualité des textes, mais à la capacité de l’administration à les appliquer durablement.

    Un signal pour la gouvernance de demain

    Cette initiative intervient à un moment où le Gabon cherche à renforcer la qualité de sa gouvernance publique. La numérisation des services, la modernisation des procédures et l’amélioration de la gestion des ressources figurent parmi les priorités affichées. Le recensement des véhicules 142 apparaît comme une opération pilote, démontrant qu’aucune réforme de fond ne peut réussir sans une connaissance précise des actifs de l’État et de leurs bénéficiaires réels.

    Plus largement, cette démarche rappelle qu’un État efficace ne se construit pas uniquement à travers de grands projets d’infrastructures, mais aussi grâce à des mécanismes de contrôle garantissant l’intégrité des systèmes administratifs au quotidien. En décidant d’identifier les détenteurs des véhicules immatriculés 142 et de soumettre leur utilisation à un contrôle renforcé, le gouvernement envoie un signal clair : l’époque de l’opacité administrative recule au profit d’une culture de responsabilité. Pour les citoyens comme pour les partenaires internationaux, cette évolution constitue un indicateur concret de la transformation en cours de l’appareil d’État gabonais.

  • L’Église catholique s’oppose fermement au projet de révision constitutionnelle en RDC

    L’Église catholique s’oppose fermement au projet de révision constitutionnelle en RDC

    En République démocratique du Congo, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a exprimé une opposition catégorique au projet de modification de la Loi fondamentale souhaité par le président Félix Tshisekedi. Pour les prélats, une telle initiative menace de plonger les institutions dans l’instabilité et de fragiliser les bases de la démocratie congolaise. Cette prise de position intervient alors que le débat politique s’intensifie à Kinshasa.

    L’épiscopat défend l’héritage de la Constitution de 2006

    La hiérarchie catholique juge qu’une réforme constitutionnelle est inopportune dans la période actuelle. Elle rappelle que le texte de 2006 est le fruit d’un consensus national laborieux, obtenu après une longue transition. La CENCO craint qu’une réécriture de la Constitution ne serve principalement à modifier les règles électorales pour favoriser le maintien au pouvoir.

    De son côté, Félix Tshisekedi soutient depuis la fin de l’année 2024 que l’actuelle Constitution, qu’il estime dictée par l’étranger, freine l’essor du pays. Il envisageait la création d’une commission spéciale en 2025 pour réfléchir à un nouveau cadre juridique. C’est ce projet qui suscite aujourd’hui la levée de boucliers de l’Église, rejointe par des membres de la société civile et de l’opposition.

    Une vigilance constante sur la limitation des mandats

    Ce n’est pas la première fois que les évêques montent au créneau. Déjà sous la présidence de Joseph Kabila, ils s’étaient opposés à toute modification touchant au nombre de mandats présidentiels. Leur rôle de médiateur lors de l’accord de la Saint-Sylvestre en 2016 reste gravé dans les mémoires, renforçant leur poids politique aujourd’hui.

    Le débat se cristallise sur les articles dits intangibles, notamment ceux verrouillant la durée et le nombre des mandats. Pour l’Église, toucher à ces piliers reviendrait à ouvrir une période d’incertitude majeure. Bien que le camp présidentiel affirme vouloir simplement moderniser l’architecture étatique sans viser une prolongation de mandat, les évêques restent sceptiques et prônent le respect strict des textes en vigueur.

    L’influence de l’Église catholique est immense en RDC, où elle représente plus de 40 % de la population. Les messages portés par l’épiscopat sont régulièrement relayés dans les paroisses, offrant une caisse de résonance qui dépasse largement les cercles politiques traditionnels.

    Un défi politique majeur pour Félix Tshisekedi

    Malgré une large majorité au Parlement depuis sa réélection en décembre 2023, le chef de l’État se heurte à une autorité morale dont la légitimité reste intacte. Ce bras de fer est suivi de près par la communauté internationale, notamment à Paris, Bruxelles et Washington.

    Cette tension politique survient dans un climat sécuritaire déjà précaire, marqué par les affrontements contre le M23 dans l’est du pays, particulièrement au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Certains observateurs craignent que ce front constitutionnel ne détourne l’attention des priorités militaires et humanitaires. Le positionnement futur de la coalition Union sacrée et des organisations citoyennes sera déterminant pour la suite de ce calendrier législatif contesté.

  • Maréchal Deby renforce le secteur hippique tchadien avec un soutien historique

    Maréchal Deby renforce le secteur hippique tchadien avec un soutien historique

    À l’occasion du Grand Prix de la République organisé à l’hippodrome d’Afrouk, en périphérie de N’Djamena, le Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno, président de la République du Tchad, a réaffirmé son engagement indéfectible en faveur du développement de la filière hippique nationale. Des milliers de passionnés, d’éleveurs et de cavaliers se sont rassemblés pour assister aux courses épiques, avant que le chef de l’État ne dévoile un plan d’appui financier sans précédent.

    Un engagement presidencial fort pour la course et l’élevage équin

    Le président tchadien a confirmé, devant une foule enthousiaste, son soutien inconditionnel à l’amélioration des races locales et à la dynamisation des compétitions hippiques. C’est son ministre d’État, directeur du cabinet présidentiel, Aziz Mahamat Saleh, qui a précisé la nature de cette aide exceptionnelle : une enveloppe de 50 millions de francs CFA sera allouée pour moderniser les infrastructures et soutenir les éleveurs.

    « Le Président de la République réaffirme son soutien total à la filière hippique tchadienne, tant sur le plan sportif que culturel », a-t-il déclaré, sous les ovations de l’assistance. Cet investissement marque une étape clé pour un secteur considéré comme un pilier du patrimoine tchadien.

    L’AEARCT, un acteur historique au cœur du renouveau

    L’Association des éleveurs et acteurs des courses hippiques du Tchad (AEARCT), fondée en 1963 à Fort-Lamy (aujourd’hui N’Djamena), a été mise à l’honneur lors de cet événement. Son président, Idriss Ahmed Idriss, a rappelé le rôle central de l’association dans la cohésion sociale, réunissant depuis plus de soixante ans des membres issus de toutes les régions du pays.

    Il a souligné les liens étroits entre les plus hautes autorités tchadiennes et le monde hippique, mentionnant notamment l’engagement historique du président Ngarta Tombalbaye, qui organisait régulièrement des courses lors de visites officielles, ainsi que l’intérêt constant du président Idriss Deby Itno pour les compétitions, largement médiatisées.

    Un nouvel hippodrome pour une filière en pleine expansion

    L’annonce la plus saluée reste sans conteste la construction du nouvel hippodrome Hassan Guihini Khamis, actuellement en cours à Afrouk. Ce projet ambitieux, le premier du genre au Tchad, intégrera des infrastructures modernes pour les courses, l’administration de l’AEARCT et un village hippique dédié.

    « C’est une première : aucun Chef d’État tchadien n’a jamais initié un tel projet dédié aux sports équestres », a souligné Idriss Ahmed Idriss, recevant un tonnerre d’applaudissements. Jusqu’à présent, les activités se déroulaient sur l’ancien hippodrome de N’Djamena ou des sites temporaires, limitant le développement du secteur.

    Des défis persistants et des perspectives prometteuses

    Malgré les avancées, les acteurs du secteur formulent des attentes précises. L’AEARCT a notamment plaidé pour la création de mécanismes de financement pérennes, inspirés des systèmes de pari mutuel pratiqués ailleurs en Afrique. Une solution jugée indispensable pour assurer la durabilité de la filière.

    Au-delà de son aspect sportif, l’hippisme reste un symbole culturel majeur au Tchad. Dans de nombreuses régions, le cheval incarne une tradition vivante, liée à l’élevage, aux rites sociaux et à l’histoire locale. La présence du président et l’annonce de ce soutien financier sont perçues comme un signal fort en faveur de la modernisation et de la professionnalisation du secteur.

    Grand Prix de la République 2026 : le Maréchal Deby et les acteurs du secteur hippique tchadien réunis à l'hippodrome d'Afrouk
    Cérémonie officielle du Grand Prix de la République 2026 à l'hippodrome d'Afrouk
  • La CENCO s’oppose fermement à la réforme constitutionnelle en RDC : un défi pour Félix Tshisekedi

    La CENCO s’oppose fermement à la réforme constitutionnelle en RDC : un défi pour Félix Tshisekedi

    La CENCO s’oppose fermement à la réforme constitutionnelle en RDC : un défi pour Félix Tshisekedi


    La coalition Article 64, mobilisée contre le projet de modification de la Constitution en République démocratique du Congo (RDC), bénéficie désormais d’un appui de poids. La Conférence épiscopale nationale de la République démocratique du Congo (CENCO) a clairement exprimé son rejet de cette initiative. L’objectif avoué de ce projet est de permettre au président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat, une démarche qui contrevient aux dispositions actuelles de la Constitution limitant les mandats présidentiels à deux. L’Église catholique estime que ce projet politique risque de plonger la Nation dans une situation périlleuse.

     

    Le chef de l’État aurait tort d’ignorer ces avertissements

     

    Selon l’Église, « tout passage en force est porteur de risques incommensurables, y compris la fragmentation du pays ». Les prélats lancent un appel vibrant au peuple congolais : « Le pays est en souffrance, levons-nous. Il est impératif de prendre notre destin en main, faute de quoi, notre avenir sera compromis pour longtemps ». La CENCO ne s’est pas arrêtée là. Elle a également exhorté le président Félix Tshisekedi à honorer son serment de respecter et de défendre la Constitution. Ses appels seront-ils entendus ? L’avenir nous le dira. Ce qui est certain, c’est que le pouvoir ne verra pas d’un bon œil cette prise de position de la CENCO. Cette réaction est d’autant plus prévisible qu’elle intervient au lendemain du vote parlementaire de la loi référendaire, ouvrant ainsi la voie à l’Exécutif congolais pour organiser un référendum constitutionnel. Tout indique que le pouvoir est déterminé à aller jusqu’au bout. L’Église prêche-t-elle donc dans le désert ? Félix Tshisekedi se laissera-t-il influencer par le Saint-Esprit ? En attendant, il semble qu’une convergence se dessine entre l’Église catholique et l’opposition. Bien que les prélats affirment ne pas rejoindre l’opposition, leur position ferme dans ce débat controversé apporte indéniablement de l’eau au moulin de tous ceux qui s’opposent à la modification constitutionnelle en RDC. Le locataire du Palais de marbre aurait tort de rester insensible à ces appels. Il est clair que la multiplication des fronts risque, d’une manière ou d’une autre, d’affaiblir son régime. Sans jouer les Cassandre, une telle situation pourrait lui être fortement préjudiciable. L’Église est incontestablement dans son rôle en exigeant le respect de l’ordre constitutionnel. Elle est d’autant plus légitime qu’en tant qu’artisan de la paix, elle ne peut fermer les yeux sur un projet qui divise les Congolais et qui, de surcroît, semble potentiellement générateur de conflits. De plus, les prélats congolais font partie intégrante du peuple, et sont donc tout aussi concernés par les problèmes nationaux, dont ils ne peuvent ni ne doivent être exclus des solutions. Cela dit, la soutane fera-t-elle plier Fatshi ? Il est difficile de répondre à cette question. En tout cas, avec la sortie des prélats, on peut affirmer sans risque de se tromper que Félix Tshisekedi est désormais dans une position délicate. C’est d’autant plus vrai qu’en plus de l’opposition qui a déjà mené des actions sur le terrain, notamment une opération « ville morte » suivie de meetings réprimés, la CENCO demande aux ecclésiastiques de se préparer à des actions futures.

     

    Le peuple congolais est déjà éprouvé et n’a pas besoin de nouvelles souffrances

     

    Cela signifie que Félix Tshisekedi risque de connaître des nuits agitées dans les jours ou mois à venir. Tant qu’il n’avait affaire qu’à l’opposition, il pouvait maintenir une position inflexible ou, pour ainsi dire, agir en toute quiétude. Mais avec l’entrée en scène de la CENCO en tant qu’acteur majeur de la société civile, les chances de voir son projet aboutir risquent d’être sérieusement compromises. Félix Tshisekedi est d’autant plus dans une position délicate qu’il a lui-même bénéficié des fruits de la lutte de la CENCO lorsqu’il était dans l’opposition. N’est-ce pas l’Église catholique qui a, en partie, contraint son prédécesseur, Joseph Kabila, à reculer dans sa volonté de prolonger son mandat à la tête de l’État en 2017 ? Autant dire que « Fatshi » gagnerait à faire preuve de sagesse. Dans tous les cas, s’il aspire à sortir de l’Histoire par la grande porte, il a tout intérêt à y réfléchir à deux fois. Car, avec la crise persistante dans l’Est de la RDC et la menace terrifiante d’Ebola, le peuple congolais est déjà cruellement éprouvé et n’a pas besoin d’une aggravation de sa situation.

     

  • Le procès du général Abdoulaye Miskine au Tchad : une attente interminable

    Le procès du général Abdoulaye Miskine au Tchad : une attente interminable

    L’impasse judiciaire se prolonge pour le général Abdoulaye Miskine, dont le véritable nom est Martin Koumtamadji. Son dossier, très attendu, avait été inscrit au rôle général de l’audience foraine de la chambre criminelle du lundi 25 mai 2026 à la Cour d’appel de N’Djamena. Cependant, à la surprise générale et après des années de détention sans jugement, l’affaire a été déprogrammée, laissant planer de nombreuses incertitudes.

    Les documents judiciaires consultés révèlent que le dossier portait le répertoire n°093/2022. Abdoulaye Miskine y figurait parmi d’autres accusés, dont Adoum Rakhis, Ringo Djouma et Abdoulaye Gros. Les charges retenues contre eux sont graves et multiples : association de malfaiteurs, création et participation à des mouvements insurrectionnels, enlèvement, séquestration, sévices graves, viol et extorsion de biens. Les faits se seraient déroulés dans la localité de Tissi.

    Arrêté en novembre 2019 à N’Djamena, Abdoulaye Miskine est incarcéré depuis plus de six ans et demi à la maison d’arrêt de Klessoum, sans avoir jamais été jugé. La dernière audience, fixée au 25 mai 2026, a été suspendue. Bien que certaines informations fassent état du décès soudain d’un greffier comme motif, aucune nouvelle date n’a été communiquée depuis, alimentant les interrogations autour de ce dossier déjà délicat.

    Des informations recueillies auprès de plusieurs contacts locaux indiquent que l’affaire aurait été retirée du calendrier judiciaire « jusqu’à nouvel ordre ». Des voix proches du dossier suggèrent l’existence de pressions politiques qui entraveraient le déroulement du procès de l’ancien leader du Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC), et ce, malgré la durée de sa détention et les appels répétés de ses avocats et de sa famille pour qu’il soit jugé.

    La République centrafricaine avait pourtant formulé une demande d’extradition, mais les autorités tchadiennes n’ont pas donné suite. La participation d’Abdoulaye Miskine à l’Accord de paix de Khartoum en 2019 ajoute une dimension politique et régionale complexe à cette procédure judiciaire.

    Par ailleurs, l’état de santé du général Abdoulaye Miskine suscite une vive inquiétude. Ses proches alertent depuis des années sur des problèmes de santé persistants, notamment une insuffisance rénale, de l’hypertension artérielle, des troubles de la vision et une perte de poids significative. Il a été hospitalisé à plusieurs reprises, notamment en 2025, année où il avait même entrepris une grève de la faim après la confiscation de ses médicaments.

    Pour ses partisans, cette situation représente une détention arbitraire et prolongée sans jugement. Du côté des autorités judiciaires, le dossier est officiellement considéré comme pendant. Cependant, la déprogrammation inattendue de l’audience du 25 mai 2026 ravive les critiques concernant le blocage de cette affaire, qui se trouve au carrefour d’enjeux judiciaires, sécuritaires et politiques délicats entre le Tchad et la Centrafrique.

    À ce jour, aucune date de reprise du procès n’a été communiquée. L’affaire Abdoulaye Miskine demeure donc en suspens, sans perspective claire de jugement, de libération ou d’extradition.

  • Sud-Kivu : l’AFC-M23/Twirwaneho revendique un succès stratégique à Minembwe

    Sud-Kivu : l’AFC-M23/Twirwaneho revendique un succès stratégique à Minembwe

    Minembwe, République démocratique du Congo — Les hauts plateaux des territoires de Fizi et Mwenga, au Sud-Kivu, ont été le théâtre d’intenses affrontements durant près d’une semaine. Les combattants Twirwaneho, intégrés à la coalition politico-militaire AFC-M23, ont fait face aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), appuyées par la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) et les milices Wazalendo. Ces violences ont secoué la région, laissant derrière elles un paysage de revendications de victoire et de repli stratégique.

    À l’issue de cette série de confrontations, les forces Twirwaneho et M23 ont affirmé avoir repoussé l’alliance gouvernementale de plusieurs de ses positions autour de Minembwe. Des rapports émanant de sources locales et militaires confirment un mouvement de repli des troupes engagées par Kinshasa.

    Des témoignages locaux décrivent une semaine de combats d’une rare intensité, marquée par l’utilisation d’armes lourdes, de drones et de bombardements. Il semblerait que les FARDC, la FDNB et leurs alliés aient ensuite opéré un retrait vers les localités de Lwiko, Mutunda et Miko, laissant ainsi plusieurs points stratégiques périphériques de Minembwe sous le contrôle des combattants Twirwaneho et M23.

    Les habitants ayant fui les zones de conflit vers Kiziba ont raconté des scènes de panique et d’exodes massifs de civils. Plusieurs récits font état de bombardements ayant touché des zones résidentielles, bien qu’un bilan indépendant des victimes civiles n’ait pu être établi.

    Pour l’heure, les FARDC n’ont pas communiqué de manière détaillée sur ces événements. Cependant, des sources militaires sur place ont confirmé un repositionnement stratégique de leurs forces après des affrontements particulièrement violents dans les secteurs d’Ilundu et de Bidegu.

    Des informations non vérifiées circulant dans la région suggèrent que des militaires burundais de la FDNB auraient abandonné du matériel lors de leur retrait vers Kakenge (Miko). Des pertes humaines seraient à déplorer parmi les FARDC, la FDNB et les Wazalendo, mais aucun chiffre officiel n’a été divulgué.

    Revendications et discours de victoire

    Du côté des combattants Twirwaneho et M23, le ton est résolument celui de la victoire militaire. Ils déclarent avoir fait reculer les forces gouvernementales et leurs partenaires au-delà de plusieurs lignes de front, consolidant ainsi leurs positions aux alentours de Minembwe.

    Les combats dans l’est congolais continuent de pousser des civils, principalement des femmes et des enfants, à fuir vers des camps de déplacés où les conditions de vie restent précaires et marquées par le manque d’abris, de nourriture et d’accès aux soins de base. ©SOS Médias Burundi

    L’ancien député national congolais Moïse Nyarugabo a accueilli favorablement ce qu’il a décrit comme un « recul des forces engagées contre Minembwe ».

    « La menace sur Minembwe est désormais écartée. Malgré l’emploi de Soukhoï, de drones et d’artillerie lourde, les forces adverses ont été repoussées au-delà de la rivière Lwiko », a-t-il affirmé.

    Selon ses analyses, les opérations militaires lancées depuis plusieurs mois n’auraient pas réussi à garantir une stabilité durable dans ces hauts plateaux, qui restent une zone de forte instabilité.

    Il a également imputé à la coalition la responsabilité des bombardements ayant entraîné des pertes civiles et des déplacements massifs de populations.

    Accusations autour de la présence de la FDNB

    La participation de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) aux côtés des FARDC continue de générer des controverses dans la région.

    Certaines sources sécuritaires avancent que Kinshasa aurait proposé à Gitega des avantages liés à l’exploitation minière dans la région de Minembwe et d’autres zones du territoire de Fizi, en échange d’un soutien militaire. Ces allégations n’ont cependant été confirmées ni par les autorités congolaises ni par les autorités burundaises.

    Les présidents Évariste Ndayishimiye et Félix Tshisekedi ont néanmoins attesté l’existence d’un accord bilatéral de coopération sécuritaire autorisant l’intervention des forces burundaises sur le territoire congolais. Un rapport du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité indique que plus de 29 000 soldats burundais auraient été déployés dans l’est de la RDC entre août 2022 et décembre 2025.

    Dans ce contexte de vives tensions sécuritaires, l’armée burundaise a récemment procédé à de nouveaux redéploiements régionaux. Cela survient notamment après le retrait des rebelles de l’AFC-M23 de la ville stratégique d’Uvira, proche de Goma et des axes reliant l’est congolais au Burundi. Uvira avait été sous occupation pendant près d’un mois, de décembre 2025 à janvier 2026, avant le repli des rebelles.

    Plus récemment, des sources locales signalent également que des éléments de l’AFC-M23 se sont retirés de certaines positions dans la plaine de la Rusizi, sous la pression internationale, en particulier celle des États-Unis et d’autres partenaires engagés dans les efforts de désescalade régionale.

    AFC-M23 et Twirwaneho au cœur du conflit

    Le Mouvement du 23 mars (M23) est aujourd’hui une composante majeure de la coalition politico-militaire Alliance Fleuve Congo–M23 (AFC-M23), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de la République démocratique du Congo.

    Dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, cette coalition s’appuie notamment sur le mouvement armé Twirwaneho, principalement constitué de jeunes issus de la communauté Banyamulenge.

    Les autorités congolaises accusent régulièrement le Rwanda de soutenir l’AFC-M23 et ses alliés, des allégations que Kigali rejette systématiquement. Le Rwanda, de son côté, reproche à Kinshasa sa collaboration avec les FDLR, un groupe armé composé d’anciens responsables hutus impliqués dans le génocide des Tutsis de 1994.

    Le Burundi accuse également le Rwanda de soutenir des groupes armés opérant contre son territoire et d’entretenir des ambitions d’influence dans l’est de la RDC. Ces accusations sont également rejetées par Kigali, qui reproche à Gitega sa collaboration avec les FDLR et d’autres groupes armés actifs dans la région.

    Dans ce climat de tensions persistantes, le M23/AFC, un mouvement à majorité tutsie ayant repris les armes fin 2021 en accusant Kinshasa de ne pas avoir respecté ses engagements de réintégration, contrôle ou influence plusieurs zones stratégiques du Nord et du Sud-Kivu, incluant des axes économiques et des localités clés.

    Une région toujours instable

    Malgré les multiples accords régionaux et initiatives diplomatiques visant à apaiser la crise dans l’est de la RDC, les affrontements se poursuivent sur le terrain, sans qu’une perspective immédiate de désescalade durable ne se dessine.

    Les hauts plateaux de Fizi demeurent ainsi l’un des foyers les plus instables de la région des Grands Lacs, où les rivalités locales s’entremêlent aux tensions complexes entre Kigali, Kinshasa et Gitega.

  • Togo: les enquêtes sur les enfants tués sous Faure Gnassingbé toujours absentes

    Togo: les enquêtes sur les enfants tués sous Faure Gnassingbé toujours absentes

    Le 16 juin dernier, à l’occasion de la Journée de l’enfant africain, placée sous le thème de l’accès universel à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène, les discours officiels au Togo ont résonné comme à l’accoutumée. Pourtant, derrière les promesses solennelles, la réalité demeure implacable : pour préserver son emprise, le régime de Lomé a trop souvent recours aux armes, frappant des enfants innocents. Retour sur une série de tragédies où les enquêtes restées sans suite se succèdent.

    De Soweto à Lomé : un lourd silence

    Instituée en mémoire des élèves de Soweto morts en 1976 pour réclamer une éducation de qualité, la Journée de l’enfant africain devait être un symbole de progrès. Mais au Togo, la répression des plus jeunes semble être devenue un instrument politique. Protéger un enfant exige bien plus que des déclarations : garantir des conditions de naissance et de croissance dignes. Dans les hôpitaux togolais, des mères accouchent encore sur le sol, faute d’équipements. Les maternités saturées deviennent des parcs où la vie tient à un fil. Alors que les organisations régionales et internationales renouvellent leurs engagements, Lomé feint de suivre, mais toute contestation juvénile est accueillie par des tirs réels. Même ceux qui ne manifestent pas, simplement en quête de subsistance, tombent sous les balles.

    Jacques Koutoglo : une noyade officielle contestée

    Près d’un an après les faits, la famille de Jacques Koutoglo, 15 ans, attend toujours justice. Ce collégien a été battu à mort puis jeté dans la lagune de Bè, à Lomé, lors des manifestations de juin 2025. Ce jour-là, il cherchait de quoi manger, sans participer au défilé. Le ministre des Droits de l’homme de l’époque, Pacôme Adjourouvi, avait d’abord évoqué une « noyade naturelle » en période de trouble, avant d’annoncer une enquête. Depuis son départ du gouvernement, aucune conclusion n’a été rendue. Le refus d’autoriser une messe de recueillement accentue le deuil impossible de cette famille.

    Joseph Zoumekey et Rachad Maman : l’impunité comme réponse

    En 2017, Joseph Zoumekey, 13 ans, a été tué par une balle réelle alors qu’il achetait des condiments à Bè-Kpota. L’autopsie indépendante menée par des experts d’Amnesty International a confirmé le tir, contredisant la version officielle. Malgré les appels de l’organisation à poursuivre les coupables, le pouvoir de Faure Gnassingbé est resté muet. La même année à Bafilo, Rachad Maman, 14 ans, a été atteint en marchant aux côtés de son père lors d’une manifestation pour des réformes démocratiques. Une pétition internationale signée par des milliers de personnes demandait la lumière sur cette affaire ; elle est restée sans effet.

    Anselme Sinandaré et Douti Sinalengue : douleur du Nord au Sud

    À Dapaong, la mémoire d’Anselme Sinandaré (12 ans) et de Douti Sinalengue (21 ans) reste vivace. En 2012, lors d’une manifestation pacifique d’élèves réclamant leurs enseignants, ils ont été abattus. Plus d’une décennie plus tard, aucune identification des tireurs n’a été effectuée. De l’extrême nord au littoral, le constat est récurrent : la vie des enfants pèse peu face aux impératifs de maintien au pouvoir. Des dizaines de familles voient leur progéniture, relève de demain, sacrifiée en toute impunité, dans une dynamique qui traverse les générations depuis l’arrivée des Gnassingbé.

    Pourtant, le Togo a ratifié la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfance le 5 mai 1998. En laissant ces crimes sans suite et ces enquêtes sans réponse, Lomé envoie un signal clair : le respect des traités s’arrête là où commence la survie politique.

  • Burkina Faso : la dépendance financière derrière le discours de l’autosuffisance

    Burkina Faso : la dépendance financière derrière le discours de l’autosuffisance

    À Bakou, le ministre Aboubakar Nacanabo a scellé un nouvel accord financier avec la Société internationale islamique de financement du commerce (ITFC). Carburant, céréales, engrais, soutien aux PME : cette injection de capitaux va dynamiser l’économie burkinabè. Une bouffée d’oxygène pour le marché national, mais un rappel sévère pour l’opinion publique.

    Cette signature, discrète et loin des caméras locales, est pourtant vitale pour le quotidien des Burkinabè. En officialisant ce partenariat en Azerbaïdjan, le gouvernement garantit l’approvisionnement en biens essentiels. Sans ces fonds, maintenir les stocks d’engrais pour les campagnes agricoles ou stabiliser les prix du carburant deviendrait très difficile.

    Pourtant, cette opération soulève des questions. Depuis quelque temps, un discours bien huilé domine les déclarations officielles et les rassemblements : le Burkina Faso se développerait « sur fonds propres » et clamerait fièrement « y’a pas crédit dedans ». Une rhétorique d’autosuffisance séduisante, mais qui entre en conflit direct avec les réalités de l’économie mondiale.

    Comment un pays qui affirme haut et fort pouvoir se passer de l’aide extérieure se retrouve-t-il à parapher des accords de financement aussi conséquents à des milliers de kilomètres de Ouagadougou ?

    L’illusion du « zéro dette » est confortable, mais elle masque un effet boomerang dangereux. En refusant de reconnaître cette dépendance financière, une large partie de la population ignore le niveau réel d’endettement du pays. À l’avenir, le réveil pourrait être brutal : le Burkina Faso pourrait se retrouver aussi étranglé par la dette qu’auparavant, avec en plus des slogans vides.

    L’économie suit ses propres lois, que la politique ne peut contourner. Financer le développement par l’effort national est un objectif louable, mais pour l’instant, le quotidien des Burkinabè dépend encore largement de la signature de tels accords internationaux.

  • Bénin-Niger : à Cotonou, les négociations qui redessinent l’avenir régional

    Bénin-Niger : à Cotonou, les négociations qui redessinent l’avenir régional

    Le vendredi 19 juin 2026, l’aéroport de Cotonou a accueilli une délégation nigérienne avec les honneurs protocolaires, marquant le début officiel du second round de négociations bilatérales entre les deux pays. Ce moment dépasse le simple protocole diplomatique : il signale que le dialogue, un temps compromis, est désormais rétabli entre les deux voisins ouest-africains.

    Une reprise des discussions préparée dans l’ombre

    Cette reprise ne doit rien au hasard. Elle fait suite à l’entretien décisif entre le président béninois Romuald Wadagni et le chef de la transition nigérienne, le général Abdourahamane Tiani, à Niamey. Les deux dirigeants avaient alors convenu de sortir de l’impasse. Pendant deux semaines, des experts techniques, diplomates et hauts gradés militaires ont travaillé à huis clos pour aplanir les différends et préparer le terrain. L’objectif est désormais clair : sceller un accord global pour rouvrir la frontière commune, fermée après les bouleversements politiques à Niamey.

    L’atmosphère des discussions à Cotonou est décrite comme à la fois lourde, en raison des enjeux, et constructive, tant la pression des populations et des opérateurs économiques se fait sentir.

    Une asphyxie économique réciproque

    Pour les analystes, l’urgence se lit dans les indicateurs macroéconomiques, devenus dramatiques. L’imbrication historique des économies béninoise et nigérienne a fait du blocus un double étouffoir.

    Le Niger, pays enclavé, dépend du Port Autonome de Cotonou pour ses importations et exportations. La rupture de cet axe a plongé transporteurs et commerçants dans une crise aiguë. Les chaînes logistiques ont dû être redirigées vers d’autres ports, allongeant les trajets et faisant exploser les coûts de transport, ce qui a alimenté une inflation galopante à Niamey.

    Côté béninois, le contrecoup est tout aussi sévère. Le corridor Cotonou-Niamey est le poumon économique du Bénin. Le ralentissement du transit a réduit les recettes douanières et mis à genoux tout un écosystème : grandes compagnies de logistique, secteur informel, petits vendeurs, restauratrices, manutentionnaires. La réouverture de cet axe est devenue une question de survie pour des milliers de familles des deux côtés.

    Sécurité et souveraineté au cœur des blocages

    Mais le véritable nœud du conflit réside dans les questions de sécurité nationale. Depuis l’arrivée du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie à Niamey, les autorités militaires nigériennes maintiennent une ligne inflexible : aucun impératif économique ne prime sur la sécurité du territoire.

    Les discussions à Cotonou se concentrent donc sur des dossiers sensibles : le contrôle du fleuve Niger, les protocoles de surveillance conjoints pour empêcher les infiltrations de groupes armés, et le partage de renseignements en temps réel. Le défi est de concevoir une frontière à la fois étanche face aux menaces et fluide pour les échanges légitimes. Trouver cet équilibre entre souveraineté et pragmatisme est la clé de la réussite.

    Vers un nouveau paradigme régional

    Ce face-à-face prolongé montre que la géographie et la realpolitik finissent par l’emporter sur les postures idéologiques. La crise est née des sanctions après le changement de régime à Niamey, mais le blocage a révélé l’interdépendance fondamentale des deux nations.

    Les observateurs estiment toutefois qu’un retour pur et simple au statu quo antérieur est improbable. La confiance mutuelle a été ébranlée. Un accord solide jettera les bases d’une relation bilatérale redéfinie, marquée par une vigilance accrue et des contrôles plus stricts, mais aussi par la conscience qu’aucun des deux pays ne peut prospérer en tournant le dos à son voisin.

    Au-delà du cadre bilatéral, l’issue de ces négociations est suivie de près par les partenaires internationaux et les pays limitrophes. L’axe Cotonou-Niamey est un maillon central de l’intégration régionale. Le dénouement de cette crise servira de baromètre pour la capacité des États ouest-africains, qu’ils appartiennent à la CEDEAO ou à l’Alliance des États du Sahel, à surmonter leurs différends pour préserver la stabilité économique et la paix sociale. Sur le terrain, les populations attendent que les actes concrets confirment les sourires officiels.

  • Burkina Faso : sous pavillon russe, l’or de Ouagadougou suscite des interrogations

    Burkina Faso : sous pavillon russe, l’or de Ouagadougou suscite des interrogations

    Le régime de transition burkinabè, dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, a fait de la souveraineté nationale son étendard. Pourtant, la politique de rapprochement avec la Russie soulève des doutes parmi les observateurs. Le pays, qui cherche à se libérer de l’influence française, semble tomber sous une nouvelle tutelle.

    Une dépendance économique préoccupante

    Les négociations récentes autour de la gestion des ressources minières, notamment l’or, qui constitue près de 80 % des exportations burkinabè, révèlent une vulnérabilité inquiétante. En confiant à des acteurs russes le contrôle de ce secteur stratégique, le gouvernement de Ouagadougou prend le risque de fragiliser son économie. Les conditions imposées par Moscou sont jugées disproportionnées, transformant la coopération en une forme de redevance.

    Un coût sécuritaire élevé

    Sur le plan militaire, le déploiement d’instructeurs et de forces paramilitaires russes, issus de l’ex-groupe Wagner désormais intégré à Africa Corps, devait permettre de contrer les groupes armés terroristes. Mais le bilan reste mitigé. Les attaques se multiplient, et le coût de cette assistance pèse lourdement sur les finances publiques. Lier la sécurité nationale à l’agenda du Kremlin, lui-même accaparé par d’autres conflits, place le Burkina Faso dans une situation de dépendance dangereuse.

    De la Françafrique à la Russafrique ?

    La critique la plus acerbe porte sur l’incohérence du discours officiel. Rejeter le paternalisme occidental pour embrasser l’impérialisme opportuniste de Moscou n’est pas un acte de libération. « Remplacer une tutelle par une autre, ce n’est pas se libérer, c’est changer de maître », résume un analyste. La Russie ne s’engage pas en Afrique par solidarité anticoloniale, mais pour contourner les sanctions et sécuriser des ressources.

    Un isolement diplomatique croissant

    En se tournant exclusivement vers Moscou, le Burkina Faso s’isole de ses partenaires traditionnels et de ses voisins. Une véritable souveraineté passe par la diversification des alliances, non par une relation bilatérale asymétrique. Le peuple burkinabè risque de payer cher ce choix. La souveraineté ne se mesure pas aux discours anti-occidentaux, mais à la capacité réelle de décider de son avenir sans dépendre de l’étranger, qu’il vienne de Paris, Washington ou Moscou. En cédant ses joyaux et en sous-traitant sa sécurité, le régime compromet l’indépendance du Burkina Faso pour des décennies.