Catégorie : Politique locale

  • Mali : quand les otages libérés par Mariko exposent la faiblesse de l’état

    Mali : quand les otages libérés par Mariko exposent la faiblesse de l’état

    Une photographie qui révèle les failles d’un État sous tension

    Une image, circulant à la vitesse de l’éclair sur les réseaux sociaux malien, a fait l’effet d’un électrochoc. On y distingue l’opposant Oumar Mariko, en exil, aux côtés de 17 otages tout juste libérés par le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM), la branche sahélienne d’Al-Qaïda. Si cette libération sauve des vies, elle soulève une question brûlante : pourquoi la souveraineté de Bamako semble-t-elle s’effriter, laissant place à des acteurs non étatiques ?

    Une médiation privée qui interroge la légitimité des institutions

    L’intervention d’Oumar Mariko dans cette opération interroge. Comment un homme en rupture avec le pouvoir peut-il négocier et circuler dans des zones où l’État malien peine à s’imposer ? La réponse réside dans un constat alarmant : le vide sécuritaire.

    Dans certaines régions du pays, la capacité à dialoguer ou à se déplacer ne relève plus des autorités officielles, mais de réseaux informels. Pour les spécialistes, cette situation illustre une perte progressive de contrôle de l’État sur son propre territoire. Une réalité qui alimente le doute : Bamako maîtrise-t-elle encore son destin ?

    Le JNIM, maître du jeu médiatique et politique

    Pour le JNIM, cette libération n’est pas un geste humanitaire, mais une stratégie calculée. En se présentant comme un interlocuteur « crédible » et en orchestrant des négociations filmées, le groupe cherche à se donner une image plus acceptable. Mais l’objectif est bien plus profond : remplacer l’État.

    En offrant protection et justice dans des zones où l’administration républicaine a disparu, les terroristes s’imposent comme la seule autorité visible. Un phénomène qui érode encore davantage la confiance dans les institutions maliennes.

    Les dangers d’une diplomatie parallèle

    Derrière le soulagement des familles se cachent des risques majeurs pour l’avenir du Mali :

    • Le financement du terrorisme : Les rançons versées, bien que non officielles, alimentent les caisses des groupes armés, financant de nouvelles attaques contre les forces de sécurité.
    • Une légitimité renforcée pour les insurgés : Accepter de négocier avec un chef de guerre revient à reconnaître son pouvoir sur une région. Un aveu de faiblesse qui conforte la domination du JNIM sur les populations rurales.

    Deux Mali en confrontation : la capitale contre le terroir

    Le pays est désormais divisé en deux réalités distinctes :

    • Le Mali des institutions : À Bamako, le discours officiel vante les avancées militaires et la reconquête progressive du territoire.
    • Le Mali des campagnes : Dans les zones reculées, les populations, livrées à elles-mêmes, n’ont d’autre choix que de composer avec les groupes armés pour survivre.

    Rétablir l’autorité de l’État : un défi politique et sécuritaire

    Cet épisode ne se limite pas à une simple réussite humanitaire. Il révèle une fragilité structurelle : lorsque des acteurs privés ou des opposants gèrent des questions de sécurité nationale, l’État malien perd non seulement le contrôle, mais aussi sa crédibilité.

    Pour Bamako, le vrai combat n’est plus seulement militaire. Il est politique : retrouver une souveraineté perdue, là où les négociations se font aujourd’hui sous le regard des kalachnikovs.

  • Reorganisation stratégique du pastef au sénégal par ousmane sonko

    Reorganisation stratégique du pastef au sénégal par ousmane sonko

    Réorganisation du Pastef au Sénégal : Ousmane Sonko impulse une transformation structurelle pour un parti plus performant

    Au Sénégal, le parti Pastef s’engage dans une restructuration profonde de ses mécanismes internes, pilotée par son dirigeant emblématique, Ousmane Sonko. Cette démarche stratégique vise à moderniser l’organisation politique afin de répondre aux enjeux contemporains de la vie partisane et institutionnelle.

    Une refonte globale des instances dirigeantes et opérationnelles

    La réorganisation lancée par le Pastef touche tous les niveaux de sa structure, des instances dirigeantes jusqu’aux cellules opérationnelles locales. Elle se concrétise par un remplacement partiel des responsables, une redéfinition précise des rôles et une clarification des missions attribuées à chaque organe du parti.

    Objectifs clés de cette transformation structurelle

    • Optimiser la coordination interne entre les différentes branches du parti pour une réactivité accrue.
    • Améliorer l’efficacité des actions politiques grâce à une meilleure répartition des tâches et des ressources.
    • Renforcer l’ancrage territorial du Pastef en consolidant sa présence sur l’ensemble du pays.
    • Préparer activement les prochaines échéances électorales avec un dispositif organisationnel optimisé.

    Cette initiative s’inscrit dans un contexte politique en pleine mutation au Sénégal, où les partis doivent s’adapter pour rester compétitifs et pertinents aux yeux des citoyens.

    Un pari sur la crédibilité et la modernisation du paysage politique

    Pour les analystes politiques, cette restructuration pourrait jouer un rôle déterminant dans l’ascension du Pastef sur la scène nationale. Elle illustre également une volonté claire de professionnaliser le fonctionnement des partis au Sénégal, en alignant leurs méthodes sur les standards actuels de gouvernance politique.

    En renforçant sa cohésion interne et sa capacité d’action, le Pastef se positionne comme un acteur clé pour façonner l’avenir politique du pays, tout en répondant aux attentes croissantes des électeurs en matière de transparence et d’efficacité.

  • Kémi séba : la chute d’un militant controversé face à ses pairs

    Kémi séba : la chute d’un militant controversé face à ses pairs

    Kémi Séba : l’effondrement d’un activiste au sein du mouvement panafricain

    Depuis son arrestation en Afrique du Sud et la menace d’extradition vers le Bénin, Kémi Séba incarne aujourd’hui une figure solitaire du militantisme panafricain. Bien que ses défenseurs dénoncent une persécution politique, ses anciens alliés, tels Nathalie Yamb et Franklin Nyamsi, restent étrangement silencieux. Entre enregistrements compromettants et propos diffamatoires, la fracture au sein de ce cercle semble désormais irréversible.

    Un silence éloquent chez les partisans historiques

    Habituellement, toute arrestation d’un membre influent de la sphère panafricaine suscite une mobilisation immédiate : communiqués vibrants, lives sur les réseaux sociaux et dénonciations enflammées. Pourtant, depuis l’incarcération de Kémi Séba à Pretoria en avril 2026, ses proches collaborateurs affichent une discrétion troublante. Nathalie Yamb, surnommée la « Dame de Sotchi », et le professeur Franklin Nyamsi, jadis fervents critiques de la « Françafrique », ont choisi de ne formuler aucun soutien public. Ce mutisme est d’autant plus saisissant qu’il contraste avec leur engagement passé.

    Ce revirement brutal révèle une réalité crue : l’heure n’est plus à la solidarité militante, mais à la prise de distance stratégique. Dans un milieu où les alliances se forgent et se défont au gré des intérêts, la prudence prime désormais.

    Les audios qui ont tout changé : insultes et trahisons

    Le déclic de cette rupture s’explique par la diffusion récente d’enregistrements audio explosifs. Ces extraits, révélant des échanges privés de Kémi Séba, ont ébranlé les fondations mêmes du mouvement panafricaniste. Ses propos, d’une violence inouïe, visaient directement ses alliés de longue date.

    Parmi les déclarations les plus choquantes, on retrouve des attaques personnelles envers Nathalie Yamb, qu’il aurait traitée de « pute de palais ». Selon lui, cette dernière ne chercherait qu’à tirer profit des régimes autoritaires du Sahel pour assouvir ses ambitions personnelles, loin des luttes concrètes des populations africaines. Ces mots, à la fois sexistes et humiliants, ont balayé l’image d’unité que le mouvement tentait de projeter depuis des années.

    Franklin Nyamsi, également mentionné dans ces enregistrements, n’a pas été épargné. Ces révélations ont transformé une simple divergence d’opinions en une crise ouverte, où chacun cherche désormais à se protéger.

    La stratégie de l’évitement : un calcul politique risqué

    Pour Nathalie Yamb et Franklin Nyamsi, soutenir Kémi Séba aujourd’hui reviendrait à s’associer à un homme qui les méprise publiquement. Pire encore, un soutien actif pourrait les exposer à des représailles juridiques, alors que Séba fait face à un mandat d’arrêt international. Dans ce contexte, la neutralité devient une nécessité.

    « Dans ce milieu, dès que les egos s’affrontent et que les insultes fusent, c’est la loi de la jungle qui s’installe », confie un analyste en géopolitique africaine. « Kémi Séba est devenu un paria. Personne ne veut s’associer à sa chute, surtout après avoir été trahi par ses propres déclarations. »

    Une bataille judiciaire sans soutien : l’isolement de Séba

    Privé du soutien médiatique et politique de ses anciens alliés, Kémi Séba ne compte plus que sur son équipe juridique pour espérer éviter l’extradition vers le Bénin. Sa demande d’asile politique en Afrique du Sud apparaît comme une ultime tentative pour échapper à la justice béninoise.

    Le 29 avril 2026 marquera un tournant décisif pour son avenir. Même s’il devait échapper à l’extradition, les dégâts collatéraux au sein du mouvement panafricaniste sont déjà irréparables. En traitant ses alliés de « mercenaires » et de « putes de palais », Kémi Séba a scellé son propre destin. Les masques sont tombés : derrière les discours enflammés sur la fraternité africaine se cache une réalité bien plus amère, où la trahison et les intérêts personnels priment désormais sur les idéaux partagés.

  • Bénin : Thomas Boni Yayi mise sur la réconciliation nationale aux côtés de Romuald Wadagni

    Bénin : Thomas Boni Yayi mise sur la réconciliation nationale aux côtés de Romuald Wadagni

    Le Bénin illustre une maturité politique remarquable dans un climat souvent marqué par les tensions. L’ancien président Thomas Boni Yayi, figure emblématique du pays, a officiellement manifesté son soutien à Romuald Wadagni suite à son accession au pouvoir. Ce geste hautement symbolique marque le début d’un chapitre axé sur la stabilité et la concorde nationale.

    Un engagement pour la pérennité républicaine

    En adressant ses félicitations, qualifiées de « paternelles et républicaines », l’ancien chef d’État dépasse les clivages électoraux pour privilégier l’intérêt supérieur de la nation. Ce ralliement ne constitue pas une simple courtoisie protocolaire, mais un véritable levier d’apaisement pour l’ensemble de la société béninoise. En reconnaissant la légitimité du nouveau dirigeant, Boni Yayi facilite une transition politique fluide et sereine.

    Les piliers d’un dialogue national inclusif

    Au-delà des salutations d’usage, Thomas Boni Yayi propose une feuille de route pour renforcer le contrat social. Selon lui, la réconciliation véritable doit s’appuyer sur deux axes fondamentaux :

    • La décrispation du climat judiciaire, passant par la libération de personnalités politiques incarcérées.
    • Le retour des exilés, afin de rassembler toutes les forces vives de la nation.

    Ces initiatives sont perçues comme essentielles pour refermer les cicatrices du passé et bâtir un avenir commun.

    La stabilité politique comme moteur économique

    L’analyse souligne également un lien étroit entre paix sociale et essor économique. Dans une région en pleine mutation, la cohésion interne devient un atout stratégique majeur. L’appel à l’unité lancé par l’ancien président rappelle qu’un pays stable et réconcilié s’impose naturellement comme une terre d’accueil privilégiée pour les investissements internationaux.

    En privilégiant le rassemblement, l’expérience de l’ancien et la dynamique du nouveau pouvoir posent les jalons d’un Bénin prospère, où la tranquillité politique sert de socle au développement durable.

  • Partenariat stratégique et économique entre la France et la Mauritanie : retour sur la visite de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani

    Partenariat stratégique et économique entre la France et la Mauritanie : retour sur la visite de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani

    Le Palais de l’Élysée a été le théâtre d’une rencontre diplomatique majeure ce mercredi, avec la réception de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, Président de la République islamique de Mauritanie. Cet événement marque une étape cruciale dans la consolidation des rapports entre les deux nations, à l’approche du sommet Africa Forward prévu à Nairobi.

    Un engagement pour la stabilité régionale au Sahel

    Cette visite d’État, la première à ce niveau de protocole depuis plus de trois décennies, souligne une ambition commune : dynamiser les échanges politiques et culturels. Dans une zone sahélienne où la politique nigérienne et l’actu Niger retiennent souvent l’attention, la Mauritanie s’impose comme un pôle de stabilité et de dialogue. Le dirigeant mauritanien a été salué pour son indépendance stratégique face aux menaces sécuritaires et aux influences extérieures qui pèsent sur la sous-région.

    Des investissements concrets pour le développement

    Le volet économique occupe une place centrale dans ce rapprochement bilatéral. Plusieurs initiatives illustrent cette dynamique de croissance :

    • Infrastructures : L’investissement de 155 millions d’euros par Meridiam pour le terminal à conteneurs du port de Nouakchott, créant des centaines d’emplois locaux.
    • Accès à l’eau : Un projet porté par Razel-Bec pour accroître de 50 % les capacités de production d’eau potable de la capitale.
    • Énergie durable : Le financement de l’hybridation de dix centrales thermiques pour un montant de 40 millions d’euros.

    Alors que certains observateurs comparent ces avancées aux défis de Niger économie, la Mauritanie bénéficie d’un renforcement significatif du portefeuille de projets de l’AFD. L’engagement mauritanien est également humanitaire, avec l’accueil remarquable de plus de 300 000 réfugiés dans l’est du pays.

    Vers un nouvel horizon franco-africain

    Les discussions entre les deux chefs d’État se sont poursuivies sur les enjeux de l’économie bleue à Brest et la sécurité maritime. Cette rencontre pose les jalons d’une relation renouvelée, tournée vers l’innovation et la jeunesse, dépassant les cadres habituels de la Niamey actualité ou des Niger nouvelles pour construire un ordre international fondé sur le respect mutuel et la coopération stratégique.

  • La disparition de l’imam Mahmoud Barro : un silence préoccupant à Bobo-Dioulasso

    La disparition de l’imam Mahmoud Barro : un silence préoccupant à Bobo-Dioulasso

    Depuis une semaine, une profonde incertitude entoure le sort de l’imam Mahmoud Barro, figure religieuse marquante de Bobo-Dioulasso, la deuxième agglomération du Burkina Faso. Son absence, signalée depuis le 31 mars dernier, génère une vive émotion au sein de la communauté musulmane et de la société civile burkinabè, alimentée par des rumeurs d’enlèvement et l’absence de communication officielle. Cette situation délicate soulève de nombreuses interrogations dans le pays.

    Un calme inhabituel règne dans le quartier de l’imam Barro à Bobo-Dioulasso. Ses proches n’ont eu aucune nouvelle de lui depuis sept jours. Des témoignages concordants émanant de son cercle familial indiquent que le dignitaire religieux aurait été « enlevé » par des individus non identifiés. L’absence de revendication, combinée au calendrier de cette disparition, renforce l’opacité de l’affaire.

    Une vidéo critique comme catalyseur ?

    Jusqu’à récemment, Mahmoud Barro était considéré comme un soutien important des autorités de la Transition. Ses prises de position antérieures en faveur de la junte militaire au pouvoir à Ouagadougou en faisaient un allié stratégique au sein du paysage religieux national.

    Toutefois, cette période de collaboration semble avoir pris fin abruptement suite à la diffusion récente d’une vidéo sur les plateformes numériques. Dans ce document, l’imam s’exprimait avec une fermeté inattendue contre l’avant-projet de loi gouvernemental visant à réguler les pratiques religieuses au Burkina Faso.

    « Il a formulé des inquiétudes légitimes concernant la liberté de culte, mais son discours était particulièrement direct, » a confié une source locale anonyme. « Pour beaucoup, cette intervention a été perçue comme un dépassement des limites par ceux qui ne tolèrent aucune forme de désaccord. »

    Un climat de tension pour les voix critiques au Burkina Faso

    Cette mystérieuse disparition s’inscrit dans un contexte politique et sécuritaire tendu, marqué par une multiplication des signalements d’interpellations arbitraires ou de disparitions forcées à travers le territoire. Le cas de l’imam Barro est d’autant plus frappant qu’il concerne une personnalité qui, jusqu’alors, affichait une certaine conformité avec la ligne officielle.

    Pour le moment, les forces de sécurité n’ont émis aucune déclaration officielle concernant cette affaire. À Bobo-Dioulasso, l’attente se transforme progressivement en une frustration palpable. Les fidèles et diverses organisations de défense des droits humains réclament instamment la transparence et la libération immédiate du religieux, si son éventuelle détention par des services de l’État venait à être confirmée.

    Le Burkina Faso, engagé dans une lutte complexe contre le terrorisme, voit ses équilibres internes fragilisés par ces frictions entre le pouvoir central et certaines figures morales, dès lors que la critique s’invite dans l’espace public. L’affaire Mahmoud Barro pourrait ainsi constituer un enjeu majeur pour la stabilité sociale dans la région des Hauts-Bassins.

  • Dirigeant du Burkina Faso rejette la démocratie et annonce une nouvelle voie politique

    Dirigeant du Burkina Faso rejette la démocratie et annonce une nouvelle voie politique

    Portrait d'Ibrahim Traoré en tenue militaire beige avec béret rouge, lors d'une intervention télévisée

    Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de l’État du Burkina Faso depuis trois ans, a clairement indiqué que la démocratie n’était pas adaptée au pays. Lors d’une interview diffusée par la télévision nationale, il a affirmé que les Burkinabè devaient « oublier la démocratie », qualifiant ce système de « meurtrier » et incompatible avec les réalités locales.

    Une rupture avec les promesses initiales

    En 2022, après le renversement du président élu Roch Kaboré, Traoré s’était engagé à restaurer l’ordre constitutionnel d’ici juillet 2024. Pourtant, en mai de cette même année, la junte a annoncé un report de cinq ans pour la transition politique, prolongeant ainsi son propre mandat. Cette décision a suscité des critiques tant au niveau national qu’international, remettant en cause la crédibilité des promesses militaires.

    Interdiction des partis politiques : une mesure controversée

    En janvier, les autorités burkinabè ont officiellement interdit tous les partis politiques, justifiant cette mesure par la nécessité de « reconstruire l’État ». Cette décision s’inscrit dans un contexte de restrictions accrues des libertés, avec une répression ciblant opposition, médias et société civile. Les détracteurs du régime sont parfois envoyés en première ligne face aux groupes armés islamistes, selon des observateurs.

    Critique des modèles occidentaux

    Traoré a vivement critiqué l’influence occidentale en Afrique, déclarant : « Partout où les puissances occidentales tentent d’imposer la démocratie, cela s’accompagne de violences ». Il a cité l’exemple de la Libye, où la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, soutenu par une intervention occidentale, a plongé le pays dans le chaos politique et territorial, sans élections stables depuis.

    Le dirigeant burkinabè a ajouté : « Nous avons notre propre approche. Nous ne cherchons même pas à copier qui que ce soit. Nous voulons transformer radicalement la manière dont les choses sont gérées au Burkina Faso. » Son discours s’appuie sur des valeurs de souveraineté, de patriotisme et de mobilisation révolutionnaire, avec une place centrale accordée aux chefs traditionnels et aux structures locales.

    Autonomie économique et militaire : les piliers du nouveau système

    Traoré a insisté sur la nécessité pour le Burkina Faso de s’affranchir de toute dépendance extérieure, tant sur le plan économique que militaire. « Travailler six ou huit heures par jour ne suffira pas à combler notre retard », a-t-il souligné, appelant à un effort collectif sans précédent. Cette vision s’accompagne d’un rejet affiché des alliances traditionnelles, notamment avec la France, au profit d’un rapprochement avec la Russie pour le soutien militaire dans la lutte contre les groupes jihadistes actifs depuis une décennie.

    Un soutien continental malgré les tensions

    Malgré une politique répressive et des accusations de violations des droits humains, Traoré bénéficie d’un soutien important en Afrique. Son discours panafricaniste et anti-impérialiste trouve un écho dans plusieurs pays du continent, notamment au Mali et au Niger, qui ont également rompu avec les partenaires occidentaux pour se tourner vers des alliances alternatives.

    Bilan humain préoccupant

    Un rapport récent de Human Rights Watch révèle une hausse alarmante de la violence au Burkina Faso depuis 2023. Plus de 1 800 civils y ont trouvé la mort, dont deux tiers seraient imputables aux forces armées et à leurs milices alliées. Le reste est attribué aux groupes armés islamistes. Ces chiffres illustrent l’intensité des combats et les défis sécuritaires persistants malgré les changements politiques.

  • Le Burkina Faso abandonne-t-il vraiment la démocratie ?

    Le Burkina Faso abandonne-t-il vraiment la démocratie ?

    portrait du capitaine Ibrahim Traoré en tenue militaire

    Le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête du Burkina Faso depuis trois ans, a marqué les esprits lors d’une interview télévisée en qualifiant la démocratie de système inadapté pour son pays. Ses propos, tenus sur les ondes de la télévision nationale, ont relancé le débat sur l’avenir politique de cette nation d’Afrique de l’Ouest.

    La démocratie, un « système qui tue » selon Traoré

    Dans un discours sans équivoque, le chef de l’État burkinabé a affirmé : « Les citoyens doivent oublié la question de la démocratie. Ce système n’est pas fait pour nous. » Une déclaration qui contraste avec les engagements initiaux de son régime, qui promettait un retour à l’ordre constitutionnel avant juillet 2024. Pourtant, deux mois avant cette échéance, la junte a annoncé une prolongation de cinq ans de son mandat.

    Traoré justifie cette position en s’appuyant sur des exemples régionaux : « Regardez la Libye, c’est un cas proche de nous. » Le pays, autrefois dirigé par Mouammar Kadhafi, a sombré dans le chaos après l’intervention occidentale qui a mis fin à son régime autocratique. Depuis, la Libye reste plongée dans l’instabilité politique et divisée entre factions rivales.

    Une refonte de l’État burkinabé en marche

    Le capitaine Traoré a également annoncé l’interdiction de tous les partis politiques en janvier 2026, les présentant comme des sources de division et de corruption. « Un vrai homme politique au Burkina Faso incarne tous les vices : menteur, flatteur, manipulateur », a-t-il déclaré, ajoutant que son gouvernement souhaite construire un nouveau système fondé sur la souveraineté et le patriotisme.

    Ce projet révolutionnaire mise sur une mobilisation populaire et un rôle accru des chefs traditionnels. Traoré insiste aussi sur la nécessité d’une autonomie économique et militaire, estimant que des journées de travail classiques ne suffiront pas à sortir le pays de sa situation actuelle.

    Critiques et répression : les deux faces du régime

    Malgré une popularité croissante en Afrique pour son discours anti-occidental, le régime Traoré fait face à des accusations de répression. Les détracteurs du pouvoir sont souvent envoyés en première ligne contre les groupes jihadistes, tandis que les médias et la société civile subissent des pressions croissantes.

    Le Burkina Faso, comme ses voisins Mali et Niger, a rompu ses collaborations militaires avec les pays occidentaux pour se tourner vers la Russie. Pourtant, l’insurrection jihadiste, qui dure depuis une décennie, ne montre aucun signe d’essoufflement.

    Un récent rapport de Human Rights Watch révèle que plus de 1 800 civils ont été tués depuis 2023 au Burkina Faso. L’organisation attribue les deux tiers de ces décès aux forces armées et aux milices pro-gouvernementales, le reste étant le fait des groupes armés.

    Alors que le capitaine Traoré affiche sa détermination à rebâtir le pays sur de nouvelles bases, les défis sécuritaires et politiques restent immenses. Son discours marque-t-il le début d’une nouvelle ère pour le Burkina Faso, ou une dérive autoritaire aux conséquences incertaines ?

  • Le capitaine Ibrahim Traoré rejette la démocratie au Burkina Faso

    Le capitaine Ibrahim Traoré rejette la démocratie au Burkina Faso

    Le capitaine Ibrahim Traoré prône l’abandon de la démocratie pour le Burkina Faso

    Portrait d'Ibrahim Traoré en tenue militaire beige avec béret rouge, lors d'une interview télévisée.

    Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de l’État du Burkina Faso depuis trois ans, a réaffirmé sa volonté de tourner la page de la démocratie lors d’une interview diffusée à la télévision nationale. S’exprimant avec une franchise rare, il a déclaré que les Burkinabè devaient « oublier la question de la démocratie », affirmant que ce système « n’est pas pour nous ».

    Âgé de 38 ans, Traoré, qui se présente comme un défenseur de la souveraineté africaine face à l’impérialisme occidental, a comparé la situation actuelle du Burkina Faso à celle de la Libye après la chute de Mouammar Kadhafi. « Regardez la Libye, c’est un exemple proche de nous », a-t-il souligné, évoquant un pays plongé dans le chaos depuis des années. Kadhafi, dont le régime autoritaire avait pourtant garanti des services sociaux, éducation et santé gratuits, a été renversé lors d’une rébellion soutenue par des puissances étrangères, entraînant une fragmentation du pays sans retour à la stabilité.

    Un système politique rejeté au profit d’une « approche révolutionnaire »

    Traoré, arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2023, avait initialement promis un retour à l’ordre constitutionnel pour juillet 2024. Pourtant, deux mois avant cette échéance, la junte militaire a annoncé une extension de son mandat de cinq ans, prétextant la nécessité de « reconstruire l’État ». Cette décision s’inscrit dans une série de mesures radicales : en janvier 2026, tous les partis politiques ont été interdits, leurs biens transférés à l’État au nom de la « purification nationale ».

    Dans son discours, Traoré a justifié cette dissolution en qualifiant les partis politiques de « sources de division » et de « vecteurs de tous les vices ». « En Afrique, ou du moins au Burkina Faso, un vrai homme politique est un menteur, un flatteur, un beau parleur », a-t-il lancé avec une pointe de cynisme. Sans proposer de modèle alternatif précis, il a insisté sur la nécessité de « changer radicalement la façon dont les choses sont faites », en s’appuyant sur la souveraineté, le patriotisme et une mobilisation révolutionnaire.

    Autonomie économique et travail intensif : les piliers du nouveau système

    Le capitaine a détaillé sa vision d’un Burkina Faso indépendant, où les chefs traditionnels et les structures locales occuperaient une place centrale. Il a insisté sur l’importance de l’autonomie militaire et économique, estimant que des journées de travail de six ou huit heures ne suffiraient pas à combler l’écart avec les pays développés. « Nous devons travailler dur, très dur », a-t-il martelé.

    Cette rhétorique s’accompagne d’une répression accrue contre les opposants. Depuis son arrivée au pouvoir, Traoré a muselé la presse indépendante, réprimé les voix dissidentes et, selon plusieurs rapports, utilisé des détracteurs comme chair à canon dans le conflit opposant l’armée aux groupes jihadistes. Human Rights Watch révèle ainsi que plus de 1 800 civils ont péri au Burkina Faso depuis 2023, dont les deux tiers seraient imputables à l’armée et ses milices alliées.

    Un soutien continental malgré les controverses

    Malgré ces méthodes controversées, Traoré bénéficie d’un soutien notable en Afrique, notamment pour son discours panafricaniste et son opposition frontale à l’influence occidentale. Le Burkina Faso, à l’instar du Mali et du Niger, a rompu ses collaborations militaires avec la France et se tourne désormais vers la Russie pour lutter contre l’insurrection jihadiste qui ravage la région depuis une décennie. Pourtant, les violences persistent, sans signe d’amélioration.

    Interrogé sur l’absence de calendrier pour un retour à la normale, Traoré a rétorqué : « Nous avons notre propre approche. Nous ne copions personne. » Une déclaration qui en dit long sur sa détermination à poursuivre cette voie, même au prix d’une instabilité prolongée et d’un isolement international croissant.

  • Côte d’Ivoire : le défi du renouvellement face aux icônes politiques

    Côte d’Ivoire : le défi du renouvellement face aux icônes politiques

    La scène politique ivoirienne vient de traverser une phase électorale qui a consolidé la position du RHDP, le parti au pouvoir. Avec la reconduction d’Alassane Ouattara pour un quatrième mandat et une majorité écrasante de sièges obtenus à l’Assemblée nationale, sa domination est incontestable. Cette victoire s’est faite aux dépens d’une opposition affaiblie, notamment le PDCI, qui a vu sa représentation parlementaire diminuer de moitié, et le PPA-CI, qui a choisi de ne pas participer au vote. Cependant, derrière cette hégémonie se cache un défi commun à tous les camps : la difficulté à faire émerger de nouvelles figures pour succéder à la génération qui a marqué les trente dernières années. La Côte d’Ivoire est-elle sur le point de tourner la page de l’ère Bédié, Gbagbo et Ouattara ? Le sociologue et enseignant-chercheur à l’université de Bouaké, Dr Séverin Kouamé, apporte son éclairage sur la situation.

    Severin Yao Kouamé est docteur en sociologie, enseignant-chercheur à l’Université Alassane Ouattara (UAO) à Bouaké, en Côte d’Ivoire.

    Le PPA-CI a récemment confirmé Laurent Gbagbo à sa tête lors de son prochain congrès, malgré son âge, sa santé et des remaniements internes. Doit-on y voir la fin imminente de l’ère Gbagbo sur la scène politique ivoirienne ?

    Dr. Séverin Yao Kouamé : La question de sa condition physique est centrale. Affirmer que son ère se termine nécessite une analyse plus nuancée. Laurent Gbagbo exprime lui-même un besoin de se retirer. Il a été une figure de proue de l’opposition, un acteur clé de l’instauration du multipartisme et a participé à toutes les luttes politiques majeures. Cependant, il est évident qu’il a atteint un point où une transition est nécessaire. Le véritable enjeu réside dans l’identification de la personne capable de reprendre le flambeau et de poursuivre le combat qu’il mène depuis plus de trente ans.

    Du côté de la gauche, des figures comme Simone Ehivet avec son Mouvement des Générations capables, même en coalition avec le Cojep de Charles Blé Goudé et le PDCI, n’ont pas réussi à obtenir de sièges. Quelle est la raison de cette difficulté pour l’opposition à mobiliser ?

    Des partis comme le MGC sont encore jeunes ; la confiance de l’électorat se gagne sur la durée. Il faut surtout comprendre que le corps électoral a profondément évolué. La jeunesse, entre 18 et 35 ans, montre une grande désaffection pour la politique et les élections. Ce phénomène ne touche pas seulement la gauche, mais l’ensemble de la classe politique. Le défi est de raviver l’intérêt pour le processus électoral. Pendant des décennies, la mobilisation s’est appuyée sur des logiques identitaires et sur la crainte. L’idée s’est installée que sans un représentant au pouvoir, une communauté ne peut espérer obtenir des infrastructures comme une route ou une école. Ce discours est devenu un véritable argument de campagne.

    Le PDCI, parti historique, semble également en difficulté, avec des divisions internes et une présence limitée de son nouveau leader, Tidjane Thiam, ce qui a contribué à une perte significative de députés. Est-ce un signe que le parti n’arrive pas à surmonter le décès de son leader historique, Henri Konan Bédié ?

    La véritable interrogation est de savoir si le parti peut se réinventer. Quelle est l’offre politique du PDCI aujourd’hui ? S’accroche-t-il encore à une segmentation ethnique de l’électorat, en considérant par exemple l’électorat « akan » comme acquis ? Je pense que les attentes des citoyens ont changé. Une large partie de la jeunesse se sent ignorée, comme dans un angle mort politique. La stratégie de miser sur un héritage historique ou sur la notoriété d’un nom pour mobiliser les électeurs n’est plus efficace.

    Le RHDP, bien que dominant, fait face à un défi similaire. En dépit de l’âge du président Alassane Ouattara, aucun successeur ne s’impose naturellement. Assiste-t-on à la fin d’un cycle politique de 30 ans centré sur les figures de Ouattara, Gbagbo et Bédié ?

    C’est toute la classe politique qui peine à se renouveler. Cela révèle, à mon sens, une crise systémique. Le modèle de gouvernance et de fonctionnement des partis politiques doit évoluer. La sanction populaire est d’ailleurs déjà visible, avec des taux d’abstention très élevés, y compris dans les fiefs électoraux traditionnels.

    L’émergence de nombreux candidats indépendants, en particulier des jeunes, pourrait-elle annoncer un changement, malgré leurs faibles résultats électoraux ? Est-ce le signe d’une volonté de s’émanciper des partis traditionnels ?

    Ces jeunes candidats ont le mérite d’avoir tenté l’aventure. Ce sont des personnalités qui ont bâti leur légitimité en dehors des appareils politiques, par exemple de jeunes entrepreneurs qui ont eu un impact positif sur leur communauté. Quand une personne construit son parcours en marge du système et laisse une empreinte durable sur une décennie ou plus, elle a de fortes chances d’obtenir la confiance des électeurs. Le discours politique classique en Côte d’Ivoire repose sur la légitimité conférée par le haut : « C’est le chef de l’État qui m’envoie ! C’est le chef du parti qui m’envoie! ». Ces indépendants, pour reprendre l’expression locale, ont prouvé qu’ils pouvaient être leurs propres envoyés.

  • Force unifiée de l’AES : quelles stratégies pour une action efficace ?

    Force unifiée de l’AES : quelles stratégies pour une action efficace ?

    Force unifiée de l’AES : quelles stratégies pour une action efficace ?

    Le général Assimi Goïta, président de la Transition au Mali, passe en revue des troupes en tenue militaire avec un béret vert et un cache-nez

    Les dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger se réunissent à Bamako pour une session cruciale de deux jours. L’objectif ? Évaluer les progrès réalisés depuis la création de la Confédération des États du Sahel (AES) et tracer la voie pour l’année à venir. Parmi les points clés : le bilan sécuritaire, les défis diplomatiques et le renforcement des institutions confédérales.

    Le sommet des 22 et 23 décembre 2024 marque une étape importante dans la mise en œuvre de la feuille de route de l’AES. Après un an d’existence, les trois pays souhaitent passer à l’action concrète en opérationnalisant pleinement leurs structures communes. Les enjeux régionaux et internationaux seront également au cœur des discussions.

    La Force unifiée de l’AES : un pas décisif contre l’insécurité

    Un véhicule militaire jaune portant l'inscription 'FU-AES'

    Face à une insécurité croissante aux frontières et à la menace persistante des groupes armés, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont lancé la Force unifiée de l’AES (FU-AES). Cette force multinationale de 5 000 soldats, placée sous le commandement du Général Daouda Traoré du Burkina Faso, représente une réponse concrète à la nécessité de coordonner les efforts militaires.

    Selon le Général Sadio Camara, ministre malien de la Défense, cette force incarne une mutualisation stratégique fondée sur les valeurs sahéliennes de solidarité et de dignité. « La paix, la sécurité et la souveraineté ne se délèguent pas », a-t-il souligné lors de la cérémonie de lancement. Pour les trois États, cette initiative est un engagement irréversible.

    Comment la Force unifiée pourrait-elle atteindre ses objectifs ?

    Des soldats de la Force unifiée de l'AES avec des engins roulants

    Pour être efficace, la Force unifiée doit relever plusieurs défis majeurs. Fiacre Vidjenagninou, Chercheur Principal au Behanzin Institute (Cotonou) et Chercheur associé Senior à l’Egmont Institute (Bruxelles), identifie des leviers essentiels :

    • Une coordination renforcée : Le partage des renseignements, le commandement unifié et la rapidité des décisions sont cruciaux. Une méthode simple doit être adoptée : concentrer les efforts sur les zones où l’ennemi est le plus structuré, puis agir avec célérité.
    • Une présence durable sur le terrain : Les opérations ponctuelles ne suffisent pas. Il faut contrôler les axes stratégiques, sécuriser les marchés, protéger les villages et rassurer les populations pour éviter le retour des groupes armés.
    • Une gouvernance locale renforcée : La Force unifiée peut gagner des batailles, mais sans une administration minimale et une justice accessible, la stabilisation reste illusoire. Les conflits fonciers, les exactions et l’absence de services de base alimentent le cycle de la violence.

    Le chercheur insiste : « Une force peut gagner la bataille. Mais sans gouvernance minimale, elle ne gagne pas la stabilisation ».

    S’ouvrir pour être efficace ?

    Les dirigeants militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger lors du sommet de l'AES à Niamey en juillet 2024

    La Force unifiée de l’AES est un projet ambitieux, mais son succès dépendra de sa capacité à surmonter des défis organisationnels. Fiacre Vidjenagninou recommande une approche progressive :

    • Commencer à trois : Prouver l’efficacité de la force avec les pays fondateurs (Mali, Burkina Faso, Niger).
    • Élargir progressivement : Coopérer avec des voisins de manière opérationnelle, en ciblant des couloirs précis et en renforçant les accords transfrontaliers.
    • Instaurer la confiance : Une intégration formelle ne doit intervenir qu’après avoir démontré des résultats concrets et une coordination sans faille.

    L’expert met en garde contre une expansion trop rapide : « Plus on élargit cette force à d’autres pays, plus la coordination devient difficile, avec des intérêts et doctrines différents empreints parfois de méfiance ».

    Et demain ?

    Lors de cette réunion à Bamako, les chefs d’État de l’AES auront l’occasion d’échanger avec le commandement de la Force unifiée. Les discussions porteront également sur la création de nouvelles institutions, comme la Télévision de l’AES (siège à Bamako) et la radio « Daandè Liptako » (base à Ouagadougou), ainsi que sur la Banque confédérale d’investissement et de développement (BCID), dotée d’un capital initial de 500 milliards de francs CFA.

    L’AES est née dans un contexte de tensions avec la CEDEAO, après les coups d’État au Mali (2020), au Burkina Faso (2022) et au Niger (2023). Le retrait de ces pays de l’organisation régionale et la création de l’Alliance des États du Sahel en septembre 2023 ont marqué un tournant. Officiellement établie le 6 juillet 2024, l’AES incarne une nouvelle vision de la coopération sahélienne, centrée sur la souveraineté et la sécurité collective.

  • Alliance du Mali, du Burkina et du Niger : une force armée conjointe en préparation

    Alliance du Mali, du Burkina et du Niger : une force armée conjointe en préparation

    Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont engagé une dynamique de coopération renforcée face aux défis sécuritaires et politiques majeurs. Ces trois nations, dirigées par des juntes issues de putschs récents (2020-2023), affichent une volonté commune d’affirmer leur souveraineté et de s’éloigner des influences extérieures traditionnelles.

    une réunion stratégique à Bamako pour concrétiser les ambitions de l’AES

    Le président malien, Assimi Goïta, a accueilli à Bamako son homologue nigérien, le général Abdourahamane Tiani, pour une rencontre bilatérale suivie d’un sommet trilatéral. Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la junte burkinabé, a rejoint la discussion le lendemain, marquant ainsi une étape clé dans l’avancement des projets communs.

    Parmi les priorités discutées, la création d’une force armée conjointe occupe une place centrale. Cette initiative vise à renforcer la lutte contre l’expansion des groupes jihadistes, notamment affiliés à Al-Qaida et à l’État islamique, qui sévissent depuis plus d’une décennie dans la région.

    une force multinationale encore en phase symbolique

    Le samedi précédent, Assimi Goïta a officiellement présenté un étendard à la Force Unifiée de l’AES (FU-AES). Cet acte symbolique officialise le lancement de cette structure, bien que son activation effective ne soit pas encore programmée. « Chaque pays a contribué avec des troupes et du matériel. Nous serons ensemble sur le terrain », a déclaré un responsable malien de la Défense, soulignant l’engagement des trois nations.

    les enjeux sécuritaires au cœur des débats

    Les attaques jihadistes, autrefois concentrées dans le nord, s’étendent désormais vers le sud du Mali, où elles menacent l’économie locale. Au Burkina Faso et au Niger, ces groupes continuent de défier les autorités et poussent des milliers de civils à l’exil. Face à cette situation, les juntes de l’AES misent sur une collaboration accrue pour endiguer la menace.

    Parallèlement, les discussions ont porté sur la création d’une banque d’investissement commune, dont le siège serait situé à Bamako. Cette initiative économique s’inscrit dans une volonté de réduire la dépendance vis-à-vis des anciens partenaires traditionnels, comme la France, et de se tourner vers de nouveaux alliés, notamment la Russie.

    des projets concrets, mais des défis persistants

    Outre la force armée et la banque d’investissement, les dirigeants de l’AES ont également inauguré les locaux de Télévision AES, bien que sa date de lancement officielle reste à préciser. Ces projets illustrent une volonté de renforcer l’intégration régionale, mais leur mise en œuvre concrète dépendra de la stabilité politique et sécuritaire des trois pays.