Crise diplomatique avec le Burkina Faso : Paris rappelle l’intégralité de ses diplomates
La junte militaire burkinabè, dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré, a décidé de rompre unilatéralement ses relations avec la France. Une mesure radicale annoncée vendredi, qui s’accompagne du retrait immédiat de tous les diplomates français présents sur le sol burkinabè.
Selon un communiqué officiel du ministère français des Affaires étrangères, l’ensemble du personnel diplomatique français a quitté le Burkina Faso en fin de semaine dernière. En représailles, le gouvernement de Ouagadougou a exigé que tous ses représentants en France quittent le territoire sous sept jours, soit avant ce lundi soir. Une décision qualifiée de « réciprocité » par le Quai d’Orsay, qui a convoqué le chargé d’affaires burkinabè à Paris pour lui notifier cette injonction.
« Cette décision hostile et dénuée de fondement reflète une dérive inquiétante des autorités burkinabè », a réagi le ministère français, dénonçant une rupture injustifiée des relations bilatérales. Les autorités de Ouagadougou avaient justifié leur choix par des allégations infondées selon lesquelles la France soutiendrait des groupes terroristes, une affirmation catégoriquement rejetée par Paris.
Le Quai d’Orsay a réaffirmé son engagement indéfectible dans la lutte antiterroriste au Sahel, soulignant avoir payé un lourd tribut humain et financier dans cette région. « Nous condamnons avec la plus grande fermeté toutes les attaques perpétrées contre les populations civiles, premières victimes de l’insécurité persistante », a-t-il déclaré. Un appel à la prudence a également été lancé aux ressortissants français au Burkina Faso, invités à redoubler de vigilance dans un contexte de tensions accrues.
Les chiffres officiels révèlent une présence humaine significative entre les deux pays : plus de 2 000 Français sont inscrits au registre consulaire au Burkina Faso, tandis que la communauté burkinabè en France compte plus de 6 000 personnes.
Un tournant souverainiste sous Ibrahim Traoré
Depuis son accession au pouvoir par un coup d’État en septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré a adopté une ligne politique résolument souverainiste. Son gouvernement multiplie les mesures hostiles à l’encontre de l’ancienne puissance coloniale, accusée d’ingérence et de menées contraires aux intérêts nationaux.
Dès 2023, la junte avait exigé le départ de l’ambassadeur français à Ouagadougou et dénoncé les accords militaires liant les deux pays. Le retrait des troupes françaises engagées dans la lutte contre les groupes jihadistes, actifs depuis plus d’une décennie au Burkina Faso, avait alors marqué un tournant. Depuis, les relations se sont encore dégradées, avec des critiques répétées envers Paris et un recentrage stratégique sur de nouveaux partenaires comme la Russie, la Turquie ou l’Iran.
Cette rupture diplomatique s’inscrit dans un contexte de montée des tensions entre Ouagadougou et ses anciens alliés occidentaux, reflétant une volonté affichée de réaffirmer l’autonomie politique et sécuritaire du Burkina Faso.
