Crise énergétique au Mali : le sabotage des infrastructures plonge Bamako dans l’obscurité

Le week-end des 10 et 11 mai 2026 a marqué un tournant critique pour la stabilité énergétique du Mali. Dans la région de Kayes, à proximité de la réserve forestière du Baoulé, des éléments du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM) ont procédé au dynamitage coordonné de plusieurs pylônes haute tension. Cet acte de sabotage de grande ampleur a été perpétré alors que l’Africa Corps, partenaire russe des forces locales, est censé assurer la sécurité de la zone, soulevant ainsi de vives inquiétudes sur l’efficacité réelle de cette collaboration sur le terrain.

Une stratégie de siège contre l’économie malienne

L’insurrection armée semble avoir franchi un nouveau palier dans sa confrontation avec l’État. Au-delà des escarmouches habituelles en zone rurale, le JNIM mène désormais une véritable guerre d’usure contre les infrastructures vitales. Après avoir perturbé les flux commerciaux en s’attaquant aux convois de marchandises et aux transports civils sur les axes routiers majeurs, les groupes terroristes ciblent maintenant le cœur énergétique du pays. En frappant les lignes de transport d’électricité, ils visent directement la résilience de Bamako et la stabilité du gouvernement de transition.

L’expertise technique affichée lors de ces destructions est préoccupante. Les assaillants ont ciblé des structures métalliques complexes dans des zones d’accès difficile, provoquant un effondrement du réseau qui a plongé de nombreux quartiers de la capitale dans un noir total. Cette situation aggrave une crise énergétique déjà profonde, rendant le quotidien des citoyens de plus en plus précaire.

L’impuissance sécuritaire face au sabotage

Le contraste est saisissant entre les annonces de sécurisation et la réalité des faits. Bien que les unités de l’Africa Corps et les Forces Armées Maliennes (FAMa) affirment contrôler ces secteurs stratégiques, les groupes armés ont pu acheminer des explosifs et miner des installations massives sans être détectés. Cette incapacité à protéger des points sensibles pose la question de l’adéquation des moyens militaires russes face à des menaces hybrides et décentralisées.

Malgré l’usage de drones et la multiplication des patrouilles, le réseau électrique reste vulnérable. Pour de nombreux observateurs, l’efficacité des paramilitaires russes semble se limiter aux centres urbains et à la communication de guerre, laissant les infrastructures critiques à la merci des commandos de saboteurs.

Une capitale asphyxiée par la chaleur et l’obscurité

Pour la population de Bamako, les conséquences sont dramatiques. La ville subit une canicule extrême avec des températures atteignant 45°C. L’absence d’électricité rend impossible l’usage des systèmes de ventilation et paralyse les pompes nécessaires à la distribution de l’eau potable. Les centres de santé et les maternités se retrouvent dans une situation d’urgence absolue, tentant de maintenir leurs activités vitales avec des moyens de fortune.

Bien que les autorités tentent de rassurer en évoquant l’arrivée de convois de carburant, la réalité technique est implacable : les groupes électrogènes de secours ne peuvent compenser la perte des lignes haute tension. La vie économique et sociale de la capitale est suspendue à une réparation incertaine du réseau.

Menaces régionales sur les barrages de Manantali et Sélingué

L’inquiétude s’étend désormais au-delà des frontières nationales. Des sources sécuritaires indiquent que le JNIM pourrait désormais viser les barrages hydroélectriques de Manantali et Sélingué. Ces infrastructures sont essentielles non seulement pour le Mali, mais aussi pour le Sénégal et la Mauritanie, qui dépendent des accords de partage énergétique et de la gestion des eaux du bassin du fleuve.

Une attaque contre ces barrages provoquerait une catastrophe régionale, menaçant l’agriculture irriguée et l’approvisionnement en eau de millions de personnes. Cette escalade dans le choix des cibles montre une volonté délibérée de provoquer un chaos total auquel les dispositifs sécuritaires actuels peinent à répondre efficacement.

Le gouvernement de transition se retrouve aujourd’hui face à un défi immense. La promesse de reconquête territoriale et de sécurité totale se heurte à la fragilité des services de base. Alors que le coût du soutien de l’Africa Corps pèse lourdement sur les finances publiques, les résultats en matière de protection des infrastructures vitales se font attendre. Pour les habitants de Bamako, la souveraineté nationale doit désormais se traduire par un accès concret à l’eau et à la lumière.