Dans une tribune publiée ce week-end, le journaliste Georges Dougueli réplique au vice-recteur de l’université de Yaoundé II, qui l’avait accusé en direct de « spéculer sur la mort du président Biya ». Dougueli défend une pratique qu’il juge consubstantielle au métier de journaliste politique.
« Spéculer fait partie de mon métier »
« De toutes les outrances débitées le 26 juin dernier par Monsieur Owona Nguini sur une chaîne de télévision, celle-ci a saturé ma boîte de réception », écrit Dougueli. Et d’ajouter : « Spéculer sur la mort des chefs d’Etat fait partie de mon métier. Pour nous, vrais journalistes, rien n’est sacré. Il arrive même qu’une rédaction écrive la nécrologie de certaines personnalités avant leur décès. »
Le journaliste rappelle que François Mitterrand, qui n’appréciait guère les journalistes, les qualifiait de « chiens ». Selon lui, tout homme politique averti subit cette « meute ». Il s’interroge : « Ce n’est pas au président Biya qu’on l’apprendra. Peut-être aux zélotes de la sphère sécuritaire à qui l’orateur envisage de me livrer. »
Dougueli estime qu’on ne peut « valablement chroniquer la vie de l’Etat sans interroger la santé de ceux qui l’incarnent ». Il se demande donc à qui s’adresse cette diatribe et esquisse une sociographie du public cible de ce « mystificateur de plateau télé ».
S’adresse-t-il aux suprémacistes « Ekangs » ?
Dougueli analyse le discours d’Owona Nguini sur le terrain politique. « Quand il répète inlassablement “Je suis un seigneur”, certains n’y voient que l’expression d’une mégalomanie infantile. C’est vite oublier la profonde influence de Laburthe Tolra sur sa “pensée”. » Il explique que le concept « Ekang », issu de la mythologie du Mvett, a été détourné et vulgarisé par Owona Nguini. Selon l’anthropologue français, les Ekangs, « Seigneurs de la forêt », seraient descendus des berges du Nil pour coloniser la forêt équatoriale.
« Monsieur Owona Nguini, prenant au premier degré les thèses du chercheur français, est convaincu que cette population, qui a migré au Gabon, en Guinée équatoriale, et au Congo, a vocation à gouverner ces territoires », poursuit Dougueli. Il évoque le précédent gabonais où le suprématisme « Ekang » a suscité le rejet « TSF (Tout sauf les Fangs) » lors de l’élection présidentielle de 2009. Au Cameroun, le concept n’a pas traversé la frontière sud. Pour Owona Nguini, ajoute le journaliste, faire de la politique c’est désigner l’ennemi : « Hier c’était les “Ntaalibams” de “Tonton Maurika”. Aujourd’hui, l’ennemi désigné c’est la “réserve” que constitueraient les “Eglisiens”, ces fanatiques qui “vont créer des problèmes”… » Dougueli prévient que ce « Méphisto de bazar », par sa retenue et sa finesse comparables à « un éléphant dans un magasin de porcelaine », finira par créer de vrais problèmes.
Il s’adresse à la caste gouvernante contre la racaille
Dougueli s’attaque ensuite à la stratégie d’Owona Nguini visant à isoler Samuel Eto’o. « Qui peut croire que les soutiens de Samuel Eto’o, eu égard au harcèlement sans précédent qu’il subit depuis 2021, sont tous des “écervelés” ou des nervis rémunérés pour lui venir en aide ? » En sonnant la charge contre « l’illettré » de la Fecafoot, ses « ouailles », ses « fanatiques incultes », sa « meute cybernétique », l’agitateur tente de mobiliser les clercs contre la menace des gens d’en bas.
« Il construit la fable des “cerveaux” contre les “mollets” », écrit Dougueli. Pour lui, Owona Nguini et son clan tentent d’ériger Eto’o en « cancer », de l’insulter, de l’avilir jusqu’à ce que « mort » s’ensuive. « Par son “meurtre” symbolique, peut-être qu’enfin sera réhabilité ce clan dont l’image est écornée par la mauvaise gouvernance, la corruption endémique, les crimes politiques, les mœurs babyloniennes, etc. »
Le journaliste conclut en estimant qu’il faut « remettre le peuple des “illettrés” à sa place, quitte à dépouiller ledit peuple de sa souveraineté face à la volonté du monarque, par l’usage abusif des “hautes instructions”, fallacieusement propulsées au sommet de la hiérarchie des normes. » Il laisse à d’autres (constitutionnalistes, politologues, psychosociologues ou psychanalystes) le soin d’analyser plus avant les propos de Monsieur Owona Nguini.
