Alors que son absence prolongée alimente les spéculations sur un possible vide de pouvoir, le président camerounais Paul Biya a intensifié la signature de décrets. Cette stratégie vise à démontrer une activité étatique ininterrompue et à réaffirmer sa capacité à diriger le pays, malgré les interrogations croissantes.
Le chef de l’État, âgé de 93 ans, a quitté le Cameroun en compagnie de son épouse le 7 juin dernier pour ce qui était initialement annoncé comme un «court séjour privé en Europe». Cependant, près de deux mois plus tard, Paul Biya reste discret, et les rumeurs concernant son état de santé se multiplient, suscitant l’inquiétude au sein de la population et de la classe politique.
Une stratégie de communication renouvelée
Pour contrer les doutes et les interrogations persistantes, le dirigeant camerounais a opté pour une nouvelle approche de communication. Celle-ci repose sur la multiplication des actes présidentiels, diffusés publiquement, pour prouver sa mainmise sur les affaires de l’État et dissiper l’impression d’une absence effective.
Des décisions clés pour affirmer l’autorité
Fin juillet, le président camerounais a notamment signé un décret autorisant le ministre de l’Économie à finaliser des accords de financement avec la Banque islamique de développement. Ces engagements représentent un montant significatif de près de 28 milliards de francs CFA, illustrant une continuité dans la gestion des dossiers économiques majeurs du pays.
Plus récemment, le 3 août, Paul Biya a également procédé à un important remaniement au sommet de l’armée. Il a élevé cinq colonels au grade de général de brigade et a nommé le général de division Ebaka Hypolite au poste stratégique de major général des armées. Ces nominations ne servent pas seulement à maintenir une présence dans la gestion des affaires de l’État, mais aussi à consolider son contrôle sur l’appareil sécuritaire national.
Réactions politiques et attentes
Le gouvernement camerounais s’efforce de minimiser la situation, démentant toute dégradation de l’état de santé du président et assurant son retour imminent au Cameroun. Néanmoins, cette absence, d’une durée inhabituelle, a provoqué de vives critiques de la part de l’opposition. Celle-ci dénonce un «vide institutionnel» et une gestion du pays en «pilotage automatique», soulignant que la nomination d’un nouveau gouvernement et d’un vice-président est attendue depuis plusieurs mois, ajoutant à l’incertitude politique ambiante.
