Lettre de branco à sonko : une amitié sous le signe de la transgression

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Depuis quelques jours, une controverse étrange agite la scène politique sénégalaise. Elle trouve son origine dans une lettre de Juan Branco, avocat et essayiste français, également défenseur de Kemi Seba, adressée à Ousmane Sonko, alors Premier ministre. Ce document, rendu public sur les réseaux sociaux, expose cinq demandes précises.

La première concerne une commission rogatoire émise par un juge espagnol au sujet de l’enlèvement de Branco en Mauritanie. Il sollicite discrètement Sonko pour faire pression sur la justice sénégalaise afin d’obtenir une coopération facilitée, tout en suggérant une influence française dans le dossier, ce qui remet en cause la souveraineté du Sénégal.

Deuxième volet : les services de renseignement. Branco réclame l’accès à des documents le concernant, datant de l’ère Macky Sall, notamment liés aux services secrets français. Il se dit victime d’un « contre-narratif très puissant » en France, qui nourrit des procédures disciplinaires et pénales. Il évoque notamment une tentative de Kompromat en octobre 2023 avec un agent sénégalais. Cette demande frôle l’atteinte au secret de la défense nationale (Article 61 du Code pénal sénégalais) et la violation du secret professionnel (Article 371).

Troisième point : la procédure pénale France-CPI pour crimes contre l’humanité visant l’ex-président Macky Sall. Branco implore une action directe de Sonko, notamment sur le plan financier. Cette requête expose les deux hommes à de graves risques judiciaires : incitation à la violation du secret professionnel, recel de secrets d’État, et potentiel détournement de deniers publics si des fonds publics ou partisans (PASTEF) étaient utilisés pour financer des procédures privées. En contournant les voies officielles comme la commission rogatoire, cette démarche fragilise la crédibilité internationale et transforme une quête de justice en transgressions pénales.

Quatrième axe : la nationalité et les fonctions. Branco rappelle à Sonko son souhait, exprimé dès mai 2024, de représenter le Sénégal à l’ONU à New York. Il estime que sa nomination aurait eu un impact souverainiste et panafricaniste. Apprenant par la presse qu’un autre diplomate a été choisi, il demande alors la nationalité sénégalaise par décret présidentiel, ce qui lui permettrait de s’inscrire au barreau et d’enseigner à l’UCAD. Cette tentative de contournement des règles républicaines viole l’égalité devant la loi et l’indépendance des institutions. Branco, se posant en créancier moral après ses sacrifices (détention, enlèvement), tente de monnayer son activisme contre des postes d’influence. Déçu d’être écarté des cercles diplomatiques, il fait basculer leur relation d’une alliance militante vers une exigence de faveurs.

Enfin, les questions financières. Branco déclare avoir perçu 15 000 euros d’honoraires entre 2023 et 2025, dont 2 000 euros de défraiement via son confrère sénégalais Me Bamba Cissé. Cet argent a servi à des frais de déplacement et de cabinet pour le « mandat de représentation » confié par le camp de Sonko. Il juge ces sommes insuffisantes au vu du travail fourni et des sacrifices. Cette gestion opaque expose les deux amis à des risques pénaux et déontologiques. Si ces fonds sont d’origine publique, cela s’apparente à un détournement de deniers publics, en dehors de tout cadre légal de marchés publics. Ce décompte transforme ce qui était présenté comme une alliance idéologique en un rapport transactionnel et mercantile.