L’impasse sécuritaire au Sahel : l’improvisation au service du djihadisme

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L’ère des réactions improvisées

Face à une menace interconnectée qui traverse les frontières poreuses du Sahel avec une aisance redoutable, les États répondent de manière éparpillée, vague et improvisée.

On assiste à une succession de réactions émotionnelles après chaque massacre, sans application d’une doctrine militaire réfléchie et commune.

Une politique sécuritaire sérieuse ne se limite pas à l’acquisition de matériel militaire ou à des annonces sur les réseaux sociaux. Il faudrait :

  • Une coordination stratégique réelle et durable entre les pays de la ligne de front sahélienne.
  • Un plan permanent de sécurisation des axes routiers et des zones agricoles pour protéger l’économie rurale.
  • Un maillage territorial et un partage du renseignement capables d’anticiper les mouvements ennemis plutôt que de simplement compter les pertes.

À la place, le vide stratégique actuel laisse le champ libre aux groupes armés, qui s’installent, lèvent l’impôt et deviennent les seuls administrateurs de vastes portions du territoire sahélien.

L’illusion de la solution uniquement militaire

Un autre symptôme de l’absence de politique sécuritaire au Sahel est la croyance que la crise se résoudra seulement par les armes. En négligeant la sécurité humaine – c’est-à-dire le retour des services publics, des écoles, des dispensaires et d’une justice impartiale dans les zones vulnérables – les gouvernements créent un terrain fertile pour les recruteurs djihadistes.

Faute d’une vision à long terme pour réinstaller durablement l’État là où il a failli, les opérations militaires, même ponctuellement réussies, s’avèrent inefficaces. Dès que l’armée se retire ou change de secteur, les groupes terroristes reviennent, plus forts et plus enracinés qu’avant dans les communautés locales.

Un sursaut nécessaire pour éviter l’effondrement

Le bilan dressé du Mali au lac Tchad est un avertissement grave pour l’avenir de la région. On ne combat pas une insurrection mondiale et structurée avec improvisation et ruptures d’alliances stratégiques. Tant que les dirigeants sahéliens refuseront de concevoir une politique sécuritaire globale, scientifique et véritablement coordonnée, les déclarations politiques se multiplieront, tandis que le terrain continuera de glisser inexorablement entre les mains des groupes armés.