L’ombre du litige Sénégal-Maroc plane sur les échanges diplomatiques à Nairobi

Lors du récent sommet Afrique-France tenu à Nairobi, l’ambiance feutrée des salons diplomatiques a été brusquement secouée par les échos d’un différend sportif qui refuse de s’éteindre. Le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, a profité d’une tribune sur le sport et le développement pour raviver la flamme d’une controverse qui oppose Dakar à Rabat depuis plusieurs mois.

Assis aux côtés d’Emmanuel Macron et d’autres chefs d’État comme William Ruto du Kenya et Duma Boko du Botswana, le dirigeant sénégalais a salué avec une ironie mordante l’année 2026, qu’il a qualifiée de particulière pour son pays. En évoquant le titre de champion d’Afrique initialement acquis sur le terrain, il a lancé un retentissant « Merci à vous pour ce verdict ! », provoquant l’hilarité d’une partie de l’assemblée et le malaise manifeste de Patrice Motsepe, patron de la Confédération africaine de football (CAF).

Un bras de fer juridique devant le Tribunal arbitral du sport

Ce pic diplomatique fait suite à ce que beaucoup au Sénégal considèrent comme un « braquage administratif ». Pour rappel, après une victoire des Lions de la Teranga sur la pelouse de Rabat en janvier dernier, la CAF avait finalement attribué le gain du match au Maroc sur tapis vert. La Fédération sénégalaise de football a depuis porté l’affaire devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) à Lausanne. Les documents de défense sont actuellement examinés par l’instance suisse, prolongeant une attente qui pèse sur les relations entre les deux nations.

Signe de cette crispation, la délégation marocaine, bien que présente au Kenya pour des dossiers industriels et énergétiques, a brillé par son absence lors des sessions consacrées au sport. Ce jeu d’évitement montre que, malgré les efforts pour maintenir une façade cordiale, le sujet reste extrêmement sensible. Les autorités françaises présentes ont reconnu que si le sujet n’est pas abordé en séance plénière, il s’invite régulièrement dans les échanges bilatéraux, prouvant que l’enjeu dépasse largement le cadre du football.

Des supporters toujours derrière les barreaux

Au-delà des joutes oratoires et juridiques, le conflit a des conséquences humaines concrètes. Plusieurs supporters sénégalais et un ressortissant français ont connu les geôles marocaines suite aux incidents ayant éclaté dans les tribunes lors de la finale. Si certains ont été libérés après avoir purgé leur peine, quinze autres demeurent incarcérés au Maroc. Leur sort dépend désormais d’une possible grâce royale de Mohammed VI, un levier diplomatique attendu avec impatience à Dakar.

Malgré tout, les deux chancelleries tentent de minimiser l’impact à long terme. On rappelle de part et d’autre la profondeur des liens historiques et religieux qui unissent les deux peuples. « C’est une querelle entre frères », glisse-t-on dans les couloirs diplomatiques, tout en insistant sur le respect mutuel de la souveraineté.

La « loi Pape Thiaw » : un héritage réglementaire inattendu

Cette finale mouvementée a même fini par modifier les règles du football mondial. Suite au mouvement de protestation du sélectionneur Pape Thiaw, qui avait incité ses joueurs à quitter la pelouse, la FIFA a réagi. Une nouvelle directive permet désormais aux arbitres de sanctionner d’un carton rouge tout joueur ou membre du staff incitant à l’abandon d’un match. Cette réforme, déjà surnommée la « loi Pape Thiaw », vise à prévenir ce que certains officiels appellent avec amertume la « sénégalisation » des compétitions internationales.

Entre les procédures en cours à Lausanne, les tractations pour la libération des prisonniers et les piques lancées à Nairobi, ce match semble ne jamais vouloir se terminer, s’inscrivant comme l’un des chapitres les plus complexes du sport africain contemporain.