Des exécutions sommaires et disparitions forcées ciblant les Peuls
Depuis janvier 2025, l’armée malienne et ses alliés du groupe Wagner, soutenu par la Russie, sont accusés d’avoir commis des dizaines d’exécutions sommaires et de disparitions forcées contre des hommes issus de l’ethnie peule au Mali. Ces actes, documentés par des enquêtes approfondies, s’inscrivent dans le cadre d’opérations de contre-insurrection menées contre des groupes armés islamistes, notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM).
Un bilan humain accablant
- 12 exécutions sommaires documentées depuis le début de l’année.
- 81 disparitions forcées confirmées, dont 65 éleveurs et marchands peuls exécutés après avoir été rassemblés dans le village de Sebabougou (région de Kayes).
- Des témoignages accablants dénonçant des tortures, des détentions arbitraires et des meurtres ciblés.
Des accusations de collaboration avec les djihadistes
Les forces maliennes et les mercenaires de Wagner justifient ces violences en accusant les Peuls de collaborer avec le GSIM, un groupe armé islamiste affilié à Al-Qaïda. Pourtant, ces allégations reposent souvent sur des généralisations dangereuses, mettant en péril une communauté entière. Les Peuls, traditionnellement éleveurs, sont depuis des années pris pour cible par les groupes djihadistes, qui cherchent à les recruter de force.
« La junte militaire malienne porte une responsabilité directe dans les exactions commises par ses troupes et celles de Wagner », déclare Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel. « Elle doit immédiatement mettre fin à ces abus, localiser les disparus et traduire les coupables en justice. »
Une réponse internationale insuffisante
L’Union africaine est appelée à renforcer ses efforts pour protéger les civils maliens. Malgré les multiples alertes, les mécanismes de protection restent inefficaces, notamment en raison du retrait du Mali de la CEDEAO en janvier 2025, qui prive les victimes de recours juridiques régionaux. Par ailleurs, la mission de l’ONU a quitté le pays en 2023, sur demande de la junte, aggravant les risques pour les populations.
Les Nations Unies et plusieurs ONG ont confirmé les graves violations des droits humains, notamment des disparitions forcées et des meurtres extrajudiciaires, en violation du droit international humanitaire. Le Mali, signataire de la Convention contre les disparitions forcées et du Statut de Rome, est désormais sous surveillance accrue de la Cour pénale internationale (CPI).
Des témoignages glaçants
Les enquêtes menées par Human Rights Watch révèlent des scènes d’horreur dans plusieurs régions du Mali :
- Kobou (région de Mopti, 23 janvier 2025) : 3 civils peuls exécutés, dont deux âgés de 65 et 75 ans, et 30 maisons incendiées. Les corps retrouvés avaient les yeux bandés et les mains liées.
- Farana (région de Tombouctou, 26 mars 2025) : 4 hommes peuls battus à mort et leurs corps laissés dans une mare de sang près d’une rivière.
- Sebabougou (région de Kayes, 12 avril 2025) : Au moins 100 hommes peuls arrêtés, dont 65 retrouvés morts près d’un camp militaire. Les survivants, transférés à Bamako, ont été libérés sans inculpation.
- Belidanédji (région de Ségou, 30 mars 2025) : 6 civils peuls exécutés sommairement après des affrontements avec le GSIM. Deux autres hommes peuls ont été torturés et détenus au secret dans un conteneur militaire.
- Sikere (région de Ségou, 14 mai 2025) : 4 hommes peuls abattus après avoir été accusés de liens avec les djihadistes.
Meurtres et incendies à Kobou : les preuves des exactions
Le rôle controversé du groupe Wagner
Présent au Mali depuis 2021 sous couvert d’un accord bilatéral avec la Russie, le groupe Wagner a été accusé à plusieurs reprises de violer les droits humains, aux côtés de l’armée malienne. Bien que Bamako nie officiellement sa présence, des sources concordantes et des médias ont confirmé son implication dans des opérations militaires et des exactions. Depuis juin 2025, Wagner est progressivement remplacé par l’Africa Corps, une nouvelle force paramilitaire russe, sans que cela n’ait mis fin aux violences.
Les attaques récentes du GSIM et des séparatistes touaregs, couplées au retrait de Wagner, ont aggravé l’instabilité au Mali, où 350 000 personnes ont été déplacées depuis 2012. La junte militaire, au pouvoir depuis 2021, continue de s’appuyer sur des alliances controversées pour mener sa lutte contre le terrorisme, au détriment des populations civiles.
Un appel urgent à la justice
Les experts et les ONG exhortent la communauté internationale à agir :
- L’Union africaine doit faire pression sur Bamako pour qu’elle ouvre des enquêtes transparentes et poursuive les responsables.
- La CPI pourrait lancer des poursuites pour crimes de guerre, compte tenu des preuves accumulées.
- Les pays partenaires du Mali, notamment la Russie, doivent cesser leur soutien à des groupes impliqués dans des violations massives des droits humains.
« Les hauts responsables maliens et russes ne peuvent ignorer leur responsabilité potentielle dans ces crimes », avertit Ilaria Allegrozzi. « Que l’Union africaine agisse ou que la CPI intervienne, leurs actes ne resteront pas impunis. »
Contexte : le conflit malien et ses victimes
Depuis plus d’une décennie, le Mali est en proie à une guerre asymétrique opposant l’État, soutenu par des groupes paramilitaires étrangers, à des factions djihadistes et séparatistes. Ces conflits ont fait des milliers de morts et plongé le pays dans une crise humanitaire sans précédent. Les communautés peules, souvent stigmatisées, paient un lourd tribut à cette violence.
Les Conventions de Genève et le droit international humanitaire interdisent formellement les exécutions sommaires, les disparitions forcées et la torture. Pourtant, ces interdits sont systématiquement bafoués au Mali, où l’impunité reste la norme.
