Putschistes africains abandonnent leurs alliés civils au Sahel

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Pourquoi les juntes africaines tournent le dos à leurs soutiens civils

Le 29 janvier 2026, le capitaine Ibrahim Traoré a mis fin à une époque politique au Burkina Faso en dissolvant officiellement tous les partis politiques, y compris ceux ayant soutenu son coup d’État de septembre 2022. Cette mesure, présentée comme une « restructuration » de l’État pour réduire les divisions sociales, marque en réalité la fin de l’espace civique indépendant et une concentration accrue du pouvoir entre les mains de la junte.

Les partis, déjà suspendus depuis l’arrivée de Traoré au pouvoir, voient désormais leurs biens confisqués par l’État. Ce revirement s’inscrit dans une logique où les juntes militaires, malgré leur discours initial de mobilisation populaire et de renouveau révolutionnaire, écartent systématiquement les groupes civils ayant contribué à légitimer leur prise de pouvoir.

Un schéma récurrent chez les putschistes africains

L’histoire des coups d’État en Afrique montre que les juntes militaires, une fois solidement installées, se détournent rapidement de leurs alliés civils. Initialement perçus comme des soutiens indispensables, ces derniers sont souvent marginalisés, voire réprimés, une fois leur rôle de légitimation joué. Cette tendance, observée depuis des décennies, se confirme aujourd’hui au Sahel et ailleurs sur le continent.

Les groupes civils apportent en effet une légitimité immédiate aux putschistes : foules mobilisées, appuis politiques et impression d’un changement porté par la volonté populaire. Cependant, leur indépendance et leurs revendications deviennent rapidement un obstacle pour les juntes, qui craignent de partager leur autorité ou de voir leurs propres plans de transition contestés.

Des alliances éphémères au Mali, au Niger et en Guinée

Au Mali, le Mouvement du 5 juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), coalition d’opposition ayant soutenu le coup d’État d’août 2020 contre Ibrahim Boubacar Keïta, a rapidement été écarté par la junte du colonel Assimi Goïta. Après avoir salué l’intervention militaire, le mouvement s’est retrouvé exclu des instances de transition, puis marginalisé après le second coup d’État de mai 2021.

En Guinée, les partis d’opposition ayant initialement légitimé le coup d’État du général Mamady Doumbouya en 2021 ont également vu leur influence s’évanouir. Certains de leurs dirigeants ont même été arrêtés pour avoir critiqué leur exclusion de la transition politique.

Ces exemples illustrent une constante : les juntes militaires africaines, malgré un soutien civil initial, finissent par se retourner contre leurs anciens alliés pour conserver un contrôle absolu sur le pouvoir.

Pourquoi les juntes militaires africaines abandonnent-elles leurs alliés civils ?

Le soutien des civils est souvent essentiel pour déclencher ou stabiliser un coup d’État. Il offre une légitimité visible et une base de soutien immédiate. Cependant, une fois au pouvoir, les militaires n’ont aucun intérêt à partager leur autorité. Les groupes civils, avec leurs propres dirigeants et attentes, deviennent des obstacles potentiels à la consolidation du régime.

Cette dynamique se retrouve dans des contextes historiques variés. Au Soudan, en 1969, le Parti communiste avait soutenu le colonel Jaafar Nimeiri, avant d’être réprimé et écrasé en 1971. En Égypte, en 2013, le mouvement Tamarod, ayant appuyé le général Abdelfattah el-Sisi, a vu son influence disparaître à mesure que l’espace civique se réduisait.

Ces cas montrent que l’enthousiasme initial des civils ne doit pas être interprété comme un mandat durable. Les juntes militaires africaines, qu’elles soient au Burkina Faso, au Mali, au Niger ou ailleurs, privilégient la concentration du pouvoir à toute forme de collaboration avec leurs anciens alliés.

La dissolution des partis politiques au Burkina Faso n’est donc qu’une illustration supplémentaire d’un phénomène récurrent : une fois leur emprise sur le pouvoir assurée, les juntes africaines se débarrassent de leurs soutiens civils pour éviter toute contestation de leur autorité.