Rôle de la Russie dans la sécurité du Mali et du Sahel : analyses et enjeux

Quel rôle la Russie joue-t-elle dans la sécurité du Mali et du Sahel ?

La Russie étend son influence en Afrique via des partenariats militaires, mais ces derniers temps, ses actions au Sahel suscitent des interrogations.

Contexte des attaques récentes au Mali

Les groupes armés ont lancé des offensives d’envergure contre les bases des Forces armées maliennes ces derniers jours. Le général Assimi Goïta, chef de la junte militaire, a affirmé que la situation était « sous contrôle » grâce au soutien aérien des forces russes. Ces dernières auraient permis d’éviter la capture de positions stratégiques, dont le palais présidentiel à Bamako.

Pourtant, la stabilité au Mali reste précaire. Le gouvernement peine à reprendre le contrôle de plusieurs villes et régions aux mains de combattants touaregs et de groupes affiliés à Al-Qaïda. Ces derniers menacent désormais d’assiéger la capitale malienne.

Bilan des attaques du week-end dernier

Une offensive coordonnée a frappé simultanément plusieurs villes, dont Bamako, Gao et Kidal. Le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, a été tué lors de ces combats. Des sources officielles estiment que plus de 200 assaillants ont été neutralisés, mais des localités comme Kidal sont tombées aux mains des insurgés.

Des rapports révèlent que les forces russes du Corps Afrique, dépendant du ministère russe de la Défense, se sont retirées de Kidal. Cette décision, prise en coordination avec Bamako, interroge sur l’efficacité réelle du soutien russe dans la région.

Le Corps Afrique : une évolution des forces russes au Sahel

Le Corps Afrique a remplacé l’ancien groupe Wagner après la mort de son fondateur, Evgueni Prigojine, en 2023. Contrairement à Wagner, connu pour ses méthodes agressives, les nouvelles unités russes adoptent une posture plus défensive. Pourtant, cette stratégie a été mise à l’épreuve lors des récents affrontements.

Les combats au Mali durent depuis 2012, mais la présence russe s’est intensifiée après le retrait des troupes françaises et onusiennes en 2021. Environ 2 000 mercenaires russes sont désormais déployés dans le pays, avec une présence symbolique au Niger (100 soldats) et au Burkina Faso (100 à 300 soldats).

Les analystes soulignent une différence majeure entre Wagner et le Corps Afrique : les premiers étaient prêts à engager des combats risqués, tandis que les seconds privilégient la protection de leurs effectifs. Cette approche a soulevé des questions quant à leur capacité à résister à une offensive massive.

Réactions et critiques après le retrait de Kidal

Le retrait des forces russes de Kidal a été justifié par un communiqué du Corps Afrique, évoquant une décision conjointe avec les autorités maliennes. L’évacuation des blessés et du matériel lourd aurait été prioritaire avant le repli des troupes.

Cependant, des doutes persistent quant à cette version des faits. Un haut responsable malien cité par RFI affirme que les mercenaires russes avaient été prévenus trois jours avant l’attaque, mais n’auraient pas réagi. Certains observateurs suggèrent que leur départ aurait été négocié à l’avance, peut-être via la médiation de l’Algérie.

Les civils et les soldats maliens restent les principales victimes de ces violences. Les deux camps, y compris les forces russes, sont accusés de cibler les populations locales, ce qui pourrait constituer des crimes de guerre selon plusieurs organisations de défense des droits humains.

Impact sur la crédibilité de la Russie au Sahel

Lorsque la France a commencé son retrait en 2021, la Russie s’est présentée comme un partenaire non colonial, offrant un soutien militaire sans conditions politiques. Cette stratégie a permis à Moscou de gagner en influence dans des pays comme la République centrafricaine, la Libye et le Soudan.

Au Mali, les mercenaires russes avaient joué un rôle clé en 2023 pour chasser les groupes armés de Kidal, une zone sous contrôle touareg. Pourtant, les attaques récentes et la perte de Kidal, ainsi que la mort du ministre de la Défense, ont porté un coup dur à l’image de la Russie dans la région.

Ulf Laessing, expert à la Fondation Konrad-Adenauer, résume la situation : « Le Corps Afrique a perdu toute crédibilité. Ils n’ont pas résisté lors des attaques du week-end dernier et ont abandonné du matériel précieux, dont une station de drones. Cela donne l’impression d’un désengagement, voire d’un manque de préparation. »

Les autorités maliennes, pour leur part, affirment maintenir les opérations de sécurité. Le général Goïta a réaffirmé dans une vidéo que « les mesures de sécurité sont renforcées et les opérations se poursuivent ». Cependant, aucune mention n’a été faite concernant le rôle des forces russes dans ces déclarations.

Perspectives pour la Russie dans la région

Malgré les critiques, Moscou continue de revendiquer son engagement dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. Le ministère russe de la Défense affirme que près de 12 000 combattants ont participé aux attaques du week-end, et que ceux-ci auraient été formés par des mercenaires ukrainiens et européens. Aucune preuve n’a été fournie pour étayer ces allégations.

Les vidéos publiées par la Russie montrent des frappes aériennes attribuées au Corps Afrique contre des positions des groupes armés. Pourtant, ces images n’ont pas suffi à lever les doutes sur l’efficacité réelle de l’intervention russe.

« La Russie aura du mal à convaincre de nouveaux pays de faire appel au Corps Afrique après ces échecs », souligne Laessing. « Cette situation porte atteinte à sa réputation et pourrait freiner son expansion en Afrique. »

Alors que les groupes terroristes menacent désormais de faire le siège de Bamako, l’avenir du soutien russe au Sahel reste incertain. Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer si Moscou peut rebondir ou s’il doit revoir sa stratégie militaire dans la région.