Sénégal : un soutien inattendu à la candidature de Macky Sall à l’ONU

Écrit par

dans

Trois jours après l’avoir reçu au Palais de la République, Bassirou Diomaye Faye a pris une décision historique : le Sénégal apportera son « plein soutien » à la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies. Une annonce qui marque un tournant dans les relations entre les deux hommes, autrefois opposés.

Un choix dicté par la raison d’État plutôt que par les rancœurs

Pour Macky Sall, ce soutien arrive à point nommé. Bien que symbolique, cette décision renforce sa position sur la scène internationale, où il incarne désormais une candidature pleinement légitimée par son pays d’origine. Le Sénégal, par la voix de son président actuel, reconnaît ainsi l’importance de cette candidature pour l’influence africaine au sein de l’ONU, notamment pour obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité.

Ce revirement s’explique par une logique de continuité étatique, dépassant les clivages politiques. Bassirou Diomaye Faye, libéré de prison en mars 2024 après une grâce présidentielle, avait bâti son discours sur la rupture avec l’ère Macky Sall. Pourtant, en soutenant sa candidature, il place l’intérêt national au-dessus des tensions passées, illustrant une maturité politique rare.

Un contexte politique sénégalais favorable à ce revirement

Ce changement de cap n’est pas anodin. Il intervient après la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et son ancien mentor, Ousmane Sonko, évincé du poste de Premier ministre en mai dernier. Tant que leur alliance persistait, la ligne dure contre l’ancien régime restait un pilier du discours gouvernemental. La fin de cette coalition a offert au président une liberté inédite pour réévaluer sa position sur la question Macky Sall.

Cette décision s’inscrit également dans une stratégie personnelle de Bassirou Diomaye Faye, qui cherche à reconstituer une base électorale élargie en intégrant des réseaux issus de l’ancien système, y compris ceux de Macky Sall et d’Abdoulaye Wade. Une manœuvre visant à consolider sa propre légitimité en vue de 2029.

Une candidature africaine face à la règle de la rotation régionale

Malgré ce soutien, la route vers le poste de secrétaire général reste semée d’embûches. La coutume veut que le candidat vienne de la région dont c’est le tour, en l’occurrence l’Amérique latine cette fois-ci. Avec quatre candidats latino-américains en lice, dont l’Argentine, le Chili ou l’Équateur, Macky Sall devra compter sur d’autres atouts pour s’imposer.

Son profil d’ancien chef d’État et son absence d’ennemi déclaré parmi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité lui offrent des perspectives, même si la décision finale reviendra aux arbitrages diplomatiques des grandes puissances. Proche de la France tout en cultivant des liens avec la Russie, il mise sur une diplomatie équilibrée pour séduire les décideurs internationaux.

Son dernier déplacement à Moscou, où il a été reçu par le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, confirme cette volonté de mobiliser tous les leviers pour faire de sa candidature un succès. Le verdict tombera cet automne, mais une chose est sûre : l’appui du Sénégal a levé un obstacle majeur.