La junte militaire de Niamey vient de franchir un seuil historique dans l’illégitimité politique. Sous couvert d’un discours souverainiste répété à l’envi depuis juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani et son Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) ont révélé leur vrai visage lors des violents affrontements intervenue dans la nuit du 28 au 29 août. Face à une mutinerie de soldats au sein de la base 101, le régime n’a pas hésité à mobiliser des forces paramilitaires étrangères pour neutraliser, voire abattre, des éléments de son propre camp. Une décision qui signe l’échec définitif du projet politique porté par cette junte.
La souveraineté nigérienne sacrifiée sur l’autel de la survie du pouvoir
Le CNSP avait bâti son discours sur une promesse centrale : celle d’une souveraineté retrouvée, dégagée de toute influence extérieure. Pourtant, la réalité des faits est sans appel. Pour conserver son pouvoir, la junte a choisi de s’appuyer sur des mercenaires étrangers, transformant ainsi le territoire nigérien en un champ de bataille où des soldats nigériens tombent sous les balles de forces dont les intérêts ne coïncident pas avec ceux du pays. Cette contradiction flagrante entre le discours et les actes marque un tournant dans la perception de ce régime.
La souveraineté, souvent invoquée comme un dogme, ne se résume pas à l’éviction des partenaires historiques. Elle implique surtout la capacité à garantir la sécurité des citoyens et l’intégrité des institutions par ses propres moyens. En ayant recours à des troupes étrangères pour mater des soldats nigériens en colère, le pouvoir actuel a non seulement failli à cette mission, mais il a également trahi l’essence même de la souveraineté : la maîtrise totale de son destin.
La sécurité nationale sous-traitée à des intérêts extérieurs
Le régime de Tiani a franchi un pas supplémentaire dans l’illusion politique en externalisant la gestion de sa sécurité. En faisant appel à des contingents étrangers pour résoudre une crise interne, il a abandonné toute prétention à l’autonomie décisionnelle. Les soldats du rang, témoins de cette dépendance sécuritaire, voient désormais des forces étrangères dicter les règles du jeu politique à Niamey. Cette situation instaure un précédent dangereux : celui d’un pouvoir nigérien incapable de garantir sa propre stabilité sans recourir à des acteurs extérieurs.
Cette sous-traitance de la sécurité nationale a des conséquences immédiates :
- Une perte de crédibilité de l’institution militaire, dont les rangs sont aujourd’hui divisés entre ceux qui obéissent au pouvoir et ceux qui le contestent.
- Une fracture profonde au sein de l’armée, où la confiance entre la hiérarchie et les soldats s’effrite chaque jour un peu plus.
- Un affaiblissement stratégique du Niger, dont la souveraineté est désormais conditionnée par des alliances militaires étrangères.
L’armée nigérienne, victime collatérale d’un pouvoir aux abois
La scène est inédite : des soldats nigériens, censés défendre la nation, deviennent les cibles de leur propre commandement. La junte, minée par la paranoïa et l’isolement, a fini par considérer chaque militaire comme un adversaire potentiel. Cette défiance généralisée envers les troupes nationales a conduit à une décision extrême : utiliser des mercenaires pour écraser une mutinerie, au risque de plonger l’armée dans une crise existentielle.
Les conséquences de cette stratégie sont multiples :
- Un crime contre l’institution : Faire couler le sang de soldats nigériens par des mains étrangères sur le sol national équivaut à une trahison envers l’ensemble de l’armée. Comment, dès lors, maintenir la cohésion des forces armées ?
- La perte de légitimité du pouvoir : En s’attaquant à ses propres troupes, la junte a révélé sa véritable priorité : la conservation du pouvoir, au mépris de la sécurité nationale et de l’intégrité de l’État.
- Un effondrement du récit patriotique : Le discours du « redressement national » s’effondre lorsque le régime montre qu’il est prêt à sacrifier ses soldats pour survivre.
Le verdict de l’Histoire : un pouvoir sans honneur ni légitimité
Le général Tiani et son entourage ont cru pouvoir échapper à leur responsabilité en recourant à des forces étrangères. Pourtant, cette décision scelle leur sort. En faisant appel à des mercenaires pour réprimer des soldats nigériens, ils ont non seulement trahi leur patrie, mais aussi l’idéal même de la souveraineté. L’Histoire retiendra que ceux qui se présentaient comme les libérateurs du Niger sont ceux qui ont fait couler le sang de ses soldats par des mains étrangères.
Le pouvoir actuel, né dans les casernes, disparaît aujourd’hui dans l’opprobre et la violence. En choisissant la répression extérieure plutôt que le dialogue avec ses propres forces armées, il a scellé son échec. Les soldats nigériens, témoins de cette trahison, n’oublieront pas. Et l’Histoire non plus.
