Auteur/autrice : nigeractu

  • Retrait des États du Sahel de la CPI : un danger pour la justice des victimes

    Retrait des États du Sahel de la CPI : un danger pour la justice des victimes

    retrait des États du Sahel de la CPI : un danger pour la justice des victimes

    AFP

    L’Initiative mondiale contre l’impunité (GIAI), regroupant des organisations comme la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), la Coalition for the International Criminal Court (CCPI), Redress et Women’s Initiatives for Gender Justice (WIGJ), dénonce fermement la décision du Burkina Faso, du Mali et du Niger de quitter le Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI). Cette annonce, bien que symbolique, représente un recul préoccupant pour la lutte contre l’impunité et menace directement l’accès à la justice pour les victimes de crimes graves.

    26 septembre 2025 — Le retrait du Statut de Rome par les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) ne sera pas immédiat. Selon l’article 127 du Statut, un retrait ne prend effet qu’un an après la notification écrite au Secrétaire général des Nations unies. D’ici là, ces États restent tenus de coopérer pleinement avec la CPI, notamment pour les crimes commis avant leur retrait. Les procédures en cours, comme celles liées à la situation au Mali, se poursuivront sans entrave.

    À ce jour, la CPI traite plusieurs affaires majeures au Mali, dont celle d’Al Mahdi, condamné en 2016 pour la destruction délibérée de sites culturels à Tombouctou. Une décision sur les réparations dans l’affaire Al Hassan (condamné en 2024 pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité) est attendue prochainement. Par ailleurs, un mandat d’arrêt international vise toujours Iyad Ag Ghaly, chef présumé du groupe djihadiste Ansar Dine.

    Un leadership africain en question

    Les États africains ont joué un rôle clé dans la création de la CPI en 1998, ratifiant massivement le Statut de Rome et saisissant la Cour pour des situations nationales. Ce partenariat a offert aux victimes un espoir concret de justice lorsque les systèmes judiciaires locaux étaient défaillants. Le retrait des trois pays de l’AES rompt avec cette tradition de leadership et prive les populations de Burkina Faso, Mali et Niger d’une protection essentielle face aux violations des droits humains.

    Cette décision s’ajoute au retrait controversé de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en janvier 2025, une institution clé pour la défense des droits humains en Afrique de l’Ouest. Ces mouvements isolent davantage les pays de l’AES, fragilisant les mécanismes régionaux de lutte contre l’impunité et aggravant la crise multidimensionnelle qu’ils traversent, marquée par une insécurité persistante et des violences terroristes.

    « Le départ de la CPI affaiblit gravement la position des victimes, pour qui cette Cour représente souvent le dernier recours pour obtenir justice », déclare Drissa Traoré, Secrétaire général de la FIDH. Après leur retrait de la CEDEAO, la perte de la protection de la CPI laisse les populations du Burkina Faso, du Mali et du Niger sans recours face aux violations les plus graves des droits humains. » Ces juridictions nationales, déjà incapables de garantir justice et réparations en raison d’un manque de volonté politique et de moyens, ne pourront combler ce vide.

    Une justice internationale sous pression

    La CPI fait face à des critiques croissantes, notamment de la part de pays comme la Hongrie, qui a également annoncé son intention de quitter le Statut de Rome. Pourtant, la Cour a élargi son champ d’action bien au-delà de l’Afrique, avec des enquêtes en cours en Afghanistan, Bangladesh/Myanmar, Palestine, Ukraine, Venezuela, Libye et Philippines. Les récentes arrestations, comme celle de suspects libyens ou de l’ancien président Rodrigo Duterte, illustrent son rôle universel et son indépendance face aux pressions politiques.

    « Les États parties doivent renforcer leur engagement envers la CPI, la lutte contre l’impunité et les droits des victimes, plutôt que de se replier », souligne Alix Vuillemain, directrice exécutive de Women’s Initiatives for Gender Justice (WIGJ). Se détourner de la CPI à ce stade ne fait que renforcer l’impunité et affaiblit les normes internationales de justice. »

    Un rôle clé pour les États dans la préservation de la justice mondiale

    La CPI ne remplace pas les mécanismes nationaux mais les complète, en garantissant des principes fondamentaux : l’absence d’immunité pour les dirigeants, la complémentarité avec les juridictions locales, et le droit des victimes à participer aux procédures judiciaires et obtenir réparation. Le retrait du Statut de Rome par le Burkina Faso, le Mali et le Niger risque d’ébranler ces protections et de compromettre des décennies de progrès dans l’établissement de normes mondiales contre l’impunité.

    La GIAI appelle tous les États parties à réaffirmer leur soutien au Statut de Rome. Dans un contexte où les violences s’intensifient en Afrique et ailleurs, il est crucial de préserver la CPI comme ultime recours pour les victimes.

  • Soutien de l’OMS aux ONG du secteur santé au Mali

    Soutien de l’OMS aux ONG du secteur santé au Mali

    Renforcement des actions sanitaires au Mali grâce à l’appui de l’OMS

    Depuis 2012, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) joue un rôle central dans la coordination des acteurs du cluster Santé au Mali. En 2025, le pays traverse une crise humanitaire sans précédent, touchant 6,4 millions de personnes, soit près de 28 % de sa population, avec un besoin criant d’assistance. Seulement 8,5 % du plan de réponse humanitaire est financé, dont à peine 6 % alloués au secteur de la santé. Cette situation limite considérablement la capacité des équipes sur le terrain à répondre aux urgences sanitaires.

    Pour pallier ces défis, la seconde allocation de réserve du Fonds humanitaire régional pour l’Afrique de l’Ouest et le Centre (FHRAOC) au Mali cible les populations affectées par les violences armées et l’insécurité, notamment dans les régions de Gao, Mopti et Ségou. Grâce à l’intervention de l’OMS et à ses analyses sur les vulnérabilités, le secteur sanitaire a été identifié comme une priorité essentielle pour ce financement. L’objectif ? Garantir un accès aux soins de base pour les populations les plus fragilisées.


  • Mauritanie : nouveaux ministres clés dans un remaniement gouvernemental partiel

    Mauritanie : nouveaux ministres clés dans un remaniement gouvernemental partiel

    Un décret présidentiel en Mauritanie officialise un remaniement partiel du gouvernement. Plusieurs personnalités sont nommées à des postes stratégiques. Voici les principaux changements.

    Qui sont les nouveaux ministres en Mauritanie ?

    Le gouvernement mauritanien connaît une réorganisation partielle avec la nomination de plusieurs ministres. Mohamed Ould Soueidatt prend la tête du ministère de la Justice, tandis que El Vadil Ould Sidaty Ould Ahmed Louly est chargé des Affaires islamiques et de l’Enseignement originel.

    Dans le domaine économique, Abdellahi Souleymane Cheikh Sidiya devient ministre des Affaires économiques et du Développement, et Codioro Moussa N’Guenore est nommé à la tête du ministère des Finances.

    Le ministère de la Santé est confié à Mohamed Mahmoud Ely Mahmoud, et celui de la Fonction publique et du Travail à Marièm Boidiel.

    Parmi les autres nominations notables :

    • Moctar Ahmed Bouceif prend en charge le ministère de la Pêche, des Infrastructures maritimes et portuaires ;
    • Sidi Ahmed Ould Abouh devient ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire ;
    • Sid Ahmed Ould Mohamed est responsable du Développement animal ;
    • Mamadou Mamadou Nianank dirige le ministère de l’Immobilier, du Patrimoine de l’État et de la Réforme foncière ;
    • Naha Hamdi Meknas est nommée à la tête du ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de l’Aménagement du territoire.

    Un nouveau ministre-conseiller à la Présidence

    Par ailleurs, un autre décret présidentiel officialise la nomination de Mohamed Mahmoud Cheikh Abdallahi Ould Boya au poste de ministre-conseiller à la Présidence de la République.

  • Formation des sage-femmes au Mali : un impact majeur sur la santé des femmes

    Formation des sage-femmes au Mali : un impact majeur sur la santé des femmes

    formation des sage-femmes au Mali : un impact majeur sur la santé des femmes

    Bamako – « Avant, parler de contraception me terrifiait. Dans mon entourage, c’était un sujet qui suscitait des jugements. Je craignais les regards et les commentaires », confie Kadidia, 19 ans, étudiante à Bamako.

    Comme Kadidia, des centaines de milliers de jeunes femmes au Mali subissent les conséquences des obstacles sociaux, culturels et structurels qui entravent leur accès à une santé sexuelle et reproductive de qualité. En 2024, le pays a déploré 583 décès maternels, dont 89 chez des adolescentes âgées de 15 à 19 ans. Les risques liés aux grossesses précoces et non désirées restent préoccupants. Bien que les indicateurs montrent une progression encourageante, les défis persistent : en 2024, le Mali comptait près de 4,8 millions de femmes en âge de procréer, et 559 493 jeunes femmes et adolescentes ont eu accès à des méthodes contraceptives modernes, contre 480 682 en 2023.

    Pourquoi la santé sexuelle et reproductive des jeunes femmes est-elle cruciale ?

    Garantir un accès universel à ces services est un impératif pour leur autonomisation et leur sécurité. En leur offrant des solutions adaptées, on réduit significativement les risques de grossesses non désirées, on prévient la propagation des infections sexuellement transmissibles, et on favorise leur épanouissement physique et mental. Pourtant, dans un contexte où les tabous persistent et où les vulnérabilités sont fortes, ces droits fondamentaux restent souvent inaccessibles.

    L’OMS et ses partenaires au chevet de la santé reproductive au Mali

    Face à ces enjeux, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), avec le soutien d’un généreux donateur, collabore étroitement avec les autorités maliennes pour déployer un programme ambitieux. Ce dernier vise à renforcer les droits en matière de santé sexuelle et reproductive, en agissant sur plusieurs leviers :

    • Amélioration du cadre légal et des politiques publiques ;
    • Formation continue des professionnels de santé ;
    • Dotation en équipements médicaux performants ;
    • Création de structures adaptées aux besoins des jeunes ;
    • Production de données fiables pour éclairer les décisions.

    « Ce programme s’inscrit pleinement dans notre stratégie nationale. Nous avons formé des magistrats aux nouvelles directives de l’OMS, lancé un observatoire national de la santé, et renforcé le système de surveillance des décès maternels », déclare le Dr N’Tji Keita, Chef du Département santé de la mère et de l’enfant à l’Office National de la Santé de la Reproduction.

    L’OMS dépasse le simple appui technique : elle joue un rôle clé dans la coordination et le suivi des actions. Grâce à son accompagnement, le Mali a publié son premier bulletin national sur les indicateurs de santé sexuelle et reproductive, ainsi que les Comptes nationaux de la santé 2022. Ces outils permettent une analyse fine des performances et guident les choix stratégiques.

    « Nous avons soutenu l’ouverture d’une clinique Mère-Enfant-Adolescent à Sikasso, proposant des services intégrés de planification familiale et de prise en charge des violences basées sur le genre. Une équipe mobile est également déployée dans la zone humanitaire de Macina pour toucher les populations les plus isolées », explique le Dr Sylla Ousmane, responsable du Programme santé sexuelle et reproductive au bureau de l’OMS au Mali.

    Les sages-femmes, actrices clés du changement

    Au cœur de cette dynamique, les sages-femmes formées transforment concrètement la vie des jeunes filles. Leur expertise actualisée permet d’offrir des soins de meilleure qualité et plus inclusifs. Aïssata, sage-femme au centre de santé communautaire de Kebila, partage son expérience : « Grâce aux formations sur la consultation prénatale recentrée, la planification familiale, et la gestion des IST/VIH/sida, j’ai gagné en confiance et en professionnalisme. Aujourd’hui, j’accueille les jeunes femmes sans préjugés ».

    Assetou, sage-femme mentor à Yanfolila, à 160 km au sud de Bamako, confirme l’impact de ces initiatives : « Ces formations ont révolutionné ma pratique, notamment en matière d’écoute active et de respect du consentement ». Entre 2019 et 2025, le nombre de jeunes et d’adolescents bénéficiant de services de santé sexuelle et reproductive dans son centre est passé de 2 330 à 5 121.

    Un changement profond dans les mentalités

    Les résultats ne se limitent pas aux chiffres : ils se lisent aussi dans les comportements. Les campagnes de sensibilisation dans les écoles, les émissions radio dédiées à la sexualité, et la formation des prestataires à l’écoute bienveillante ont brisé les tabous. Les jeunes filles osent désormais consulter, dialoguer sereinement, et faire des choix éclairés pour leur santé.

    Pour Kadidia, cette évolution est palpable : « La première fois que je me suis rendue dans un centre de santé, j’ai été accueillie avec bienveillance. On m’a écoutée sans me juger et conseillée avec patience. Je peux affirmer que ces services sauvent des vies. Je souhaite encourager toutes les jeunes filles à franchir le pas : ces professionnels sont là pour les soutenir ».

  • Échec cuisant des mercenaires russes au Mali : bilan désastreux et ressentiment grandissant

    Échec cuisant des mercenaires russes au Mali : bilan désastreux et ressentiment grandissant

    Pourquoi l’échec des mercenaires russes au Mali alimente un profond ressentiment

    En annonçant son départ du Mali en début d’année, le groupe Wagner, ces mercenaires russes tristement célèbres, avait proclamé sur les réseaux sociaux que sa « mission était remplie ». Pourtant, après trois ans et demi d’opérations de contre-terrorisme et de contre-insurrection, le bilan est accablant : le Mali reste l’épicentre mondial du terrorisme, selon les observateurs.

    Un rapport publié par The Sentry en août souligne les échecs répétés de Wagner, malgré ses prétentions à une expertise militaire et ses annonces de victoires. Le Kremlin a alors remplacé Wagner par l’Africa Corps, une force paramilitaire contrôlée directement par le ministère russe de la Défense. Selon le Timbuktu Institute, jusqu’à 80 % des membres de cette nouvelle unité seraient d’anciens combattants de Wagner.

    Des méthodes brutales et une impunité qui nourrissent l’indignation

    L’Africa Corps a hérité des pratiques controversées de Wagner, notamment des violations flagrantes des droits humains : assassinats extrajudiciaires, tortures et actes de violence sans discernement. Ces exactions, souvent commises en toute impunité, alimentent le mécontentement des populations locales et renforcent les milices djihadistes, qui exploitent ces griefs pour recruter.

    Les témoignages recueillis par The Sentry auprès de militaires maliens, de responsables gouvernementaux et d’agents de renseignement révèlent une relation exécrable entre les soldats maliens et les mercenaires russes. Ces derniers sont accusés de ne pas respecter la chaîne de commandement, de saper la sécurité du pays et d’être responsables de pertes humaines et matérielles importantes.

    Une stratégie contre-productive qui aggrave la crise sécuritaire

    Les tactiques brutales de Wagner et leur approche incohérente en matière de lutte antiterroriste ont détruit toute confiance entre les forces de sécurité maliennes et les populations locales. Depuis leur arrivée, on constate une hausse alarmante des attaques contre les civils, souvent perpétrées par les forces maliennes et leurs milices alliées sous l’influence des mercenaires russes.

    Les exactions des mercenaires incluent également des violences sexuelles et des massacres ciblant les civils, comme celui de Moura en 2022, où plus de 500 personnes ont été tuées, dont au moins 300 exécutées sommairement.

    En 2023, des experts de l’Organisation des Nations unies ont demandé une enquête indépendante sur les violations graves des droits humains et les crimes de guerre potentiels commis au Mali par les forces gouvernementales et Wagner. Depuis 2021, ces experts reçoivent des rapports accablants : exécutions sommaires, charniers, tortures, viols et violences sexuelles. Pourtant, aucune enquête sérieuse n’a abouti au Mali.

    La responsabilité des mercenaires dans l’escalade de la violence

    Certains militaires des Forces armées maliennes (FAMa) imputent directement à Wagner la responsabilité du massacre de Moura. « Sans Wagner, il n’y aurait pas eu de Moura. Pas à une telle échelle, pas avec une telle durée, pas autant de morts », a déclaré l’un d’eux à The Sentry.

    Les méthodes répressives des Russes ont également provoqué une augmentation du recrutement parmi les groupes armés, notamment les séparatistes touaregs et les terroristes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Amadou Koufa, chef de la katiba Macina, a expliqué en 2024 à France24 que la brutalité des mercenaires avait incité les habitants à rejoindre la lutte « pour défendre leur religion, leur terre et leurs biens ».

    Les attaques ciblant les civils, comme celles perpétrées lors de mariages ou d’enterrements à l’aide de drones, ainsi que la diffusion de vidéos montrant des mercenaires maltraitant des Touaregs, ont alimenté la colère et renforcé la propagande djihadiste.

    Dans un rapport de janvier 2025, les chercheurs du Royal United Services Institute ont souligné que les chefs communautaires du centre du Mali dénonçaient l’incapacité permanente de Wagner à améliorer la situation locale.

    Un échec militaire et une relation toxique entre Wagner et l’armée malienne

    En juillet 2024, Wagner a subi un échec cuisant lorsque plusieurs groupes terroristes ont attaqué un important convoi de véhicules près du village de Tin Zaouatine, dans le nord-est du Mali. Les assaillants revendiquent la mort de 84 mercenaires russes et 47 soldats des FAMa.

    Cette défaite a révélé une méfiance mutuelle croissante entre Wagner et les FAMa. Les survivants russes accusent les services de renseignement maliens d’avoir sous-estimé la menace et d’avoir abandonné leurs alliés en plein combat. En retour, les officiers maliens reprochent aux mercenaires de négliger les ordres, de s’emparer de leurs véhicules et de les traiter avec mépris, voire de manière raciste.

    « Nous sommes passés de Charybde en Scylla », a résumé un officier malien de haut rang.

    La colère a atteint son paroxysme en septembre 2024, lorsque des militants ont attaqué l’aéroport de Bamako, faisant plus de 100 morts. Des unités de Wagner étaient stationnées à proximité, mais elles n’ont réagi qu’après cinq heures d’inaction. « Si vous ne les payez pas, ils ne bougent pas », a témoigné un garde de l’aéroport auprès de The Sentry.

    Un bilan accablant : l’échec stratégique de Wagner

    Charles Cater, directeur des enquêtes de The Sentry, a tiré un bilan sans appel : « Les opérations de contre-terrorisme brutales et mal adaptées ont renforcé les alliances entre les groupes armés menaçant l’État, causé des pertes considérables à Wagner sur le terrain et accru le nombre de victimes civiles. En définitive, le déploiement de Wagner n’a servi ni le peuple malien, ni le gouvernement militaire, ni même le groupe mercenaire lui-même ».

    Justyna Gudzowska, directrice exécutive de The Sentry, a tiré la sonnette d’alarme : « À mesure que Moscou étend son influence au Sahel sous la bannière de l’Africa Corps, il est crucial de comprendre que Wagner n’était ni une force invincible ni un partenaire économique fiable. L’exemple malien montre qu’il a échoué sur tous les plans, et cela devrait servir d’avertissement pour les autres pays africains envisageant de faire appel à l’Africa Corps ».

  • Massacres de civils au Burkina Faso : des groupes armés sèment la terreur

    Massacres de civils au Burkina Faso : des groupes armés sèment la terreur

    • Depuis le mois de mai, deux organisations armées islamistes ont perpétré trois attaques distinctes dans le nord du Burkina Faso, causant la mort de plusieurs dizaines de civils.
    • L’insurrection menée par ces groupes depuis 2016 a entraîné des attaques répétées et le déplacement forcé de milliers de civils, tandis que le gouvernement est également accusé de viser des civils dans ses opérations de contre-terrorisme.
    • Il est impératif que les autorités garantissent une meilleure protection des civils, mènent des enquêtes sur toutes les exactions, y compris celles commises par l’armée et ses milices alliées, et traduisent les responsables en justice dans le cadre de procès équitables.

    Deux groupes armés islamistes ont ôté la vie à des dizaines de civils lors de trois offensives distinctes menées dans le nord du Burkina Faso depuis mai 2025. Ces attaques constituent des violations flagrantes du droit international humanitaire et pourraient être qualifiées de crimes de guerre.

    Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, a frappé la ville de Djibo dans la région du Sahel le 11 mai, puis le village de Youba dans la région du Nord le 3 août, tuant au moins 40 civils au total. De son côté, l’État islamique au Sahel (EIS) a pris pour cible un convoi civil acheminant de l’aide humanitaire vers la ville assiégée de Gorom Gorom, également dans le Sahel, le 28 juillet, entraînant la mort d’au moins 9 civils.

    Les groupes armés islamistes au Burkina Faso sont à l’origine d’atrocités récurrentes contre les populations civiles depuis le début du conflit en 2016. Il est crucial que les autorités actuelles améliorent la protection de tous les civils menacés, investiguent les abus, y compris ceux perpétrés par l’armée et les milices supplétives, et jugent les responsables lors de procès équitables.

    Depuis leur soulèvement en 2016, ces groupes ont maintes fois attaqué et provoqué le déplacement forcé de dizaines de milliers de civils. Le gouvernement burkinabè, issu d’un coup d’État en 2022, a lui aussi été impliqué dans des opérations de contre-insurrection qui ont de plus en plus visé des civils.

    Attaque du GSIM à Djibo, région du Sahel, 11 mai

    Le 11 mai, le GSIM a lancé une offensive d’envergure à Djibo, visant à la fois les forces de sécurité et les civils. Des centaines de combattants ont envahi la base militaire de la ville, s’emparant d’armes avant de se répandre dans plusieurs quartiers où ils ont exécuté sommairement au moins 26 civils et incendié des commerces et des structures médicales.

    La ville de Djibo subit un siège du GSIM depuis plus de trois ans, privant ses habitants de nourriture, de biens essentiels et d’assistance humanitaire, ce qui a engendré une situation de famine et la propagation de maladies.

    Des témoins rapportent que l’attaque a débuté vers 5 heures du matin. « J’ai entendu une forte détonation provenant du Secteur 4, où se situe la base militaire, suivie de tirs qui fusaient au-dessus de nos têtes », a confié une femme de 35 ans. « Les tirs ont duré presque toute la journée. »

    Un forgeron de 46 ans a raconté comment quatre combattants du GSIM ont fait irruption chez lui pour exécuter son frère, l’accusant d’avoir dénoncé leur père à l’armée. « Il a tiré [trois fois] sur mon frère, une balle dans la tête et deux dans la poitrine. »

    Les habitants sont restés terrés chez eux pendant trois jours. « Quand nous sommes sortis, nous avons découvert que de nombreuses personnes avaient été tuées, principalement dans le Secteur 2 », a témoigné un homme de 50 ans. Un autre a décrit avoir trouvé le corps d’un homme de 93 ans « criblé de balles » sur son lit. Une liste de 26 victimes, dont 3 femmes et 23 hommes âgés de 27 à 93 ans, a été établie par les résidents.

    Les combattants ont également incendié des dizaines de boutiques et pillé un centre médical. Selon des témoins, les assaillants ont spécifiquement visé des civils de sous-groupes de l’ethnie peule, comme la famille Tamboura, accusés de soutenir les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), des auxiliaires de l’armée.

    Dans une réponse écrite, le Comité chariatique du GSIM au Burkina Faso a nié viser intentionnellement les civils, qualifiant les morts de « projectiles perdus » ou d’« allégations dénuées de fondement ».

    Les habitants de Djibo ont exprimé leur inquiétude face à la stratégie de l’armée qui, pour sécuriser la ville, s’appuie sur les VDP, créant un « climat de terreur » et divisant la communauté peule. Le gouvernement n’a fait aucune déclaration officielle sur l’attaque, mais la télévision nationale a confirmé qu’une riposte aérienne avait eu lieu.

    Attaque du GSIM à Youba, région du Nord, 3 août

    Le 3 août, le GSIM a assassiné au moins 14 civils, dont une femme et quatre enfants, dans le village de Youba. L’attaque était une punition contre la communauté qui n’avait pas respecté l’interdiction de cultiver des plantes hautes comme le maïs et le millet, jugées gênantes pour les opérations du groupe. « Ne vous avions-nous pas ordonné de ne pas cultiver cette année ? », auraient lancé les combattants.

    Deux des enfants, âgés de 12 et 14 ans, sont morts dans l’incendie d’une boutique où ils s’étaient réfugiés. Les assaillants ont également tué au moins 10 VDP. Des témoins ont raconté que des centaines de combattants ont pris d’assaut le village, pourchassant et abattant les hommes qu’ils croisaient. Les VDP locaux, dépassés, ont fui sans pouvoir protéger la population.

    Les forces armées, basées à 12 kilomètres, ne sont intervenues qu’après l’attaque. Le 11 août, le GSIM a de nouveau attaqué Youba, tuant cette fois des dizaines de soldats et de VDP qui construisaient une tranchée défensive autour du village.

    Attaque de l’EIS près de Gorom Gorom, région du Sahel, 28 juillet

    Le 28 juillet, l’EIS a pris pour cible un convoi humanitaire civil escorté par l’armée près de Gorom Gorom. Au moins neuf civils ont été tués. Le convoi, composé d’une centaine de camions, transportait de la nourriture et des fournitures essentielles vers la ville, assiégée par l’EIS depuis plus de trois ans.

    « Les camions transportaient de la nourriture […]. Aucune arme ou munition n’était à bord, c’était un convoi civil », a précisé un témoin. L’attaque s’est produite près du village de Balliata. « J’ai entendu de nombreux coups de feu et des cris. J’ai sauté du camion, je me suis accroupi les mains sur la tête et j’ai attendu mon sort », a raconté un survivant de 52 ans.

    Les assaillants ont incendié plusieurs camions. Les témoins ont identifié neuf victimes, dont deux femmes et sept hommes. Ni l’EIS ni le gouvernement n’ont communiqué sur cette attaque.

    Obligations légales et quête de justice

    Toutes les parties au conflit armé au Burkina Faso sont tenues de respecter le droit international humanitaire, qui interdit les exécutions sommaires et les attaques contre les civils. Le gouvernement a l’obligation d’enquêter et de poursuivre les responsables de crimes de guerre.

    Bien qu’un Pôle judiciaire spécialisé dans la répression des actes de terrorisme ait été créé en 2017 à Ouagadougou, ses enquêtes progressent lentement en raison d’un manque de moyens. Parallèlement, peu de progrès ont été réalisés pour poursuivre les membres des forces de sécurité gouvernementales impliqués dans de graves violations des droits humains.

    La nomination récente par l’Union africaine d’Évariste Ndayishimiye, président du Burundi, comme envoyé spécial pour le Sahel, représente une opportunité de renforcer la réponse de l’UA aux défis des droits humains au Burkina Faso. L’envoyé spécial devrait exhorter le gouvernement burkinabè à garantir que justice soit rendue pour les crimes commis par toutes les parties au conflit et à soutenir le Pôle judiciaire spécialisé.

  • Intervention humanitaire au Burkina Faso : action contre la faim en action

    Intervention humanitaire au Burkina Faso : action contre la faim en action

    Action contre la Faim au Burkina Faso : lutte contre la crise humanitaire

    Nos missions Burkina Faso

    Depuis 2008

    Burkina

    Nos missions Burkina Faso

    Données clés

    • Population : 23 548 781
    • PIB par habitant : 987,3
    • Indice de développement humain : 186 / 193
    • Volume opérationnel : 23 165 251
    • Personnes soutenues : 1 238 398
    • Espérance de vie : 61 ans
    • Équipe : 367
    • Burkina Faso

    Zones d’intervention

    1. Bobo-Dioulasso
    2. Dori
    3. Fada N’gourma
    4. Ouagadougou
    5. Ouahigouya
    6. Tenkodogo
    Carte Burkina Faso Ronde - BF02

    Depuis 2019, le Burkina Faso traverse une crise humanitaire majeure marquée par l’instabilité politique, des tensions sécuritaires persistantes et des aléas climatiques récurrents. En 2024, plus de 6,3 millions de personnes – dont 2,4 millions de déplacés internes – nécessitaient une assistance vitale. Parmi elles, 2,7 millions se trouvent en insécurité alimentaire aiguë, tandis que 611 500 individus (480 000 enfants et 131 500 femmes) souffrent de malnutrition aiguë sévère. Par ailleurs, 1,7 million de personnes requièrent un accès urgent à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement (EHA).

    Face à cette situation, Action contre la Faim (ACF) déploie une stratégie globale combinant aide d’urgence et développement durable. Le mécanisme RRM-Frontline permet une intervention rapide dans les zones les plus touchées, avec des distributions de nourriture, des kits d’abris, un soutien EHA et l’accès à l’eau potable. En partenariat avec l’Agence suédoise de coopération internationale et le BHA, ACF mène des programmes multisectoriels dans sept régions du pays. Ces interventions incluent des cliniques mobiles, le renforcement des centres de santé locaux, des initiatives de relance économique et l’amélioration des infrastructures hydrauliques et sanitaires. La dimension santé mentale et soutien psychosocial est également intégrée pour atténuer l’impact psychologique de la crise sur les populations vulnérables.

    L’organisation mise aussi sur l’approche Nexus, axée sur la résilience et la réduction des risques de catastrophe. En 2024, grâce à l’initiative PREPARE de l’USAID, ACF a renforcé les services de santé reproductive, maternelle, néonatale et nutritionnelle dans les zones les plus reculées. À l’ouest du pays, le projet BEOOLGO vise à consolider les services de santé décentralisés via la formation des professionnels locaux. Le programme YERETALI (Burkina Faso/Côte d’Ivoire) soutient la reconstruction du sud-ouest en améliorant les conditions de vie et en promouvant des moyens de subsistance durables.

    Ces initiatives, menées en collaboration avec des partenaires internationaux, offrent une réponse complète et coordonnée aux besoins des populations les plus affectées.

  • L’ONU s’alarme de la situation des droits humains et des élections au Mali

    L’ONU s’alarme de la situation des droits humains et des élections au Mali

    L’ONU s’alarme de la situation des droits humains et des élections au Mali

    Les Nations Unies expriment une vive préoccupation concernant la situation actuelle au Mali. Par l’intermédiaire de son Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, l’organisation dénonce fermement la suspension prolongée des processus électoraux et la recrudescence de la répression ciblant la société civile. M. Türk alerte sur les conséquences des récentes législations, estimant qu’elles pourraient durablement entraver le respect des droits fondamentaux au Mali. Il appelle instamment les autorités de transition à agir sans délai pour annuler ces textes juridiques controversés.

    Elections suspendues et répression : l'ONU tire la sonnette d'alarme sur la situation au Mali

    L’ONU tire la sonnette d’alarme. Par la voix de son Haut-Commissaire aux droits de l’homme Volker Türk, les Nations Unies dénoncent la suspension indéfinie des élections au Mali et « l’intensification de la répression » contre la société civile. « Les lois adoptées ces derniers mois risquent de compromettre le respect des droits humains au Mali pendant longtemps », s’inquiète le Haut-Commissaire, qui « exhorte les autorités de transition à prendre des mesures concrètes et immédiates pour abroger ces lois problématiques »

    Consolidations de pouvoir et absence d’élections démocratiques

    En juillet, le général Assimi Goïta, dirigeant de la junte malienne depuis 2021, a promulgué une législation qui lui confère un mandat présidentiel prolongé, le positionnant de fait comme chef d’État à durée indéterminée. Selon Volker Türk, ces modifications légales ont « rendu impossible toute perspective d’élections démocratiques au Mali dans un futur proche », ce qui constitue une violation flagrante du droit fondamental des citoyens à s’engager dans la vie publique, à voter et à être élus lors de scrutins réguliers et authentiques. Il insiste sur la nécessité d’une abrogation rapide de ces dispositions.

    Cette situation fait suite à la dissolution des partis politiques, intervenue en mai, dont le sort est actuellement entre les mains de la Cour Constitutionnelle du Mali.

    Vague d’arrestations et urgence de la désescalade

    Parallèlement à ces évolutions législatives, le Mali est le théâtre d’une série d’arrestations visant des figures éminentes de la société civile et d’anciens dirigeants politiques. Parmi eux, on compte Clément Dembélé, connu pour son engagement anticorruption, et l’ex-Premier ministre Choguel Maïga.

    Le Haut-Commissaire Volker Türk exprime sa « profonde inquiétude face à la hausse significative des détentions de citoyens maliens de divers horizons, souvent sous des chefs d’accusation vagues d’atteinte à la réputation de l’État, simplement pour avoir exprimé leurs points de vue ». Il lance un appel pressant pour la libération immédiate et sans condition de toutes les personnes arbitrairement emprisonnées, insistant sur la nécessité d’« arrêter sans tarder l’utilisation abusive de la loi pour étouffer toute forme de dissidence ».

  • Mali : la junte face à la dénonciation de Volker Türk sur la dérive autoritaire

    Mali : la junte face à la dénonciation de Volker Türk sur la dérive autoritaire

    Une situation politique alarmante au Mali

    Le Haut-Commissaire aux droits humains de l’ONU, Volker Türk, a récemment alerté sur la dégradation accélérée de la situation politique au Mali. Selon lui, le pays s’enfonce dans une logique de plus en plus autoritaire, où les libertés fondamentales des citoyens sont menacées. Cette évolution inquiétante s’accompagne d’une concentration des pouvoirs entre les mains du général Assimi Goïta, chef de l’État depuis 2020.

    Des réformes constitutionnelles controversées

    Depuis le coup d’État qui a renversé l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta en 2020, plusieurs mesures ont été adoptées pour renforcer l’emprise du pouvoir en place. Volker Türk souligne que ces changements juridiques rendent toute élection démocratique improbable à court ou moyen terme. Notamment, une loi adoptée le 8 juillet dernier permet au général Goïta de prolonger son mandat indéfiniment, « jusqu’à la pacification du pays ». Par ailleurs, un décret présidentiel a dissous l’ensemble des partis politiques et organisations à caractère politique, une décision qualifiée de « violation flagrante du droit des Maliens à participer aux affaires publiques ».

    Répression et arbitraire : les opposants dans le viseur

    La répression s’intensifie contre toute forme de dissidence. L’ancien Premier ministre Moussa Mara, figure de l’opposition, en a fait les frais : arrêté le 1er août pour « atteinte à la crédibilité de l’État », il est accusé d’avoir exprimé son soutien à des détenus d’opinion sur le réseau social X. Volker Türk dénonce une « instrumentalisation de la justice pour museler les voix critiques » et s’inquiète de l’augmentation des arrestations arbitraires touchant tous les milieux sociaux.

    Violences et insécurité : un climat explosif

    Le Mali reste également en proie à des attaques djihadistes menées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, et par Daech. Ces groupes terroristes, actifs aux frontières du Burkina Faso et du Niger, justifient les opérations militaires de l’armée malienne, soutenue par les mercenaires de l’Africa Corps (ex-Groupe Wagner). Cependant, ces interventions ciblent aussi les populations civiles, avec des centaines d’exécutions extrajudiciaires, de détentions arbitraires et de disparitions forcées signalées depuis avril.

    Pour les Nations Unies, la combinaison d’une transition politique bloquée et d’une répression généralisée risque d’aggraver l’instabilité et de plonger le Mali dans un cycle de violences prolongées. Volker Türk appelle à une restauration urgente des libertés fondamentales et du processus électoral pour éviter une crise durable.

  • Burkina Faso : la criminalisation des relations homosexuelles marque un tournant

    Burkina Faso : la criminalisation des relations homosexuelles marque un tournant

    Le 1er septembre, l’Assemblée législative de transition du Burkina Faso a promulgué une législation classifiant les relations homosexuelles consenties comme une infraction pénale. Cette décision représente une régression significative pour les droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT). Dorénavant, les individus reconnus coupables d’homosexualité s’exposent à des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement, assorties d’amendes.

    Cette nouvelle disposition légale compromet gravement les droits fondamentaux des personnes LGBT à la non-discrimination et au respect de la vie privée. Son adoption s’inscrit dans un contexte plus large de restriction des libertés civiques et politiques, caractérisé par une forte répression exercée par la junte militaire à l’encontre de l’opposition politique, des médias et de toute forme de contestation pacifique.

    Jusqu’à présent, le Burkina Faso se distinguait par l’absence de législation criminalisant les relations consensuelles entre adultes de même sexe. Contrairement à de nombreux pays africains, le Code pénal burkinabè n’était pas un héritage colonial interdisant spécifiquement la sodomie.

    La clause de criminalisation, intégrée au sein du Code des personnes et de la famille, a été adoptée à l’unanimité par les 71 membres de l’Assemblée. Elle prévoit des sanctions, incluant des peines de prison et des amendes, pour les « comportements […] de nature à promouvoir les pratiques homosexuelles et pratiques assimilées ».

    Le ministre de la Justice et des Droits humains du Burkina Faso, Edasso Rodrigue Bayala, a justifié cette législation en affirmant qu’elle répond aux « aspirations profondes de notre société » et qu’elle témoigne d’un « respect des valeurs culturelles » nationales.

    Cette décision de la junte burkinabè, qui criminalise les relations consensuelles entre personnes de même sexe, est en contradiction directe avec ses engagements internationaux, notamment ceux découlant de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

    Il est à noter que des décisions judiciaires récentes dans d’autres nations africaines, telles que le Botswana, Maurice et la Namibie, ont statué que les lois pénalisant les comportements homosexuels violaient les droits à la vie privée et à la non-discrimination des individus LGBT.

    Au-delà de la violation des droits humains essentiels, de telles lois tendent à exacerber la violence et les abus à l’encontre des personnes LGBT. En 2014, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) avait déjà exhorté les États membres de l’Union africaine à « mettre un terme aux actes de violation et d’abus » visant des personnes en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.

    En conséquence, il est impératif que le président de la junte du Burkina Faso, Ibrahim Traoré, s’abstienne de ratifier le Code des personnes et de la famille dans sa forme actuelle. Il devrait plutôt le soumettre à une révision parlementaire afin d’assurer qu’il respecte pleinement les droits à la non-discrimination et à la vie privée de tous les citoyens burkinabè, sans distinction d’orientation sexuelle ou d’identité de genre.

  • Liberté syndicale au Niger : dissolution illégale et répression des syndicats judiciaires

    Liberté syndicale au Niger : dissolution illégale et répression des syndicats judiciaires

    Dissolution et répression des syndicats du secteur judiciaire au Niger : une violation des libertés fondamentales

    Tingey Injury Law Firm / Unsplash

    L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, partenariat entre la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), dénonce avec fermeté la dissolution de cinq syndicats du secteur judiciaire nigérien. Ces décisions, prises par le ministre de l’Intérieur le 7 août 2025, s’accompagnent de la radiation de deux magistrats leaders du Syndicat autonome des magistrats du Niger (Saman), pour avoir critiqué ces mesures. L’Observatoire exige l’annulation immédiate de ces décisions et le respect des libertés fondamentales, notamment la liberté syndicale et d’association, conformément aux engagements internationaux du Niger.

    Le 7 août 2025, le général Mohamed Toumba, ministre de l’Intérieur du Niger, a signé cinq arrêtés dissolvant les principaux syndicats du secteur judiciaire : le Saman, l’Union des magistrats du Niger (Uman), le Syndicat national des agents de justice (Snaj), le Syndicat des cadres et agents techniques du ministère de la Justice (Syncat) et le Syndicat indépendant des magistrats du Niger (Siman). Ces arrêtés, dépourvus de toute justification écrite, ont été pris sans base légale solide.

    Le lendemain, le ministre de la Justice, Alio Daouda, a justifié ces mesures lors d’un point de presse, évoquant des « dérives répétées nuisant au bon fonctionnement du service public » et accusant les syndicats de privilégier des « intérêts personnels ». En réaction, le Saman et l’Ordre des avocats du Niger ont organisé une grève les 14 et 15 août 2025 pour protester contre ces dissolutions.

    Selon l’Union des syndicats des travailleurs du Niger (USTN), ces dissolutions violent le Code du travail nigérien et les conventions de l’Organisation internationale du travail (OIT), ratifiées par le Niger. L’ordonnance N°84-06 de 1984, invoquée par le gouvernement, ne s’applique qu’aux associations à but non lucratif et non aux syndicats, qui relèvent d’un cadre juridique distinct. Ces décisions sont donc juridiquement nulles et inopposables.

    Face à cette répression, les autorités nigériennes ont sanctionné deux figures majeures du Saman. Le 14 août, le président Abdourahamane Tiani a radié Abdoul-Nasser Bagna Abdourahamane, secrétaire général du syndicat, pour avoir critiqué les dissolutions et réclamé un droit de réponse. Le 15 août, Moussa Mahamadou, secrétaire général adjoint, a subi le même sort, après avoir dénoncé la radiation de son supérieur et appelé à une grève générale. Ces sanctions, prises en moins de 24 heures, illustrent une volonté d’intimidation du pouvoir judiciaire.

    Ces mesures portent atteinte à la séparation des pouvoirs et à l’indépendance de la justice, piliers de la démocratie. Elles violent la liberté syndicale, garantie par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) (article 22), la Charte de la refondation du Niger (article 36) et les conventions de l’OIT (Conventions n°87 et n°98). L’Ordre des avocats du Niger a également alerté sur le risque de compromission de la liberté d’expression et du droit à la défense.

    L’Observatoire souligne que ces dissolutions s’inscrivent dans un contexte plus large de restriction des libertés au Niger. Depuis des mois, les défenseurs des droits humains, comme Moussa Tchangari, sont victimes d’arrestations arbitraires et de détentions prolongées. Ces agissements menacent gravement l’état de droit et la démocratie.

    L’Observatoire appelle les autorités nigériennes à révoquer immédiatement les arrêtés de dissolution et à réintégrer Abdoul-Nasser Bagna Abdourahamane et Moussa Mahamadou dans leurs fonctions. Il exige également la fin de toute forme de harcèlement envers les syndicats et les défenseurs des droits humains, et le plein respect des libertés syndicales et d’association, conformément aux engagements nationaux et internationaux du Niger.

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  • Burkina Faso : expulsion d’une responsable onusienne après un rapport accablant

    Burkina Faso : expulsion d’une responsable onusienne après un rapport accablant

    Burkina Faso : expulsion d’une responsable onusienne après un rapport accablant

    La junte militaire au Burkina Faso a pris une décision radicale en début de semaine en déclarant persona non grata Carol Flore-Smereczniak, principale représentante des Nations Unies dans le pays. Cette mesure intervient après la publication d’un rapport critique de l’ONU dénonçant les violations des droits des enfants dans un contexte de conflit armé persistant.

    une expulsion qui s’inscrit dans une série de tensions avec l’ONU

    Carol Flore-Smereczniak devient la deuxième haute responsable onusienne expulsée par les autorités burkinabè en trois ans. En 2022, Barbara Manzi, alors coordinatrice résidente, avait subi le même sort, illustrant une intolérance croissante envers toute forme de surveillance extérieure. Le porte-parole de la junte accuse la responsable d’avoir contribué à la rédaction du dernier rapport onusien, qui met en lumière des violences graves commises à l’encontre de mineurs.

    un rapport accablant sur les atteintes aux droits des enfants

    Le document de l’ONU révèle des chiffres alarmants : entre juillet 2022 et juin 2024, 2 483 violations graves ont été recensées, touchant 2 255 enfants. Parmi ces actes, on compte des meurtres, des enlèvements, mais aussi le recrutement forcé d’enfants par des groupes armés et des forces de sécurité. 65 % des abus seraient imputables à des groupes islamistes, tandis que les forces burkinabè et les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) seraient responsables du reste.

    Le rapport souligne également une hausse inquiétante des attaques contre les écoles et s’alarme de la détention arbitraire d’enfants, souvent accusés à tort de liens avec des groupes armés. Ces pratiques ont été largement documentées par des organisations comme Human Rights Watch depuis 2016, mettant en évidence un climat de violence généralisé affectant les jeunes générations.

    une junte en désaccord avec les conclusions de l’ONU

    Les autorités burkinabè rejettent catégoriquement les conclusions du rapport, qu’elles qualifient de partiales et inappropriées. En mars 2025, le ministre des Affaires étrangères a vivement critiqué l’utilisation par l’ONU de termes comme « groupes armés non étatiques » pour désigner les groupes terroristes, ou encore la qualification des VDP de « milices ». En juillet, il a exigé un recentrage des interventions onusiennes au Burkina Faso, afin d’aligner leur action sur la vision politique du pays.

    une répression systématique des voix critiques

    Depuis le coup d’État de 2022, les militaires au pouvoir mènent une politique de répression contre les médias, l’opposition et les dissidents. Plutôt que de nier les abus, la junte devrait, selon les observateurs, collaborer avec l’ONU pour mettre un terme à ces violences. Un plan d’action conjoint pourrait ainsi être élaboré pour protéger les populations, en particulier les enfants, victimes collatérales d’un conflit qui s’éternise.