retrait des États du Sahel de la CPI : un danger pour la justice des victimes
L’Initiative mondiale contre l’impunité (GIAI), regroupant des organisations comme la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), la Coalition for the International Criminal Court (CCPI), Redress et Women’s Initiatives for Gender Justice (WIGJ), dénonce fermement la décision du Burkina Faso, du Mali et du Niger de quitter le Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI). Cette annonce, bien que symbolique, représente un recul préoccupant pour la lutte contre l’impunité et menace directement l’accès à la justice pour les victimes de crimes graves.
26 septembre 2025 — Le retrait du Statut de Rome par les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) ne sera pas immédiat. Selon l’article 127 du Statut, un retrait ne prend effet qu’un an après la notification écrite au Secrétaire général des Nations unies. D’ici là, ces États restent tenus de coopérer pleinement avec la CPI, notamment pour les crimes commis avant leur retrait. Les procédures en cours, comme celles liées à la situation au Mali, se poursuivront sans entrave.
À ce jour, la CPI traite plusieurs affaires majeures au Mali, dont celle d’Al Mahdi, condamné en 2016 pour la destruction délibérée de sites culturels à Tombouctou. Une décision sur les réparations dans l’affaire Al Hassan (condamné en 2024 pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité) est attendue prochainement. Par ailleurs, un mandat d’arrêt international vise toujours Iyad Ag Ghaly, chef présumé du groupe djihadiste Ansar Dine.
Un leadership africain en question
Les États africains ont joué un rôle clé dans la création de la CPI en 1998, ratifiant massivement le Statut de Rome et saisissant la Cour pour des situations nationales. Ce partenariat a offert aux victimes un espoir concret de justice lorsque les systèmes judiciaires locaux étaient défaillants. Le retrait des trois pays de l’AES rompt avec cette tradition de leadership et prive les populations de Burkina Faso, Mali et Niger d’une protection essentielle face aux violations des droits humains.
Cette décision s’ajoute au retrait controversé de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en janvier 2025, une institution clé pour la défense des droits humains en Afrique de l’Ouest. Ces mouvements isolent davantage les pays de l’AES, fragilisant les mécanismes régionaux de lutte contre l’impunité et aggravant la crise multidimensionnelle qu’ils traversent, marquée par une insécurité persistante et des violences terroristes.
« Le départ de la CPI affaiblit gravement la position des victimes, pour qui cette Cour représente souvent le dernier recours pour obtenir justice », déclare Drissa Traoré, Secrétaire général de la FIDH. Après leur retrait de la CEDEAO, la perte de la protection de la CPI laisse les populations du Burkina Faso, du Mali et du Niger sans recours face aux violations les plus graves des droits humains. » Ces juridictions nationales, déjà incapables de garantir justice et réparations en raison d’un manque de volonté politique et de moyens, ne pourront combler ce vide.
Une justice internationale sous pression
La CPI fait face à des critiques croissantes, notamment de la part de pays comme la Hongrie, qui a également annoncé son intention de quitter le Statut de Rome. Pourtant, la Cour a élargi son champ d’action bien au-delà de l’Afrique, avec des enquêtes en cours en Afghanistan, Bangladesh/Myanmar, Palestine, Ukraine, Venezuela, Libye et Philippines. Les récentes arrestations, comme celle de suspects libyens ou de l’ancien président Rodrigo Duterte, illustrent son rôle universel et son indépendance face aux pressions politiques.
« Les États parties doivent renforcer leur engagement envers la CPI, la lutte contre l’impunité et les droits des victimes, plutôt que de se replier », souligne Alix Vuillemain, directrice exécutive de Women’s Initiatives for Gender Justice (WIGJ). Se détourner de la CPI à ce stade ne fait que renforcer l’impunité et affaiblit les normes internationales de justice. »
Un rôle clé pour les États dans la préservation de la justice mondiale
La CPI ne remplace pas les mécanismes nationaux mais les complète, en garantissant des principes fondamentaux : l’absence d’immunité pour les dirigeants, la complémentarité avec les juridictions locales, et le droit des victimes à participer aux procédures judiciaires et obtenir réparation. Le retrait du Statut de Rome par le Burkina Faso, le Mali et le Niger risque d’ébranler ces protections et de compromettre des décennies de progrès dans l’établissement de normes mondiales contre l’impunité.
La GIAI appelle tous les États parties à réaffirmer leur soutien au Statut de Rome. Dans un contexte où les violences s’intensifient en Afrique et ailleurs, il est crucial de préserver la CPI comme ultime recours pour les victimes.











