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  • Le pouvoir civil sous les juntes au Niger : le cas de Lamine Zeine en question

    Le pouvoir civil sous les juntes au Niger : le cas de Lamine Zeine en question

    Un Premier ministre nigérien sous haute surveillance

    Au Niger, l’ambiguïté des transitions militaires se révèle une fois encore à travers le sort réservé à Ali Mahamane Lamine Zeine, Premier ministre de transition. Depuis plusieurs jours, une atmosphère de méfiance entoure cette figure civile, dont la garde rapprochée a été entièrement remplacée sans explication officielle. Les rares personnes autorisées à le rencontrer subissent désormais des contrôles stricts, tandis que son absence prolongée de son bureau est officiellement attribuée à une crise de paludisme. Pourtant, en coulisses, la rumeur d’une mise en résidence surveillée s’amplifie, alimentée par des spéculations persistantes sur une éventuelle démission.

    Entre sécurité et stratégie politique

    Cette situation met en lumière une réalité bien connue des régimes militaires sahéliens : l’art de la neutralisation discrète. Lorsqu’un technocrate civil ne se plie pas aux orientations stratégiques imposées par les hommes en uniforme, les dispositifs de surveillance se renforcent. Plutôt que de procéder à un limogeage public, souvent source de tensions, les juntes optent pour une exclusion progressive. Le contrôle des déplacements, la restriction des contacts et la surveillance accrue des communications deviennent alors des outils de gouvernance.

    Cette méthode présente un double avantage : elle préserve l’image d’une unité nationale factice tout en permettant aux autorités militaires de reprendre discrètement les rênes du pouvoir. Elle offre également la possibilité d’évaluer les réactions des partenaires étrangers et des différentes factions internes avant d’agir de manière plus radicale.

    L’autonomie des civils, une illusion sous contrôle

    Le cas de Lamine Zeine soulève une question cruciale : dans quelle mesure les responsables civils disposent-ils d’une réelle marge de manœuvre au sein de ces transitions militaires ? Souvent recrutés pour leur expertise économique ou leur capacité à rassurer les bailleurs de fonds, ces cadres sont généralement tenus de se soumettre sans réserve aux décisions du commandement militaire. Leur légitimité institutionnelle reste ainsi subordonnée à une loyauté politique sans faille.

    Cette dynamique n’est pas spécifique au Niger. D’autres pays de l’Alliance des États du Sahel ont connu des situations comparables. Le Mali, avec Choguel Maïga, ou le Burkina Faso, avec Apollinaire Kyélem de Tambèla, illustrent cette règle implacable : le pouvoir civil n’est toléré que tant qu’il sert d’alibi ou de caution. Dès qu’un désaccord perce, la réponse est immédiate et sans appel.

    Un message clair à l’ensemble de l’appareil d’État

    Dans ce contexte, les mesures de surveillance ne visent pas uniquement à prévenir une éventuelle contestation. Elles envoient un signal fort à tous les acteurs de l’État : aucun responsable, quelle que soit sa position, ne peut échapper à l’autorité du noyau militaire dirigeant. Le renouvellement d’une garde rapprochée, la limitation des accès ou le filtrage des communications deviennent alors des outils politiques à part entière, bien au-delà de leur fonction sécuritaire initiale.

    Pour Ali Mahamane Lamine Zeine, l’enjeu est désormais de survivre dans un système où chaque déplacement est scruté et chaque silence interprété. Plus largement, cette séquence rappelle une vérité souvent occultée : sous les juntes, la présence des civils dans l’organigramme ne garantit en rien leur autonomie réelle. Leur pouvoir reste précaire, conditionnel et entièrement soumis à l’appréciation du pouvoir militaire.

    L’illusion d’une gouvernance partagée masque ainsi une réalité plus crue : dans les régimes d’exception, la confiance accordée aux civils n’est jamais acquise, mais toujours révocable.

  • Que fait le Mali pour se prémunir des inondations ?

    Que fait le Mali pour se prémunir des inondations ?

    PolitiqueMali

    Que fait le Mali pour se prémunir des inondations ?

    Mahamadou Kane
    8 juillet 2026

    Alors que la saison pluvieuse bat son plein, tous les regards sont tournés vers les dispositifs mis en place pour faire face á d’éventuelles nouvelles inondations et éviter que la catastrophe de 2024 ne se répète.

    https://p.dw.com/p/5Gjs4
    Mali Bamako 2024 | Le camp de réfugiés de l'île de Mangobaum inondé par les crues du Niger

    Plus de 300 kilomètres de caniveaux devraient être curés dans la capitale malienne. La campagne de curage des collecteurs et des caniveaux va coûter 3 milliards et demi de Fcfa financés par le budget national. L’opération a été lancée la semaine dernière dans le district de Bamako et entre dans le cadre de la prévention des inondations. 

    « Ne pas libérer les servitudes, c’est laisser le risque de la répétition des inondations » (S. Traoré)

    Mais elle suscite à la fois espoir et inquiétude parmi la population. Pour Ismaël, maçon, le curage des caniveaux est, le plus souvent, inachevé au Mali : 

    « C’est une bonne initiative. Mais lorsqu’ils curent les caniveaux, ils doivent s’assurer que les résidus extraits ne restent pas au bord des voies et qu’ils soient acheminés vers leur destination finale. Parce qu’en cas de pluie, les déblais risqueraient d’être rabattus dans les caniveaux qui se retrouveraient de nouveau bouchés. Ce qui pourrait provoquer des inondations. Du coup, ça devient un travail incomplet. »

    Favoriser l’écoulement naturel

    En plus des curages de caniveaux, une autre campagne, relative cette fois-ci à la libération des lits et des servitudes des cours d’eau est toujours en cours. Elle cible 700 constructions illicites et 11 cours d’eau, en vue de prévenir les catastrophes et de favoriser l’écoulement naturel des eaux de pluie. 

    Pour Samassé Traoré, ingénieur en développement durable, cette opération pourrait donner des résultats satisfaisants dans le cadre de la prévention des risques d’inondations.

    Ghana : la lutte contre les inondations

    « Quand on libère complètement et efficacement la zone d’écoulement des eaux de pluie, cette libération ne peut aller que dans le bon sens. Il faut donc suffisamment dégager le lit mineur, le lit majeur et les alentours, pour qu’en cas de pluie, toutes les eaux puissent s’évacuer de la rivière vers le fleuve de façon naturelle sans trop de débordements.  Ne pas libérer les servitudes, c’est laisser le risque de la répétition des inondations. »

    En 2024, le Mali a connu les pires inondations de son histoire depuis 1967. Plus de 250.000 sinistrés avaient ainsi été officiellement dénombrés par les autorités. La majorité était des femmes et des enfants. Les inondations avaient fait des dizaines de morts et occasionné l’effondrement de milliers de concessions.

  • Gabon : Libreville fait payer la sécurité aérienne et ouvre un débat continental

    Gabon : Libreville fait payer la sécurité aérienne et ouvre un débat continental

    Economie

    Gabon : Libreville fait payer la sécurité aérienne et ouvre un débat continental

    Libreville, Mercredi 8 Juillet 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon a choisi d’avancer là où de nombreux États africains hésitent encore. En décidant d’instaurer une contribution de 30 dollars américains, soit 18 000 francs CFA sur les voyageurs internationaux transitant par l’aéroport de Libreville, les autorités entendent financer la modernisation du contrôle des frontières aériennes et l’installation du système API-PNR, devenu l’un des principaux standards mondiaux de sécurité.

    Mais derrière cette décision technique se cache une question beaucoup plus stratégique pour l’avenir du transport aérien africain. Comment renforcer la sûreté sans affaiblir l’attractivité des plateformes aéroportuaires déjà confrontées à la concurrence régionale ? Le débat dépasse désormais largement les frontières gabonaises.

    Le pari de la sécurité intelligente

    Le gouvernement gabonais justifie cette mesure par une nécessité devenue incontournable dans l’aviation internationale. Le système API-PNR permet aux autorités de recevoir et d’analyser les informations sur les passagers avant même l’atterrissage des appareils.

    L’objectif est clair. Identifier plus rapidement les personnes recherchées, renforcer la lutte contre les trafics internationaux, anticiper les menaces terroristes et améliorer la coopération avec les agences de sécurité internationales.

    Ce dispositif répond directement aux recommandations de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale et s’impose progressivement comme une norme mondiale.

    Selon le ministre d’État chargé des Transports, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, cette contribution est exclusivement destinée au financement de cette infrastructure technologique mise en œuvre avec la société américaine Securiport LLC dans le cadre d’un accord signé le 21 mai dernier.

    Les vols domestiques ne sont pas concernés. Seuls les passagers internationaux seront soumis à cette nouvelle redevance.

    Pour Libreville, l’enjeu est donc moins fiscal que stratégique. Dans un environnement sécuritaire régional devenu plus complexe, la crédibilité d’une plateforme aérienne dépend désormais autant de ses infrastructures que de sa capacité à garantir la sécurité des passagers et des États partenaires.

    Le risque économique d’une mauvaise équation

    Le problème est ailleurs. L’Afrique reste aujourd’hui la région du monde où le transport aérien demeure l’un des plus coûteux pour les voyageurs. Taxes aéroportuaires, redevances diverses et faibles volumes de trafic ont progressivement transformé le billet d’avion en produit de luxe pour une grande partie des populations africaines.

    L’ajout de 30 dollars supplémentaires sur un trajet international n’est donc pas anodin. Pour certains observateurs, cette mesure pourrait réduire la compétitivité de Libreville face à d’autres hubs régionaux comme Abidjan, Douala, Lomé ou Addis-Abeba, engagés eux aussi dans une bataille silencieuse pour attirer compagnies aériennes et passagers de transit.

    La question est d’autant plus sensible que le Gabon affiche désormais l’ambition assumée de faire de Libreville une plateforme régionale majeure autour du développement de Fly Gabon. Or, dans l’aviation moderne, le prix reste souvent le premier critère de choix des passagers et des compagnies.

    Conscient de cette équation délicate, le gouvernement a annoncé la création d’un groupe de travail interministériel chargé d’identifier et de supprimer certaines taxes jugées peu pertinentes afin de neutraliser l’effet de cette nouvelle contribution sur le coût global du billet.

    L’IATA comme arbitre de crédibilité

    La mesure, bien qu’annoncée et engagée politiquement, devra encore franchir une étape importante : sa validation opérationnelle par l’Association du transport aérien international.

    L’IATA ne fixe pas les politiques fiscales nationales mais joue un rôle central dans les mécanismes de perception des redevances intégrées aux billets d’avion et dans l’harmonisation des procédures internationales. Son implication sera déterminante pour éviter les conflits avec les transporteurs et garantir l’intégration harmonieuse du dispositif dans les systèmes de réservation mondiaux.

    Au fond, le Gabon expérimente aujourd’hui l’un des grands dilemmes du transport aérien africain contemporain. L’époque où la compétitivité se construisait uniquement autour des infrastructures physiques touche à sa fin. Les aéroports du futur seront jugés sur leur capacité à conjuguer sécurité, fluidité des contrôles, connectivité régionale et maîtrise des coûts.

    Libreville fait donc le pari que la sécurité constitue désormais un investissement stratégique et non une simple dépense administrative. Reste à savoir si les voyageurs, les compagnies aériennes et les marchés régionaux partageront cette même lecture.

    Car dans l’aviation mondiale du XXIe siècle, les États qui sauront sécuriser leurs frontières sans fermer leurs portes seront probablement ceux qui capteront les flux de demain.

    FIN/INFOSGABON/SO/2026

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  • Production d’or au Burkina Faso : le défi économique de la nationalisation des mines

    Production d’or au Burkina Faso : le défi économique de la nationalisation des mines

    Le Burkina Faso mise sur l’or pour affirmer sa souveraineté économique

    En 2024, le Burkina Faso a franchi une étape historique en nationalisant deux de ses principales mines d’or : Boungou et Wahgnion. Cette décision, portée par l’État via la Société de participation minière du Burkina (SOPAMIB), visait à reprendre le contrôle de ses ressources stratégiques et à maximiser les retombées financières pour le budget national. Deux ans plus tard, Ouagadougou doit désormais relever un défi de taille : relancer des infrastructures minières en difficulté tout en gérant des coûts opérationnels explosifs.

    Des mines florissantes à la paralysie : le parcours chaotique de Boungou et Wahgnion

    En 2022, sous la gestion du groupe canadien Endeavour Mining, les deux sites affichaient une production record avec un total de 240 000 onces d’or, dont 116 000 pour Boungou et 124 000 pour Wahgnion. Cependant, la transition vers une nouvelle société d’exploitation, Lilium Mining, puis la reprise en main par l’État ont perturbé cette dynamique. Résultat : le site de Boungou est resté à l’arrêt pendant deux ans, ne reprenant son activité qu’en juillet 2025 sous pavillon public.

    Pour 2026, les autorités misent sur une reprise progressive. La SOPAMIB table sur une production de 92 000 onces pour Wahgnion, tandis que le ministère des Mines ambitionne un total cumulé dépassant 7 tonnes d’or (225 000 onces) pour les deux sites. Un objectif ambitieux, mais conditionné par un facteur clé : le financement.

    Un prêt de 45,7 millions d’euros pour moderniser l’exploitation

    Pour concrétiser ces ambitions, le gouvernement burkinabè a obtenu un prêt de 45,7 millions d’euros (30 milliards de FCFA) de la part de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD). Cette enveloppe, complétée par un apport de 3,21 milliards de FCFA (4,9 millions d’euros) de l’État, servira exclusivement à des investissements structurels :

    • Acquisition d’équipements lourds pour moderniser la flotte d’exploitation.
    • Renforcement des parcs à résidus miniers, une nécessité environnementale et technique.
    • Raccordement électrique de Wahgnion au réseau national via une ligne dédiée, réduisant ainsi la dépendance aux énergies fossiles importées.

    Réduire les coûts, un impératif pour la rentabilité

    La SOPAMIB a hérité d’un parc d’équipements vieillissant et d’une dépendance coûteuse à la sous-traitance. Selon les déclarations du ministre des Mines, Yacouba Zabré Gouba, la location de matériel et les prestations externes représentent un gouffre financier : plus de 3 milliards de FCFA (4,57 millions d’euros) par mois pour Wahgnion seul. Une situation insoutenable à long terme, même avec un cours de l’or favorable sur les marchés internationaux.

    L’achat de matériel propre et l’internalisation des opérations sont donc devenus une priorité absolue. L’État espère ainsi restaurer des marges de manœuvre financières et rentabiliser son investissement initial dans ces mines.

    Un modèle minier étatique sous surveillance

    La stratégie du Burkina Faso en matière d’exploitation aurifère est observée avec attention par ses voisins de l’Alliance des États du Sahel (AES) et les investisseurs internationaux. Dans une région où le secteur minier a longtemps été dominé par des multinationales occidentales, Ouagadougou tente de prouver qu’un modèle étatique peut être viable.

    Cependant, le succès de cette approche dépend de deux conditions essentielles :

    • Une gestion rigoureuse pour éviter les pièges de la bureaucratie ou de la mauvaise gouvernance.
    • Une sécurisation renforcée des sites et des axes logistiques, dans un contexte régional marqué par des tensions persistantes.

    Entre symbole politique et réalité industrielle, le défi de la pérennité

    La nationalisation des mines de Boungou et Wahgnion a été saluée comme une victoire symbolique par une partie de la population burkinabè, avide de voir les ressources naturelles profiter directement au pays. Mais le véritable enjeu réside désormais dans la transformation de cette ambition en une entreprise publique rentable et durable.

    Si le Burkina Faso parvient à rationaliser ses coûts, stabiliser sa production et atteindre ses objectifs pour 2026, le pays pourrait inspirer un nouveau modèle de gouvernance minière en Afrique de l’Ouest. Dans le cas contraire, le rêve d’une souveraineté économique fondée sur l’or nationalisé risquerait de peser lourdement sur les finances publiques d’un État déjà sous forte pression.

  • Gabon : Une démocratie plus forte ou plus étroite ?

    Gabon : Une démocratie plus forte ou plus étroite ?

    Politique

    Gabon : Une démocratie plus forte ou plus étroite ?

    Libreville, Mercredi 8 Juillet 2026 (Infos Gabon) – À la faveur de la loi n°16/2025, les autorités ont engagé une vaste opération de restructuration du paysage partisan qui pourrait redessiner durablement les équilibres démocratiques du pays.

    Le Gabon entre dans une nouvelle ère politique. Pour la première fois depuis l’instauration du multipartisme au début des années 1990, la survie juridique des partis politiques dépend désormais de leur capacité à démontrer un véritable enracinement national.

    À la faveur de la loi n°16/2025, les autorités ont engagé une vaste opération de restructuration du paysage partisan qui pourrait redessiner durablement les équilibres démocratiques du pays.

    Le ministère de l’Intérieur a annoncé que 69 formations politiques sur les 102 légalement reconnues avaient déposé leur dossier de mise en conformité avant l’échéance du 27 juin 2026. Les 33 autres se retrouvent désormais dans une zone d’incertitude juridique qui nourrit déjà l’un des débats politiques les plus sensibles depuis la transition institutionnelle engagée par les nouvelles autorités.

    Derrière les chiffres se cache une interrogation de fond qui dépasse largement les frontières gabonaises. Jusqu’où un État peut-il aller pour rationaliser son système partisan sans affaiblir le pluralisme démocratique qui constitue l’un des fondements de toute démocratie moderne ?

    La fin annoncée des partis de circonstance

    La réforme introduit une exigence inédite dans l’histoire politique gabonaise. Chaque parti doit désormais justifier de 9 000 adhérents répartis dans au moins cinq des neuf provinces du pays.

    Pour le gouvernement, cette mesure répond à une réalité devenue difficilement soutenable. Le Gabon comptait officiellement plus d’une centaine de formations politiques pour une population d’à peine trois millions d’habitants, faisant du pays l’un des systèmes les plus fragmentés du continent.

    L’objectif affiché est clair. Réduire la prolifération de structures parfois limitées à quelques dizaines de militants, encourager les regroupements et faire émerger des formations capables de porter de véritables projets nationaux plutôt que des ambitions individuelles ou locales.

    Les autorités présentent cette réforme comme un instrument de modernisation démocratique destiné à renforcer la représentativité des acteurs politiques et à consolider l’État de droit.

    Cette logique s’inscrit dans la vision portée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, qui fait de la moralisation de la vie publique et de la refondation institutionnelle des piliers de la Ve République gabonaise.

    La riposte des exclus

    Mais pour les partis non régularisés, la réforme s’apparente davantage à une sélection politique qu’à une modernisation administrative.

    Le Parti du Peuple Gabonais de Jean Romain Fanguinoveny, pourtant soutien du chef de l’État lors de l’élection présidentielle de 2025, a pris l’initiative de convoquer ce mercredi 8 juillet à son siège à Libreville les 33 formations concernées afin de constituer un front commun. Le projet porte déjà un nom ambitieux. Le Collectif des Partis Politiques Historiques pour le Respect de la Constitution et du Pluralisme Démocratique au Gabon (CPPHRCPDG).

    Ses promoteurs dénoncent ce qu’ils qualifient d’« épuration politique par l’arbitraire juridique » et entendent engager des recours devant les juridictions administratives, constitutionnelles et éventuellement auprès du chef de l’État lui-même.

    Le cœur de leur argumentation repose sur le principe de non-rétroactivité des lois. Selon eux, des partis légalement constitués depuis parfois plusieurs décennies ne devraient pas être contraints de satisfaire à de nouvelles exigences sous peine de disparition administrative.

    Au-delà du débat juridique, ces formations redoutent une réduction mécanique de la diversité politique et une concentration excessive du pouvoir partisan entre quelques grandes organisations.

    Une question africaine

    Le débat gabonais rejoint en réalité une réflexion beaucoup plus large qui traverse aujourd’hui de nombreuses démocraties africaines. Du Sénégal au Bénin, du Niger au Togo, plusieurs États cherchent à limiter la dispersion partisane afin de rendre leurs systèmes politiques plus lisibles et plus efficaces.

    Partout, les mêmes arguments s’affrontent. D’un côté, ceux qui considèrent qu’une démocratie ne peut fonctionner durablement avec une multitude de partis sans implantation réelle. De l’autre, ceux qui rappellent que le pluralisme ne se mesure pas uniquement au nombre d’adhérents mais aussi à la liberté de représentation des sensibilités politiques minoritaires.

    Le Gabon se retrouve désormais au cœur de cette équation complexe. La manière dont seront traités les dossiers des 69 partis conformes et les recours éventuels des 33 autres constituera un test majeur pour la crédibilité de la réforme et, plus largement, pour la promesse d’ouverture démocratique formulée au lendemain de la transition.

    Car derrière la bataille administrative se joue une question essentielle pour l’avenir du pays. Construire une démocratie plus structurée sans réduire l’espace du débat politique demeure l’un des exercices institutionnels les plus délicats de l’Afrique contemporaine.

    FIN/INFOSGABON/SO/2026

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  • Gabon : L’épargne africaine change de cap

    Gabon : L’épargne africaine change de cap

    Economie

    Gabon : L’épargne africaine change de cap

    Libreville, Mercredi 8 Juillet 2026 (Infos Gabon) – À Libreville, un signal discret mais potentiellement décisif a été envoyé aux marchés africains. L’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest ont choisi de rapprocher leurs instruments de régulation financière pour répondre à une question devenue stratégique pour l’ensemble du continent.

    Comment transformer l’épargne africaine en moteur de croissance, plutôt que de la voir quitter les économies locales ou dormir dans des circuits improductifs.

    Le 6 juillet 2026, la Commission de Surveillance du Marché Financier de l’Afrique Centrale, la Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances et l’Autorité des Marchés Financiers de l’Union Monétaire Ouest-Africaine ont signé à Libreville une convention de coopération tripartite qui pourrait redessiner les mécanismes de financement du développement africain.

    Derrière cette signature institutionnelle se cache une ambition beaucoup plus vaste. Celle de construire un espace financier africain capable de financer lui-même ses infrastructures, ses entreprises et ses innovations.

    L’Afrique veut reprendre le contrôle de son capital

    Le paradoxe africain est désormais bien identifié par les économistes. Le continent dispose d’importantes capacités d’épargne mais peine encore à les orienter vers l’économie productive.

    Une part considérable des ressources financières des ménages demeure en dehors des circuits bancaires traditionnels, tandis que les investisseurs institutionnels restent insuffisamment mobilisés pour soutenir les projets structurants. Dans le même temps, les besoins de financement explosent sous l’effet de la croissance démographique, de l’urbanisation rapide et des exigences liées aux infrastructures, à l’énergie et au numérique.

    L’accord signé à Libreville constitue une réponse directe à cette équation. Les trois institutions entendent désormais coordonner leurs actions autour de plusieurs priorités stratégiques : partage d’informations, assistance technique mutuelle, harmonisation réglementaire et renforcement des mécanismes de supervision des marchés financiers et des assurances.

    L’objectif est clair. Créer des marchés plus profonds, plus sûrs et suffisamment attractifs pour retenir les capitaux africains sur le continent.

    Le rôle décisif de l’assurance et des investisseurs institutionnels

    L’un des enseignements majeurs des travaux organisés à Libreville concerne la place encore sous-exploitée des compagnies d’assurance dans le financement du développement africain. Partout dans le monde, les fonds issus de l’assurance représentent une source essentielle de financement de long terme pour les infrastructures, les obligations souveraines et les investissements stratégiques.

    L’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest souhaitent désormais reproduire ce modèle. Les experts réunis lors de l’atelier régional consacré à la mobilisation de l’épargne ont souligné que les assureurs africains disposent d’un potentiel considérable pour soutenir la croissance des petites et moyennes entreprises, accompagner les projets industriels ou participer au financement des grandes infrastructures régionales.

    Cette orientation pourrait modifier durablement les équilibres financiers de la zone CEMAC et de l’espace UEMOA. Elle permettrait également de réduire la dépendance aux financements extérieurs qui exposent régulièrement les économies africaines aux fluctuations des marchés internationaux.

    Libreville veut devenir une capitale financière africaine

    Au-delà de la coopération technique, cette rencontre révèle également les ambitions grandissantes du Gabon dans la gouvernance financière continentale. Sous l’impulsion de la présidente de la COSUMAF, Jacqueline Adiaba Nkembe, Libreville cherche progressivement à s’imposer comme l’un des centres de référence en matière de régulation et de supervision financière en Afrique francophone.

    La présence des principaux régulateurs régionaux, des gouverneurs, des universitaires et des dirigeants d’entreprises traduit cette volonté d’influence croissante. Les conclusions des travaux doivent désormais être portées devant les instances de la CEMAC afin d’accélérer leur mise en œuvre opérationnelle.

    L’enjeu dépasse largement les considérations techniques. Dans un monde marqué par le durcissement des conditions d’accès aux capitaux internationaux, la capacité des économies africaines à mobiliser leur propre épargne devient un facteur majeur de souveraineté économique.

    La convention signée à Libreville ouvre ainsi une nouvelle phase dans la construction financière du continent. L’Afrique ne manque plus de ressources. Le véritable défi consiste désormais à faire circuler ces ressources au service de sa propre transformation.

    FIN/INFOSGABON/SO/2026

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  • Endeavour Mining investit massivement en Côte d’Ivoire entre 2021 et 2025

    Endeavour Mining investit massivement en Côte d’Ivoire entre 2021 et 2025

    Un investissement stratégique pour la croissance économique

    Entre 2021 et 2025, Endeavour Mining a injecté une somme considérable de FCFA dans l’économie ivoirienne, contribuant ainsi à renforcer la croissance du pays.

    Un engagement durable pour le développement économique

    Le groupe mineur a dédié une importante part de ses investissements à divers secteurs clés, tels que l’industrie minière et les infrastructures. Ces efforts visent à promouvoir la croissance économique et à améliorer le niveau de vie des Ivoiriens.

    Un impact positif sur la croissance économique

    Les investissements de Endeavour Mining ont eu un impact significatif sur la croissance économique de la Côte d’Ivoire. Le groupe a contribué à créer des emplois, à promouvoir l’industrie minière et à améliorer les infrastructures du pays.

  • Tchad : au Moyen

    Tchad : au Moyen

    Tchad

    Tchad : au Moyen-Chari, 247 armes saisies lors des opérations de désarmement

    Le ministre des Armées, Issaka Malloua Djamouss, s’est rendu à Sarh pour évaluer la sécurité et encourager le désarmement. 247 armes ont été récupérées lors d’opérations récentes.

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    Tchad : au Moyen-Chari, 247 armes saisies lors des opérations de désarmement

    Par Elwood Dk

    Le ministre des Armées, des Anciens Combattants et des Victimes de Guerre, le Général de corps d’armée Issaka Malloua Djamouss, est arrivé ce mardi 7 juillet 2026 à Sarh, chef-lieu de la province du Moyen-Chari, dans le cadre d’une mission de travail consacrée à la sécurité.

    À son arrivée, il a été reçu à l’aéroport de Sarh par le délégué général du gouvernement auprès de la province du Moyen-Chari, Abderaman Ahmat Bargou, en présence des autorités administratives, militaires et des responsables des forces de défense et de sécurité.

    Cette mission vise à échanger avec les responsables militaires de la province, à évaluer la situation sécuritaire et à encourager les actions engagées pour renforcer la protection des populations et de leurs biens.

    Au cours de cette visite, les autorités ont présenté au ministre un lot de 247 armes, comprenant des armes de guerre et des armes artisanales, récupérées auprès de civils lors des opérations de désarmement menées ces dernières semaines par les forces de défense et de sécurité, avec l’appui de la Force mixte Tchad–République centrafricaine.

    Illustration

    Le délégué général du Gouvernement, Abderaman Ahmat Bargou, a rappelé que la province poursuit un objectif clair : « Zéro arme entre les mains des civils en 2026 et 2027. » Il a salué les efforts des forces engagées dans cette campagne de désarmement.

    Après avoir constaté l’importance des armes saisies, le ministre Issaka Malloua Djamouss a félicité les différentes forces de défense et de sécurité pour leur engagement. Il a également encouragé les autorités provinciales à poursuivre les actions destinées à garantir la paix et la stabilité dans le Moyen-Chari.

    Au cours de son séjour à Sarh, le ministre tiendra plusieurs séances de travail avec les responsables militaires et sécuritaires afin d’évaluer les défis du moment et de définir de nouvelles orientations pour renforcer la sécurité dans la province du Moyen-Chari.

  • RDC : « la constitution congolaise est opérationnelle, elle est fonctionnelle. Le problème, c’est l’homme », Prince Epenge

    RDC : « la constitution congolaise est opérationnelle, elle est fonctionnelle. Le problème, c’est l’homme », Prince Epenge

    RDC : « la constitution congolaise est opérationnelle, elle est fonctionnelle. Le problème, c’est l’homme », Prince Epenge

    Femme

    Gouvernance inclusive en RDC : le gouvernement encourage les entreprises à renforcer le leadership féminin

    Kinshasa : des femmes rurales sensibilisées à l’organisation en coopératives pour renforcer leur autonomie économique

    Kinshasa : la Foire des solidarités féminines lancée pour promouvoir l’entrepreneuriat des femmes

    Kinshasa : une action de solidarité pour les familles de militaires à l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance

    66 ans d’indépendance de la RDC: l’ONG Leadership de la Femme des Médias appelle à un engagement citoyen en faveur du développement de la RDC

    Paris : Juliana Lumumba présente sa vision d’une Francophonie orientée vers le développement

    Caricature : Bujumbura s’invite au cœur des turbulences politiques congolaises
    Caricature : une éliminations des Léopards… mais une fierté pour la nation congolaise
    Félix Tshisekedi

    Invité mardi soir au Space organisé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, Prince Epenge, du C64, a vivement contredit son interlocuteur Christian Lumu, cadre de l’UDPS, rejetant point par point les arguments avancés en faveur d’une révision constitutionnelle.

    « Le bilan est positif, mais avec une mauvaise constitution »

    Prince Epenge a d’abord relevé ce qu’il considère comme une contradiction dans le discours de l’UDPS, qui revendique un bilan positif tout en jugeant sévèrement le cadre constitutionnel actuel. Il a rappelé la fonction fondamentale d’un texte constitutionnel : « organiser comment on prend le pouvoir, comment on l’exerce, et comment on le transmet », et non « satisfaire les ambitions personnelles ». Il a également reproché à Christian Lumu de n’avoir jamais précisé quelles « réalités » justifieraient un changement : « qui commence d’abord par nous dire quelles sont ces réalités-là ? »

    Le paradoxe de la déclaration de guerre

    Sur l’argument des « procédures lourdes » empêchant une déclaration de guerre rapide, Prince Epenge a opposé un contre-exemple direct, rappelant les propos tenus par le président Félix Tshisekedi lui-même : « une seule balle, pas deux, une seule et je déclare la guerre ». « Ignorait-il que la constitution avait une procédure lourde ? Christian Lumu est-il plus intelligent que son père Félix Tshisekedi ? », a-t-il ironisé.

    Le point le plus vif de son intervention a porté sur l’article 220, verrouillant la forme républicaine de l’État. Pour Prince Epenge, évoquer une révision touchant ce point revient à ouvrir la voie à une dérive monarchique : « dans une république, nul ne peut diriger une portion du pouvoir sans passer par le peuple. Mais dans un royaume, la transmission est d’ordre monarchique ». Il a averti : « nous avons toutes les raisons de nous battre jusqu’à notre dernière goutte de sang pour empêcher que la forme républicaine de l’État disparaisse ».

    Prince Epenge a résumé sa lecture de la démarche de l’UDPS en une phrase : « tout le monde a compris que le seul mobile qui pousse l’UDPS à changer la constitution, c’est le maintien au pouvoir de monsieur Félix Tshisekedi ».

    Se prévalant de sa formation de politologue à l’Université de Kinshasa, il a défendu la constitution comme un « compromis » né des accords de Sun City, destiné à clore des débats vieux de plusieurs décennies, forme fédérale contre État unitaire, régime présidentiel contre régime parlementaire. Il a cité le référendum de 2005, adopté selon lui « à 61% des voix, avec un taux de participation de plus de 84% », et relevé une incohérence : « l’Union sacrée est fondée à 80% par d’anciens belligérants. Et pourtant vous dites que le bilan est positif avec ces anciens ».

    Dans la partie la plus offensive de son intervention, Prince Epenge a mis Christian Lumu au défi de citer des dispositions précises justifiant la révision : « qu’il me donne cinq articles, précisément, qui empêchent monsieur Tshisekedi de donner de l’eau aux Congolais, de donner de l’électricité […] cinq articles qui empêchent Félix Tshisekedi de déclarer la guerre […] cinq articles de la constitution qui empêchent monsieur Tshisekedi de donner les bourses aux étudiants ». Il a également dénoncé des pratiques de gouvernance qu’aucun texte, selon lui, n’imposerait : « quand l’argent entre dans les caisses de l’État […] partageons d’abord entre nous et les miettes au peuple. Est-ce que c’est la constitution qui a inspiré ces gens, une telle mafia ? »

    Prince Epenge a conclu en qualifiant la démarche de l’UDPS de « suicidaire, fratricide » et risquant selon lui la « balkanisation du pays », avertissant qu’une révision à chaque alternance ferait du Congo un pays « avec une nouvelle constitution chaque cinq ans, chaque dix ans ». Il a cité en référence les « treize parlementaires » qui, sous Mobutu, avaient dénoncé la concentration des pouvoirs entre les mains d’un seul homme, ainsi que le cardinal Mossengo affirmant en 2016 que « les médiocres dégagent », pour conclure : « la constitution congolaise est opérationnelle, elle est fonctionnelle. Le problème, c’est l’homme. »

     

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    L’ombre des dettes cachées plane sur le Sénégal, le Nigeria et l’Angola : le FMI alerte

    Dans un rapport publié en mai 2026, le FMI estime que le recours aux swaps de rendement total pourrait créer des contraintes sur la politique monétaire.

    Une nouvelle source d’incertitude économique pèse sur la scène financière africaine, suscitant une vive inquiétude auprès du Fonds Monétaire International (FMI) et des principales agences de notation. L’émergence de « dettes cachées » dans des pays stratégiques comme le Sénégal, le Nigeria et l’Angola est désormais au cœur des préoccupations mondiales, menaçant la stabilité budgétaire de ces nations.

    Ces engagements financiers non divulgués, ou difficilement identifiables, représentent un risque significatif. Le FMI, notamment, souligne que de tels passifs pourraient engendrer des pressions imprévues sur la politique monétaire et les finances publiques. Cette opacité complique l’évaluation précise de la solvabilité des États par les agences de notation, pouvant potentiellement affecter leur accès aux marchés financiers internationaux et la perception de leur santé économique globale. La vigilance est donc de mise face à ces défis qui exigent une transparence accrue pour préserver la confiance des investisseurs et la robustesse des économies concernées.

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    Tchad. Succès Masra et Les Tranformateurs dans la tourmente

    Des directs sur Facebook, des meetings presque chaque semaine, des réunions… Voilà à quoi ressemblaient les activités hebdomadaires, voire quotidiennes, du parti Les Transformateurs, la formation politique du Tchadien Succès Masra, éphémère Premier ministre de janvier à mai 2024 et incarcéré maintenant depuis plus d’un an.

    En mai 2025, Succès Masra, 41 ans à l’époque, est arrêté, jugé et reconnu coupable de « diffusion de messages à caractère haineux et xénophobe » et de « complicité de meurtre » dans les violences intercommunautaires, entre cultivateurs et éleveurs, survenues quelques jours plus tôt à Mandakao, une localité située dans le sud du Tchad. Ces affrontements, récurrents, ont fait une quarantaine de morts, d’après les autorités. Il a été reproché au leader de l’opposition d’avoir publié un message audio appelant certaines communautés à s’armer pour se défendre. Cet audio datait en fait de 2023, comme l’a révélé RFI en mai 20251. Pour ces faits, Succès Masra a été condamné à vingt ans de prison et à verser une amende de 1 milliard de francs CFA (environ 1 500 000 euros). Il avait pourtant déclaré2 que « la vie d’aucun Tchadien ne [devait] être banalisée ». Cette peine a été confirmée en appel le 21 mai. Selon la loi électorale, cette condamnation définitive le rend inéligible à vie.

    Privé de son leader charismatique, l’avenir du parti des Transformateurs s’avère désormais compromis. Lancé en 2018, celui-ci s’est imposé en quelques années comme l’une des forces politiques les plus importantes du pays. Son président, orateur reconnu, a su capter et attirer l’attention d’une jeunesse en quête d’un leader capable d’incarner le renouveau et, surtout, lassée par l’usure d’une classe politique traditionnelle, inamovible, jugée incapable de proposer une véritable alternative à une famille (Idriss Déby Itno et, aujourd’hui, son fils Mahamat) qui règne sur le pays depuis son coup d’État le 1er décembre 1990. Yamingué Betinbaye, politologue et observateur de la vie politique tchadienne, explique à Afrique XXI qu’une « grande partie » de la jeunesse « frustrée par des exclusions a vu en Succès Marsa une nouvelle personnalité qui [pouvait] corriger [les] différentes vulnérabilités » auxquelles elle est exposée.

    Deuxième à la présidentielle, puis le boycott de trop

    À la suite des tragiques événements du 20 octobre 2022, durant lesquels des manifestations à l’appel des Transformateurs contre la prolongation de la transition sont réprimées dans le sang, Succès Masra est contraint de s’exiler aux États-Unis pendant plus d’une année. À son retour, après une médiation du président congolais, Félix Tshisekedi, sous l’égide de l’Union africaine, il accepte d’être Premier ministre durant la phase II de la transition – celle-ci avait débutée en 2021, après la mort d’Idriss Déby Itno lors d’une attaque des rebelles du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad. À ce poste, il devient l’un des acteurs majeurs de l’organisation de l’élection présidentielle de mai 2024. Le 7 janvier de cette même année, sur le plateau de l’émission Invité(e) de la semaine3 de Télé Tchad, il a notamment salué la mise en place de l’Agence nationale de gestion des élections (Ange), institution chargée d’organiser les scrutins en remplacement de la Commission électorale nationale indépendante (Céni). Quelques mois plus tard, il conteste pourtant les résultats du scrutin, où son parti est arrivé deuxième avec 18,54 %.

    Face au Mouvement patriotique du salut (MPS, au pouvoir), le parti fondé par Idriss Deby, aucune formation politique n’avait pu obtenir de meilleur score que celui des Transformateurs en 2024. Depuis 1996, année de la première élection après le coup d’État contre Hissène Habré, le meilleur score de l’opposition était celui de Ngarlejy Yorongar en 2001, avec 16,35 % des voix.

    Non reconduit à la primature après la présidentielle, Masra refuse ensuite de participer aux élections législatives et municipales censées clore la période de transition. « Avec ce score de plus de 18 % à la présidentielle, les Transformateurs étaient assurés d’obtenir la plus grande représentation (18 à 24 députés) à l’Assemblée nationale », estime Yamingué Betinbaye. Le parti d’opposition serait devenu la deuxième force politique du pays.

    En boycottant les scrutins, Succès Masra a donc privé son parti d’une assise institutionnelle et de la légitimité que confèrent les urnes. Yamingué Betinbaye explique qu’après s’être « approché du pouvoir, Succès Masra a eu conscience que son calcul politique avait été un échec ». Du coup, il a voulu « poser des actes forts, dont le boycott des élections [législatives sénatoriales et communales ndlr], pour montrer qu’il était revenu dans l’opposition ».

    Des navettes qui ne passent plus

    Depuis, le MPS gouverne avec une écrasante majorité à l’Assemblée nationale et au Sénat. Une situation qui ne devrait pas changer avant 2031, année de la prochaine élection présidentielle, puisque la révision constitutionnelle de 2025 a prolongé les mandats présidentiel et législatif respectivement de cinq à sept ans et de quatre à six ans.

    L’histoire aurait pu se terminer là. Mais le 28 janvier 2025, lors d’un direct sur un célèbre réseau social, le leader des Transformateurs déclare accepter « de travailler avec le président de la République pour la stabilité et le développement [du] pays » et se dit « prêt à œuvrer avec le maréchal Mahamat Idriss Déby, pour apporter avec tous la valeur ajoutée de [sa] force politique à ce rendez-vous républicain au service du peuple tchadien ».

    Les navettes de Succès Masra (contestation de la prolongation de la transition avant d’accepter le poste du Premier ministre, participation à la présidentielle puis boycotte des législatives…) ont irrité au sein même du parti. Universitaires, artistes, responsables politiques, jeunes diplômés ou simples citoyens… Ils étaient nombreux à avoir rejoint les rangs des Transformateurs, parti qui a révélé de nombreux jeunes talents. Et, au cours de ses huit années de « lutte » (dixit Masra), certains de ces militants ont payé un lourd tribut : séjours carcéraux pour les uns, perte de la vie pour les autres. Mais, depuis, beaucoup ont choisi d’autres horizons, parfois séduits par les ors du pouvoir. Succès Masra peine désormais à retenir certains de ses cadres, jusqu’à ses proches collaborateurs et cofondateurs du parti.

    Moustapha Masri, cofondateur et vice-président, a démissionné quelques jours après les événements du 20 octobre 2022. Dans la foulée, il a lancé sa propre formation politique avant d’être nommé, en janvier 2024, directeur de cabinet civil adjoint à la présidence de la République. En avril, il a été promu ministre d’État, secrétaire général de la présidence de la République. Plus de trois ans après son départ des Transformateurs, Moustapha Masri est devenu une personnalité centrale du pouvoir et figure parmi les proches collaborateurs du chef de l’État. Son parti Paix et cohésion sociale, créé en 2023, a même présenté une candidate aux élections législatives partielles organisées le 21 juin dernier à la suite du décès d’une député.

    Démissions en cascade

    Une autre démission a fait couler beaucoup d’encre : celle de Sitack Yombatina Béni. Universitaire, docteur en droit et enseignant à l’université de N’Djamena, il appartenait au premier cercle de Masra. Le 12 août 2025, par un message publié sur un réseau social, il annonçait « en toute conscience, lucidité, liberté [et] indépendance […] » sa décision de quitter ses fonctions de vice-président des Transformateurs et de démissionner du parti. Cette publication est intervenue peu après le verdict du procès de Masra et la nomination, par ce dernier, de Hoinathy Moh Ndomal Claudia comme présidente par intérim.

    Si, officiellement, Sitack Yombatina présente son départ comme une décision personnelle, nombre d’observateurs y voient un lien probable avec cette nomination. Cet évènement a d’ailleurs été commenté jusque dans les plus hautes sphères de l’État. Abdoulaye Sabre Fadoul, ministre des Affaires étrangères, a ainsi déclaré : « Quand on se sent inutile et méprisé, la seule option est de partir. » À la suite du remaniement du 1er avril, Yombatina a été nommée ministre de l’Enseignement supérieur, dans le troisième gouvernement du Premier ministre, Allamaye Halina.

    Mahamat Assouyouti, un intime de Masra qui avait occupé le portefeuille de l’Économie lorsque celui-ci était Premier ministre, a quant à lui été nommé directeur général de la société d’État Chad Petroleum Company,le 11 mai. Et, enfin, Les Transformateurs ont perdu un soutien de taille avec la disparition de Rays’Kim, de son nom civil Djasrabé Kimassoum Yilmian. Artiste engagé et militant de la première heure, il était, avant son décès des suites d’une maladie, le 6 octobre 2025, le porte-parole du parti et un fervent soutien de Masra, pour lequel il avait notamment réalisé une chanson en faveur de sa libération (voir vidéo ci-dessous). Sa disparition constitue une perte immense pour le parti.

    Les Transformateurs ont sans doute les yeux rivés sur le prochain cycle électoral, les élections générales de 2031. Le pouvoir pourrait cependant exiger de tout parti souhaitant concourir aux élections nationales de justifier d’au moins un élu. Une telle disposition existe dans d’autres pays : au Cameroun, Maurice Kamto et son parti avaient été empêchés de participer à la dernière élection présidentielle après avoir boycotté les scrutins antérieurs, se retrouvant ainsi sans représentation élective.

    Un micro-parti comme les autres ?

    Privés de leur leader, les Transformateurs accepteraient-ils par ailleurs de présenter un autre candidat ? Car, même si une grâce présidentielle a plusieurs fois évoquée4), seule une amnistie pourrait permettre à Succès Masra de participer. L’hypothèse n’est pas sans rappeler l’épisode de 2021. Cette année-là, l’opposant, 39 ans, avait refusé d’aligner un candidat de substitution alors qu’il ne remplissait pas la condition d’âge, fixée à 40 ans minimum à l’époque (35 ans aujourd’hui) pour briguer la magistrature suprême.

    Entre contraintes juridiques, calculs politiques et possibles révisions des règles électorales, l’équation demeure complexe pour Les Transformateurs. Leur capacité à exister dans le prochain cycle électoral dépendra autant de l’évolution du cadre institutionnel que de leur aptitude à adapter leur stratégie. Le tout dans un contexte de verrouillage démocratique et dans un environnement politique dominé par un parti qui, en 2031, aura capitalisé quatre décennies au pouvoir.

    Malgré les vicissitudes de ses débuts et les difficultés que traverse actuellement son parti, Succès Masra a cependant su inscrire le nom des Transformateurs dans les annales de l’histoire politique du Tchad. Entre les contradictions reprochées à leur président, les manœuvres du pouvoir visant à réduire davantage leur influence, ainsi que les défections successives, les Transformateurs sauront-ils seulement revenir sur le devant de la scène afin de reprendre leur place de premier parti d’opposition ? À moins qu’ils ne soient relégués au rang de spectateurs, à l’image des centaines de micro-partis qui peuplent déjà la scène politique tchadienne.

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    Ahmat Adoum Gadi Ahmat Adoum Gadi est un journaliste indépendant tchadien.

    1Voir l’émission Appel sur l’actualité du 20 mai 2025 ici.

    2Lewis Mudge, «  Un an depuis l’arrestation au Tchad d’un dirigeant de l’opposition  », Human Rights Watch, 15 mai 2026.

    3Voir la vidéo ici.

    4Mathieu Olivier, «  Tchad : les Transformateurs parient sur la rue pour défier le président Déby Itno et faire libérer Succès Masra  », Jeune Afrique, 26 avril 2026 https://www.jeuneafrique.com/1791225/politique/tchad-les-transformateurs-parient-sur-la-rue-pour-defier-le-president-deby-itno-et-faire-liberer-succes-masra/

    5Voir l’émission Appel sur l’actualité du 20 mai 2025 ici.

    6Lewis Mudge, «  Un an depuis l’arrestation au Tchad d’un dirigeant de l’opposition  », Human Rights Watch, 15 mai 2026.

    7Voir la vidéo ici.

    8Mathieu Olivier, «  Tchad : les Transformateurs parient sur la rue pour défier le président Déby Itno et faire libérer Succès Masra  », Jeune Afrique, 26 avril 2026 https://www.jeuneafrique.com/1791225/politique/tchad-les-transformateurs-parient-sur-la-rue-pour-defier-le-president-deby-itno-et-faire-liberer-succes-masra/

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