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  • Paix au Mali : l’intégration des Touaregs comme remède à l’insécurité

    Paix au Mali : l’intégration des Touaregs comme remède à l’insécurité

    Le climat sécuritaire au Mali a franchi un nouveau seuil de violence à la fin du mois d’avril 2026. Des offensives coordonnées avec précision ont frappé plusieurs localités, entraînant la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, ainsi que de nombreux militaires maliens.

    Ces tragédies marquent le point culminant d’une intensification des assauts contre les forces armées et les symboles de l’État malien observée ces dernières années.

    Des analyses approfondies sur les dynamiques politiques au Sahel suggèrent que cette instabilité persistante prend racine dans les frustrations des communautés touarègues. Ces populations berbères nomades du nord du Mali estiment que leurs revendications historiques sont restées sans réponse sous l’actuelle administration militaire.

    Trois piliers expliquent cette impasse sécuritaire. D’abord, le refus systématique de traiter le mécontentement des Touaregs. Leurs attentes concernent l’autonomie de gestion, la fin de la marginalisation sociale, la reconnaissance de leur culture et une meilleure protection face à ce qu’ils considèrent comme un abandon de la part de l’État.

    Ensuite, la stratégie de l’armée malienne repose sur un usage massif de la force dans les régions septentrionales, générant souvent des dommages collatéraux importants. Cette militarisation croissante est vivement dénoncée par les populations locales depuis des décennies.

    Enfin, le déséquilibre profond dans la gestion des richesses maintient le Nord dans une situation de précarité structurelle. Les gisements aurifères, les salines et les axes commerciaux stratégiques de cette zone restent sous le contrôle exclusif du pouvoir central basé au Sud, privant les régions productrices de retombées économiques concrètes.

    S’attaquer de front à cette exclusion économique pourrait transformer le visage du conflit. En privilégiant l’inclusion politique et la stabilité, le Mali pourrait restaurer la confiance et transformer une rébellion armée en une quête de développement durable pour le nord du pays.

    Analyse de la dynamique actuelle

    En avril 2026, une alliance tactique a vu le jour entre le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et les combattants du Front de libération de l’Azawad (FLA) pour mener des assauts d’envergure.

    Ce scénario rappelle la crise de 2012, où les séparatistes touaregs et des groupes liés à Al-Qaïda avaient bousculé l’autorité de l’État. À l’époque, le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), composé majoritairement de combattants touaregs revenus de Libye, avait tenté d’imposer une sécession territoriale.

    Bien que fort de près de 10 000 hommes, le MNLA n’a pas pu maintenir ses positions seul. Il s’est alors lié à des factions comme Ansar Dine ou le MUJAO. Cette coalition hétéroclite a fini par imploser, les groupes djihadistes, mieux financés, évinçant les nationalistes laïques des centres urbains comme Gao et Kidal.

    L’intervention militaire française en 2013 avait permis de stabiliser temporairement la zone, forçant AQMI et ses alliés à se retrancher dans le désert. Cependant, le départ des troupes françaises en 2022 a laissé un vide sécuritaire béant. Sans cette pression extérieure, les groupes radicaux ont pu reconstituer leurs réseaux et intensifier leurs recrutements locaux.

    Les erreurs de gouvernance persistantes

    Le gouvernement de transition dirigé par Assimi Goïta peine à formuler une réponse politique aux doléances de l’Azawad. Historiquement, les Touaregs dénoncent une structure étatique qui ignore leurs spécificités culturelles et leurs besoins économiques. Cette quête d’autonomie, entamée dès 1960, a presque toujours été accueillie par la répression.

    Aujourd’hui, les crises climatiques répétées aggravent la vulnérabilité des éleveurs nomades, renforçant le sentiment d’injustice. Parallèlement, les rapports de Human Rights Watch soulignent que les opérations antiterroristes actuelles frappent lourdement les civils, alimentant ainsi le ressentiment et facilitant le travail de recrutement des insurgés.

    La concentration des investissements dans le sud du Mali demeure un obstacle majeur. Bien que les accords passés aient promis une décentralisation effective, leur application reste lettre morte, laissant le Nord dans un état d’abandon infrastructurel total.

    Vers une solution inspirée du voisin nigérien ?

    Pour sortir de l’impasse, le Mali pourrait s’inspirer de l’expérience du Niger sous la présidence de Mahamadou Issoufou. Dès 2011, ce dernier a su désamorcer la menace séparatiste en adoptant une approche inclusive :

    • L’intégration massive des cadres touaregs dans les hautes sphères de l’État.
    • Une décentralisation réelle offrant une autonomie budgétaire aux régions.
    • Le lancement de programmes concrets de désarmement et de réinsertion sociale.

    En investissant dans l’accès à l’eau, l’éducation et les infrastructures pastorales, le Niger a réussi à transformer la méfiance en dialogue. Pour le Mali, la reconnaissance des droits et des besoins des populations du Nord semble être l’unique chemin vers une pacification durable du territoire.

  • Nairobi : une nouvelle ère de partenariat franco-africain s’esquisse

    Nairobi : une nouvelle ère de partenariat franco-africain s’esquisse

    Ce lundi 11 mai, l’attention internationale converge vers le Kenyatta International Convention Centre (KICC) de Nairobi, où s’est ouvert le sommet Africa-Forward. Co-présidée par le président français Emmanuel Macron et son homologue kényan William Ruto, cette rencontre de deux jours vise à instaurer une « diplomatie du concret », s’éloignant des cadres protocolaires traditionnels. Dans un contexte où la France réévalue sa stratégie continentale, ce rassemblement au Kenya est perçu comme le point de départ d’une collaboration équilibrée, fondée sur l’innovation et la recherche.

    Le choix de Nairobi, pôle économique majeur de l’Afrique de l’Est et acteur clé de la transition écologique, n’est pas fortuit. Il signale une volonté française d’élargir sa politique africaine au-delà de sa sphère francophone historique, pour adopter une perspective véritablement continentale.

    L’ambition affichée est de concrétiser la « mue » de la politique française. Il ne s’agit plus de se limiter à l’aide au développement, mais de privilégier les échanges réciproques et l’élaboration de solutions partagées. Les travaux du sommet s’articulent autour de sept axes stratégiques :

    • La transition énergétique et l’industrialisation verte.
    • La réforme de l’architecture financière mondiale.
    • L’intelligence artificielle et les technologies numériques.
    • La santé, l’agriculture durable et l’économie bleue.

    La coopération scientifique illustre concrètement cette orientation nouvelle. En 2024, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a marqué une étape significative en inaugurant un bureau permanent à Nairobi.

    Cette initiative incarne un modèle de co-construction scientifique, remplaçant l’approche descendante. Le bureau de Nairobi agit comme un « hub » pour l’Afrique de l’Est et centrale, favorisant la mobilité des chercheurs et l’accès partagé aux infrastructures de recherche.

    Un exemple éloquent de cette dynamique est le témoignage d’une chercheuse kényane dont les recherches sur la biodiversité ont connu un essor remarquable grâce à cette collaboration. Son intégration aux réseaux de laboratoires français lui a non seulement ouvert des opportunités de financement, mais l’a également insérée dans une communauté scientifique globale où son expertise locale est devenue une ressource précieuse pour ses homologues européens. C’est cette « circulation des cerveaux » que le sommet aspire à généraliser.

    Des enjeux politiques au-delà de l’innovation

    Au-delà des discussions sur les startups et l’intelligence artificielle, des enjeux diplomatiques sous-tendent cette rencontre. Pour la France, il s’agit de réaffirmer sa position de partenaire privilégié face à l’influence croissante d’autres puissances telles que la Chine, la Russie ou la Turquie. Pour le président kényan William Ruto, la co-organisation de cet événement renforce son statut de leader panafricain, capable d’interagir sur un pied d’égalité avec les nations du G7.

    Des organisations régionales comme la CEDEAO suivent attentivement ce modèle. Si ce sommet parvient à transformer les déclarations d’intention en investissements tangibles – notamment par le biais du Business Forum réunissant 1 500 participants – il pourrait établir un précédent pour des relations axées sur la croissance mutuelle, plutôt que sur la seule sécurité.

    Le sommet Africa-Forward est-il destiné à réussir là où d’autres tentatives ont échoué ? Sa force réside dans son approche pragmatique : en mettant en lumière des réalisations concrètes, telles que l’implantation du CNRS ou les partenariats agricoles, Paris et Nairobi s’efforcent de dissiper le sentiment anti-français en démontrant les bénéfices réciproques de leur collaboration.

    Au terme de ces 48 heures, les jeunes entrepreneurs et chercheurs du continent ne s’attendront pas à de longs communiqués, mais à la concrétisation de contrats et à l’ouverture de nouveaux laboratoires. C’est à cette seule condition que le slogan « Africa-Forward » pourra véritablement prendre corps.

  • Mali : les autorités face à l’urgence des droits humains

    Mali : les autorités face à l’urgence des droits humains

    Une situation alarmante pour les opposants et défenseurs des droits au Mali

    Les atteintes aux droits fondamentaux se multiplient au Mali, avec des enlèvements ciblés, des disparitions forcées et des appels publics à la violence contre les opposants. Ces agissements, particulièrement préoccupants dans un contexte de crise sécuritaire, menacent gravement l’état de droit et la stabilité du pays.

    Des personnalités politiques enlevées à Bamako

    Entre les 2 et 5 mai 2026, trois figures majeures de l’opposition ont été enlevées dans la capitale malienne. Parmi elles, Me Mountaga Tall, avocat emblématique de la démocratie, Moussa Djiré (Abba), dirigeant du mouvement Yiriba 223, et Youssouf Daba Diawara, ancien membre de la Coordination des mouvements de l’imam Mahmoud Dicko. Leurs lieux de détention restent inconnus, et leur sécurité suscite de vives inquiétudes.

    Les méthodes employées rappellent celles attribuées à l’Agence nationale de la sécurité d’État (ANSE), déjà impliquée dans des cas similaires depuis 2021. Pourtant, aucune enquête judiciaire n’a été ouverte à ce jour pour faire la lumière sur ces disparitions.

    Montée des discours de haine et impunité

    La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) dénonce également la prolifération des appels à la violence sur les réseaux sociaux, notamment de la part d’activistes proches des autorités militaires. Journalistes, défenseurs des droits humains et leurs familles subissent des menaces de mort, des campagnes de dénigrement et des appels à la déchéance de nationalité.

    Lors des funérailles du général Sadio Camara, tué lors des attaques du 25 avril, un membre du Conseil national de transition (CNT) a publiquement appelé à « tuer » et à « priver de nationalité » les critiques vivant à l’étranger. Malgré un communiqué du procureur condamnant ces propos, aucune mesure concrète n’a été prise contre leurs auteurs.

    Contexte de répression généralisée

    Ces violations s’inscrivent dans une dérive autoritaire depuis les coups d’État de 2020 et 2021. Les partis politiques ont été dissous en mai 2025, en violation de la Constitution malienne. La FIDH appelle les autorités à mettre fin aux détentions arbitraires, à ouvrir des enquêtes indépendantes et à respecter les libertés fondamentales.

    Condamnation des exactions des groupes armés

    Les attaques des 25 et 26 avril, revendiquées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA), ont causé de nombreuses victimes civiles et militaires. La FIDH condamne ces exactions, ainsi que les violations du droit international humanitaire commises par ces groupes. Elle réitère aussi son appel à toutes les parties pour le respect des droits humains et la protection des populations civiles.

    Face à cette crise sécuritaire et politique, la communauté internationale est invitée à renforcer son action pour des solutions durables au Sahel, afin de préserver les droits fondamentaux et la sécurité des populations.

    La FIDH exige des autorités maliennes qu’elles agissent sans délai pour faire cesser ces pratiques et garantir la protection des personnes enlevées et des voix dissidentes.

  • Crise au Mali : l’écart entre Bamako et la réalité des routes du Nord

    Crise au Mali : l’écart entre Bamako et la réalité des routes du Nord

    Des véhicules calcinés, des stocks alimentaires pourrissants et des corps abandonnés sur les bas-côtés : telles sont les images glaçantes qui caractérisent actuellement les axes routiers du nord du Mali. Une atmosphère de désolation règne, portée par une odeur de mort omniprésente, symbole de la crise humanitaire et sécuritaire qui frappe le pays. Pourtant, les autorités de transition, bien que confrontées à une situation dramatique, persistent à nier l’évidence. « Aucune restriction n’existe sur les routes. Tous les déplacements sont possibles au Mali », insiste le Premier ministre Abdoulaye Maïga, dans une tentative de masquer l’effondrement des structures étatiques par des mots creux.

    Un déni politique face à une réalité brutale

    La rhétorique officielle du gouvernement malien révèle une fracture croissante entre le pouvoir militaire et les besoins réels des citoyens. Tandis que Bamako célèbre des victoires imaginaires, les routes vitales reliant le sud au nord se transforment en pièges mortels. Le régime semble avoir troqué la protection des populations contre une politique de communication agressive, où toute critique envers la situation est perçue comme une trahison. En préférant l’image d’une souveraineté retrouvée à la survie concrète des Maliens, la junte s’enlise dans une logique d’aveuglement dont le coût se mesure en vies humaines.

    L’échec stratégique d’un pouvoir isolé

    Sur le plan militaire, la rupture avec les partenaires historiques, au profit de nouvelles alliances, n’a pas tenu ses promesses. Bien au contraire, le départ des forces internationales a créé un vide que les groupes armés ont exploité sans pitié. Ces derniers imposent désormais des blocus meurtriers dans le Nord et le Centre du pays, plongeant les localités locales dans une asphyxie économique et humanitaire. Incapable d’assurer la sécurité des convois, le gouvernement se limite à des interventions ponctuelles, là où une présence permanente serait indispensable pour briser l’étau des terroristes.

    Une économie asphyxiée et des populations abandonnées

    Les routes, autrefois artères vitales du commerce et de l’approvisionnement, sont aujourd’hui des zones de non-droit où les civils paient le prix fort. Les denrées alimentaires, bloquées ou pillées, pourrissent sous le soleil, aggravant une crise alimentaire déjà alarmante. Les communautés locales, privées de toute assistance, subissent en silence l’effondrement de leur quotidien. Pourtant, aucune solution concrète ne semble émerger des sphères du pouvoir, qui préfère se réfugier dans des discours patriotiques déconnectés de la réalité.

    Le silence étouffé d’une société muselée

    L’immobilisme politique et la répression des libertés individuelles achèvent de fragiliser davantage la situation. En muselant les journalistes, les opposants et la société civile qui osent dénoncer la crise, le régime se prive des outils essentiels pour construire une résilience collective. L’absence de calendrier électoral et le durcissement des mesures autoritaires indiquent que l’objectif n’est plus de résoudre la crise sécuritaire, mais de perpétuer un pouvoir qui, faute de résultats tangibles, s’appuie sur un nationalisme de façade. Pendant que les discours enflammés résonnent dans les salons de Bamako, le Mali réel, lui, sombre dans le chaos le long des routes abandonnées.

  • Tragédie sur le lac Tchad : frappes militaires et victimes parmi les pêcheurs

    Tragédie sur le lac Tchad : frappes militaires et victimes parmi les pêcheurs

    tragédie sur le lac Tchad : frappes militaires et victimes parmi les pêcheurs

    Actualités urgentes

    Des opérations aériennes menées par l’armée du Tchad contre des positions présumées de Boko Haram sur le lac Tchad auraient causé la mort de plusieurs dizaines de pêcheurs en provenance du Nigeria, selon les derniers témoignages recueillis par l’AFP.

    Vue aérienne du lac Tchad où des frappes ont causé des victimes parmi les pêcheurs

    opérations militaires ciblées contre les bastions de Boko Haram

    Depuis le vendredi précédent, des aéronefs de combat tchadiens bombardent des îles stratégiques du lac Tchad, zones sous contrôle de Boko Haram, à proximité des frontières entre le Nigeria, le Niger et le Tchad. Ces frappes, lancées en représailles à une attaque récente contre des forces tchadiennes, auraient notamment visé l’île de Shuwa, identifiée comme un repaire jihadiste et un lieu de pêche majeur fréquenté par des Nigérians.

    pêcheurs pris dans l’enfer des bombardements

    Un représentant du syndicat des pêcheurs du lac Tchad indique qu’au moins quarante professionnels de la pêche nigérians sont portés disparus, probablement morts noyés lors des attaques. « Beaucoup de personnes ont péri », déclare Adamu Haladu, un pêcheur originaire de Baga, dans le nord-est du Nigeria. La majorité des victimes proviendraient des villes de Doron Baga et de l’État nigérian de Taraba. Les rescapés expliquent que les pêcheurs accédaient à ces zones riches en ressources halieutiques après avoir versé une redevance imposée par Boko Haram.

    À découvrir également : Tchad : l’état d’urgence décrété dans la province du Lac après des attaques de Boko Haram

    une zone déchirée par l’insécurité prolongée

    Le lac Tchad, partagé entre le Nigeria, le Niger, le Tchad et le Cameroun, est depuis plus de quinze ans un sanctuaire pour les groupes armés Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP). Pour contrer cette menace, les pays riverains avaient relancé en 2015 une force multinationale mixte. Cependant, la coopération régionale s’est affaiblie ces dernières années, notamment avec le retrait du Niger de cette coalition en 2025. L’armée tchadienne n’a pas encore réagi publiquement à ces allégations.

  • Pourquoi le Togo devient le partenaire stratégique incontournable de l’Union Européenne

    Pourquoi le Togo devient le partenaire stratégique incontournable de l’Union Européenne

    Une alliance renforcée entre Bruxelles et Lomé face aux crises régionales

    Dans un climat international de plus en plus instable, l’Union Européenne (UE) a réaffirmé sa volonté de consolider ses liens avec le Togo. Lors de la célébration de la Journée de l’Europe à Lomé, Gwilym Ceri Jones, à la tête de la délégation européenne, a souligné l’importance de ce partenariat. Alors que les tensions géopolitiques s’intensifient, l’Europe souhaite s’afficher comme un allié stable et prévisible pour les nations africaines.

    Des résultats concrets pour le développement social et économique

    La coopération entre les deux entités se traduit par des avancées tangibles sur le terrain. Actuellement, plus de 1,3 million de citoyens au Togo profitent des initiatives d’électrification financées par l’UE. Par ailleurs, les infrastructures de gestion des déchets bénéficient désormais à 2,5 millions de personnes. Un autre chantier majeur concerne la réhabilitation de la route nationale RN2, reliant Lomé à Aného jusqu’à la frontière avec le Bénin.

    L’ambition ne s’arrête pas là, puisque l’UE se dit prête à accompagner le pays dans une transition énergétique majeure, visant à accroître la production d’électricité de 18 % grâce aux énergies renouvelables. Ces projets ne sont pas uniquement techniques ; ils visent à garantir une paix sociale durable en offrant des services essentiels aux populations.

    Le Togo, pivot sécuritaire et diplomatique au Sahel

    Au-delà du développement, c’est sur le plan de la sécurité que le rôle du Togo s’avère crucial. Le pays accueille actuellement environ 60 000 réfugiés dans sa partie septentrionale, fuyant les troubles du Sahel. Bruxelles reconnaît également l’influence diplomatique de Lomé, qui agit comme médiateur dans les crises touchant le Sahel et la région des Grands Lacs.

    Face à la montée du terrorisme et aux changements de régimes dans les pays limitrophes, le Togo apparaît comme un rempart stratégique. En soutenant les forces de défense locales et en investissant dans la stabilité du pays, l’Union Européenne cherche à prévenir une extension de l’instabilité vers le Golfe de Guinée. Cette relation dépasse le cadre de l’aide classique pour devenir une véritable stratégie d’endiguement géopolitique.

  • Aïssata Tall Sall fustige le régime lors du congrès de Taxawu Sénégal

    Aïssata Tall Sall fustige le régime lors du congrès de Taxawu Sénégal

    À l’occasion du congrès constitutif de la formation politique Taxawu Sénégal, portée par Khalifa Sall, l’ancienne ministre Aïssata Tall Sall a prononcé un discours offensif. Elle y a exprimé ses vives critiques envers le pouvoir actuel tout en plaidant pour une réorganisation stratégique de l’opposition.

    Congrès de "Taxawu Sénégal":  Aïssata Tall Sall critique le nouveau régime  et appelle à une démonstration de force de l'opposition

    Une dénonciation de la gestion du pouvoir actuel

    S’adressant directement aux dirigeants en place, Aïssata Tall Sall a remis en question leur légitimité comportementale. Elle a affirmé que les citoyens perçoivent désormais que ceux qui dirigent ne respectent pas les principes fondamentaux du droit, se comportant davantage comme des monarques que comme des représentants du peuple.

    L’ancienne Garde des Sceaux a martelé l’importance de la détermination dans le combat politique : « Il faut garder la tête haute. Le courage et l’intelligence sont des atouts que nous possédons, mais la politique exige avant tout une stratégie sérieuse pour le Sénégal », a-t-elle souligné avec insistance.

    Un calendrier électoral sous le signe de la reconquête

    Pour Aïssata Tall Sall, l’opposition doit prouver sa force de manière graduelle. Elle a tracé une trajectoire politique claire débutant par les élections locales, suivies des législatives, pour culminer lors de la prochaine élection présidentielle. Selon elle, chaque étape sera l’occasion d’une démonstration de puissance face au régime.

    En conclusion, elle a adressé des mots d’encouragement chaleureux aux militants et à Khalifa Sall. Affirmant que ce dernier est pleinement dans son rôle, elle a promis une collaboration étroite pour mener l’ensemble des forces d’opposition vers la conquête du pouvoir exécutif au Sénégal.

  • Le Mali face aux jihadistes : Macron critique le départ de l’armée française

    Le Mali face aux jihadistes : Macron critique le départ de l’armée française

    Face à l’intensification de l’offensive jihadiste qui déstabilise le Mali, le président français Emmanuel Macron a exprimé son avis, estimant que la junte malienne n’avait « pas pris la meilleure décision » en exigeant le retrait des forces armées françaises.

    Mali : Emmanuel Macron affirme que la junte a commis une erreur en chassant l’armée française

    Lors de son déplacement à Nairobi, le président Emmanuel Macron a réagi avec fermeté à la dégradation rapide de la situation sécuritaire au Mali.

    Pour le chef d’État français, l’évolution récente des événements démontre que la junte malienne a fait un mauvais calcul en demandant le départ de l’armée française, qui était présente dans le pays jusqu’en 2022 et jouait un rôle clé dans la lutte contre les groupes jihadistes.

    L’escalade des violences fragilise Bamako

    Depuis la fin du mois d’avril, le Mali est le théâtre d’une offensive de grande ampleur, menée conjointement par des groupes jihadistes et des mouvements rebelles majoritairement touaregs.

    Ces assauts ont eu pour conséquence d’affaiblir considérablement l’autorité de la junte, arrivée au pouvoir après les coups d’État de 2020 et 2021. Malgré les opérations militaires en cours, plusieurs régions du territoire malien sont confrontées à une insécurité grandissante.

    Le fossé entre Paris et le Sahel s’élargit

    Le retrait des forces françaises du Mali a marqué une rupture historique dans les relations diplomatiques et militaires entre Paris et Bamako. Cette fracture s’est ensuite étendue à d’autres nations du Sahel, notamment le Burkina Faso et le Niger, où des changements de régime par coup d’État ont également entraîné le départ des soldats français.

    Depuis plusieurs années, la présence militaire française dans la bande sahélienne est un sujet de vives tensions politiques et de contestations populaires au sein de la région.

  • Sénégal : comment réinventer le pouvoir citoyen après l’élection de Diomaye ?

    Sénégal : comment réinventer le pouvoir citoyen après l’élection de Diomaye ?

    Cet article explore la notion de pouvoir citoyen dans le contexte sénégalais qui a suivi l’alternance de mars 2024. Il établit un pont entre la philosophie politique contemporaine (Pierre Rosanvallon, Cynthia Fleury, Achille Mbembe, Souleymane Bachir Diagne), le cadre juridique national (Constitution révisée, dialogues nationaux, décentralisation) et les traditions ouest-africaines. Celles-ci incluent les vertus civiques wolof comme le jom, la kersa, le ngor et la teranga, ainsi que les institutions délibératives telles que la penc et le palabre. La première section retrace une généalogie de la figure du citoyen, de la Grèce antique aux transformations actuelles de la « contre-démocratie » décrites par Rosanvallon, en la confrontant aux modèles politiques africains précoloniaux. La seconde partie se penche sur le cas sénégalais pour analyser les crises et les voies de refondation du pouvoir citoyen. Elle défend une synergie entre les outils juridiques modernes (saisine directe de la Cour constitutionnelle, contrôle de l’action publique, démocratie locale) et les grammaires éthiques traditionnelles (vertus civiques, délibération collective, économie morale du masla). L’idée centrale est que le pouvoir citoyen transcende le vote et la protestation : il requiert une individuation, au sens de Cynthia Fleury, soutenue par des institutions de vigilance et enrichie par une éthique de la responsabilité que les sociétés sahéliennes avaient codifiée bien avant la colonisation.

    Introduction

    Le 24 mars 2024, l’élection de Bassirou Diomaye Diakhar Faye à la présidence du Sénégal, avec plus de 54 % des voix au premier tour, a conclu une période politique mouvementée. Cette séquence a été marquée par une tentative de report du scrutin, une forte mobilisation citoyenne, une intervention décisive du Conseil constitutionnel et la libération du candidat victorieux juste avant le vote. Cet événement, largement analysé sur le continent, a été perçu comme le triomphe d’un « pouvoir citoyen » revitalisé. Deux ans plus tard, le débat s’oriente sur la concrétisation de cette refondation. Les projets de loi issus des dialogues nationaux sur la justice (2024) et le système politique (2025) sont en discussion, le chef de l’État ayant lui-même déclaré que « la Constitution ne nous appartient pas », marquant une volonté de réappropriation collective. Cependant, des critiques émergent déjà, pointant des reculs. La saisine citoyenne directe de la Cour constitutionnelle, promise dans le programme de la coalition Diomaye Président et préconisée par le Dialogue national, a été écartée des projets finaux. Ce choix maintient un verrou institutionnel qui empêche le citoyen lambda de contester directement la violation de ses droits fondamentaux.

    Ce décalage entre la promesse civique et sa mise en œuvre institutionnelle limitée est le point de départ de notre analyse. Il nous amène à nous interroger sur la nature du citoyen et de son pouvoir dans un contexte de défiance systémique (Pierre Rosanvallon), de ressentiment social (Cynthia Fleury) et dans un espace post-colonial où la modernité juridique côtoie des grammaires coutumières toujours vivaces. Notre thèse est que le pouvoir citoyen sénégalais ne peut être compris ni comme une simple importation de la démocratie représentative, ni comme un repli sur une identité fantasmée. Il nécessite une approche hybride, où les dispositifs légaux modernes sont irrigués par des ressources éthiques et délibératives locales, souvent sous-estimées par la sociologie politique.

    Notre réflexion se déploiera en deux temps. D’abord, une approche généalogique retracera l’évolution du concept de citoyenneté, de ses origines occidentales à ses expressions africaines. Ensuite, une analyse plus prospective examinera les défis actuels du pouvoir citoyen au Sénégal et esquissera des pistes de refondation qui allient droit, coutume et éthique.

    Première partie : Généalogie d’une figure politique

    I. Strates historiques de la citoyenneté occidentale

    La citoyenneté occidentale trouve ses racines dans la pensée grecque. Pour Aristote, dans La Politique, le citoyen (politès) se définit par sa participation active aux fonctions judiciaires et délibératives. Cette vision fonctionnelle lie intrinsèquement la citoyenneté à l’action politique partagée. La cité (polis) est un corps délibérant où les membres exercent la souveraineté à tour de rôle, fondée sur l’isègoria (égalité de parole) et l’isonomia (égalité devant la loi). Ce modèle, bien que puissant, était exclusif, laissant de côté femmes, étrangers et esclaves. Cette tension entre l’intensité de la participation et l’étendue de l’inclusion a marqué toute l’histoire de la citoyenneté.

    Rome a introduit un changement majeur. Le civis romanus est avant tout détenteur d’un statut juridique. Avec l’édit de Caracalla en 212, la citoyenneté romaine est étendue à tous les habitants libres de l’Empire, dissociant la citoyenneté de la participation directe au pouvoir central. Une citoyenneté abstraite, fondée sur des droits (le jus civile), voit le jour. Cette tradition a fortement influencé la conception libérale du citoyen comme sujet de droits.

    La Révolution française a refondé la figure du citoyen en le définissant comme membre du souverain collectif. La Déclaration de 1789 lie les droits naturels de l’homme à la participation du citoyen à la volonté générale. Cependant, cette universalité de principe s’est heurtée à des exclusions pratiques : distinction entre citoyens « actifs » et « passifs », exclusion des femmes et des esclaves. Ces contradictions ont alimenté deux siècles de luttes pour l’élargissement des droits civiques.

    Au XXᵉ siècle, le sociologue T.H. Marshall a décrit la citoyenneté moderne comme une succession de trois strates : civile (droits individuels), politique (droit de vote) et sociale (droit à l’éducation, à la santé). Ce modèle met en lumière la citoyenneté comme un processus historique d’inclusion progressive et en constante évolution.

    Pierre Rosanvallon enrichit cette analyse en observant l’érosion de la confiance envers les élus, qui a cédé la place à une défiance organisée. Il identifie trois figures du peuple : le peuple-vigilant, le peuple-veto et le peuple-juge. Ces formes de surveillance, d’empêchement et de jugement constituent ce qu’il appelle la « contre-démocratie ». Ce n’est pas l’opposé de la démocratie, mais son complément critique. Rosanvallon met en garde contre le risque que cette contre-démocratie ne se transforme en populisme, une pathologie où la défiance devient un rejet systématique des institutions.

    Cynthia Fleury, quant à elle, explore les dimensions subjectives de la citoyenneté. À travers des concepts comme l’individuation (la capacité à se constituer comme sujet singulier), le courage (la vertu de dire non et de persévérer) et le ressentiment (cette « peste émotionnelle » qui mine les sociétés), elle lie la philosophie politique à la psychanalyse. Pour elle, un État de droit robuste repose sur des citoyens individués, courageux et capables de surmonter le ressentiment. Le pouvoir politique doit donc aussi prendre soin des citoyens pour préserver les conditions de l’adhésion démocratique.

    II. L’expérience africaine : citoyenneté avant la citoyenneté

    Une généalogie limitée à l’Occident serait incomplète. Les sociétés africaines précoloniales ont développé leurs propres formes d’appartenance politique et d’éthique civique. L’Afrique précoloniale était politiquement diverse, abritant des empires, des royaumes et des sociétés sans État centralisé. Au Sénégal, les royaumes wolofs possédaient des institutions de contre-pouvoir, comme le jambur (assemblée de notables) qui pouvait déposer un roi. Le pouvoir n’était pas absolu, mais encadré par des conseils et une légitimité conditionnée au respect de normes éthiques.

    La penc wolof, assemblée villageoise tenue sous l’arbre à palabre, est une institution politique fondamentale. Elle est régie par des principes de délibération inclusive, de recherche du consensus et d’engagement par la parole. Ce modèle, qui privilégie la concorde et la cohésion sociale, offre une alternative conceptuelle précieuse à la démocratie délibérative occidentale.

    Les sociétés wolof ont également formalisé une éthique civique articulée autour de plusieurs vertus. Le jom incarne l’honneur, la dignité et le courage. La kersa représente la pudeur, le respect et la retenue, agissant comme un garde-fou contre l’arrogance. Le ngor symbolise la droiture, l’intégrité et le respect de la parole donnée.

    D’autres vertus complètent ce système : le muñ (patience), la teranga (hospitalité), le masla (sens de la conciliation), le sago (maîtrise de soi) ou encore le fit (bravoure). Cet ensemble de valeurs constitue une matrice éthique cohérente qui lie les dispositions individuelles aux exigences de la vie en communauté, offrant un socle pour toute refondation civique.

    Des penseurs africains contemporains comme Achille Mbembe, Souleymane Bachir Diagne et Felwine Sarr travaillent à actualiser cet héritage. Ils plaident pour une pensée de la citoyenneté qui puise dans les ressources africaines pour construire des futurs démocratiques originaux. Le pouvoir citoyen sénégalais a donc tout intérêt à s’inspirer de ce double héritage, occidental et africain.

    De cette analyse croisée, le citoyen apparaît comme une figure complexe : participant à la délibération (héritage grec et de la penc), titulaire de droits (héritage romain et des Lumières), agent de contrôle (analyse de Rosanvallon), sujet individué (perspective de Fleury) et porteur de vertus civiques locales. C’est cette combinaison que la seconde partie met à l’épreuve.

    Deuxième partie : Crises et refondations du pouvoir citoyen sénégalais

    1. Le diagnostic contemporain : un pouvoir citoyen entre exaltation et frustration

    La période 2021-2024 au Sénégal a été une illustration parfaite de la contre-démocratie de Rosanvallon. Les mobilisations massives, les manifestations contre le report de l’élection et la victoire finale de Bassirou Diomaye Faye ont montré la puissance de la surveillance et de l’empêchement citoyens. Cependant, cette séquence a eu un coût humain élevé et a exacerbé la polarisation. Le risque persiste que cette contre-démocratie, sans canaux institutionnels adéquats, se transforme en un cycle de protestation permanent, glissant vers le populisme.

    L’analyse de Cynthia Fleury est également pertinente. Le ressentiment, alimenté par le chômage des jeunes, la défiance envers les élites et le sentiment d’humiliation, a été un moteur du changement. Ce ressentiment continue de fragiliser la société et pourrait se retourner contre le nouveau pouvoir si les attentes ne sont pas comblées. La réponse n’est pas seulement institutionnelle, elle doit aussi être symbolique et affective, en restaurant la dignité des citoyens.

    De nombreux intellectuels sénégalais s’inquiètent de l’érosion des vertus traditionnelles comme le ngor, le jom et la kersa. La corruption, la violence verbale en politique et l’opportunisme sont perçus comme des symptômes de cette dégradation. Sans une éthique civique partagée, même les meilleures institutions démocratiques fonctionnent à vide. Le pouvoir citoyen repose aussi sur la disponibilité de ces dispositions éthiques.

    1. Les ressources juridiques disponibles

    La Constitution sénégalaise de 2001 garantit de nombreux droits, et le Conseil constitutionnel a prouvé son rôle de gardien de l’État de droit. Néanmoins, une lacune majeure demeure : l’absence de saisine citoyenne directe de cette institution. Le citoyen ne peut pas contester directement une loi qu’il juge inconstitutionnelle. Bien que promise par la coalition au pouvoir, cette réforme cruciale n’a pas été retenue dans les projets de loi, ce que de nombreux acteurs de la société civile considèrent comme une trahison.

    L’Acte III de la décentralisation, bien qu’ambitieux, n’a pas encore produit tous ses effets, faute de moyens et de culture participative. C’est pourtant au niveau local que la fusion entre les dispositifs modernes et l’héritage coutumier (comme la penc) pourrait être la plus fructueuse pour revitaliser la démocratie.

    Les dialogues nationaux de 2024 et 2025 sont une innovation intéressante, cherchant à fonder les réformes sur une large consultation. Cette démarche s’inspire de la tradition de la penc. Toutefois, leur crédibilité est mise à mal lorsque leurs recommandations les plus importantes, comme la saisine citoyenne, sont ignorées dans les textes finaux.

    Enfin, les organes de contrôle comme la Cour des comptes ou l’OFNAC sont essentiels pour la souveraineté de surveillance. Leur efficacité dépend de leur indépendance réelle et de leur capacité à être saisis par les citoyens, des aspects que les réformes en cours doivent absolument renforcer.

    1. Vers une refondation du pouvoir citoyen : sept propositions articulées

    Face à ce diagnostic, sept propositions interdépendantes peuvent être formulées pour une refondation cohérente.

    Premièrement, instaurer la saisine citoyenne directe de la Cour constitutionnelle. Cela donnerait aux citoyens les moyens d’agir en tant qu’acteurs juridiques permanents et de défendre leurs droits fondamentaux.

    Deuxièmement, reconnaître juridiquement les espaces délibératifs traditionnels comme la penc. Ils devraient devenir des instances de consultation obligatoire pour certaines décisions communales, afin de redynamiser la démocratie locale.

    Troisièmement, refonder l’éducation civique en y intégrant la grammaire des vertus wolof (jom, kersa, ngor), non comme des éléments folkloriques, mais comme des compétences essentielles à la vie démocratique.

    Quatrièmement, garantir l’indépendance constitutionnelle des organes de contrôle et permettre aux citoyens de les saisir directement pour signaler des dysfonctionnements, avec une protection efficace des lanceurs d’alerte.

    Cinquièmement, institutionnaliser les dialogues nationaux via une charte de procédure qui assure la transparence et oblige le pouvoir à justifier publiquement tout écart par rapport aux recommandations émises.

    Sixièmement, développer une politique du soin démocratique, inspirée par Cynthia Fleury. Cela implique de s’attaquer aux racines du ressentiment par des politiques sociales et un travail de reconnaissance des dignités blessées.

    Septièmement, relancer la décentralisation avec des outils concrets comme les budgets participatifs obligatoires et les audits citoyens annuels des comptes municipaux, transformant les administrés en co-gestionnaires.

    Le Sénégal peut s’inspirer d’expériences internationales comme la saisine citoyenne en Afrique du Sud, le processus constituant en Tunisie ou les budgets participatifs au Brésil, tout en construisant un modèle qui lui est propre.

    Ces propositions ne sont pas naïves. Elles font face à des objections légitimes sur l’idéalisation des traditions, la primauté du droit moderne ou le réalisme politique. Cependant, notre but n’est pas de canoniser le passé, mais d’identifier des ressources culturelles vivantes. Ignorer la dimension éthique et culturelle de la démocratie serait une erreur. Le rôle de la pensée critique est d’élargir le champ des possibles et de proposer des horizons pour guider l’action.

    Conclusion : Un citoyen sénégalais, pluriel et rigoureux

    Le pouvoir citoyen est une notion complexe, nourrie par des héritages multiples : grec, romain, révolutionnaire, mais aussi par la contre-démocratie de Rosanvallon, la clinique politique de Fleury, et surtout, par la richesse de l’éthique civique wolof et de la tradition délibérative de la penc.

    Le Sénégal est à un carrefour. L’alternance de 2024 a suscité un immense espoir civique. La volonté politique de refondation est palpable, mais elle est déjà mise à l’épreuve par des choix cruciaux : la saisine citoyenne sera-t-elle adoptée ? La décentralisation sera-t-elle effective ? Le ressentiment sera-t-il transformé en énergie constructive ?

    Les réponses ne viendront pas seulement des dirigeants, mais aussi des citoyens eux-mêmes. Le pouvoir citoyen n’est pas un acquis, mais une construction historique fragile. Le défi est de cultiver des citoyens courageux, vigilants et justes. C’est de l’articulation entre la rigueur des institutions, la vitalité de la délibération et la profondeur de l’éthique que pourra naître, au Sénégal, un pouvoir citoyen à la hauteur des enjeux de notre temps.

  • La junte au Niger durcit le ton et suspend plusieurs médias internationaux

    La junte au Niger durcit le ton et suspend plusieurs médias internationaux

    Le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte au Niger, le 6 août 2025. © CNSP

    Le commandement militaire au Niger a pris la décision, ce vendredi 8 mai, d’interdire la diffusion d’une dizaine d’organes de presse étrangers. Cette mesure radicale, qui s’inscrit dans une politique nigérienne de plus en plus restrictive, est justifiée par les autorités par la nécessité de prévenir toute atteinte à l’ordre public, alors que se profile le sommet Africa Forward en France.

    Selon un communiqué officiel de l’Observatoire national de la communication (ONC) diffusé sur les ondes nationales, plusieurs grands noms de l’information sont visés : France 24, RFI, France Afrique Media, LSI Africa, l’AFP, TV5 Monde, TF1 Info, ainsi que Jeune Afrique et Mediapart. Les autorités leur reprochent la diffusion de messages pouvant déstabiliser la cohésion sociale et les institutions de la République dans cette actu Niger brûlante.

    Cette interdiction, dont l’application est immédiate, englobe tous les canaux de diffusion : satellites, réseaux câblés, portails web et applications mobiles. Face à cette situation, l’organisation Reporters sans frontières (RSF) a vivement réagi en exigeant l’annulation de cette procédure qu’elle qualifie d’abusive. Cette décision marque un nouveau tournant dans la Niamey actualité.

    Depuis le renversement du pouvoir en juillet 2023, le régime militaire a multiplié les suspensions de médias occidentaux. RFI et France 24 avaient déjà été ciblées peu après le putsch, suivies par la BBC fin 2024. Ce divorce diplomatique avec la France s’accompagne d’un rapprochement stratégique avec la Russie, la junte revendiquant fermement la souveraineté du pays face à ce qu’elle nomme l’impérialisme.

    Le contexte tendu du sommet Africa Forward

    Cette annonce survient peu après que le Burkina Faso, membre de l’Alliance des États du Sahel (AES) aux côtés du Niger et du Mali, a également banni TV5 Monde. Ces trois nations, qui ne participeront pas aux discussions d’Africa Forward au Kenya, semblent coordonner leur stratégie médiatique face aux critiques internationales.

    Le climat pour les professionnels de l’information travaillant sur le terrain reste précaire. Bien que deux journalistes, Gazali Abdou et Hassane Zada, aient été libérés récemment, les Niger nouvelles font état de plusieurs autres confrères toujours en détention. L’ONU a recensé treize arrestations de journalistes en 2025, dénonçant des accusations graves telles que le complot contre l’État.

    Le recul des libertés fondamentales est flagrant : en 2026, le Niger a chuté à la 120e place du classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF. Parallèlement au durcissement législatif contre la diffusion de données numériques, le pays a également suspendu près de 3 000 organisations non gouvernementales, les accusant de liens troubles avec des groupes armés terroristes.

  • Sénégal 2026 : l’afrique sous les projecteurs des jeux olympiques de la jeunesse

    Sénégal 2026 : l’afrique sous les projecteurs des jeux olympiques de la jeunesse

    le sommet « africa forward », co-organisé par la France et le Kenya, se tient ce lundi à Nairobi pour discuter du développement par le sport. une thématique qui résonne particulièrement pour le Sénégal, qui accueillera les prochains jeux olympiques de la jeunesse à Dakar à l’automne 2026. cet événement historique marquera la première organisation d’un événement olympique sur le continent africain.

    Babacar Senghor, coordonnateur du projet des Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ), devant les plans de la piscine.

    un défi olympique inédit pour le Sénégal et l’afrique

    moins de six mois avant le coup d’envoi, le ton est donné : « le Sénégal sera prêt ». cette promesse, martelée par les autorités, s’accompagne d’une pression légitime. Dakar, capitale du pays, se transforme progressivement pour accueillir les 4es jeux olympiques de la jeunesse d’été, initialement prévus en 2022 mais reportés en raison de la pandémie de covid-19. cet événement s’étendra du 31 octobre au 13 novembre 2026.

    au-delà de l’organisation logistique, les jeux de Dakar 2026 représentent un jalon historique pour le continent africain. ils seront le premier événement olympique organisé en afrique, un continent souvent sous-représenté dans le paysage sportif mondial. cette édition comportera 25 sports de compétition, auxquels s’ajouteront dix disciplines en démonstration. au total, 153 épreuves sont programmées, avec une répartition équilibrée entre épreuves masculines (73), féminines (73) et mixtes (7).

    les athlètes participants seront des jeunes de moins de 17 ans, selon les critères définis par le comité international olympique (cio). une occasion unique pour le Sénégal de briller sur la scène internationale et de promouvoir les talents africains de demain.

    ahmadou al-aminou lo : le visage d’une organisation ambitieuse

    à la tête du comité de veille des jeux olympiques de la jeunesse, ahmadou al-aminou lo, ministre d’état chargé du suivi du pilotage et de l’évaluation de l’agenda national de transformation Sénégal 2050, incarne l’engagement du pays. ancien directeur national de la banque centrale des états de l’afrique de l’ouest (bceao), il supervise une structure qui se réunit deux fois par mois. ce comité rassemble l’ensemble des acteurs étatiques, locaux et institutionnels impliqués dans les préparatifs, avec des délais stricts et une responsabilité majeure : garantir que le Sénégal soit à la hauteur de l’événement.

    « notre rôle est d’aider à lever tous les risques liés à la livraison des jeux olympiques de la jeunesse », explique-t-il. « l’idée est de faire en sorte que les structures étatiques sénégalaises soient agiles et puissent être au rendez-vous à temps. je suis l’assurance qualité de ces préparatifs. avec ces jeux, il en va de l’image du Sénégal et de l’afrique. c’est une double pression et une responsabilité : nous avons l’obligation de démontrer que nous sommes capables d’organiser des événements sportifs d’envergure mondiale. »

    un héritage au-delà des compétitions

    l’organisation des jeux de Dakar 2026 ne se limite pas à la réussite des compétitions. le Sénégal mise sur un héritage durable, notamment à travers le développement des infrastructures sportives et la promotion du sport comme levier économique et social. « nous voulons que les jeux olympiques de la jeunesse soient un élément déclencheur en matière d’héritage pour notre jeunesse », souligne le ministre lo. « avec le développement de la formation, des centres d’excellence sport-études et la promotion de la haute compétition, nous visons à doubler la contribution du sport dans le pib du Sénégal, actuellement estimé à 15 millions d’euros. »

    l’objectif est clair : transformer ces jeux en catalyseur pour l’économie du sport, en s’appuyant notamment sur l’industrie mice (meetings, incentives, conferences, exhibitions), un secteur en pleine expansion sur le continent africain.

    un partenariat franco-sénégalais pour réussir

    la collaboration entre la France et le Sénégal joue un rôle clé dans la préparation des jeux. une convention signée en 2019 entre les deux pays, nommée « alliance dioko », a permis un partage d’expertises et de bonnes pratiques. christine fages, ambassadrice de France au Sénégal, met en avant l’importance de ce partenariat : « dans le cadre du partenariat avec le Sénégal, une trentaine d’experts de Paris 2024 a été intégrée dans l’équipe de Dakar 2026. »

    ce soutien se traduit par des actions concrètes :

    • formation de 419 jeunes dans la learning academy, un programme dédié à l’organisation d’événements sportifs ;
    • soutien financier à hauteur de 1 million d’euros pour la formation et l’acquisition de savoir-faire ;
    • prêt souverain de 80 millions d’euros de l’agence française de développement (afd) pour la rénovation du stade iba mar diop et du complexe tour de l’œuf, incluant la piscine olympique ;
    • création de douze infrastructures sportives de proximité.

    l’ambassade de France soutient également l’académie de judo du lycée lamine gueye à Dakar, en finançant la rénovation de l’internat et du dojo, et en accompagnant les jeunes judokas sénégalais dans leur préparation.

    des infrastructures en pleine transformation

    au cœur des préparatifs, le complexe tour de l’œuf, situé dans le quartier point e à Dakar, est en pleine rénovation. ce site accueillera les épreuves de basket 3×3, baseball, breaking et skateboard. plus de 450 ouvriers y sont mobilisés depuis le début des travaux, qui concernent notamment la piscine olympique et ses bassins d’entraînement. un premier remplissage-test des trois bassins est prévu pour le 15 mai, et le complexe doit être livré au comité d’organisation des jeux le 15 août, soit deux mois et demi avant le début des compétitions.

    la technologie utilisée pour ces bassins permet une « économie d’eau et d’énergie », un atout majeur pour le Sénégal, confronté à des défis environnementaux. après les jeux, le complexe sera reconverti en espaces multifonctionnels, avec des terrains de football, basket, handball et tennis.

    la propreté, une priorité pour Dakar

    en plus des infrastructures sportives, Dakar devra relever un autre défi : celui de la propreté urbaine. les autorités sénégalaises en ont conscience et ont mis en place un plan ambitieux. « notre première médaille sera celle de la propreté », annonce le ministre lo, en référence à la ville de kigali au Rwanda, classée première des villes africaines les plus propres en 2025 selon le magazine jeune afrique. Dakar, actuellement en 17e position, vise à améliorer significativement cette image avant l’événement.

    un événement au service de la jeunesse africaine

    pour le Sénégal, les jeux olympiques de la jeunesse ne sont pas seulement une vitrine internationale, mais une opportunité de faire progresser le sport africain. en mettant l’accent sur la formation, l’excellence et l’héritage, le pays espère inspirer une nouvelle génération d’athlètes et de professionnels du sport.

    les préparatifs sont en cours, les défis sont nombreux, mais la détermination est au rendez-vous. Dakar 2026 s’annonce comme un événement historique, non seulement pour le Sénégal, mais pour toute l’afrique.

  • Crise au Mali : populations affamées par le blocus jihadiste, gouvernement inflexible

    Crise au Mali : populations affamées par le blocus jihadiste, gouvernement inflexible

    crise au Mali : populations affamées par le blocus jihadiste, gouvernement inflexible

    ville du Mali sous tension

    La situation humanitaire au Mali se dégrade dramatiquement sous l’effet d’un blocus imposé par les groupes jihadistes. Face à cette crise, le gouvernement malien réaffirme son refus catégorique d’engager tout dialogue avec ces «groupes armés terroristes, sans foi ni loi», comme l’a déclaré Abdoulaye Diop, ministre des Affaires étrangères, devant le corps diplomatique accrédité dans le pays.

    Le refus de négocier s’accompagne d’une stratégie militaire renforcée. Selon nos informations, le Mali a récemment reçu de nouveaux équipements militaires en provenance de Russie, comme l’a rapporté notre correspondant régional Serge Daniel. L’objectif affiché est double : reprendre le contrôle de la ville de Kidal, actuellement sous domination jihadiste, et libérer les axes routiers bloqués au sud du pays.

    Kidal et Aguelok : points chauds d’une reconquête militaire

    Au nord, les autorités maliennes concentrent leurs efforts sur la reprise de Kidal, bastion des groupes armés. Après avoir abandonné deux localités dans la région, l’armée malienne, soutenue par des mercenaires russes, a consolidé sa présence à Aguelok, une autre ville stratégique de la zone. Cette avancée vise à affaiblir la mainmise des jihadistes sur cette région.

    Au sud, la priorité est de desserrer l’étau autour des routes commerciales. Ces derniers jours, des centaines de véhicules, de passagers et de marchandises restent bloqués à différents endroits du pays, paralysant encore davantage l’économie locale. Les populations subissent de plein fouet les conséquences de ce blocus prolongé.

    Diafarabé : une ville au bord de la famine

    À Diafarabé, dans la région de Mopti, la situation est particulièrement alarmante. La ville est soumise à un blocus strict depuis le 12 mai 2025, imposé par le groupe Jnim. Les habitants, isolés et privés de tout, lancent un appel à l’aide depuis des semaines, mais aucune solution concrète n’a été apportée par les autorités de transition.

    Les témoignages recueillis par nos équipes sont glaçants. Les réserves de nourriture et de médicaments sont épuisées. Les habitants, épuisés par des mois de privations, décrivent un quotidien marqué par la peur et le désespoir. Un habitant, joint par téléphone, partage son récit poignant :

    « Personne ne peut entrer, personne ne peut sortir. Le blocus est total. Tout ce qui nous restait comme vivres est fini. C’est la famine qui s’installe. Nous avons contacté les militaires. Ils nous ont promis un convoi, mais nous attendons toujours. Après la manifestation des jeunes et des femmes, ils ont enfin réagi… mais c’est trop tard. Il n’y a plus rien. Avant, pendant la crue, nous parvenions à faire passer des vivres par le fleuve, malgré les risques. Moi, j’ai été blessé par balle en tentant de le faire. Aujourd’hui, c’est la survie totale. Notre seul souhait ? Avoir de quoi manger. C’est tout ce que nous demandons.»

    Les promesses de livraison de vivres, évoquées après des pressions locales, n’ont pour l’instant pas abouti. Les habitants, réduits à la misère, réclament une action immédiate pour éviter une catastrophe humanitaire sans précédent.

    Blocus jihadiste : une stratégie de pression sur Bamako ?

    Les blocages imposés par les groupes armés, notamment dans le centre du pays, semblent s’inscrire dans une logique de pression maximale sur le régime en place. Les autorités maliennes, déterminées à ne pas céder, misent sur une solution militaire, malgré le coût humain et économique de cette stratégie.

    Alors que les négociations restent exclues, les populations continuent de payer le prix fort. Entre pénuries, isolement et peur, la crise s’aggrave chaque jour un peu plus. La communauté internationale, jusqu’ici en retrait, est-elle prête à intervenir pour briser ce cycle infernal ?