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  • Taïwan suspend les visas pour les Marocains par réciprocité avec Rabat

    Taïwan suspend les visas pour les Marocains par réciprocité avec Rabat

    Taïwan a décidé de suspendre le traitement des demandes de visa pour les citoyens marocains, en invoquant une mesure de réciprocité. Cette décision fait suite à l’arrêt présumé par le Maroc de l’acceptation des demandes de visa pour les Taïwanais à l’échelle mondiale, a rapporté le ministère des Affaires étrangères taïwanais, cité par le Taipei Times.

    Selon le ministère, l’ambassade du Maroc au Japon a récemment informé les agences de voyages taïwanaises de la suspension des demandes de lettres de confirmation de visa pour les Taïwanais. Il a également été signalé que le gouvernement marocain aurait ordonné à ses ambassades et consulats à travers le monde de stopper ces traitements, perturbant ainsi les voyages et les échanges bilatéraux.

    En réponse, Taïwan a décrété, à partir de vendredi, la suspension des demandes de visa pour les Marocains, sauf pour les cas bénéficiant d’une autorisation spéciale. Le ministère a exhorté le Maroc à rétablir des dispositifs de voyage pratiques et a précisé qu’il continuerait de surveiller la politique marocaine en matière de visas avant d’envisager de nouvelles mesures.

    Pour rappel, le Maroc ne reconnaît pas officiellement Taïwan, aligné sur le principe de la «Chine unique», et entretient des relations diplomatiques formelles avec la République populaire de Chine. Rabat et Taipei n’ont pas de relations diplomatiques officielles.

  • Migrants à Ceuta : la presse marocaine dédouane Rabat, mais se divise sur les causes de la « crise sécuritaire »

    Migrants à Ceuta : la presse marocaine dédouane Rabat, mais se divise sur les causes de la « crise sécuritaire »

    Depuis jeudi 30 juillet, environ 60 000 personnes, majoritairement des Marocains, ont traversé la mer pour rejoindre l’enclave espagnole de Ceuta. En majorité de jeunes hommes ou des adolescents. Trente-quatre d’entre eux sont morts noyés.

  • La crise de Ceuta : un miroir des tensions et des aspirations en Afrique du Nord

    La crise de Ceuta : un miroir des tensions et des aspirations en Afrique du Nord

    Une modeste ville de seulement 19 kilomètres carrés est devenue, contre toute attente, le point focal d’une crise humanitaire et diplomatique dont les ondes de choc se propagent à travers l’Europe du Sud.

    En l’espace de quelques heures ce jeudi, Ceuta a été le théâtre d’un afflux massif de migrants en provenance du territoire marocain, marquant le plus important passage de population que la ville ait connu depuis l’incident de 2021.

    Les autorités locales ont recensé l’entrée d’environ 60 000 migrants, et le bilan humain s’est alourdi à 34 décès vendredi après-midi, selon les données du ministère espagnol de l’Intérieur.

    Des séquences filmées sur la plage de Tarajal, à Ceuta, ont révélé le chaos de ces traversées, avec des foules importantes se précipitant entre la digue et les voies longeant la zone frontalière.

    La majorité des nouveaux arrivants étaient jeunes, mais les images ont également montré des femmes accompagnées d’enfants et des familles entières, tous engagés dans un périlleux voyage marqué par des risques de noyade et d’épuisement.

    Comment les sphères officielles et l’opinion publique au Maroc, et plus largement en Afrique du Nord, ont-elles réagi à ces événements majeurs ? Voici une analyse approfondie.

    Les revendications de souveraineté du Maroc réactivées

    Les récents événements de Ceuta ont ravivé l’une des questions les plus délicates des relations bilatérales entre le Maroc et l’Espagne : la souveraineté sur les enclaves de Ceuta et Melilla. Rabat les considère historiquement comme faisant partie intégrante de son territoire depuis son indépendance en 1956.

    Cette crise a coïncidé avec les festivités de la Fête du Trône au Maroc, une commémoration de l’accession du roi et du renouvellement des liens d’allégeance et d’unité nationale.

    Un influent portail d’information marocain a souligné que « les vagues d’entrées vers Ceuta, puis les tentatives étendues à Melilla, ont relancé le débat sur la situation socio-économique des zones frontalières des deux enclaves. » Il a ajouté que « cet épisode met de nouveau en lumière le lien profond entre ces villes et leur environnement marocain, ainsi que les complexités de leur statut historique et souverain. »

    Ce même média a affirmé que la crise avait contraint les autorités municipales de Ceuta à solliciter l’aide du gouvernement central à Madrid. Ce dernier aurait rapidement contacté les instances marocaines pour gérer la situation, aboutissant à un accord pour le renvoi des personnes ayant réussi à entrer.

    Un président de comité national pour la réintégration de Ceuta, Melilla et des îles adjacentes a été cité, estimant que la gestion des événements par les autorités de Ceuta révélait « la fragilité de la présence espagnole dans la région », et que la demande du chef du gouvernement de Ceuta pour le déploiement militaire constituait un « échec politique ».

    La position tranchée de l’Algérie

    Parallèlement, la volonté d’Alger de marquer des points politiques face à Rabat, alimentée par une hostilité historique, a fortement influencé la réaction publique de l’Algérie concernant les événements de Ceuta.

    Un site d’information algérien a qualifié les faits de « fuite massive de Marocains », alléguant que Rabat, décrit comme « l’enfant gâté de l’Europe », avait une fois de plus utilisé la « bombe migratoire » contre Madrid.

    Ce média a insisté sur le fait que les dirigeants européens préfèrent critiquer l’Espagne plutôt que de s’attaquer à ce qu’il perçoit comme la cause principale de cette vague migratoire. Il a notamment pointé du doigt la position de la Première ministre italienne, qui aurait demandé la suspension de l’appartenance de l’Espagne à l’espace Schengen après les événements.

    Le site a même été plus loin, accusant le ministre italien des Affaires étrangères de chercher à s’attirer les faveurs du Maroc en raison de ses liens supposés avec le palais royal.

    Il a par ailleurs affirmé que les forces de sécurité marocaines auraient délibérément laissé passer des foules de migrants vers Ceuta sans intervenir, suggérant que Rabat est soit incapable de contrôler ses frontières, soit qu’il instrumentalise la migration contre son voisin espagnol.

    La réaction de la droite et de l’extrême droite française aux événements de Ceuta a également été relayée, avec l’observation qu’elles auraient « accablé l’Espagne de reproches sans un seul mot sur le Maroc ».

    La télévision publique algérienne a adopté une ligne tout aussi critique envers Rabat, affirmant que les événements équivalaient à une « fuite massive » révélant les dures réalités économiques et sociales au Maroc.

    L’Algérie est elle-même confrontée à un taux de chômage des jeunes avoisinant les 31 %. Le gouvernement est sous le feu des critiques pour sa répression du mouvement de protestation du Hirak, qui a mobilisé des millions de personnes entre 2019 et 2021, et pour l’utilisation de poursuites pénales contre journalistes, militants et opposants.

    Sans surprise, la politique a imprégné les échanges des internautes algériens sur les réseaux sociaux. Les plateformes ont été inondées de commentaires sarcastiques, certains surnommant le Maroc « la Suisse » et insistant sur le caractère espagnol de Ceuta.

    Un internaute marocain a rétorqué que parmi les migrants cherchant refuge en Espagne se trouvaient également des Algériens, eux aussi en quête d’une échappatoire à la dure réalité de leur propre pays.

    Une autre publication vidéo a montré des individus d’autres nationalités fuyant leur pays d’origine pour une vie meilleure, soulignant que les motivations migratoires transcendent les appartenances nationales.

    Une vidéo partagée par un compte marocain a, quant à elle, mis en lumière la migration irrégulière en Algérie et le silence médiatique qui l’entoure.

    Tunisie : « il ne reste que le roi »

    En Tunisie, des internautes ont diffusé des vidéos de cette traversée massive vers Ceuta, souvent accompagnées de commentaires à la tonalité humoristique.

    Certains ont écrit : « Il ne reste que le roi », en allusion au grand nombre de personnes ayant quitté le Maroc en quelques heures seulement.

    D’autres, cependant, ont vu dans ces images une illustration de la profonde crise sociale et économique qui frappe une grande partie de la jeunesse nord-africaine, arguant que l’explosion du chômage pousse les individus à risquer leur vie pour atteindre l’Europe.

    La Tunisie est elle-même en proie à de graves problèmes économiques structurels. Le chômage des jeunes y atteignait 38 % en 2025, le taux le plus élevé parmi les trois pays du Maghreb.

    Le pays est également devenu une source significative de migration irrégulière vers l’Europe, les ressortissants tunisiens figurant désormais parmi les principaux groupes qui traversent la Méditerranée pour rejoindre l’Italie, ce qui confère une certaine ironie aux commentaires des Tunisiens sur les réseaux sociaux concernant la traversée vers Ceuta.

    Le président Kaïs Saïed a consolidé l’essentiel du pouvoir exécutif en juillet 2021, dissous le Parlement et promulgué en 2022 une nouvelle Constitution que des organisations de défense des droits humains dénoncent comme démantelant les acquis de la révolution de 2011.

    Comprendre Ceuta et Melilla

    L’Espagne maintient la souveraineté sur deux enclaves frontalières au nord du Maroc : Ceuta et Melilla.

    Ceuta, conquise par les Portugais en 1415, est restée sous leur contrôle pendant près de deux siècles avant de passer sous domination espagnole en 1668, suite au traité de Lisbonne.

    Melilla est entrée sous l’autorité de la couronne espagnole à la fin du XVe siècle, lorsque les Espagnols s’en sont emparés en 1497, cinq ans après la chute de Grenade, dernier bastion de la présence islamique dans la péninsule Ibérique.

    En 1995, Madrid a accordé un statut d’autonomie aux deux villes, les alignant sur les autres régions espagnoles bénéficiant d’un système décentralisé similaire.

    Le Maroc persiste à considérer Ceuta et Melilla comme des territoires occupés, qu’il désigne comme les « deux enclaves », et réclame depuis longtemps un règlement de cette question par le dialogue avec l’Espagne.

    Madrid, de son côté, réaffirme sa pleine souveraineté sur ces deux villes, qui sont devenues des points de passage majeurs pour la contrebande et la migration irrégulière vers l’Europe via l’Espagne.

    Cette réalité a conduit les autorités espagnoles, dès 1995, à ériger une clôture de 8,4 kilomètres de long, séparant la ville du territoire marocain. Atteignant jusqu’à 10 mètres de hauteur par endroits, elle est équipée de barbelés, de capteurs électroniques et de haut-parleurs pour prévenir toute tentative d’intrusion.

    Une autre barrière frontalière a été construite entre Melilla et le Maroc au milieu des années 1990. Longue de 12 kilomètres et haute d’environ deux mètres, elle est dotée d’un équipement électronique similaire pour empêcher les migrants d’entrer illégalement dans la ville.

    La crise de 2021, qui avait vu environ 8 000 personnes franchir la frontière en quelques jours, avait été largement attribuée à une brouille diplomatique entre Madrid et Rabat. Cette tension était survenue après que l’Espagne avait autorisé le chef du Front Polisario du Sahara occidental à recevoir des soins médicaux sur son sol. Le Maroc avait alors nié toute implication dans cette crise.

  • Derrière l’afflux de migrants à Ceuta, l’Espagne soupçonne une tentative de pression politique de la part du Maroc

    Derrière l’afflux de migrants à Ceuta, l’Espagne soupçonne une tentative de pression politique de la part du Maroc

    Derrière l’afflux de migrants à Ceuta, l’Espagne soupçonne une tentative de pression politique de la part du Maroc

    En 24 heures, environ 60 000 migrants sont entrés illégalement dans cette enclave espagnole frontalière du Maroc, un territoire de 20 km2 peuplé de 85 000 habitants. Dans cet article, le média public espagnol RTVE s’interroge : est-ce une volonté de Rabat de faire payer à Madrid un rapprochement avec l’Algérie ?

    Article rédigé par Vu d’Europe
    France Télévisions
    Publié
    Temps de lecture : 8min
    Des migrants arrivent sur la côte de l'enclave espagnole de Ceuta après avoir contourné à la nage la clôture frontalière entre le Maroc et l'Espagne, le 30 juillet 2026. (LUCIA DIAZ / AFP)

    Des milliers de Marocains sont arrivés à la nage dans la ville autonome de Ceuta, une semaine après la visite du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez en Algérie. En 2021, près de 9 000 personnes étaient entrées dans le pays, après l’accueil du leader du Front Polisario [un mouvement politique et armé indépendantiste du Sahara occidental, opposé au Maroc], en Espagne.

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    Le chaos règne à la frontière entre Ceuta et Castilejos [une ville marocaine appelée Fnideq par les Marocains], après l’arrivée de milliers de jeunes Marocains sur les terres espagnoles, lors de l’une des plus grandes crises migratoires de ces cinq dernières années. Bien que la police marocaine ait coupé l’accès routier, une file interminable de jeunes, de familles et même de personnes à mobilité réduite s’est dispersée pour rejoindre la ville autonome espagnole en traversant les collines ou en sautant dans la mer à la nage.

    L’administration espagnole assure que les relations bilatérales entre les deux pays sont en bon état. Des sources du ministère des Affaires étrangères ont assuré que l’accord actuel avec le Maroc était « excellent », qualifiant la coordination migratoire entre les deux pays d’« intense ». Ensemble, ils ont convenu de redoubler d’efforts pour faire face à la crise. Après des heures de silence institutionnel, le gouvernement du Maroc a confirmé ce qui avait été annoncé par l’Espagne et a assuré que les deux pays étaient parvenus à un accord pour rapatrier les personnes entrées illégalement à Ceuta.

    Une décision juridique « mal interprétée » selon une experte

    De nombreuses inconnues subsistent quant à ce qui s’est passé. Le ministère de l’Intérieur, dirigé par Fernando Grande-Marlaska, attribue cet épisode à des réseaux de traite d’êtres humains qui, selon eux, « exploitent une décision de justice » pour favoriser le flux de migrants sans papiers.

    Cette récente décision de la Cour suprême établit que toutes les personnes qui entrent sur le territoire espagnol ont droit à une assistance juridique et à ce que leur situation soit « étudiée individuellement ». Ruth Ferrero, professeur de sciences politiques et chercheuse à l’Institut Complutense d’études internationales (ICEI), explique que la phrase est « mal interprétée » : « Il ne s’agit que d’appliquer le droit international à l’asile, mais cela ne signifie pas qu’il existe une sorte d »open bar’ » ou qu’il ne peut y avoir aucun retour ou rapatriement au Maroc ». Cela ne constitue pas un obstacle au fait que, comme l’assure l’Intérieur, des réseaux de trafiquants ont été utilisés pour promouvoir l’entrée.

    Un précédent en 2021

    Quelque chose de similaire s’est produit en mai 2021. Cette fois, près de 9 000 personnes sont entrées à Ceuta, en représailles du gouvernement de Mohamed VI pour avoir accueilli le leader du Front Polisario, Brahim Ghali, dans un hôpital espagnol. Un acte que le Maroc a qualifié de « déplorable ». Quelque temps après cet événement, plusieurs rapports du Centre national de renseignement (CNI) [espagnol] ont révélé une prétendue propagation de rumeurs au sein de la communauté des migrants subsahariens selon lesquelles les forces et organismes de sécurité marocains allaient lever les contrôles sur la côte nord ce jour-là.

    Ce n’est donc pas la première fois que Rabat résout ses crises diplomatiques avec Madrid en permettant un afflux massif d’immigrants, même s’il est encore trop tôt pour connaître les implications des intérêts politiques du gouvernement marocain. Haizam Amirah Fernández, directeur exécutif du Centre d’études arabes contemporaines (CEARC), estime qu’il y a un « schéma » dans ces entrées de masse : « Les autorités marocaines utilisent les mouvements humains pour envoyer des messages, ce qui est souvent associé à des attentes non satisfaites de la part des dirigeants marocains ».

    Ruth Ferrero appelle toutefois à la « prudence » et qualifie d’incorrect « d’interpréter toute la pression migratoire en provenance du Maroc comme une stratégie politique » : « Concrètement, ce que nous vivons ces derniers temps ne semble pas répondre, a priori, à un objectif politique marocain. C’est du moins ce qu’indiquent les informations disponibles et le message envoyé par l’Intérieur. » Pour la chercheuse, ce qui est vraiment pertinent dans cette situation, c’est la manière dont les réseaux de désinformation ont fonctionné en lien avec les mafias.

    Selon des sources policières de l’agence [de presse espagnole] EFE, les autorités marocaines ont tenté de stopper l’arrivée de jeunes dans le nord du pays par des inspections dans les transports publics et les routes, et c’est l’effet d’appel, multiplié, qui a provoqué le débordement des forces de sécurité marocaines.

    Une semaine après une rencontre avec l’Algérie

    L’entrée massive à Ceuta jeudi intervient une semaine après la visite de Pedro Sanchez en Algérie, marquant « une nouvelle phase » dans les relations entre l’Espagne et le pays du Maghreb. Lors de sa rencontre avec le président Abdelmadjid Tebboune et le Premier ministre Sifi Ghrieb, l’accent a été mis sur l’approvisionnement en gaz, une question importante en raison du conflit au Moyen-Orient et du blocus du détroit d’Ormuz.

    « Je ne sais pas si cela peut être considéré comme un facteur déterminant, mais il y a une coïncidence temporelle très claire », explique Amirah Fernandez à propos d’un lien possible entre ce qui s’est passé à Ceuta et cette proximité récente avec le pays voisin du Maroc. « La rivalité entre les deux pays existe pratiquement depuis leur indépendance. Il y a eu des étapes de coopération et des tentatives d’intégration régionale, mais la phase actuelle est l’une des pires de ces dernières décennies. Il est donc raisonnable de penser que cette visite de Sanchez n’a pas été bien vécue à Rabat. »

    Pour le Maroc, selon l’expert, la situation entre l’Espagne et les pays maghrébins est souvent interprétée comme un jeu à « somme nulle » : « Si l’Espagne améliore ses relations avec l’Algérie, elle considère que cela nuit au Maroc ; et, de la même manière, si elle améliore ses relations avec le Maroc, elle comprend que cela nuit à l’Algérie ».

    Pour Ruth Ferrero, Rabat conserve une position de pouvoir sur Madrid, mais que cela est « la conséquence d’une politique de vision sécuritaire et d’externalisation de la gestion des migrations » : « Ce n’est pas tant que le Maroc a délibérément recherché cette position, mais qu’il a très bien su jouer ses cartes dans un contexte où les gouvernements européens, dont le gouvernement espagnol, ont délégué le contrôle des flux migratoires à des pays tiers ».

    La question du Sahara occidental au coeur des tensions

    La coercition migratoire d’il y a cinq ans a été précédée de plusieurs événements de tensions bilatérales entre l’Espagne et le Maroc. En décembre 2020, Rabat a suspendu la tenue de la réunion de haut niveau (RAN) avec Madrid, quelques jours après que Donald Trump, qui en était encore à son premier mandat, a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en échange de la normalisation des relations avec Israël. Quelques mois plus tard, [l’Espagne] a accueilli Brahim Ghali, arrivé d’Algérie pour être hospitalisé à Logroño pour un coronavirus.

    Le Maroc a « pris note » de cette hospitalité envers le leader du Polisario, qui a donné lieu à un incident frontalier au cours duquel deux personnes ont trouvé la mort.

    « La relation hispano-marocaine est complexe », affirme Amirah Fernández. « Le Maroc conserve un style que certains qualifient d’assertif. En d’autres termes, la prise de décision est concentrée sur un petit nombre de personnes et l’on a tendance à faire preuve de force. »

    Depuis son indépendance en 1956 après la fin des protectorats français et espagnol, le traitement entre les deux pays a fait l’objet de conflits dans la région du Sahara occidental, l’ancien Sahara espagnol, envahi par le Maroc en 1975. Un an plus tard, Madrid a abandonné la zone et s’est déchargé de toute responsabilité en ce qui concerne son administration. Le territoire est actuellement occupé à 80% par le pays du Maghreb, tandis que le pourcentage restant est aux mains du Front Polisario, fondé en 1973 en tant que mouvement de libération nationale sahraoui.

    Depuis l’arrivée au pouvoir de Trump à la Maison Blanche, la dérive pro-marocaine de Washington semble ramener le conflit du Sahara à un point de non-retour. Le républicain a reconnu la souveraineté marocaine sur la région en 2020, ce qui a entraîné une période de tensions diplomatiques, catalysant la crise de Ceuta en 2021.

    Le grand tournant s’est produit en 2022, avec la lettre de Pedro Sanchez à Mohamed VI dans laquelle le président espagnol aurait soutenu la proposition de Rabat d’autonomie au Sahara, abandonnant une position historique sur le conflit dans la région : « Ce qui s’est réellement passé avec cette lettre, c’est que le gouvernement espagnol a abandonné une position de neutralité », souligne Amirah Fernández. « Jusqu’alors, l’Espagne soutenait toute solution convenue entre les parties. Cependant, dans cette lettre, il a exprimé pour la première fois une préférence : la proposition d’autonomie du Sahara au sein du Royaume du Maroc, qui est précisément l’option défendue par Rabat. Mais cela ne constitue pas une reconnaissance légale de la souveraineté marocaine sur le territoire. »

    Une part d’influence des réseaux sociaux

    Les réseaux sociaux, au-delà de la déduction d’un éventuel intérêt politique de la part du régime de Mohamed VI, ont sans aucun doute joué un rôle fondamental dans cette crise migratoire. Une étude de l’Observatoire nordique des droits de l’homme au Maroc a conclu cette semaine que 81% des jeunes interrogés considéraient que le contenu sur la migration diffusé sur les réseaux sociaux fait passer la migration irrégulière comme « une solution pour améliorer les conditions de vie ».

    L’étude, basée sur une enquête menée auprès de 500 jeunes de la région de Tanger, Tétouan et Al Hoceima (nord), souligne également que 78,4% des participants affirment que les jeunes trouvent facilement des publications qui font la promotion de la migration irrégulière, tandis que 74,2% déclarent suivre des pages fournissant des informations ou aidant à planifier ce type de voyage.

    Un article écrit par Alex Mateos (RTVE), initialement publié le 31 juillet 2026 à 07h05. Traduit et édité pour franceinfo par Alice Kouri.

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    Au Burkina Faso, le régime du capitaine Ibrahim Traoré a popularisé une formule choc pour incarner sa quête d’indépendance économique : « Y’a pas crédit dedans ». Inondant les réseaux sociaux et les discours officiels, ce slogan martèle l’idée que les grands chantiers – routes, infrastructures, modernisation de l’État – seraient entièrement financés par les ressources nationales, sans dépendre de la dette extérieure. Une rhétorique qui séduit une opinion publique en quête de souveraineté, mais qui mérite d’être examinée à la lumière des documents budgétaires et des accords financiers.

    La transparence budgétaire face aux promesses politiques

    Affirmer que chaque projet est financé « sans crédit » relève d’une simplification trompeuse. En réalité, des conventions signées avec la Banque islamique de développement pour des projets routiers révèlent un recours systématique à des prêts concessionnels, remboursables selon des échéances précises. Ces engagements, bien que avantageux, n’en restent pas moins des dettes publiques inscrites dans les comptes de l’État. La contradiction entre le discours officiel et les faits économiques interroge : comment justifier l’absence totale de financement extérieur lorsque les ressources locales se révèlent insuffisantes ?

    Un contexte économique qui rend l’autofinancement illusoire

    Le Burkina Faso cumule aujourd’hui des défis structurels majeurs :

    • une crise sécuritaire aux coûts exorbitants ;
    • une explosion des dépenses militaires pour contrer les groupes armés ;
    • une pression accrue sur les finances publiques, aggravée par la baisse des recettes fiscales dans les zones touchées par l’insécurité ;
    • des besoins colossaux en infrastructures pour relancer l’économie ;
    • des déplacements massifs de populations, générant des dépenses sociales supplémentaires.

    Dans un tel environnement, financer des projets pharaoniques en exclusivité sur fonds propres relève de l’utopie pour de nombreux économistes. Les partenaires internationaux, comme la Banque islamique de développement, restent donc des acteurs incontournables pour boucler les budgets.

    L’emprunt n’est pas l’ennemi : l’opacité, si

    Contracter une dette n’est pas en soi condamnable – surtout lorsqu’elle sert à financer des infrastructures productives, améliorer les transports ou renforcer les services publics. Le vrai problème réside dans le manque de clarté : les citoyens ignorent souvent l’origine exacte des fonds, les taux d’intérêt appliqués, les échéances de remboursement ou encore le coût réel des projets. Une gouvernance financière responsable exige de substituer les slogans par des rapports détaillés, accessibles à tous.

    Les contribuables burkinabè, actuels et futurs, ont le droit de savoir si les emprunts d’aujourd’hui généreront suffisamment de richesse pour être remboursés demain. Sans cette transparence, le slogan « Y’a pas crédit dedans » se transforme en leurre, risquant de créer des attentes irréalistes sur la capacité de l’État à se passer de partenaires extérieurs.

    Une communication au service d’une stratégie politique

    Derrière cette formule se cache une volonté de marquer une rupture avec les pratiques passées. Elle alimente la fierté nationale en présentant chaque réalisation comme la preuve d’une autonomie retrouvée. Pourtant, lorsque la communication l’emporte sur la pédagogie budgétaire, le risque est de masquer les réalités économiques au profit d’un récit politique. Les générations futures, elles, hériteront des dettes contractées aujourd’hui – et des infrastructures qui les accompagnent.

    La souveraineté économique, bien plus qu’un refus de s’endetter

    La véritable souveraineté ne se mesure pas à l’absence de crédit, mais à la capacité d’un État à :

    • gérer ses finances avec rigueur ;
    • investir de manière stratégique ;
    • publier des comptes publics accessibles et compréhensibles ;
    • rendre des comptes aux citoyens ;
    • utiliser les emprunts de façon responsable pour stimuler une croissance durable.

    Une nation forte ne nie pas ses engagements financiers. Elle les assume avec honnêteté, en s’assurant qu’ils servent l’intérêt général. Le débat ne doit plus opposer endettement et souveraineté, mais se concentrer sur la qualité de la gestion et la transparence des décisions.

    Conclusion : au-delà des mots, des choix budgétaires concrets

    Le slogan « Y’a pas crédit dedans » a marqué les esprits, mais il ne peut constituer la pierre angulaire d’une politique économique durable. Les accords avec des institutions comme la Banque islamique de développement rappellent que le Burkina Faso, comme la plupart des pays en développement, continue de s’appuyer sur des financements extérieurs pour concrétiser ses ambitions. La véritable souveraineté résidera dans la capacité à transformer ces ressources en leviers de développement équitable, sans sacrifier la transparence ni la crédibilité budgétaire.

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    Les détails de cette coopération ont été annoncés à la suite d’une récente rencontre entre le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et des représentants de l’AES à Niamey, au Niger. Les deux parties se sont engagées à renforcer leur coopération en matière de défense afin d’aider les trois pays membres de l’AES à lutter contre les violences perpétrées par des groupes extrémistes et à relever les défis sécuritaires persistants dans la région.

    Cette initiative visant à renforcer la coopération militaire est perçue comme une nouvelle étape dans l’expansion de l’influence russe dans la région du Sahel, où le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont ces dernières années mis fin ou considérablement réduit leur coopération militaire avec la France et certains partenaires occidentaux.

    Cependant, de nombreux experts estiment que si le soutien militaire peut renforcer les capacités de lutte contre le terrorisme à court terme, il est peu probable qu’il s’attaque aux causes profondes de l’instabilité dans la région, telles que la mauvaise gouvernance, la pauvreté, le changement climatique, la concurrence pour les ressources et la propagation des groupes armés extrémistes.

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    L’AES a été créée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger en septembre 2023 dans le cadre d’un traité de défense mutuelle, avant de se transformer officiellement en une alliance visant l’intégration politique , économique et de défense.

    Début 2025, ces trois pays se sont retirés de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et ont simultanément lancé un plan visant à constituer une force militaire conjointe d’environ 5 000 soldats pour coordonner les efforts de lutte contre le terrorisme et la protection des frontières.

    Moscou a renforcé sa présence militaire au Sahel avec le déploiement du Corps d’armée russe en Afrique – une force créée par le ministère russe de la Défense pour remplacer le rôle précédent de la société militaire privée Wagner dans plusieurs pays africains.

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  • Sahara occidental : L’art de l’équilibre mauritanien à l’épreuve des tensions régionales

    Sahara occidental : L’art de l’équilibre mauritanien à l’épreuve des tensions régionales

    Un incident diplomatique survenu fin juillet 2026 à Dakar a remis en lumière la position singulière de la Mauritanie sur la question du Sahara occidental. Entre « neutralité positive », impératifs économiques et préservation de sa souveraineté, Nouakchott cultive une ambiguïté stratégique devenue sa marque de fabrique pour ne pas froisser le Maroc.

    C’est un coup de sang diplomatique qui en dit long sur la nervosité ambiante dans la région. Lors d’une réception organisée par l’ambassade du Maroc à Dakar pour la présentation d’un ouvrage, l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, a déclenché une vive polémique. En affirmant que dans l’imaginaire sénégalais, le Maroc se situait à « quelques kilomètres » du Sénégal – une référence implicite aux frontières historiques précédant la colonisation –, l’homme politique a provoqué l’ire du représentant mauritanien, Mohamed Ould Abdellahi Ould Ethmane. Ce dernier a immédiatement interrompu le discours, dénonçant une tentative de « révisionnisme historique » gommant l’existence même de la Mauritanie.

    Si l’ambassadeur marocain, Hassan Naciri, a rapidement joué les médiateurs pour éteindre l’incendie, l’épisode a agi comme un révélateur. Il illustre la ligne de crête sur laquelle navigue la diplomatie mauritanienne, sommée de justifier sa présence à un événement célébrant la marocanité du Sahara tout en revendiquant une stricte neutralité dans ce conflit vieux de cinquante ans.

    La polémique déclenchée par les propos de Gadio, continue de susciter de vives réactions en Mauritanie dont l’ancien ministre mauritanien des Affaires étrangères, Isselmou Ahmed Izidbih. Dans un poste publié sur Facebook. Ould Izidbih a indiqué qu’en « qualité de citoyen mauritanien, je souhaiterais que Monsieur C. T. GADIO soit déclaré persona non grata dans les eaux territoriales de Mauritanie, dans son espace aérien et sur son sol »

    Le grand écart diplomatique de Nouakchott

    Cette scène dakaroise résume à elle seule les paradoxes d’une position que les autorités mauritaniennes n’hésitent plus à assumer publiquement. D’un côté, la Mauritanie reconnaît officiellement la République arabe sahraouie démocratique (RASD) depuis 1984. Elle maintient des canaux de communication réguliers avec le Front Polisario et veille à ne pas froisser le parrain algérien, crucial pour son équilibre sécuritaire au nord.

    D’un autre côté, Nouakchott refuse d’accorder le statut d’ambassade à la représentation sahraouie sur son sol. Une concession majeure faite à Rabat, qui considère toute reconnaissance de la RASD comme un casus belli. En s’affichant aux commémorations officielles marocaines, la diplomatie mauritanienne envoie un signal de respect à son voisin du Nord, à condition que celui-ci ne ressuscite pas, même par procuration, le vieux concept du « Grand Maroc » qui englobait autrefois le territoire mauritanien.

    Guerguerat, le poumon économique

    Au-delà des symboles, c’est le pragmatisme économique qui dicte la conduite de la Mauritanie. Le poste-frontière de Guerguerat, situé à la lisière du Sahara occidental et du territoire mauritanien, est devenu le cordon ombilical reliant le Maroc à l’Afrique de l’Ouest.

    Chaque jour, des centaines de camions marocains traversent cette zone pour approvisionner les marchés mauritaniens, sénégalais et maliens en produits agricoles et manufacturés. Nouakchott n’a aucun intérêt à bloquer ce flux qui nourrit son économie et stabilise ses approvisionnements. En sécurisant et en ouvrant ses frontières à ce commerce, la Mauritanie valide de facto le contrôle opérationnel du Maroc sur le territoire, tout en refusant de le reconnaître de jure.

    Une ambiguïté assumée pour survivre

    Pour les observateurs de la région, cette politique du « en même temps » n’est pas une indécision, mais une stratégie de survie. Coincée géographiquement entre un Maroc expansionniste sur le plan économique et une Algérie sourcilleuse sur le plan géopolitique, la Mauritanie ne peut se permettre de choisir un camp sans s’exposer à des représailles économiques ou à une déstabilisation de ses frontières.

    L’incident provoqué par Cheikh Tidiane Gadio rappelle simplement que cette neutralité, aussi acrobatique soit-elle, reste extrêmement inflammable. Dès que l’identité nationale ou l’intégrité territoriale de la Mauritanie semble diluée dans les ambitions de ses voisins, Nouakchott sort instantanément de sa réserve pour rappeler qu’elle reste le pivot indispensable – et souverain – de l’équilibre maghrébin.

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  • Le Bénin accorde la nationalité à 28 Afro

    Le Bénin accorde la nationalité à 28 Afro

    Afrique

    Le Bénin accorde la nationalité à 28 Afro-descendants

    Le Bénin a accordé la nationalité à 28 Afro-descendants, renforçant les liens avec sa diaspora lors d’une cérémonie marquant une étape clé de sa politique mémorielle.

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    Le Bénin accorde la nationalité à 28 Afro-descendants

    Le ministère de la Justice et de la Législation a procédé, le jeudi 30 juillet 2026, au Complexe judiciaire de Cotonou, à la remise officielle d’attestations de nationalité béninoise à vingt-huit Afro-descendants ayant choisi de renouer avec la terre de leurs ancêtres. Cette cérémonie, empreinte de solennité, s’inscrit dans la dynamique de reconnaissance historique et de réparation symbolique portée par le Bénin.

    Présidée par le Garde des Sceaux, ministre de la Justice et de la Législation, Yvon Detchenou, la cérémonie s’est déroulée en présence de la ministre des Affaires étrangères, Mme Corinne Amori Brunet, de la Conseillère technique du ministre de la Justice, Mme Rose-Marie Sossa, ainsi que de plusieurs personnalités politico-administratives. Elle marque une étape importante dans la politique mémorielle du Bénin et dans le renforcement des liens avec les Afro-descendants.

    Qualifiant cette remise d’attestations de « mémoire, résilience et avenir », Mme Rose-Marie Sossa a rappelé à l’assistance que la date retenue pour accueillir les récipiendaires n’était pas le fruit du hasard. En effet, le 30 juillet correspond à la Journée mondiale de lutte contre la traite des êtres humains.

    Selon la conseillère technique, l’obtention de la nationalité béninoise ouvre l’accès à la participation à la vie civique et offre également la possibilité de transmettre cette nationalité aux enfants des récipiendaires. « La nationalité béninoise vous engage envers le Bénin, envers son histoire, ses valeurs, ses lois et ses institutions », a-t-elle ajouté.

    Émus par l’accueil chaleureux que leur a réservé le Bénin, leur terre d’origine, les récipiendaires, venus des États-Unis, d’Haïti et d’autres pays, ont exprimé leurs sentiments à la réception de ce document hautement symbolique. God Win Louis, Afro-descendant haïtien, n’a pas caché sa joie : « Mes ancêtres viennent de Sakété et d’Allada. Cela fait déjà dix ans que je visite le Bénin. Aujourd’hui, je me sens encore plus Béninois », a-t-il confié. Pour Fresner Delva, Afro-descendant américain, cette reconnaissance constitue une réparation d’une injustice historique et la restauration d’une identité longtemps meurtrie.

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  • Maroc, Mauritanie, Sénégal : La géopolitique face aux raccourcis

    Maroc, Mauritanie, Sénégal : La géopolitique face aux raccourcis

    Entre le Maroc et le Sénégal, il y a le Sahara occidental… et surtout la Mauritanie, rappelle le journaliste mauritanien Ahmed Ould Bettar

    En réponse à Gadio, il y a d’abord un point géographique fondamental qu’il convient de rappeler : entre le Maroc et le Sénégal, il n’y a pas de raccourci. En effet, il y a le Sahara occidental. Mais surtout, il y a la Mauritanie.

    Cela peut sembler évident, pourtant les mots comptent, en particulier lorsqu’ils émanent de personnalités censées bien connaître les réalités africaines. En réalité, oublier la Mauritanie dans cette lecture de la région revient à enlever une pièce maîtresse de la charnière entre le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest.

    D’ailleurs, la Mauritanie ne se résume pas à une simple étendue désertique ou à une zone de transit. Il s’agit d’un État à part entière, pleinement reconnu, d’un acteur diplomatique majeur et d’un véritable pont stratégique entre deux grands espaces. En outre, elle joue un rôle central en matière de sécurité, de commerce et d’intégration régionale.

    C’est pourquoi la géographie ne se limite pas à des cartes : elle incarne des réalités tangibles et une exigence de respect. Les frontières existent, tout comme les États. Par conséquent, les ignorer — même involontairement — conduit à une simplification excessive d’une dynamique géopolitique pourtant bien établie.

    En somme, entre Rabat et Dakar, s’étendent des milliers de kilomètres traversés par des peuples, des histoires, des enjeux majeurs et des souverainetés. D’un côté, il y a le Sahara occidental, territoire au statut internationalement disputé. De l’autre, il y a la République islamique de Mauritanie, dont la place au cœur de cet échiquier est incontestable.

    Au final, si les raccourcis peuvent fonctionner en littérature, ils s’avèrent nettement plus dangereux en géopolitique.

    Ahmed Ould Bettar

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  • Mali : huit civils tués à Mopti, Human Rights Watch met en cause Africa Corps

    Mali : huit civils tués à Mopti, Human Rights Watch met en cause Africa Corps

    ACCUSATIONS

    Mali : huit civils tués à Mopti, Human Rights Watch met en cause Africa Corps

    Human Rights Watch (HRW) accuse le groupe paramilitaire russe Africa Corps d’être responsable d’une frappe aérienne ayant coûté la vie à huit civils, dont trois enfants, dans le centre du Mali. L’organisation affirme que l’attaque, menée le 15 juin dans le village de Kyrnia, ne visait pas un objectif militaire identifiable et demande l’ouverture d’une enquête. Les autorités maliennes et russes n’ont pas réagi à ces accusations.

     

    Credit Photo : DT

    Dans un rapport publié vendredi, Human Rights Watch indique qu’un avion de combat, identifié par deux sources militaires maliennes comme un Sukhoi Su-24, a largué au moins deux bombes sur le village de Kyrnia, situé dans la région de Mopti. Selon l’organisation, une première munition est tombée à proximité de la résidence du chef du village, provoquant la mort de son épouse, de deux de ses enfants et d’un autre enfant. Une seconde a frappé un marché aux bestiaux voisin, où quatre hommes ont été tués. Après avoir examiné les circonstances de l’attaque, HRW estime que les frappes ne semblent pas avoir ciblé un objectif militaire précis et les qualifie d’attaques menées sans distinction.

    Africa Corps revendique une opération contre des combattants

    Africa Corps, structure placée sous l’autorité du ministère russe de la Défense et engagée aux côtés des forces maliennes, a diffusé sur Facebook et X des images aériennes d’une frappe réalisée le 15 juin. Le groupe affirme avoir visé un point de rassemblement de « groupes terroristes » dans la région de Mopti. Human Rights Watch indique avoir géolocalisé ces images à Kyrnia. L’organisation ajoute qu’aucun membre du Jama’at Nusrat al-Islam wal Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda et présenté comme contrôlant le village depuis plusieurs années, ne semble avoir été tué lors du bombardement.

    Des habitants interrogés par HRW ont déclaré que trois fils du chef du village appartiennent au JNIM, mais qu’ils étaient absents au moment de la frappe. Ils affirment également que des combattants du groupe armé se trouvaient dans le village, principalement rassemblés dans une mosquée qui n’a pas été touchée. Human Rights Watch demande aux autorités maliennes d’ouvrir une enquête et d’établir les responsabilités. L’organisation rappelle que les opérations conduites par les forces maliennes et leurs alliés russes font régulièrement l’objet d’accusations de violations des droits humains.

    Selon les données de l’organisation Armed Conflict Location & Event Data (ACLED), 918 civils auraient été tués en 2025 lors d’opérations attribuées à l’armée malienne et à ses alliés russes. De leur côté, les Nations unies et Amnesty International ont déjà appelé à des enquêtes sur de possibles crimes de guerre imputés au JNIM et au Front de libération de l’Azawad (FLA).

    LSI AFRICA avec Reuters
  • « Le chaos sécuritaire favorise un projet géopolitique »

    « Le chaos sécuritaire favorise un projet géopolitique »

    PolitiqueRépublique démocratique du Congo

    « Le chaos sécuritaire favorise un projet géopolitique »

    Jean-Noël Ba-Mweze
    31 juillet 2026

    Selon le chercheur, Josaphat Musamba, le désordre sécuritaire entretenu dans l’est du Congo dépasse le cadre militaire et participe à une stratégie d’influence régionale.

    https://p.dw.com/p/5I4AN

    Alors que le gouvernement de la République démocratique du Congo affirme avoir signé avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda, les FDLR, un protocole pour le désarmement, la démobilisation et le cantonnement de ces rebelles rwandais présents dans l’est de la RDC, le Rwanda rejette l’initiative qu’il qualifie de “manœuvre dilatoire”. Cela fait des décennies que la RDC et le Rwanda s’affrontent sur la question des FDLR, dont certains sont accusés d’implication dans le génocide de 1994 au Rwanda. Kigali les considère toujours comme une menace, un argument qui justifie, selon lui, le déploiement de son armée dans l’est de la RDC, aux côtés des rebelles de l’AFC-M23. 

    Rwanda – Le général des FDLR Jean-Baptiste Gakwerere remis aux forces armées rwandaises

    Selon les accords signés l’année dernière à Washington, le Rwanda s’est engagé à retirer ses troupes et de son côté, Kinshasa s’est engagé neutraliser les FDLR. Mais comment expliquer aujourd’hui ce contraste entre les deux voisins ? 

    Les explications du chercheur Josaphat Musamba est doctorant à l’université de Gand, en Belgique

    Josaphat Musamba : Kigali a rejeté le processus de sensibilisation. Il vient de rejeter la formule de persuasion. Je pense que Kigali est de mauvaise foi. Que veut- il finalement ? Malgré ses présences sur les théâtres des opérations, je pense que ce statu quo dans l’est du Congo arrange Kigali et qu’il veut le consolider. Kigali n’est pas clair sur ses ambitions géostratégiques dans l’est du Congo.

    Polémique autour de la remise de présumés FDLR au Rwanda

    DW : Et selon vous, quelle est la vraie réalité sur la présence des FDLR dans l’est de la RDC ? Qu’est ce qui se cache derrière leur présence sur le territoire congolais ?

    Josaphat Musamba : Je crois que si pour Kigali et l’AFC/M23, les FDLR sont une partie intégrante des FARDC, ce qu’ils disent empiriquement, cela n’est pas vrai. Je crois que les alliés, l’AFC/M23 et RDF (l’armée officielle du Rwanda) sont incapables de neutraliser complètement ces FDLR qui sont dans leurs zones, ce qui est étonnant. Pour moi, ce chaos sécuritaire qu’ils ont installé dans l’est du Congo, il est favorable à un projet géopolitique plus vaste de Kigali. En contribuant à la désarticulation des entités administratives congolaises de l’Est du Congo, Kigali installe son influence dans cette partie du pays.

    DW : Pour Kigali, le protocole conclu entre Kinshasa et les FDLR ne répond pas aux exigences de l’accord de Washington et ne garantit ni le démantèlement ni la neutralisation des FDLR. Pensez-vous que les FDLR disparaîtront un jour pour que la paix revienne entre le Rwanda et la RDC ?

    Josaphat Musamba : Je soutiens que l’argument du Rwanda n’est pas factuel. La RDC a choisi moins la confrontation militaire que la persuasion avec les FDLR, en fonction du contexte. A mon avis, son approche est contextuelle. Tout en continuant à endiguer le RDF et le M23, la RDC ne peut ouvrir un deuxième ou un troisième front avec les FDLR. Si le dialogue peut persuader ce groupe-là. Et enfin, les FDLR comme groupes armés pourraient disparaître. Mais comme idéologie de lutte non pas génocidaire comme le disent les Rwandais et le M23. Une résistance contre le régime Kigali.