Catégorie : Analyses

  • L’union africaine peut-elle vraiment défendre la démocratie lors des élections ?

    L’union africaine peut-elle vraiment défendre la démocratie lors des élections ?

    L’Union africaine face à l’épreuve des élections en Afrique : entre procédures et réalité démocratique

    Les élections de 2025 en Afrique révèlent un paradoxe troublant : alors que l’Union africaine (UA) renforce ses missions d’observation électorale, la qualité démocratique des scrutins ne cesse de décliner. La Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance attribue à la Commission de l’UA la mission de surveiller la liberté, l’équité et la crédibilité des élections sur le continent. Pourtant, les résultats de 2025 montrent que cette surveillance reste largement formelle, sans impact concret sur les pratiques antidémiques.

    La liberté d’expression et l’espace civique sont sous pression dans de nombreux pays ayant organisé des élections cette année. Des gouvernements ont recours à des stratégies juridiques pour écarter l’opposition, restreindre les libertés et manipuler les processus électoraux. Ces méthodes, combinées à des coupures d’Internet et à des violences pré ou post-électorales, rendent les élections de plus en plus éloignées des standards démocratiques.

    Des élections de plus en plus procédurales et de moins en moins compétitives

    Freedom House a classé la majorité des pays africains ayant organisé des élections en 2025 comme « non libres ». Cette évaluation reflète une tendance inquiétante : les scrutins ne servent plus à exprimer la volonté populaire, mais à légitimer le maintien au pouvoir des élites dirigeantes. Dans des pays comme la Tanzanie, le Cameroun ou le Togo, les élections se résument à des rituels procéduraux, dépourvus de toute compétition politique réelle.

    Certains pays, comme le Malawi et les Seychelles, font figure d’exception. Ces nations ont connu des transferts pacifiques du pouvoir, illustrant une maturité démocratique rare en Afrique. Leur succès repose sur des institutions solides, une justice indépendante et des normes politiques respectées. Cependant, ces cas restent isolés et ne reflètent pas la tendance générale du continent.

    L’UA et l’autoritarisme : une approche trop timide face aux dérives

    L’Union africaine reconnaît les risques électoraux bien avant le jour du scrutin. Pourtant, ses rapports semestriels et ses déclarations se limitent souvent à des constats vagues sans mesures coercitives. Par exemple, après les élections en Tanzanie en 2025, le président de la Commission de l’UA a félicité le président sortant avant même la publication du rapport des observateurs. Ce rapport a pourtant souligné des lacunes majeures : élections non conformes aux principes de l’UA, faible compétitivité et tensions politiques.

    Les rapports officiels de l’UA mettent en garde contre les risques de violences post-électorales dans les régimes à parti dominant. Pourtant, les recommandations restent non contraignantes et sans conséquences pour les gouvernements concernés. Cette approche favorise l’impunité et ne permet pas de freiner l’érosion démocratique.

    Les coups d’État et les élections : un cercle vicieux contre la démocratie

    Dans des pays comme le Niger, le Burkina Faso ou le Mali, les élections organisées après des coups d’État servent davantage à consolider le pouvoir des putschistes qu’à rétablir la démocratie. La Charte africaine de la démocratie interdit explicitement aux auteurs de changements anticonstitutionnels de se présenter aux élections visant à rétablir l’ordre constitutionnel. Pourtant, ces dirigeants reportent indéfiniment les scrutins tout en maintenant une façade de légitimité.

    L’Acte constitutif de l’UA permet de suspendre les pays après un coup d’État, mais facilite leur réintégration après des élections. Cette logique favorise la normalisation des prises de pouvoir anticonstitutionnelles, comme le recommande le rapport de 2025 sur la réforme du cadre de gouvernance en Afrique. Pourtant, les États membres peinent à appliquer des sanctions efficaces contre les auteurs de coups d’État.

    L’UA face à un défi de taille : passer de l’observation à l’action

    Les tendances de 2025 se poursuivront en 2026, avec près de 15 pays africains organisant des élections. La majorité de ces scrutins auront lieu dans des régimes autoritaires, où les droits politiques et les libertés sont restreints. Par exemple, en Ouganda, les élections de janvier 2026 ont été marquées par des arrestations d’opposants, des restrictions pour la société civile et des coupures d’Internet. Malgré ces irrégularités, l’UA a salué la tenue du scrutin, soulignant une fausse progression démocratique.

    Pour inverser cette tendance, l’UA doit passer d’une logique d’observation passive à une action proactive. Cela implique de renforcer les mécanismes de sanction, de promouvoir des réformes électorales avant et après les scrutins, et de s’assurer que les principes de la Charte africaine soient appliqués sans exception. La crédibilité de l’Union africaine en dépend.

    En conclusion, les élections de 2025 ont montré que l’UA reste un témoin impuissant face à l’érosion démocratique. Son rôle doit évoluer vers une action plus ferme, capable de garantir des élections libres, équitables et compétitives sur tout le continent. Le défi est de taille, mais essentiel pour l’avenir de la démocratie en Afrique.

  • Mauritanie : les véritables défis du dialogue national selon la société civile

    Mauritanie : les véritables défis du dialogue national selon la société civile

    Un dialogue national centré sur l’inclusion et la refondation de l’État

    Le dialogue national en Mauritanie, piloté par Moussa Fall, mise sur une participation élargie de la société civile. L’objectif ? Garantir une gouvernance inclusive et renforcer la légitimité des décisions prises. Ce processus s’annonce crucial pour façonner l’avenir du pays.

    Les propositions du think tank Mauritanie Perspectives

    Amadou Doudou Diallo, ancien responsable du Bureau Organisation et Méthode (BOM) à la présidence, souligne le rôle clé du document produit par Mauritanie Perspectives. Ce texte plaide pour un dialogue de rupture avec les anciennes méthodes. Il insiste sur l’importance d’un moment de partage entre toutes les forces vives de la société mauritanienne. L’enjeu ? Une refondation de l’État face aux défis majeurs du pays. Pour y parvenir, il est essentiel de mettre en place un mécanisme de suivi pour appliquer les recommandations et décisions. La société civile, en tant qu’intermédiaire entre les dirigeants et les citoyens, joue un rôle central dans ce processus.

    L’engagement du CERIM dans le dialogue

    Houssein Dieng, administrateur du Cadre d’Échanges en République Islamique de Mauritanie (CERIM), un espace de débats, salue l’initiative du président. Pour lui, le dialogue est une arme pacifique pour résoudre les contradictions et les antagonismes. Le CERIM y contribue activement, en abordant des sujets sensibles comme le passif humanitaire et l’esclavage, deux enjeux majeurs pour l’avenir de la Mauritanie.

  • Le Fonds commun santé au Niger : analyse approfondie par l’AFD

    Depuis sa création en 2006, le Fonds commun santé au Niger a mobilisé 91 millions d’euros pour soutenir les politiques sanitaires nationales. Une récente évaluation de ses impacts, présentée dans le volet Afrique du rapport d’évaluations de l’Agence française de développement (AFD), confirme la pertinence de ce mécanisme et formule des recommandations clés pour son optimisation.