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  • Situation alarmante des droits humains au Mali en 2025

    situation des droits humains au Mali : une crise persistante en 2025

    En 2025, le Mali fait face à une dégradation marquée des droits fondamentaux, notamment la liberté d’expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté d’association. Des opposants politiques, des membres de la société civile et des militants sont régulièrement arrêtés de manière arbitraire ou soumis à des disparitions forcées. Les forces gouvernementales, leurs alliés ainsi que des groupes armés multiplient les violences illégales contre les civil·e·s, incluant des meurtres ciblés, des blocus imposés dans plusieurs villes et la fermeture de plus de 2 000 écoles en raison de l’insécurité.

    contexte politique et sécuritaire au Mali

    La situation au Mali s’est complexifiée après l’échec d’un processus de paix boycotté par les partis politiques, la société civile et certains groupes armés. En février 2025, les autorités ont adopté la Charte nationale pour la paix et la réconciliation, un texte visant à restaurer la stabilité. Cependant, la transition politique, instaurée après le coup d’État de 2020, a été prolongée de cinq ans en avril, suscitant des tensions.

    En juin, le groupe Wagner a été remplacé par l’Africa Corps, une structure placée sous l’autorité du ministère russe de la Défense, dans le cadre d’un partenariat sécuritaire avec le Mali. Parallèlement, en août, les autorités ont annoncé avoir déjoué un coup d’État, entraînant l’arrestation de plusieurs militaires et d’un diplomate français, également membre des services de renseignement. Enfin, en septembre, le Mali a annoncé son retrait de la Cour pénale internationale (CPI).

    répression des libertés fondamentales

    Les autorités maliennes ont dissous tous les partis politiques, une décision symbolisant une répression systématique des droits démocratiques. En avril et mai, des manifestations organisées à Bamako pour dénoncer cette mesure ont été violemment réprimées par les forces de sécurité.

    disparitions forcées et arrestations arbitraires

    Plusieurs personnalités ont été victimes de disparitions forcées ou d’arrestations arbitraires. Parmi elles :

    • Alou Badra Sacko, coordonnateur de l’Appel du 20 février et président du mouvement Touche pas à mon argent, enlevé le 14 mars à Bamako après avoir critiqué les taxes sur les transactions mobiles. Il a été libéré le 24 mai.
    • El Bachir Thiam, dirigeant du parti Yelema, enlevé le 8 mai à son domicile. Il a été libéré le 26 septembre après une mobilisation internationale, notamment de l’ONU.
    • Alhassane Abba, secrétaire général du parti Convergence pour le développement du Mali, enlevé le même jour à Bamako et libéré le 5 juin sans avoir été jugé.

    Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a également appelé à la libération de Moulaye Baba Haïdara, Mahamoud Mohamed Mangane et Amadou Togola, détenus depuis 2023 et torturés en prison. Moussa Mara, ancien Premier ministre, a été condamné en octobre à un an de prison pour avoir critiqué la détention de militants. Enfin, Clément Dembele, militant anticorruption, reste détenu malgré un jugement en sa faveur.

    violences perpétrées par les groupes armés

    Les groupes armés, notamment l’État islamique au Sahel (EIS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), continuent de cibler les civil·e·s. Voici quelques exemples marquants :

    • En février, 34 civil·e·s ont été tués dans une attaque de l’EIS près de Gao.
    • En mai, Sidi Barka, dirigeant de la société civile, a été enlevé à Ménaka et retrouvé mort en août.
    • Ousmane Kampo, maire de Konna, a été enlevé par le GSIM en mai et libéré en octobre.
    • En août, des membres de la katiba du Macina ont tué des civil·e·s et provoqué un exode à Farabougou. Le maire de Dogofry, Modibo Kimbiri, et son chauffeur ont également été tués.
    • Le 6 novembre, Mariam Cissé, influenceuse, a été enlevée à Echell, emmenée à Tonka et exécutée publiquement le lendemain.

    exactions des forces gouvernementales et de leurs alliés

    L’armée malienne et ses partenaires, dont l’Africa Corps, ont commis de graves violations du droit international humanitaire, incluant des tortures et des exécutions extrajudiciaires :

    • Le 16 mars, une frappe de drone des FAMa a tué au moins 10 civil·e·s à Ejdeïr (Tombouctou).
    • Le 12 avril, une centaine d’hommes, principalement de la communauté peule, ont été arrêtés à Sebabougou. Une soixantaine d’entre eux ont été torturés au camp de Kwala avant d’être exécutés. Des corps en décomposition ont été retrouvés près du camp.
    • Le 12 mai, entre 23 et 27 hommes ont été exécutés sommairement par des militaires et des miliciens dozos à Diafarabé, leurs corps jetés dans des fosses communes.

    droits économiques et sociaux : une population en souffrance

    Les groupes armés, comme le GSIM, ont imposé des blocus autour de plusieurs villes, privant la population de ses droits fondamentaux, notamment la sécurité alimentaire et la liberté de circulation. En juillet, le GSIM a restreint l’accès au carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, ciblant les camions-citernes sur les routes.

    droit à l’éducation : des milliers d’enfants privés d’école

    La crise éducative s’aggrave : en juin 2025, plus de 2 000 écoles étaient fermées, privant 618 000 enfants de leur droit à l’éducation. La région de Kidal est la plus touchée, avec 63 % d’enfants déscolarisés.

  • Le Fonds commun santé au Niger : analyse approfondie par l’AFD

    Depuis sa création en 2006, le Fonds commun santé au Niger a mobilisé 91 millions d’euros pour soutenir les politiques sanitaires nationales. Une récente évaluation de ses impacts, présentée dans le volet Afrique du rapport d’évaluations de l’Agence française de développement (AFD), confirme la pertinence de ce mécanisme et formule des recommandations clés pour son optimisation.

  • Niger : explosion des cas de rougeole, une urgence sanitaire

    Niger : explosion des cas de rougeole, une urgence sanitaire

    Niger : explosion des cas de rougeole, une urgence sanitaire

    Le docteur François Rubona est coordinateur médical pour Médecins Sans Frontières au Niger. Depuis le mois de février, les équipes de MSF mènent des campagnes de vaccination dans plusieurs régions du pays. Cette initiative répond à l’émergence précoce de foyers de rougeole. Focus sur l’évolution de cette épidémie au Niger.

    Quelle est l’ampleur de l’épidémie de rougeole au Niger ?

    Au Niger, le nombre de cas de rougeole a connu une hausse alarmante en 2021 par rapport à l’année précédente. Les données officielles révèlent que, dès le premier trimestre, 3 213 cas ont été recensés contre seulement 1 081 cas en 2020, soit une triple augmentation. En avril, le pays avait déjà dépassé les 6 000 cas suspects. Cette épidémie a causé 15 décès, et 27 districts sur 73 sont désormais classés en situation épidémique. Les régions les plus affectées sont Agadez, Dosso et Tahoua.

    La rougeole, reconnue comme la maladie virale la plus contagieuse, figure parmi les principales causes de mortalité infantile. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise une couverture vaccinale de 95% pour endiguer la propagation. Pourtant, dans de nombreux centres de santé nigériens, ce taux peine à dépasser les 50%. Dans certaines zones comme Diffa, Tillabéry ou Tahoua, l’insécurité croissante, marquée par des mouvements de populations, limite l’accès aux soins primaires. Par ailleurs, la pandémie de Covid-19 a engendré des contraintes supplémentaires pour les campagnes de vaccination de routine et de rattrapage.

    Quels obstacles entravent la lutte contre la rougeole au Niger ?

    L’apparition des premiers cas de Covid-19 au Niger en mars 2020 a généré de la méfiance envers les centres de santé. Cette appréhension a entraîné une diminution drastique des visites des mères pour les vaccinations de routine.

    La pandémie a également touché le personnel soignant : des agents ont été testés positifs ou considérés comme cas contacts, réduisant ainsi les effectifs disponibles. Les ressources humaines ont été redirigées vers la lutte contre le Covid-19, au détriment des activités préventives. L’importation de matériel médical a été compliquée par les restrictions et les fermetures de frontières. En 2021, près de 700 000 doses de vaccins ont été acheminées au Niger pour répondre à l’urgence épidémique et constituer des stocks de réserve.

    Une faible participation aux campagnes de vaccination a été observée ces dernières semaines, en partie à cause d’une confusion avec la vaccination contre le Covid-19. À Niamey et dans la région de Tillabéry, certaines communautés ont refusé les injections. Pour y remédier, MSF a intensifié les actions de sensibilisation et d’implication communautaire. L’objectif est de rappeler aux familles l’importance de la vaccination contre la rougeole pour protéger les enfants et interrompre la transmission du virus.

    Quelles sont les perspectives pour les prochains mois ?

    La situation épidémiologique au Niger reste préoccupante, illustrant la baisse de la couverture vaccinale et des activités de vaccination systématique. Cette tendance avait déjà été observée pour d’autres maladies comme la méningite, avec plus de 1 100 cas recensés. Si les vaccinations de routine ou de rattrapage ne reprennent pas, leurs effets négatifs pourraient se prolonger sur plusieurs années.

    Avec l’arrivée imminente des pics saisonniers de paludisme et de malnutrition, les autorités sanitaires surveillent de près l’évolution de la situation. L’année dernière, le pic de paludisme avait été particulièrement sévère en termes de durée et d’intensité, s’étendant jusqu’en janvier 2021. Par ailleurs, les projections concernant la sécurité alimentaire et la malnutrition pour 2021 sont très alarmantes. Une vigilance accrue est nécessaire, y compris dans des zones moins exposées aux conflits, comme les régions de Maradi et Zinder, souvent moins soutenues par les bailleurs de fonds.

  • Situation dramatique des Peuls au Burkina Faso : violences et impunité

    Situation dramatique des Peuls au Burkina Faso : violences et impunité

    Une crise humanitaire sans précédent frappe les Peuls du Burkina Faso

    Alors que la 45ème session du Conseil des droits de l’homme s’achève, l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et ses partenaires du Réseau SOS-Torture lancent un cri d’alerte urgent concernant la situation des Peuls au Burkina Faso. Ces populations, prises entre la lutte antiterroriste et les violences communautaires, subissent des violations massives des droits humains qui pourraient s’apparenter à des crimes internationaux.

    Des massacres systématiques et des conditions de détention inhumaines

    Depuis 2016, les communautés peules du Burkina Faso sont victimes de violences d’une extrême gravité. Les massacres perpétrés dans plusieurs localités revêtent un caractère massif, généralisé et systématique, évoquant même un nettoyage ethnique. Ces exactions sont le fait, d’une part, des forces de sécurité et des groupes d’autodéfense soutenus par l’État, et, d’autre part, des groupes armés non étatiques.

    Entre janvier 2019 et mai 2020, des centaines de civils ont été tués dans des localités comme Yirgou, Kain Ouro, Banh, Barga, Djibo et Tawalbougou. Parallèlement, des milliers d’autres, dont des enfants, sont détenus dans des conditions inhumaines dans des prisons comme celles de Kaya ou de Loumbila. Ces arrestations arbitraires et ces détentions au secret se font sans accès à la justice : les détenus ne rencontrent ni magistrats ni avocats. À cela s’ajoute une discrimination systémique et une stigmatisation croissante envers cette communauté, aggravant leur insécurité alimentaire.

    Un manque criant de protection et de justice

    Malgré les rapports accablants et les plaintes déposées, les autorités burkinabè n’ont pris aucune mesure concrète pour identifier et sanctionner les responsables de ces violations des droits humains. Face à cette impunité généralisée, l’OMCT et ses partenaires appellent le Conseil des droits de l’homme à intervenir avec fermeté.

    Ils recommandent notamment aux autorités du Burkina Faso de :

    • Mettre en place des mesures sécuritaires pour protéger les Peuls ;
    • Engager des procédures judiciaires contre les auteurs des violences ;
    • Garantir l’accès à la justice et aux soins pour les victimes ;
    • Lutter contre les discriminations et les pratiques stigmatisantes ;
    • Améliorer les conditions de détention et prévenir les arrestations arbitraires.

    Un appel à l’action internationale

    L’Organisation mondiale contre la torture, en collaboration avec le Réseau SOS-Torture, exhorte la communauté internationale à ne pas rester indifférente face à cette crise humanitaire. Les membres du Conseil des droits de l’homme sont invités à exercer une pression maximale sur le gouvernement burkinabè pour qu’il prenne ses responsabilités et protège toutes les populations, sans distinction.

    Pour toute demande médiatique, contacter :

    Iolanda Jaquemet, Directrice de la communication
    [email protected]
    Tél. : (+41) 79 539 41 06

  • Campagne de vaccination anti-polio au Burkina Faso : protéger plus de 2 millions d’enfants

    Campagne de vaccination anti-polio au Burkina Faso : protéger plus de 2 millions d’enfants

    Le Burkina Faso intensifie sa lutte contre la polio avec une campagne de vaccination ciblée

    Le ministère de la Santé du Burkina Faso, en collaboration étroite avec l’UNICEF et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a officiellement lancé une vaste campagne de vaccination contre la polio dans sept régions du pays. Cette initiative, qui s’étend du 18 au 21 septembre 2020, vise à protéger plus de 2 millions d’enfants de moins de cinq ans contre cette maladie virale hautement contagieuse.

    équipe médicale vaccinant un enfant au Burkina Faso

    Contexte et enjeux sanitaires : une menace persistante malgré les progrès

    En janvier 2020, un cas de poliovirus a été détecté dans le district sanitaire de Ouargaye, situé dans la région du Centre-Est. Une campagne de vaccination localisée avait alors été déployée en urgence. Cependant, la pandémie de Covid-19 a perturbé la riposte en santé publique, entraînant une suspension temporaire des campagnes de vaccination à l’échelle nationale.

    Cette interruption a eu des répercussions graves : une discontinuité des services de vaccination et une augmentation des cas de maladies à potentiel épidémique, dont la polio. Selon James Mugaju, Représentant adjoint de l’UNICEF au Burkina Faso :

    « La pandémie de Covid-19 a provoqué une suspension temporaire des campagnes de vaccination. Cette interruption a entraîné une discontinuité momentanée des services de vaccination et une hausse des cas de paralysie flasque aiguë, un syndrome dont la polio peut être à l’origine. »

    En juin 2020, le système national de surveillance des maladies a identifié neuf nouveaux cas de polio et plus de 600 cas de paralysie flasque aiguë au Burkina Faso, soulignant l’urgence d’agir.

    Une mobilisation sans précédent : plus de 5 000 agents sur le terrain

    Pour cette campagne de vaccination, l’UNICEF apporte un soutien logistique et technique majeur. Plus de 2,29 millions de doses de vaccins ont été acheminées, et une équipe de plus de 5 000 agents et travailleurs de santé sillonnent le pays pour vacciner chaque enfant de 0 à 59 mois.

    Pour garantir la sécurité des équipes et des familles, 39 500 masques et plus de 26 500 flacons de gel hydroalcoolique ont été distribués. L’objectif ? Respecter les mesures barrières contre la Covid-19 tout en menant à bien la vaccination de porte-à-porte.

    Les régions concernées par la campagne

    • Plateau Central
    • Centre
    • Centre-Nord
    • Centre-Ouest
    • Centre-Sud
    • Est
    • Centre-Est

    Une seconde phase de vaccination est prévue début octobre 2020 pour couvrir neuf régions, incluant les zones précédemment citées ainsi que le Sahel et le Nord.

    Un appel à l’action collective pour éradiquer la polio

    James Mugaju a insisté sur l’importance de la mobilisation de toutes les parties prenantes :

    « L’UNICEF et l’OMS sont pleinement engagés à mettre fin à l’épidémie de polio. Nous appelons les autorités locales, les leaders communautaires et les parents à soutenir et faciliter le travail des équipes de vaccination. La polio représente une menace réelle pour la santé des enfants, et nous devons l’éliminer définitivement du pays. »

    Il a également souligné que, dans un contexte marqué par l’insécurité et la pandémie de Covid-19, il est plus crucial que jamais de redoubler d’efforts pour atteindre chaque enfant et le vacciner contre les maladies évitables, dont la polio.

    Comprendre la polio : une maladie à ne pas sous-estimer

    La polio, ou poliomyélite, est une infection virale extrêmement contagieuse qui touche principalement les enfants. Le virus se transmet par l’eau ou des aliments contaminés, puis envahit le système nerveux après s’être multiplié dans l’intestin. Bien que le Burkina Faso ait été déclaré exempt de poliovirus sauvage en 2015, le pays fait désormais partie des 15 nations africaines confrontées à des flambées de paralysie liées à d’autres formes de poliovirus.

    Cette campagne de vaccination s’inscrit donc dans une stratégie globale visant à renforcer l’immunité collective et à protéger les populations les plus vulnérables.

  • Exactions des armées du Sahel : l’ONU alerte sur les violations des droits humains

    Exactions des armées du Sahel : l’ONU alerte sur les violations des droits humains

    Des cas de disparitions forcées, d’exécutions sommaires et d’autres formes d’exactions se multiplient contre les populations locales au Sahel. Ces accusations visent principalement les soldats du Mali, du Burkina Faso et du Niger, engagés dans la lutte contre les groupes jihadistes. Face à cette situation, l’ONU exprime une vive préoccupation.

    Une crise des droits humains au cœur du Sahel

    L’alarme a été lancée par le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, lors d’une visioconférence du Conseil de sécurité dédiée au Sahel. « Je lance un appel pressant à la Force conjointe du G5 Sahel et à ses États membres pour qu’ils agissent sans délai afin de garantir le respect des droits humains », a-t-il déclaré.

    Cette inquiétude s’ajoute à la montée des violences jihadistes et des conflits intercommunautaires qui frappent la région depuis plusieurs mois. Les accusations contre les armées nationales se précisent, alors que des organisations non gouvernementales et des proches de victimes dénoncent des abus systématiques.

    Des chiffres alarmants

    Dès le mois d’avril, la mission des Nations unies au Mali (MINUSMA) a pointé du doigt la « multiplication » des exactions attribuées aux forces armées locales. Selon Guillaume Ngefa, directeur de la division des droits de l’homme de la MINUSMA, 101 exécutions extrajudiciaires ont été recensées entre janvier et mars 2020 rien que pour l’armée malienne. De son côté, l’armée nigérienne aurait commis une trentaine de ces actes sur le sol malien, avec des noms et des circonstances clairement documentés.

    Au Burkina Faso, douze personnes arrêtées pour des liens présumés avec le terrorisme sont décédées dans des cellules de gendarmerie mi-mai. Leurs proches et des ONG affirment qu’il s’agissait de civils exécutés sommairement. Les autorités ont promis des enquêtes, sans pour autant apporter de réponses concrètes.

    Une surreprésentation des Peuls parmi les victimes

    Au Niger, une liste de disparus circulant en avril faisait état de 102 personnes tuées par l’armée dans la région de Tillabéri. Le ministère de la Défense a évoqué une enquête, tout en saluant le « professionnalisme » des troupes. Les organisations de défense des droits humains, elles, publient régulièrement des listes de noms et de photos, dénonçant la disparition de nombreux civils après le passage de soldats. La majorité de ces victimes appartiennent à l’ethnie peule, souvent assimilée à tort aux jihadistes.

    « Nous rédigeons des rapports, nous dénonçons les tueries de Peuls jetés dans des puits ou enterrés dans des fosses communes, mais rien ne change », déplore un responsable de l’association malienne peule Tabital Pulaaku, sous couvert d’anonymat. Abou Sow, président de cette organisation, a souligné : « Certes, quelques Peuls ont rejoint les rangs des jihadistes, mais réduire le terrorisme à une seule ethnie relève de la méconnaissance des réalités locales. »

    Réactions des gouvernements et de la communauté internationale

    Les gouvernements du Sahel soutiennent systématiquement leurs armées, malgré les critiques. Ces forces, souvent sous-équipées et mal formées, subissent de lourdes pertes dans leur combat contre le jihadisme. Lors d’une intervention devant le Conseil de sécurité au nom du G5 Sahel (composé de la Mauritanie, du Tchad, du Niger, du Burkina Faso et du Mali), le chef de la diplomatie mauritanienne, Ismail Ould Cheikh Ahmed, a affirmé que « la pleine capacité opérationnelle de la Force conjointe passe inévitablement par le respect absolu des droits humains ».

    La Mauritanie a assuré promouvoir activement ces droits, une position reprise par l’ambassadeur du Niger, Abdou Abarry, membre non permanent du Conseil de sécurité. Cependant, des pays comme la Belgique ont exprimé des réserves face à des « allégations très sérieuses » d’exactions.

    Dans une déclaration publiée après sa réunion, le Conseil de sécurité a « pris acte des mesures annoncées par plusieurs gouvernements du Sahel pour répondre à ces accusations de violations des droits humains, et les a encouragés à les concrétiser rapidement ».

    Un contexte sécuritaire toujours plus tendu

    Les armées nationales du Sahel sont aujourd’hui au cœur d’un paradoxe : elles sont à la fois critiquées pour leurs méthodes et indispensables dans la lutte antiterroriste. L’ONU fait face à un scepticisme croissant de la part de certains membres du Conseil de sécurité quant à l’efficacité de sa mission au Mali, où plus de 13 000 Casques bleus sont déployés depuis mi-juin. La France, de son côté, a revu les conditions de son engagement au Sahel après la mort de 13 de ses soldats en novembre 2019.

    Malgré la présence des forces françaises, de la MINUSMA et de la Force conjointe du G5 Sahel (créée en 2017), les violences n’ont pas diminué. Depuis 2012, elles ont causé des milliers de morts et déplacé des centaines de milliers de personnes.

    Pour Ibrahim Maïga, chercheur à l’Institut d’études de sécurité (ISS) de Bamako, « la protection des civils reste un objectif secondaire. La priorité absolue des militaires est d’éliminer les jihadistes ». Interrogé en mai sur les exactions attribuées aux armées locales, le général français Pascal Facon, commandant de la force antiterroriste française, avait qualifié ces actes d’« intolérables » et warned qu’ils « pourraient nuire à la crédibilité des forces engagées ».

  • Retour triomphal de mohamed bouamatou en Mauritanie après une décennie d’exil

    Retour triomphal de mohamed bouamatou en Mauritanie après une décennie d’exil

    L’homme d’affaires mauritanien Mohamed Bouamatou, fondateur de la Générale de Banque de Mauritanie (GBM), a effectué un retour remarqué dans son pays natal. Après dix ans passés en exil au Maroc puis en Europe, il est arrivé à Nouakchott à bord d’un jet privé dans la nuit du lundi au mardi.

    Dès son arrivée, Bouamatou s’est rendu dans un cimetière de la capitale pour honorer la mémoire de sa mère, décédée quelques mois plus tôt. Une démarche symbolique qui a marqué le début de son retour officiel.

    Dans un communiqué adressé aux médias, il a évoqué les raisons de son absence prolongée, qualifiée de « douloureuse et déchirante ». Il a également exprimé sa gratitude envers le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, saluant ses efforts pour rétablir la Mauritanie sur la voie de l’État de droit et de la démocratie.

    « Je remercie le président pour avoir brisé les prévisions pessimistes et dissipé les incertitudes, permettant ainsi à notre pays de retrouver une stabilité durable », a-t-il déclaré. Il a également demandé pardon pour ceux qui ont contribué, à divers niveaux, à l’injustice dont il a été victime, tout en réaffirmant son engagement à œuvrer pour le développement économique et l’amélioration des conditions de vie des Mauritaniens.

    Les origines d’un exil controversé

    Mohamed Bouamatou, figure emblématique du secteur bancaire mauritanien, était un soutien historique de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz. Cependant, des divergences profondes avec ce dernier, son cousin, l’ont contraint à quitter la Mauritanie au début des années 2010. Les raisons exactes de ce conflit restent à ce jour non élucidées.

    Son retour coïncide avec l’annulation récente des poursuites judiciaires qui pesaient sur lui et d’autres opposants, dont Mustapha Limam Chaafi. Une décision de justice qui semble clore un chapitre douloureux de l’histoire politique mauritanienne.

    Un parcours marqué par des épreuves

    Son empire financier, l’un des plus importants du pays, a été durement touché par des mesures fiscales restrictives. La GBM, sa banque phare, a notamment subi un redressement fiscal sévère. Par ailleurs, il a été visé en 2017 par un mandat d’arrêt international, dans un contexte de tensions politiques liées à une révision constitutionnelle controversée.

    Le banquier, souvent décrit comme « le cerveau » derrière certains projets politiques, a toujours nié les accusations portées contre lui. Son retour en Mauritanie marque donc la fin d’une période d’exil et ouvre une nouvelle page pour le pays.

    Mais cette réconciliation entre les deux hommes, autrefois alliés, suffit-elle à refermer définitivement le dossier ? L’histoire politique mauritanienne réserve encore bien des surprises.

  • Nouvel hôpital pédiatrique à koutiala au Mali

    Nouvel hôpital pédiatrique à koutiala au Mali

    Un nouvel hôpital pédiatrique pour sauver les enfants à Koutiala, au Mali

    Koutiala, une ville du sud-est du Mali, accueille désormais une nouvelle unité pédiatrique conçue pour réduire la mortalité infantile. Cette infrastructure moderne marque une étape clé dans la lutte contre les maladies infantiles, notamment le paludisme, l’une des principales causes de décès chez les enfants dans la région.

    Pourquoi cette nouvelle unité pédiatrique est-elle cruciale ?

    Depuis 2009, Médecins Sans Frontières (MSF) intervient dans la région en proposant des soins pédiatriques préventifs et curatifs. Cependant, l’afflux massif de patients pendant la saison des pluies (de juin à décembre) et la période de soudure (octobre-novembre) a nécessité la construction d’un espace dédié pour mieux prendre en charge les enfants atteints de maladies graves.

    Le paludisme, souvent lié à la malnutrition, affaiblit les jeunes patients et les rend plus vulnérables. Grâce à cette nouvelle unité, MSF renforce son engagement en offrant des soins hospitaliers gratuits et accessibles à tous.

    Quels sont les avantages de ce nouvel hôpital ?

    • Centralisation des soins : Tous les enfants sont désormais pris en charge au même endroit, avec des équipements adaptés aux besoins médicaux modernes.
    • Capacité d’accueil renforcée : Jusqu’à 1 000 enfants sont hospitalisés chaque année dans les services de pédiatrie et de malnutrition, principalement pendant les périodes à haut risque.
    • Amélioration des conditions médicales : L’unité permet une meilleure gestion des cas graves grâce à une infrastructure adaptée et une équipe médicale dédiée.

    Découvrez les coulisses de ce projet

    Une série de vidéos retrace les différentes étapes de la construction et de l’inauguration de cette unité. De la visite du chantier à la découverte du bâtiment finalisé, ces épisodes mettent en lumière le travail des équipes médicales et l’impact concret de ce projet sur la santé des enfants de Koutiala.

    Retrouvez tous les épisodes de la série « Un hôpital à Koutiala, au Mali » sur YouTube

    Découvrez la playlist

    En savoir plus sur les actions de MSF au Mali

    Cette initiative s’inscrit dans le cadre des programmes de MSF au Mali, visant à améliorer l’accès aux soins pour les populations les plus vulnérables. Pour découvrir d’autres projets similaires, explorez les articles suivants :

  • Révision constitutionnelle au Bénin : les changements majeurs adoptés malgré les critiques

    Révision constitutionnelle au Bénin : les changements majeurs adoptés malgré les critiques

    Louis Vlavonou, président du Parlement béninois, lors de l’adoption de la nouvelle constitution. © DR / Assemblée nationale du Bénin

    La révision de la Constitution béninoise, adoptée en procédure accélérée le 1er novembre, introduit un ticket présidentiel : le président de la République sera élu en même temps qu’un vice-président, avec une majorité absolue des voix lors d’un scrutin en deux tours.

    Parmi les autres modifications, la réforme constitutionnelle supprime la peine de mort, crée la Cour des comptes et instaure une discrimination positive en faveur des femmes pour les élections.

    Les mandats des députés sont désormais limités à trois. Les élus ayant cédé temporairement leur siège à leur suppléant peuvent désormais le récupérer après coup.

    Concernant le président de la République, la limitation à deux mandats consécutifs, déjà présente dans la Constitution de 1990, est renforcée : aucun candidat ne pourra exercer plus de deux mandats au cours de sa carrière politique.

    2026 : trois scrutins à prévoir pour le Bénin

  • Vaccination contre rougeole et méningite au Niger : défis et solutions

    Vaccination contre rougeole et méningite au Niger : défis et solutions

    vaccination contre la rougeole et la méningite au Niger : état des lieux et enjeux

    Miriam Alía, responsable de la vaccination et de la réponse aux épidémies chez Médecins Sans Frontières, analyse les épidémies de méningite C et de rougeole qui ont frappé le Niger depuis début 2018.

    comprendre les causes des épidémies de rougeole et de méningite C au Niger

    Le Niger a subi ces dernières années des épidémies récurrentes de rougeole et de méningite C, deux maladies extrêmement contagieuses et potentiellement mortelles. Malgré l’existence de vaccins, leur apparition s’explique par des obstacles structurels et logistiques persistants.

    méningite C : des défis majeurs liés à la production et à l’accès aux vaccins

    Contrairement à la rougeole, aucun vaccin abordable et efficace ne couvre tous les sérogroupes de la méningite. Les laboratoires pharmaceutiques négligent souvent ces marchés en raison de leur faible rentabilité, ce qui limite la disponibilité des doses. Résultat : les campagnes de vaccination ne sont déclenchées qu’en réaction aux épidémies, une fois le seuil épidémique dépassé, retardant ainsi la protection des populations.

    Par ailleurs, le vaccin contre la rougeole, bien intégré dans les programmes nationaux depuis 1974, souffre d’une couverture vaccinale insuffisante pour interrompre la transmission du virus. Cette lacune s’explique en partie par des contraintes d’accès aux soins, notamment pour les populations nomades ou vivant dans des zones reculées ou en conflit.

    situation de la méningite C dans la région sahélienne

    Bien que l’année 2018 ait été relativement calme dans la ceinture de la méningite en Afrique, la pénurie de vaccins reste un problème récurrent. Le Groupe international de coordination pour l’approvisionnement en vaccins a fixé un stock minimal de cinq millions de doses pour le sérogroupe C, mais cet objectif n’a pas été atteint. Les campagnes de vaccination restent donc réactives, déclenchées uniquement après le franchissement du seuil épidémique, alors qu’une approche préventive serait plus efficace.

    pourquoi les vaccins contre la méningite sont-ils si rares et coûteux ?

    La méningite se décline en plusieurs sérogroupes (A, B, C, W135, X), et aucun vaccin ne couvre l’ensemble de ces variants. Le vaccin conjugué tétravalent, efficace contre les quatre sérogroupes les plus fréquents, reste onéreux. Le Serum Institute of India développe un vaccin pentavalent (A, C, Y, W-135, X), économique et sûr, mais sa commercialisation n’est prévue qu’à partir de 2020. En attendant, les autres laboratoires hésitent à investir dans de nouveaux vaccins par crainte de ne pas écouler leur production.

    Quelle a été la réponse du Niger face à l’épidémie de méningite C ?

    En collaboration avec le ministère de la Santé, plus de 30 000 personnes ont été vaccinées contre la méningite C dans la région de Tahoua. Une surprise a été la détection d’un nombre élevé de cas du sérogroupe X, contre lequel aucun vaccin n’existe actuellement. Cette situation soulève des inquiétudes pour les années à venir et met en lumière la nécessité de renforcer la surveillance épidémiologique.

    méningite C : des pistes innovantes pour renforcer la prévention

    Une stratégie prometteuse a été testée au Niger en 2017 avec l’administration d’une dose d’antibiotique ciprofloxacine à l’ensemble des habitants d’une zone rurale. Une étude publiée dans PLOS Medicine en juin 2018 a révélé une réduction significative de la transmission de la maladie. Des recherches supplémentaires sont en cours pour évaluer l’efficacité de cette méthode en milieu urbain, où elle pourrait devenir un outil complémentaire face aux petites épidémies.

    95 %

    Pour éradiquer la rougeole, une couverture vaccinale d’au moins 95 % de la population est indispensable, un objectif difficile à atteindre dans un pays aux populations mobiles et dispersées.

    rougeole : pourquoi les campagnes de vaccination ne parviennent-elles pas à stopper les épidémies ?

    Le calendrier vaccinal nigérien impose une vaccination systématique jusqu’à 23 mois, mais les vaccins fournis par GAVI ne couvrent que les enfants de moins de 12 mois. La dose de rappel à 15 mois est souvent omise, et les enfants de plus d’un an ne sont pas systématiquement vaccinés, même en cas de contact avec un centre de santé. Par ailleurs, les populations nomades ou vivant dans des zones de conflit ont un accès limité aux soins, rendant la couverture vaccinale encore plus fragile. Pour interrompre la transmission de la rougeole, il est crucial d’atteindre un taux de vaccination d’au moins 95 %, un objectif complexe dans ce contexte.

    comment améliorer la couverture vaccinale au Niger ?

    Pour optimiser la protection contre ces maladies, le calendrier vaccinal doit être assoupli et s’étendre jusqu’à 5 ans. Chaque contact avec le système de santé doit être une opportunité de mettre à jour les vaccinations. Les campagnes multiantigéniques, combinant plusieurs vaccins (rougeole, pentavalent, antipneumococcique), permettent de maximiser l’impact des interventions. Par exemple, lors d’une récente épidémie de rougeole à Arlit (Agadez), les équipes ont profité de la campagne pour administrer simultanément plusieurs vaccins.

    Enfin, chaque occasion de vaccination doit être saisie, notamment pour les femmes enceintes ou en âge de procréer. Le vaccin contre le tétanos, bien que nécessitant cinq doses, est souvent administré en une seule fois dans ces contextes, offrant une protection immédiate aux mères et à leurs nouveau-nés.

    Depuis 2018, MSF et le ministère de la Santé ont vacciné plus de 179 460 personnes au Niger : 145 843 enfants âgés de 6 mois à 15 ans contre la rougeole dans neuf centres de santé des régions de Tahoua et d’Agadez, et 33 620 personnes âgées de 2 à 29 ans contre la méningite C dans trois centres de santé de la région de Tahoua. Actuellement, une campagne de vaccination contre la rougeole est en cours à Arlit (Agadez), avec pour objectif de vacciner plus de 50 000 enfants de moins de 5 ans. Parmi eux, les enfants de moins d’un an recevront également le vaccin pentavalent et antipneumococcique.

    Les seuils d’alerte et épidémique pour la méningite sont fixés respectivement à 5 et 15 cas pour 100 000 habitants et par semaine dans les localités de plus de 30 000 habitants. En cas de risque élevé, ce seuil peut être abaissé à 10 cas/100 000 habitants/semaine.

    Le vaccin pentavalent protège contre la diphtérie, la coqueluche, le tétanos, l’haemophilus influenzae type B et l’hépatite B.

  • Burkina Faso : comment la transition politique s’est-elle organisée après le départ de blaise compaoré ?

    Burkina Faso : comment la transition politique s’est-elle organisée après le départ de blaise compaoré ?

    Un contexte politique bouleversé au Burkina Faso

    La transition politique au Burkina Faso a débuté dans un climat d’incertitude, marqué par des décisions controversées et des institutions de transition mises en place dans l’urgence. Après le départ précipité de l’ancien président Blaise Compaoré, le pays a dû composer avec une Constitution suspendue et une Assemblée Nationale dissoute, plongeant la nation dans une période de profonde remise en question.

    Le rôle ambigu des militaires dans la transition

    L’irruption des uniformes kaki sur la scène publique a rapidement fait craindre une junte militaire. Le lieutenant-colonel Isaac Zida, issu du Régiment de la Sécurité Présidentielle (RSP), a pris les rênes du pouvoir, suscitant méfiance et suspicions. Les officiers burkinabés ont dû composer avec les menaces de l’Union Africaine et les pressions de la CEDEAO, dont les chefs d’État comme John Dramani Mahama (Ghana), Goodluck Jonathan (Nigeria) et Macky Sall (Sénégal) ont œuvré pour éviter une crise prolongée.

    Une solution de compromis : la Charte de la Transition

    Face aux risques d’isolement et d’impopularité, l’armée a finalement accepté un compromis formalisé dans la Charte de la Transition. Celle-ci prévoit un Président civil à la tête de l’Exécutif, tandis que les militaires conservent une influence majeure sur le gouvernement. Un Conseil National de Transition (CNT) de 90 membres, incluant des représentants de l’armée, de la société civile et des partis d’opposition, a été créé pour légitimer cette transition.

    Un comité de désignation, composé d’une vingtaine de membres, a eu pour mission de proposer une short-list de cinq personnalités pour le poste de Président de la Transition. Parmi les candidats retenus :

    • Newton Ahmed Barry et Chériff Sy Moumina, deux journalistes connus pour leur opposition à l’ancien régime ;
    • Michel Kafando, diplomate retraité ayant représenté le Burkina Faso à l’ONU ;
    • Joséphine Ouédraogo, ancienne ministre et figure de la société civile ;
    • Mgr Paul Ouédraogo, archevêque de Bobo Dioulasso, qui a finalement décliné la proposition.

    Un choix stratégique : Michel Kafando à la tête de l’État

    Le diplomate Michel Kafando a été élu Président de la Transition, cumulant également le poste de ministre des Affaires Étrangères. Son expérience internationale et son profil consensuel ont rassuré les partenaires internationaux, notamment les États-Unis et les capitales européennes, qui ont rapidement réagi à l’évolution de la situation. Son double rôle a permis de simplifier les échanges diplomatiques et d’éviter les blocages avec les autorités régionales.

    L’investiture de Michel Kafando a été marquée par la présence de nombreux chefs d’État africains, dont ceux du Ghana, du Togo, du Bénin, du Mali et du Niger, ainsi que de la Mauritanie, en tant que représentante de l’Union Africaine. Cette mobilisation a été perçue comme un signe de réhabilitation du Burkina Faso sur la scène internationale.

    Une transition sous haute surveillance internationale

    Malgré l’adoption d’une Constitution de transition, les États-Unis ont maintenu leur position : ils refusent de collaborer avec un dirigeant non élu au suffrage universel. Le Burkina Faso, désormais sous la surveillance accrue de Washington, a dû composer avec cette réalité géopolitique. Les avions de reconnaissance américains sont restés stationnés à Ouagadougou, soulignant l’importance stratégique du pays dans la lutte contre le terrorisme au Sahel.

    Une répartition des postes ministériels sous tension

    Sur les 26 postes ministériels, l’armée a obtenu quatre postes clés :

    • Isaac Zida, Premier ministre et ministre de la Défense ;
    • Auguste Denise Barry, colonel, ministre de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité (MATDS) ;
    • David Kabré, colonel, ministre des Sports ;
    • Boubacar Ba, ministre des Mines et de l’Énergie.

    La société civile et l’opposition ont obtenu des postes symboliques, comme Joséphine Ouédraogo au ministère de la Justice ou Augustin Loada à la Fonction Publique. Cependant, des tensions persistent, notamment après le limogeage de Adama Sagnon, nommé puis contraint à la démission en raison de son rôle controversé dans l’affaire Norbert Zongo.

    Les défis de la transition : réconciliation et réformes

    Dès décembre, Michel Kafando a signé un décret créant la Commission de la Réconciliation Nationale et des Réformes (CRNR), chargée de mener un travail de mémoire sur les violations des droits humains et les crimes du passé. Parmi les premières mesures :

    • L’autorisation d’enquêtes pour identifier les restes de Thomas Sankara, assassiné en 1987 ;
    • L’ouverture du dossier de l’assassinat de Thomas Sankara, avec une possible demande d’extradition de Blaise Compaoré au Maroc.

    Le Premier ministre Isaac Zida a également annoncé la réforme de l’armée, une priorité pour le nouveau régime. Le général Gilbert Diendéré, proche de l’ancien président, a été démis de ses fonctions et remplacé par le commandant Théophile Nikièma.

    Les risques d’une justice transitionnelle trop hâtive

    La question de la réconciliation nationale divise. Certains estiment que la priorité doit être donnée aux élections transparentes, tandis que d’autres poussent pour une justice transitionnelle rapide. Les limogeages de dirigeants proches de l’ancien régime, comme Jean-Baptiste Bérehoundougou (SONABHY) et Jean Christophe Ilboudo (SONABEL), ainsi que l’hommage rendu aux victimes des manifestations d’octobre 2014, montrent une volonté d’apaisement. Cependant, des figures comme Gilbert Noël Ouédraogo (ADF-RDA) ont également fait des gestes symboliques pour tourner la page.

    Vers des élections transparentes : quelles perspectives ?

    Avec la mise en place des institutions, la période de transition touche à sa fin. Les partis politiques et les candidats se préparent désormais pour les élections de 2015. Le Conseil National de Transition (CNT) a élu Chériff Sy Moumina à sa présidence, tandis que des figures de l’opposition, comme Newton Ahmed Barry, restent en lice. La question de la participation des anciens responsables du régime de Blaise Compaoré aux prochaines élections reste un sujet de débat.

    La transition politique au Burkina Faso a été marquée par des compromis fragiles et des tensions persistantes. Alors que le pays tente de tourner la page de décennies de régime autoritaire, les défis à venir restent nombreux : réformes institutionnelles, réconciliation nationale et préparation des élections. La communauté internationale, quant à elle, continue de surveiller de près l’évolution de la situation.