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  • Burkina Faso: une violence sans précédent ébranle le Sahel central

    Burkina Faso: une violence sans précédent ébranle le Sahel central

    Un bilan tragique secoue le Burkina Faso, où une attaque terroriste d’une rare brutalité a coûté la vie à plus d’une centaine de personnes, majoritairement des civils, et fait 140 blessés dans la localité de Barsalogho, située dans la région Centre-Nord. La région du Sahel, déjà fragilisée par des années de conflit, est de nouveau le théâtre d’une violence dévastatrice. Les victimes s’affairaient à creuser des tranchées défensives autour de leur ville, une mesure imposée par le président de la junte militaire, le capitaine Ibrahim Traoré, pour contrer les incursions jihadistes.

    Champ de déplacés internes de Barsalogho, dans la région Centre-Nord du Burkina Faso, théâtre du massacre perpétré par les islamistes. Image de 2020.

    L’attaque, revendiquée peu après par le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM), entité affiliée à Al-Qaïda, a vu des assaillants à moto ouvrir le feu sans discernement sur la population. Cet événement marque l’un des assauts les plus sanglants contre des civils au Burkina Faso ces dernières années. Les sources divergent quant au nombre exact de morts, estimant le bilan entre 100 et 200 victimes, en plus des 140 blessés transportés vers l’hôpital de Kaya et d’autres structures sanitaires régionales. Parmi les défunts figurent de nombreux membres des Volontaires de Défense de la Patrie (VDP), une milice civile mise en place par le gouvernement burkinabé pour appuyer l’armée dans la lutte antiterroriste. Les assaillants ont également réussi à s’emparer d’armes et d’une ambulance militaire.

    La région Centre-Nord est tristement célèbre pour la fréquence des embuscades, des attaques et l’emploi d’engins explosifs improvisés par la branche locale du JNIM, considérée comme le groupe jihadiste le plus actif du Sahel central. Cette zone est également un refuge pour des dizaines de milliers de déplacés internes fuyant la violence au nord du pays. Barsalogho se trouve à seulement 145 kilomètres de la capitale, Ouagadougou.

    Depuis le coup d’État de septembre 2022, le capitaine Traoré a érigé la lutte contre le terrorisme en priorité absolue, déclarant consacrer « 80% de son temps à la guerre » pour reprendre le contrôle de l’intégralité du territoire. Malgré l’arrivée d’une centaine d’instructeurs et de mercenaires russes, dont le rôle principal semble être la protection personnelle de Traoré, la stratégie de reconquête s’appuie davantage sur l’acquisition de matériel militaire, notamment des drones de combat d’origine turque, et sur une forte implication de la population civile via le recrutement de volontaires. Malheureusement, des civils critiques envers la junte militaire ont également été contraints de rejoindre le front, souvent en guise de punition.

    Les volontaires en première ligne face à l’insécurité

    Les Volontaires de Défense de la Patrie (VDP), estimés à environ 30 000 en première ligne, reçoivent une formation militaire basique. Cependant, ils se retrouvent fréquemment sans armes ou munitions adéquates pour faire face aux groupes terroristes. Cette vulnérabilité les expose directement, faisant d’eux des cibles privilégiées pour les radicaux, comme en témoigne la tragédie de Barsalogho. Le Projet de Données sur les Événements et les Localisations des Conflits Armés (Acled) rapporte qu’environ 5 000 volontaires ont péri dans diverses attaques depuis la création des VDP en 2019. En dépit de leur engagement patriotique, un mécontentement grandissant se fait sentir au sein de leurs rangs, alors qu’ils perçoivent une modeste prime mensuelle d’environ 120 euros.

    Le Burkina Faso est englué dans une insurrection jihadiste depuis 2015, affectant particulièrement le nord, l’est et l’ouest du pays. Cette crise a entraîné des milliers de morts et le déplacement de plus de deux millions de personnes. On estime que plus de la moitié du territoire burkinabé échappe actuellement au contrôle de l’État, avec une présence des forces de défense souvent limitée aux axes routiers majeurs et aux grandes agglomérations. Les attaques des groupes armés contre militaires et civils, y compris les volontaires et leurs familles, sont incessantes. Toutefois, il est important de noter que l’armée et les VDP sont également accusés d’actes de violence. En avril dernier, Human Rights Watch a dénoncé le massacre de 223 civils, dont 56 enfants, dans deux villages du nord, attribuant ces faits aux Forces Armées burkinabées et à leurs auxiliaires civils, des allégations que le gouvernement a catégoriquement rejetées.

  • Niger : un an de régime militaire, les droits fondamentaux sous pression croissante

    Niger : un an de régime militaire, les droits fondamentaux sous pression croissante

    Un an après la prise du pouvoir par les militaires, les droits humains au Niger connaissent une régression préoccupante. Amnesty International, Human Rights Watch et la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) ont conjointement dénoncé la répression croissante exercée par les autorités militaires à l’encontre de l’opposition, des médias et de toute forme de dissidence pacifique.

    Depuis le coup d’État, l’ancien président Mohamed Bazoum, une trentaine de hauts fonctionnaires de son gouvernement et des proches ont été arbitrairement arrêtés, tout comme plusieurs journalistes. De plus, les autorités nigériennes ont refusé toute supervision de leurs dépenses militaires, malgré leurs engagements affichés en faveur de la lutte contre la corruption. Les organisations appellent à la libération immédiate de toutes les personnes détenues pour des motifs politiques, au respect des libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression, d’opinion et d’association, et à un engagement public en faveur de la transparence et de la redevabilité dans la gestion des fonds militaires.

    Samira Daoud, directrice régionale d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, a souligné que le Niger, un an après le coup d’État, s’éloigne du respect des droits humains et de l’État de droit, intensifiant la pression sur l’opposition, la société civile et les médias. Elle a insisté sur la nécessité pour les autorités militaires de libérer Mohamed Bazoum et tous les détenus politiques, en garantissant leurs droits à une procédure régulière.

    Le 26 juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani et d’autres officiers du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) ont renversé Mohamed Bazoum, président élu en 2021, et l’ont placé en détention arbitraire avec sa famille et des membres de son cabinet. En réaction, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a imposé des sanctions économiques, des interdictions de voyager et des gels d’avoirs. Le 22 août 2023, l’Union africaine a suspendu le Niger de ses instances. Cependant, le 28 janvier 2024, le Niger, le Burkina Faso et le Mali ont annoncé leur retrait de la CEDEAO, qui, le 24 février, a levé ses sanctions contre le Niger.

    Depuis le coup d’État, Mohamed Bazoum et son épouse sont toujours détenus au palais présidentiel à Niamey. Les organisations de défense des droits humains ont exprimé à plusieurs reprises leurs inquiétudes concernant leur situation. En août 2023, les autorités ont annoncé leur intention de poursuivre Mohamed Bazoum pour « haute trahison » et atteinte à la sûreté de l’État, mais il n’a pas encore été présenté à un juge. L’ancien président a intenté une action en justice devant la Cour de justice de la CEDEAO à Abuja en septembre 2023, dénonçant des violations de ses droits humains et de ceux de sa famille. En décembre 2023, la Cour de la CEDEAO a jugé sa détention arbitraire et a demandé sa libération. En avril, les autorités ont initié une procédure pour lever son immunité présidentielle afin de le juger pour des crimes présumés commis après son élection. Le 14 juin 2024, la Cour d’État du Niger a levé cette immunité, au terme d’une procédure jugée non conforme aux normes essentielles d’une procédure régulière et aux standards internationaux de procès équitable, notamment le droit à la défense.

    Parallèlement, au moins 30 responsables du gouvernement déchu, dont d’anciens ministres et des membres du cabinet présidentiel, ont été arbitrairement arrêtés. Leurs avocats ont signalé des détentions au secret par les services de renseignement avant leur transfert vers des prisons de haute sécurité, où ils ont été accusés, notamment d’« atteinte à la sûreté de l’État », par un tribunal militaire, bien qu’étant des civils. Quatre d’entre eux ont été libérés sous caution en avril.

    Depuis le coup d’État de 2023, la liberté des médias au Niger a été drastiquement restreinte. Les autorités ont eu recours aux menaces, au harcèlement et aux arrestations arbitraires de journalistes, dont beaucoup ont rapporté pratiquer l’autocensure par crainte de représailles.

    Le 30 septembre, Samira Sabou, blogueuse et journaliste, a été arrêtée à Niamey par des individus se présentant comme des membres des forces de sécurité. Son lieu de détention est resté inconnu pendant sept jours, la police judiciaire ayant initialement nié son arrestation. Le 7 octobre, elle a été transférée à la police de Niamey, où elle a pu recevoir la visite de son avocat et de son mari. Inculpée le 11 octobre de « production et diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public », elle a été libérée dans l’attente de son jugement, sans qu’aucune date de procès ne soit fixée.

    Le 29 janvier, le ministre de l’Intérieur a suspendu les activités de la Maison de la Presse, une organisation de médias indépendante, et a annoncé la création d’un nouveau comité de gestion des médias sous la direction du secrétaire général du ministère.

    Le 13 avril, Ousmane Toudou, journaliste et ancien conseiller en communication du président déchu, a été arrêté. Il avait dénoncé la prise de pouvoir militaire en juillet 2023 sur les réseaux sociaux. En mai 2024, il a été inculpé de « complot contre la sûreté de l’État » et placé en détention provisoire.

    Le 24 avril, les forces de sécurité ont arrêté Soumana Maiga, directeur de publication de L’Enquêteur, après la republication d’un article français concernant l’installation présumée de systèmes d’écoute russes sur des bâtiments officiels. Présenté à un juge en mai, il a été détenu pour atteinte à la défense nationale avant d’être libéré le 9 juillet, en attente de son procès.

    Tchima Illa Issoufou, correspondante de la BBC en langue haoussa au Niger, a rapporté avoir reçu des menaces de membres des forces de sécurité l’accusant de vouloir « déstabiliser le Niger » en raison de sa couverture de la situation sécuritaire dans la région de Tillabéri, où des groupes islamistes armés mènent des attaques. Elle a expliqué à Amnesty International en mai, après avoir fui le Niger, avoir été ciblée par des partisans de la junte sur les réseaux sociaux, qui l’accusaient de travailler sous influence étrangère. Le 26 avril, Ali Tera, un militant de la société civile qu’elle avait interviewé, a été arrêté.

    Le 29 mai, le ministre de la Justice et des Droits de l’homme a émis une circulaire suspendant « jusqu’à nouvel ordre » toutes les visites des organisations de défense des droits humains dans les prisons nigériennes. Cette décision est en violation du droit national et international, y compris la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, ratifiée par le Niger en 1988.

    Le 12 juin, le ministre de la Justice et des Droits de l’homme a annoncé une modification de la loi de 2019 sur la cybercriminalité. Cette loi, qui criminalisait la diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public ou d’atteindre à la dignité humaine, avait été utilisée pour réprimer la liberté d’expression en ligne. En 2022, le gouvernement de Mohamed Bazoum avait modifié cette loi, remplaçant les peines de prison par des amendes pour les infractions de diffamation. Les modifications du 12 juin rétablissent malheureusement les peines d’emprisonnement.

    Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH, a affirmé que la multiplication des attaques contre les journalistes au cours de l’année écoulée démontre la volonté des autorités de restreindre la liberté de la presse et l’accès à l’information. Il a qualifié la modification de la loi sur la cybercriminalité de « recul dangereux », susceptible de museler toute voix dissidente, en particulier les défenseurs des droits humains, les activistes et les journalistes. Il a appelé les autorités nigériennes à revenir sur cette décision et à garantir la liberté d’expression.

    La Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, tous deux ratifiés par le Niger en 1986, garantissent les droits à la liberté d’opinion et d’expression.

    Le 23 février, Abdourahamane Tiani, qui avait promis de lutter contre la corruption, a signé une ordonnance abrogeant tout contrôle sur les dépenses militaires. Cette ordonnance exclut les acquisitions d’équipements, de matériels, de fournitures, de travaux ou de services destinés aux forces de défense et de sécurité du champ d’application des législations sur les marchés publics et la comptabilité publique, les exonérant également d’impôts. Les organisations soulignent que la transparence des budgets et dépenses militaires est essentielle pour combattre la corruption, assurer une gestion adéquate des fonds publics et garantir la redevabilité du gouvernement, contribuant ainsi au respect des droits humains et de l’État de droit.

    Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch, a conclu que le contrôle public des activités économiques de l’armée est fondamental non seulement pour le retour à un régime démocratique et la responsabilisation des autorités militaires, mais aussi pour prévenir la perte de ressources publiques due à la corruption. Elle a exhorté les autorités nigériennes à s’engager en faveur de la transparence en divulguant immédiatement des informations financières vérifiables sur les dépenses militaires.

  • Kémi Séba, l’influenceur africain sous les projecteurs pour son rôle présumé dans la propagande russe

    Kémi Séba, l’influenceur africain sous les projecteurs pour son rôle présumé dans la propagande russe

    Qui est Kémi Séba, cette figure controversée de l’Afrique francophone ?

    En Afrique francophone, Kémi Séba incarne une figure médiatique incontournable. Ce militant panafricaniste béninois, âgé de 42 ans, se distingue par ses prises de position radicales contre l’Occident et ses discours enflammés sur les réseaux sociaux. Récemment, il a été privé de sa nationalité française par un décret publié au Journal officiel français, une décision qui a marqué un tournant dans sa trajectoire déjà mouvementée.

    Avec plus d’un million d’abonnés sur Facebook et des vidéos visionnées par des centaines de milliers d’internautes sur YouTube, il jouit d’une audience massive. Dans un tweet récent, il s’est exclamé : « Plus de nationalité française, gloire à Dieu. Libéré je suis de ce fardeau ». Pourtant, son parcours est loin d’être sans tache : condamné en France pour incitation à la haine raciale, il a également dirigé la Tribu Ka, un mouvement suprématiste noir et antisémite dissous par la justice française en 2006.

    Se présentant comme un révolutionnaire africain du XXIe siècle, Kémi Séba se présente comme un opposant farouche à la Françafrique et au franc CFA, qu’il qualifie de « monnaie coloniale ».

    Un relais présumé de l’influence russe en Afrique

    Les liens entre Kémi Séba et la Russie, notamment avec le Kremlin, suscitent de vives interrogations. Selon des sources journalistiques, dont Jeune Afrique, Evgueni Prigojine, l’ancien chef du groupe Wagner décédé en août 2023, aurait financé et soutenu ses actions. Ce dernier, chargé par Vladimir Poutine de renforcer l’influence russe en Afrique, a utilisé des moyens variés : mercenariat, exploitation minière et réseaux d’influence prorusses.

    Kémi Séba, quant à lui, multiplie les conférences à l’étranger, notamment au Brésil, en Russie, en Iran et au Venezuela. Ses interventions attirent des foules, et il a même été invité au Sommet Russie-Afrique organisé à Saint-Pétersbourg par Vladimir Poutine.

    En France, il a été pointé du doigt par le président de la Commission Défense de l’Assemblée nationale en 2023, qui l’a accusé d’être un « relais de la propagande russe » et de servir les intérêts d’une « puissance étrangère alimentant le sentiment anti-français ».

    Ses positions politiques et leur impact en Afrique

    Kémi Séba soutient systématiquement les régimes africains qui se tournent vers Moscou après avoir rompu avec Paris. Ses réactions aux coups d’État au Niger, au Mali et au Burkina Faso illustrent cette ligne politique. Il a d’ailleurs déclaré, il y a quelques mois : « D’autres pays vont rejoindre cette dynamique-là, on y travaille fortement ».

    Ses principales cibles ? La Françafrique, symbole de l’influence française jugée néfaste sur le continent, et le franc CFA, qu’il considère comme un outil de domination économique. En s’opposant frontalement à ces institutions, il s’inscrit dans une logique de défiance envers l’ancienne puissance coloniale.

    Alors que la Russie étend son emprise en Afrique, des personnalités comme Kémi Séba jouent un rôle clé dans cette guerre d’influence, mêlant rhétorique révolutionnaire et soutien aux régimes pro-russes.

  • La Banque mondiale soutient la résilience sanitaire et l’accès aux soins au Mali

    La Banque mondiale soutient la résilience sanitaire et l’accès aux soins au Mali

    WASHINGTON, 28 juin 2024 – La Banque mondiale a récemment validé un crédit de 100 millions de dollars de l’Association Internationale de Développement (IDA)*. Ce financement stratégique est destiné à appuyer le Mali dans son objectif d’améliorer l’accessibilité et l’utilisation de services de santé essentiels, notamment en matière de santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile, adolescente et nutritionnelle (SRMNIA+N) de haute qualité. L’initiative vise également à renforcer significativement la préparation aux urgences sanitaires dans des zones spécifiquement ciblées.

    Baptisé « Keneya Yiriwali », qui signifie « Promouvoir la résilience du système de santé inclusif pour tous au Mali » en Bambara, ce projet adopte une approche de Financement Basé sur les Résultats (FBR). Son ambition est d’optimiser la qualité globale des prestations sanitaires fondamentales, avec un accent particulier sur la santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile et adolescente, ainsi que sur la nutrition. Cela se fera par l’extension des zones de couverture et l’élévation des niveaux de la pyramide sanitaire. Le programme financera les intrants nécessaires et les versements liés à la performance dans les régions et écoles sélectionnées, en fonction des ressources disponibles, afin d’accroître l’efficacité de la prestation et la disponibilité des services. Cette expansion inclura les régions et communautés vulnérables aux changements climatiques, les hôpitaux régionaux et les infirmeries scolaires. Une attention particulière sera portée à la santé des adolescents, aux situations d’urgence climatique, ainsi qu’à la prévention et à la gestion des pandémies. Enfin, le projet s’attachera à rationaliser la qualité des dépenses dans le secteur de la santé grâce à une gestion budgétaire améliorée, une défragmentation du financement de la santé et la mise en place de systèmes d’information permettant de corréler les budgets et les performances.

    « L’intégration des risques climatiques, tant sur le plan énergétique que dans la gestion des urgences, au sein de l’approche FBR constitue un levier essentiel pour l’amélioration de l’offre de soins qualitatifs aux populations dans le cadre du projet Keneya Yiriwali. Cette initiative s’appuie sur les succès du projet Accélérer les Progrès vers la Couverture Sanitaire Universelle (PACSU), qui a déjà permis d’améliorer considérablement l’accès aux soins, la qualité des services, la disponibilité des médicaments et la satisfaction des patients dans neuf régions administratives du Mali », a précisé Clara de Sousa, directrice des opérations de la Banque mondiale pour le Mali. « Le FBR s’est révélé être un instrument de transformation, renforçant les capacités des infrastructures de santé et stimulant le recrutement local, le développement des équipements et l’aménagement des laboratoires à travers le pays. »

    Le coût global de cette opération de l’IDA s’élève à 125 millions de dollars. Il est cofinancé par le crédit de 100 millions de dollars de l’IDA et une subvention de 25 millions de dollars de la Facilité de financement mondiale (GFF). Cette dernière inclut 15 millions de dollars provenant du gouvernement des Pays-Bas via un cofinancement avec la GFF. Ce partenariat a été déterminant dans la mise en œuvre réussie de l’approche FBR de 2020 à 2024 par l’intermédiaire du PACSU au Mali.

    « En s’appuyant sur un soutien antérieur, la subvention du GFF et le financement conjoint avec le gouvernement des Pays-Bas garantiront une solide harmonisation des efforts au Mali pour optimiser les services de santé destinés aux femmes, aux enfants et aux adolescents », a affirmé Luc Laviolette, chef du secrétariat de la GFF. « Investir dans un système de santé plus robuste et inclusif est crucial pour répondre aux besoins des communautés les plus reculées et les plus vulnérables face au climat. »

    Le projet Keneya Yiriwali bénéficiera principalement aux femmes, aux adolescentes et aux enfants, touchant une population totale estimée à 15,4 millions d’habitants. Parmi eux, 3 millions sont des enfants de moins de 5 ans et 3,4 millions sont des femmes âgées de 15 à 49 ans. Sa zone d’action s’étendra au-delà des régions initialement couvertes par le PACSU (Gao, Mopti, Douentza, Bandiagara, San, Ségou, Koulikoro, Dioïla et Nara) pour inclure de nouvelles régions comme Tombouctou, Bougouni, Koutiala et Sikasso, qui affichent les taux de pauvreté les plus élevés, ainsi que la Commune VI du district de Bamako.

    *L’Association internationale de développement (IDA) est une entité de la Banque mondiale dédiée à l’aide aux nations les plus démunies. Créée en 1960, elle octroie des subventions et des prêts à des taux avantageux ou nuls pour soutenir des initiatives et des programmes visant à stimuler la croissance économique, à atténuer la pauvreté et à améliorer le quotidien des populations les plus vulnérables. L’IDA figure parmi les principaux pourvoyeurs de fonds pour 76 des pays les plus pauvres du globe, dont 39 sur le continent africain. Les ressources de l’IDA ont un impact positif sur la vie de 1,6 milliard de personnes. Depuis sa création, l’IDA a soutenu des actions de développement dans 113 pays, avec des engagements annuels moyens de 21 milliards de dollars au cours des trois dernières années, dont environ 61 % sont alloués à l’Afrique.

  • Crise au Burkina Faso Mali et Niger : des juntes militaires en difficulté

    Crise au Burkina Faso Mali et Niger : des juntes militaires en difficulté

    Des régimes militaires en quête de légitimité face à l’échec sécuritaire et politique

    Dans les pays de l’Afrique de l’Ouest comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger, les juntes militaires au pouvoir font face à une crise profonde de légitimité. Entre répression, restrictions des libertés et détentions arbitraires, ces régimes multiplient les mesures autoritaires pour tenter de masquer leurs échecs, notamment sur le plan sécuritaire et socioéconomique. Les défenseurs des droits humains et les médias deviennent les premières cibles de cette stratégie de contrôle.

    Des promesses non tenues et une situation sécuritaire toujours plus critique

    Le président de l’Afrikajom Center, Alioune Tine, alerte sur la dégradation de la situation dans ces trois pays. Selon lui, les juntes, qui justifiaient leur prise de pouvoir par une situation sécuritaire dégradée, n’ont pas réussi à améliorer la donne. Pire encore, la crise s’aggrave : « Depuis leur arrivée au pouvoir, la situation sécuritaire est devenue extrêmement préoccupante, parfois même pire qu’avant ». Une réalité qui contraste fortement avec les engagements initiaux des militaires, comme celui d’Ibrahim Traoré de rendre rapidement le pouvoir aux civils.

    « Quand on prend le pouvoir par la force, on a toujours cette peur de le perdre de la même manière », souligne Alioune Tine. Il rappelle que les promesses de transition démocratique ont été abandonnées : « Le capitaine Traoré avait promis des élections rapides pour rendre le pouvoir aux civils. Aujourd’hui, ces engagements sont restés lettre morte ». La situation des droits humains se dégrade, avec des massacres ciblant certaines communautés, notamment les Peuls.

    Une répression tous azimuts pour se maintenir au pouvoir

    Face à la contestation croissante, les régimes militaires durcissent leur politique répressive. Les détentions arbitraires, les enlèvements de défenseurs des droits humains et la fermeture de médias se multiplient. Amnesty International et la Coalition sénégalaise des défenseurs des droits humains dénoncent ces pratiques et préparent un rassemblement pacifique pour protester contre la répression de la liberté de la presse et la liberté d’expression. Elles exigent notamment la libération de l’avocat Guy Hervé Ham, détenu depuis janvier.

    Dans ce contexte tendu, un incident a marqué un tournant : le 12 juin, un obus a atterri dans la cour de la chaîne publique RTB à Ouagadougou, faisant plusieurs blessés. Bien que Ibrahim Traoré ait tenté de minimiser l’événement en le qualifiant de « fake news », la confusion persiste. Des rumeurs évoquent même une mutinerie dans les casernes ou une tentative de coup d’État.

    Le Mali et le Niger : des situations similaires d’impasse politique

    Au Mali, malgré quelques avancées dans le contrôle de certaines régions, la situation reste critique, tant sur le plan sécuritaire que socioéconomique. Alioune Tine souligne l’échec des juntes à répondre aux attentes des populations : « Nous sommes dans une impasse. Les gens souffrent d’un manque de légitimité, et les juntes ne parviennent pas à améliorer leur quotidien ». Certains opposants en exil ont même formé un gouvernement, illustrant la crise de confiance envers les militaires.

    Au Niger, la junte fait également face à une opposition croissante. Les détracteurs des régimes militaires dénoncent une dérive autoritaire, avec des enlèvements ciblant des personnalités de la société civile, y compris des personnes âgées. Pour Alioune Tine, ces pratiques révèlent une véritable dictature : « On ose aller enlever des figures de la société civile et les emmener au front. C’est inacceptable ».

    Une CEDEAO divisée et une coopération régionale menacée

    Les régimes militaires se tournent vers des alliés comme la Russie pour contourner les critiques internationales, notamment celles de la CEDEAO. Alioune Tine regrette cette division : « La CEDEAO est aujourd’hui scindée entre pro-occidentaux et pro-russes. Cela nuit gravement à la coopération interafricaine et à la prise en charge des préoccupations des peuples, en particulier des jeunes ». Il appelle à une remise en question de l’organisation pour mieux répondre aux défis régionaux.

    Parmi ces défis figurent la question du franc CFA et la présence des bases militaires étrangères. Alioune Tine souligne l’absence d’alternative viable après le départ des bases françaises : « Le problème n’est pas le départ des bases, mais le manque de solutions pour les remplacer ».

    Conclusion : des juntes en quête d’un second souffle

    Les régimes militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger sont aujourd’hui confrontés à une crise multidimensionnelle. Leur incapacité à résoudre les problèmes sécuritaires et socioéconomiques, couplée à une répression accrue, ne fait qu’aggraver leur isolement. Face à cette situation, les défenseurs des droits humains et les organisations régionales appellent à une mobilisation pour défendre les libertés fondamentales et exiger un retour à l’État de droit.

  • Crise humanitaire au Sahel : le hcr alerte sur l’urgence d’une réponse globale

    Crise humanitaire au Sahel : le hcr alerte sur l’urgence d’une réponse globale

    Crise humanitaire au Sahel : le HCR lance un appel urgent à une action collective

    Face à une crise humanitaire en pleine aggravation dans la région du Sahel, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) tire la sonnette d’alarme. Selon les dernières estimations, plus de 3,3 millions de personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers en raison de violences persistantes et des conséquences dramatiques de la crise climatique.

    « Ce chiffre, en constante augmentation, reflète une situation qui se détériore rapidement et exige une réponse internationale immédiate », a souligné Alpha Seydi Ba, porte-parole du Bureau régional du HCR pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, lors d’une conférence de presse à Genève.

    Une région en proie à l’insécurité et aux déplacements massifs

    Les pays du Sahel central — Burkina Faso, Mali et Niger — sont particulièrement touchés par cette crise. Les données recueillies en avril 2024 révèlent que 2,8 millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur de ces trois pays au cours des quatre dernières années. Parallèlement, le nombre de réfugiés originaires de ces nations a atteint 550 000 individus.

    Les principaux facteurs de ces déplacements incluent les vols, les attaques contre les civils et les violences basées sur le genre. Les populations les plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants, sont particulièrement exposées aux risques d’exploitation, d’abus et de traite.

    Au Burkina Faso, la combinaison de l’insécurité et des conditions de vie précaires aggrave la fragilité de la situation. En un an seulement, plus de 117 000 réfugiés burkinabés ont trouvé refuge dans les pays côtiers voisins, selon les dernières estimations.

    Un exode massif vers les pays voisins

    Les flux migratoires ne se limitent pas aux frontières internes. Le Mali accueille actuellement près de 94 000 réfugiés, principalement en provenance du Burkina Faso, du Niger et de la Mauritanie. Dans le même temps, plus de 354 000 personnes sont déplacées à l’intérieur du pays.

    Quant au Niger, il compte plus de 130 000 réfugiés maliens sur son territoire, tandis que la Mauritanie en abrite plus de 200 000. Près de 40 000 Maliens se sont également réfugiés au Burkina Faso, et quelque 50 000 ont tenté de rejoindre l’Algérie sans obtenir de statut de réfugié.

    Pour une réponse intégrée et durable

    Le HCR insiste sur la nécessité d’une approche globale, combinant l’action humanitaire, le développement et la consolidation de la paix. L’organisation souligne que les besoins du Sahel ne peuvent être comblés sans un investissement massif dans la protection des populations, l’assistance d’urgence et des solutions durables.

    « La communauté internationale doit maintenir son soutien malgré l’instabilité politique persistante dans la région », a déclaré le HCR. L’objectif ? Éviter d’aggraver les crises actuelles et prévenir l’émergence de nouveaux conflits.

    Parmi les priorités identifiées, le HCR plaide pour :

    • Le renforcement des systèmes de protection et d’assistance sociale ;
    • Le soutien aux communautés avant qu’elles ne soient contraintes de fuir ;
    • Une collaboration accrue entre les acteurs humanitaires, de développement et de paix ;
    • Le redéploiement des fonds vers les organisations locales engagées sur le terrain pour une réponse plus efficace.

    Pour financer ces actions urgentes au Burkina Faso, au Mali, au Niger, en Mauritanie et dans les pays du Golfe de Guinée, le HCR sollicite 443 millions de dollars.

    Une image de la crise : le témoignage de Dicko

    Dicko, mère déplacée sur le site de Sokoura au Mali

    Dicko, une mère de famille déplacée, incarne le drame humain derrière ces chiffres. Son témoignage, recueilli sur le site de Sokoura au Mali, illustre l’urgence d’agir pour protéger les populations les plus vulnérables.

    Une mobilisation internationale indispensable

    La crise au Sahel ne peut être résolue sans une mobilisation concertée des États, des organisations internationales et de la société civile. Le HCR appelle à une action immédiate pour éviter que la situation ne dégénère davantage et ne menace la stabilité de toute une région.

    En combinant efforts humanitaires, développement et diplomatie, la communauté internationale peut contribuer à briser le cycle de la violence et à offrir un avenir plus sûr aux populations du Sahel.

  • Gazoduc Nigeria-Maroc : les premières études topographiques lancées sur l’axe ouest-africain

    Gazoduc Nigeria-Maroc : les premières études topographiques lancées sur l’axe ouest-africain

    Gazoduc Nigeria-Maroc : les premières études topographiques lancées sur l’axe ouest-africain

    Le projet d’envergure du gazoduc Nigeria-Maroc entre dans une phase décisive avec le lancement des premières études topographiques sur son segment nord. Ces investigations, menées par le cabinet marocain Etafat, couvrent trois pays majeurs : le Maroc, la Mauritanie et le Sénégal.

    La mise en route de ces travaux a été officialisée après une réunion technique entre les experts d’Etafat — filiale du groupe français Parera — et les représentants de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) ainsi que de la Nigerian Petroleum Company (NNPC). Le cabinet a partagé des images aériennes des premières opérations, soulignant son engagement dans ce projet stratégique et sa détermination à le mener à bien.

    Premières études topographiques du gazoduc Nigeria-Maroc

    Ces études, qui s’étendront jusqu’au printemps 2025, porteront non seulement sur les aspects topographiques, mais aussi géophysiques et géotechniques du tracé. Elles sont réalisées en partenariat avec le groupe français Fondasol, représenté par Stéphane Ciesielski, directeur des activités internationales.

    Des défis techniques et logistiques majeurs

    L’expert en énergie Amin Bennouna a souligné la complexité de ces opérations par rapport aux études offshore. Contrairement à ces dernières qui se limitent à des aspects purement techniques, les investigations terrestres doivent intégrer de nombreux paramètres :

    • Les contraintes d’accès via les routes ou autres infrastructures ;
    • Les enjeux fonciers, notamment dans les zones urbaines en expansion ;
    • La recherche du tracé optimal pour le gazoduc sur cet axe ouest-africain.

    Ces éléments sont cruciaux pour garantir la faisabilité et la durabilité du projet sur le long terme.

    Un projet pharaonique aux ambitions continentales

    Ce gazoduc, d’une longueur impressionnante de 5 600 km, représente un investissement estimé à 25 milliards de dollars. Il reliera le Nigeria à l’Europe en traversant 13 pays de la côte ouest-africaine. Une fois achevé, il sera connecté au Gazoduc Maghreb-Europe au Maroc, puis intégré au réseau gazier européen.

    Ce projet ambitieux vise à renforcer la sécurité énergétique de l’Afrique de l’Ouest tout en ouvrant de nouvelles perspectives économiques pour les pays traversés.

  • Niger : la liberté de la presse sous pression, les journalistes face à l’intimidation

    Niger : la liberté de la presse sous pression, les journalistes face à l’intimidation

    La liberté de la presse au Niger est sérieusement compromise, alors que les autorités de transition intensifient les intimidations et les détentions arbitraires de journalistes. Ceux-ci sont particulièrement ciblés lorsqu’ils couvrent le conflit national et les enjeux de sécurité, alerte Amnesty International.

    Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, qui a vu le commandant Abdourahamane Tchiani renverser le président Mohamed Bazoum et prendre la tête du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie, l’espace médiatique nigérien s’est considérablement réduit. La peur des représailles pousse de nombreux journalistes à l’autocensure.

    « Ce mépris flagrant pour la liberté d’expression et la liberté de la presse, ainsi que pour le rôle essentiel des journalistes, survient à un moment où la population a un besoin criant d’informations fiables sur le conflit et les actions gouvernementales. Nous exhortons les autorités nigériennes à libérer immédiatement tous les journalistes arrêtés et détenus pour avoir exercé leur droit à l’information ou traité de sujets d’intérêt public sensibles. Elles doivent garantir un environnement où les professionnels des médias peuvent travailler sans crainte de harcèlement, d’intimidation ou de détention », déclare Samira Daoud, Directrice du bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre.

    Le 24 avril 2024, Soumana Maiga, directeur de publication du journal L’Enquêteur, a été interpellé après la parution d’un article sur l’installation présumée d’équipements d’écoute russes dans des bâtiments officiels de l’État. Il est actuellement incarcéré pour « atteinte à la défense nationale », une accusation passible de dix ans de prison.

    Les autorités de transition doivent respecter pleinement leurs obligations légales en matière de droits humains pour tous les citoyens du pays.

    Samira Daoud, Directrice du bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre

    Quelques jours auparavant, le 13 avril 2024, Ousmane Toudou, journaliste et ancien conseiller en communication du président déchu, avait également été arrêté. Après le coup d’État de juillet 2023, M. Toudou avait diffusé un appel largement relayé sur les réseaux sociaux, invitant les démocrates à s’opposer à la prise de pouvoir militaire. Malgré l’expiration du délai légal de garde à vue de quatre jours, il n’a toujours pas été présenté à un juge et sera jugé par un tribunal militaire, en dépit des normes internationales qui réservent cette juridiction aux infractions militaires.

    « Nous faisons plus attention à nos écrits pour nous préserver »

    Tchima Illa Issoufou, correspondante de la BBC en langue haoussa, a été menacée et accusée de vouloir « déstabiliser le Niger » pour ses reportages sur la situation sécuritaire dans la région de Tillabéri, particulièrement affectée par le conflit. Recherchée par les forces de sécurité et ciblée par les partisans du régime sur les réseaux sociaux qui l’accusent d’« influence étrangère », elle a dû fuir le Niger. Son reportage a également entraîné l’arrestation d’Ali Tera, un acteur de la société civile qu’elle avait interviewé. M. Tera a été arrêté le 26 avril 2024 et placé en détention provisoire à la prison civile de Niamey le 29 avril.

    « Le contexte nigérien est devenu extrêmement tendu. Les principes fondamentaux de la liberté de la presse sont bafoués par les nouvelles autorités, et plusieurs de mes confrères et moi-même sommes contraints d’être plus vigilants dans nos écrits pour notre propre sécurité », confie sous couvert d’anonymat le directeur d’un média local à Amnesty International.

    En janvier 2024, la Maison de la Presse, une organisation regroupant divers médias privés et publics du Niger, a été suspendue par les autorités de transition et remplacée par un comité ad hoc sous la direction du secrétaire général du ministère de l’Intérieur.

    « Les droits à la liberté d’expression, d’information et de la presse sont garantis par la législation nationale et les traités internationaux sur les droits humains, tels que la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auxquels le Niger est signataire. Il est impératif que les autorités de transition honorent leurs obligations légales de respecter, protéger, promouvoir et réaliser les droits humains de tous les citoyens du pays », réaffirme Samira Daoud.

  • Répression au Mali : le gouvernement musèle la société civile sans relâche

    Répression au Mali : le gouvernement musèle la société civile sans relâche

    Le Mali intensifie sa pression sur la société civile : une analyse des mesures récentes

    Depuis le début de l’année 2024, le Mali a franchi une étape supplémentaire dans sa politique de restriction des libertés associatives. Récemment, le ministre malien de l’Administration territoriale a annoncé la dissolution de l’Association des Élèves et Étudiants du Mali (AEEM), une décision qui s’inscrit dans une série de mesures visant à étouffer toute forme de contestation.

    Les autorités accusent l’AEEM d’être à l’origine de violences et d’affrontements dans les milieux scolaires et universitaires. Parmi les griefs avancés, on note des arrestations en 2017 et 2018 de certains de ses membres, découverts en possession d’armes, de stupéfiants et de sommes d’argent non justifiées. Cette dissolution marque la quatrième opération de ce type en moins de quatre mois.

    Une série de dissolutions ciblant les opposants

    Le 6 mars 2024, les autorités ont également dissous la Coordination des Mouvements, Associations et Sympathisants de l’Imam Mahmoud Dicko (CMAS). Cette organisation, qui réclamait un retour à un régime démocratique civil via des élections présidentielles, a été qualifiée de menace pour la sécurité publique et de facteur de déstabilisation.

    Quelques semaines auparavant, le 28 février, c’est le parti politique Kaoural Renouveau qui a subi le même sort, sous prétexte de propos diffamatoires et subversifs à l’encontre de la junte militaire. Enfin, le 20 décembre 2023, l’Observatoire pour les élections et la bonne gouvernance, une organisation de la société civile spécialisée dans l’évaluation des processus électoraux, a été dissoute. Son président a été accusé d’avoir tenu des déclarations de nature à troubler l’ordre public.

    Une répression systémique depuis le coup d’État de 2021

    Depuis le coup d’État militaire de 2021, les autorités maliennes ont considérablement réduit l’espace civique et politique. La junte, dirigée par le colonel Assimi Goïta, a multiplié les restrictions contre la dissidence pacifique, l’opposition politique et les médias. En mars 2024, le colonel de gendarmerie Alpha Yaya Sangaré, auteur d’un livre dénonçant les exactions des forces armées maliennes, a été arrêté et a disparu, illustrant cette politique de musèlement.

    Réactions nationales et internationales

    La Commission nationale des droits de l’homme du Mali (CNDH) a récemment tiré la sonnette d’alarme. Dans un communiqué, elle dénonce les menaces sérieuses pesant sur les droits civiques et politiques, en particulier la liberté d’association. Elle critique ouvertement la tendance systémique de dissolution ou suspension d’associations et de partis politiques.

    De son côté, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a exprimé ses inquiétudes. Son porte-parole, Seif Magango, a alerté sur les conséquences de ces mesures pour les libertés fondamentales. Alors que le Mali approche de la troisième année sous un gouvernement non élu, l’espace nécessaire à l’expression démocratique s’amenuise chaque jour.

    Les organisations de la société civile et les défenseurs des droits humains appellent les autorités maliennes à révoquer immédiatement ces dissolutions et à garantir le respect des libertés fondamentales. Sans une société civile libre et un débat politique ouvert, le pays risque de s’enfermer dans un cycle de répression et d’isolement.

  • Trois pays d’Afrique de l’ouest quittent la Cédéao : impact sur les droits humains

    Trois pays d’Afrique de l’ouest quittent la Cédéao : impact sur les droits humains

    Les récentes annonces des gouvernements du Mali, du Niger et du Burkina Faso concernant leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) suscitent de vives inquiétudes quant à la protection des droits fondamentaux des populations de ces nations.

    Départ annoncé du Mali, du Niger et du Burkina Faso de la Cédéao : les droits humains fragilisés?

    L’éloignement de ces trois États de l’institution régionale pourrait en effet restreindre l’accès à la Cour de justice de la Cédéao, un mécanisme clé pour les citoyens confrontés à des violations des droits humains. Ilaria Allegrozzi, experte en droits humains et chercheuse senior pour une ONG internationale, alerte sur les conséquences de cette décision :

    Un tribunal essentiel pour les victimes de violations

    Selon elle, cette Cour constituait une voie de recours cruciale, notamment pour les populations des trois pays concernés, où l’impunité des abus commis par les forces de sécurité et les autorités locales est souvent constatée. « Le manque d’accès à la justice au niveau national rend ce tribunal indépendant encore plus vital », souligne-t-elle.

    Elle évoque également l’importance historique de cette Cour, qui a rendu des décisions majeures dans le passé. Parmi elles, un arrêt condamnant le Niger pour ne pas avoir protégé un de ses citoyens de l’esclavage, ou encore une décision en 2012 pointant la responsabilité du Nigeria face aux violations commises par des entreprises pétrolières.

    Une procédure accessible malgré tout

    Un autre avantage de cette Cour résidait dans sa flexibilité procédurale : contrairement à d’autres instances, il n’était pas nécessaire d’épuiser toutes les voies de recours locales avant de saisir la Cour de justice de la Cédéao. « Cela offrait un accès plus direct à la justice pour les citoyens du Mali, du Niger et du Burkina Faso », ajoute l’experte.

    Avec le départ de ces trois pays, la question de la protection des droits humains dans la région se pose avec une acuité particulière. Les populations pourraient se retrouver privées d’un outil essentiel pour faire valoir leurs droits face aux abus et aux manquements des autorités.

  • Niger post-coup : les libertés fondamentales sous une pression croissante

    Niger post-coup : les libertés fondamentales sous une pression croissante

    Depuis le putsch militaire survenu le 26 juillet 2023, les instances dirigeantes du Niger ont procédé à l’incarcération arbitraire de dizaines d’anciens hauts fonctionnaires et ont violemment réprimé les médias critiques ainsi que toute forme de contestation pacifique. C’est ce qu’ont révélé conjointement Human Rights Watch et Amnesty International. Ces organisations appellent les autorités à libérer sans délai toute personne emprisonnée pour des motifs politiques et à garantir le respect des droits à une procédure légale équitable.

    Le 26 juillet, le Général Abdourahmane Tiani, à la tête du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) autoproclamé, a orchestré le renversement du gouvernement du Président Mohamed Bazoum. Depuis cet événement, le Président Bazoum, son épouse et leur fils sont retenus au palais présidentiel de Niamey, la capitale. Parallèlement, d’autres personnalités gouvernementales ont été arrêtées. Les nouvelles autorités sont également accusées de menacer, harceler, intimider et détenir arbitrairement des journalistes, des jeunes et des opposants politiques présumés, ainsi que toute personne exprimant des opinions divergentes.

    « Les arrestations arbitraires et les atteintes flagrantes à la liberté d’expression perpétrées par les autorités nigériennes engagent le pays sur une trajectoire périlleuse en matière de droits humains. »

    Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch.

    « Il est impératif que les autorités mettent fin aux détentions injustifiées, respectent scrupuleusement les droits humains et assurent l’indépendance de la presse. »

    En réaction au coup d’État, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a imposé, dès le 30 juillet, la fermeture des frontières avec le Niger, a suspendu toutes les transactions commerciales et financières, et a brandi la menace d’une intervention militaire si le CNSP ne rétablissait pas Mohamed Bazoum au pouvoir. Le 10 août, la CEDEAO a renforcé ses sanctions, incluant des interdictions de voyager et des gels d’avoirs, ciblant les putschistes et le pays. L’Union africaine, le 22 août, a suspendu la participation du Niger à ses instances, tout en exprimant des réserves quant à une éventuelle intervention armée ouest-africaine, privilégiant une approche pacifique pour un « retour à l’ordre constitutionnel ».

    Le 11 octobre, les autorités nigériennes ont sommé la Coordinatrice résidente des Nations Unies, Louise Aubin, de quitter le territoire sous 72 heures. Cette décision faisait suite à des accusations de « sabotage » portées contre le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, pour avoir exclu le Niger de l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre.

    Depuis le renversement du régime, plusieurs anciens responsables gouvernementaux ont été arbitrairement interpellés, parmi lesquels Sani Mahamadou Issoufou (ancien ministre du Pétrole), Hamadou Adamou Souley (ancien ministre de l’Intérieur), Kalla Moutari (ancien ministre de la Défense) et Ahmad Jidoud (ancien ministre des Finances). En septembre, ces individus ont été transférés dans les prisons de Filingué Say, Kollo (région de Tillaberi) et Niamey, puis inculpés d’« atteinte à la sûreté de l’État » devant un tribunal militaire, malgré leur statut civil, en violation flagrante des garanties de procédure régulière. Amnesty International et Human Rights Watch qualifient ces détentions d’arbitraires, les considérant comme politiquement motivées.

    Human Rights Watch a exprimé de vives préoccupations concernant la sécurité et le bien-être de Mohamed Bazoum et de sa famille. Les deux organisations, Human Rights Watch et Amnesty International, insistent sur la nécessité pour les autorités d’assurer leur protection et de respecter leurs droits fondamentaux. Le 13 août, une intention de poursuivre Bazoum pour « haute trahison » et atteinte à la sécurité nationale a été annoncée, mais aucune comparution devant un juge n’a eu lieu à ce jour. Le 18 septembre, Mohamed Bazoum a saisi la Cour de justice de la CEDEAO à Abuja (Nigeria), dénonçant des violations de ses droits humains et de ceux de sa famille durant leur captivité, et réclamant sa réintégration immédiate en tant que président du Niger. Le 3 octobre, Salem Mohamed Bazoum, fils du président déchu, a contesté la légalité de sa détention devant le tribunal de grande instance de Niamey. Le 6 octobre, le tribunal a ordonné sa libération. Cependant, cette décision judiciaire n’a pas été appliquée par le CNSP. Dans un communiqué du 20 octobre, les avocats de Bazoum ont affirmé que lui, son épouse et son fils étaient détenus au secret, réfutant les allégations des dirigeants militaires selon lesquelles il aurait tenté de s’évader.

    Des membres d’organisations médiatiques et des journalistes ont confié à Human Rights Watch et Amnesty International qu’ils subissaient une pression accrue dans l’exercice de leurs fonctions depuis le coup d’État, ainsi que des intimidations, incluant menaces de violence et surveillance de la part d’agents gouvernementaux et d’autres acteurs.

    Après le putsch, des journalistes locaux et internationaux ont été la cible de menaces, de harcèlement verbal en ligne et d’agressions physiques. Le 3 août, le CNSP a suspendu indéfiniment les émissions des chaînes d’information internationales Radio France Internationale et France 24.

    « L’autocensure est devenue une stratégie de survie pour beaucoup d’entre nous, surtout ceux qui ont pris leurs distances avec les positions et les actions des nouvelles autorités, » a témoigné un journaliste nigérien auprès de Human Rights Watch. « Les journalistes évitent désormais d’aborder les sujets sensibles, tels que les droits humains. »

    Le 30 septembre, des individus se présentant comme des membres des forces de sécurité ont interpellé Samira Sabou, blogueuse et journaliste, au domicile de sa mère à Niamey. « Des hommes en civil, affirmant appartenir aux forces de sécurité, sont venus arrêter Samira, » a rapporté son mari à Amnesty International. « Ils lui ont mis une cagoule sur la tête avant de l’emmener. » Le lieu de sa détention est resté inconnu pendant sept jours. La police judiciaire de Niamey a initialement nié son arrestation, mais le 7 octobre, elle a été transférée à la brigade criminelle de Niamey, où son avocat et son mari ont pu lui rendre visite. Le 11 octobre, elle a été inculpée de « production et diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public » et libérée en attente de son procès.

    Samira Sabou avait déjà été arrêtée par le passé pour ses activités journalistiques. En 2022, elle a écopé d’une peine d’un mois de prison avec sursis pour ses reportages sur le trafic de drogue au Niger, et en 2020, elle a été arbitrairement détenue pendant 48 jours pour cybercriminalité.

    Les autorités ont également réduit au silence les voix dissidentes. Un décret du 22 août, signé par Tiani, le chef militaire du Niger, a prononcé sans explication la révocation de six universitaires et fonctionnaires d’État. La veille, ces personnes, avec d’autres universitaires, avaient signé une pétition se désolidarisant d’une déclaration du 1er août du Syndicat national des enseignants et chercheurs qui apportait son soutien au CNSP. Le 3 octobre, Samira Ibrahim, une influenceuse connue sous le pseudonyme « Precious Mimi », a été condamnée à six mois de prison avec sursis et à une amende de 300 000 francs CFA (environ 480 dollars américains) pour avoir « produit des données susceptibles de troubler l’ordre public ». Son inculpation faisait suite à une publication sur Facebook évoquant le refus de l’Algérie de reconnaître le nouveau gouvernement nigérien.

    Après le coup d’État, des partisans du CNSP, parfois organisés en comités d’autodéfense, ont perpétré des actes de violence contre des membres du parti de Bazoum, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya), et d’autres opposants. Ces violences pourraient avoir été exacerbées par les tensions politiques liées à une potentielle intervention militaire de la CEDEAO.

    Le 27 juillet, des sympathisants du nouveau régime ont saccagé et incendié le siège du PNDS à Niamey. Ils ont également détruit des dizaines de véhicules et agressé physiquement plusieurs membres du parti qui s’y étaient rassemblés. « Un jeune homme m’a frappée avec un bâton, tandis qu’un autre m’agrippait les seins », a témoigné une femme. Des témoins ont rapporté que les forces de sécurité n’avaient pas agi de manière adéquate pour prévenir ces violences.

    En août, de jeunes membres de groupes d’autodéfense soutenant le coup d’État ont commis des agressions sexuelles sur plusieurs femmes lors de patrouilles illégales aux principaux carrefours de Niamey, selon les rapports de la police et de la Ligue nigérienne des droits de la femme. Au moins quatre victimes ont déposé plainte auprès de la police nigérienne contre leurs agresseurs, mais à ce jour, aucune inculpation n’a été prononcée pour ces crimes.

    Le CNSP a suspendu la constitution du Niger, mais a promis de respecter l’état de droit, la « démocratie pluraliste » et les droits et libertés garantis par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples de 1981. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont le Niger est signataire, assure le droit à la liberté d’expression et proscrit les arrestations ou détentions arbitraires.

    « Le Niger se trouve à un moment crucial de son histoire », a affirmé Ousmane Diallo, chercheur sur le Sahel au bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

    La liberté d’expression, la dissidence et l’indépendance de la presse sont des piliers essentiels pour la jouissance des autres droits et pour l’obligation de rendre des comptes qui incombe au gouvernement. Les autorités militaires de transition doivent agir avec détermination pour mettre un terme aux menaces, au harcèlement, à l’intimidation, aux arrestations et aux violences croissantes visant les journalistes, les médias et les opposants nigériens, et prendre des mesures efficaces pour respecter, protéger, promouvoir et concrétiser les droits de tous les citoyens du pays.

    Ousmane Diallo, chercheur sur le Sahel au bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale
  • Niger : urgence pour la libération de la journaliste samira sabou

    Niger : urgence pour la libération de la journaliste samira sabou

    La disparition forcée de Samira Sabou, journaliste et blogueuse Nigerienne, suscite une vive émotion et des appels pressants à sa libération immédiate. Enlevée le 30 septembre à son domicile par des individus masqués se présentant comme des agents des services de sécurité, sa situation reste totalement inconnue à ce jour. Ousmane Diallo, chercheur spécialisé sur la région du Sahel au sein du bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, alerte sur les risques encourus par la militante.

    Nous sommes profondément préoccupés par l’enlèvement de Samira Sabou. Le Conseil national pour le salut de la patrie (CNSP) doit impérativement révéler sans délai sa localisation et garantir sa libération immédiate et sans condition. Si les autorités affirment ne pas détenir cette information, elles ont l’obligation légale d’enquêter sans attendre. Chaque heure qui passe aggrave les violations des droits fondamentaux de Samira Sabou, notamment son droit à un procès équitable et l’interdiction absolue de la torture ou des traitements inhumains.

    Ousmane Diallo, chercheur sur le Sahel à Amnesty International

    Pourquoi la disparition de Samira Sabou fait-elle polémique ?

    Samira Sabou est une figure engagée dans la lutte contre la corruption et la défense des droits humains au Niger. Son militantisme actif et ses récentes dénonciations d’arrestations arbitraires par le CNSP pourraient expliquer son enlèvement. Son rôle de présidente des blogueurs du Niger et son travail de journaliste en font une cible potentielle pour les autorités en place.

    Amnesty International rappelle que le Niger a ratifié la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. Le pays est donc tenu de respecter ses engagements internationaux et nationaux en matière de droits humains. L’organisation exhorte le CNSP à appliquer scrupuleusement ces obligations, notamment :

    • L’interdiction formelle des disparitions forcées ;
    • La garantie de la liberté d’expression et de la liberté de la presse ;
    • La protection des défenseurs des droits de l’homme, conformément aux articles 4, 6 et 7 de la loi de 2022 sur leurs droits et devoirs.

    Une arrestation aux circonstances troubles

    Le 30 septembre 2023, Samira Sabou a été arrachée à son domicile maternel à Niamey par plusieurs hommes masqués s’identifiant comme des forces de l’ordre. Malgré la présentation de cartes professionnelles, son enlèvement s’est déroulé dans des conditions opaques : elle a été cagoulée, transportée dans un véhicule inconnu, et sa famille ainsi que son avocat n’ont plus eu aucun contact avec elle depuis. À ce jour, les autorités nigériennes, y compris le service des enquêtes criminelles de la police de Niamey, n’ont fourni aucune information sur son sort.

    D’autres cas de répression de la liberté d’expression au Niger

    Le climat de répression s’étend au-delà de Samira Sabou. Le 3 octobre, Samira Ibrahim, connue sous le pseudonyme « Precious Mimi » sur les réseaux sociaux, a été condamnée à six mois de prison avec sursis et à une amende de 300 000 francs CFA pour une publication jugée subversive. Son message sur Facebook, évoquant le refus de l’Algérie de reconnaître le nouveau gouvernement du Niger, lui a valu cette sanction disproportionnée. Ces affaires illustrent une tendance inquiétante à museler les voix critiques au Niger.