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  • La guerre informationnelle franco-russe en Afrique : une confrontation sans merci

    La guerre informationnelle franco-russe en Afrique : une confrontation sans merci

    Sur le continent africain, la confrontation informationnelle entre la France et la Russie s’intensifie, se manifestant de manière directe et sans équivoque. Initiée par Moscou, notamment après son intervention en République centrafricaine en 2018, cette facette de la guerre d’influence russe cherche à éroder et supplanter l’emprise historique de Paris en Afrique. Pour y parvenir, la stratégie du Kremlin repose sur une manipulation ciblée des opinions publiques locales. Ayant tardivement pris la mesure de cette tactique, déjà mise en œuvre par les Russes sur d’autres fronts depuis 2014, les autorités françaises s’efforcent aujourd’hui de riposter avec détermination.

  • Crise de la malnutrition au Mali : enjeux et solutions pour la santé des enfants

    Crise de la malnutrition au Mali : enjeux et solutions pour la santé des enfants

    Enfant souffrant de malnutrition au Mali

    crise de la malnutrition au Mali : enjeux et solutions pour la santé des enfants

    Avec plus de 15 millions d’habitants, le Mali fait face à une crise sanitaire majeure liée à la malnutrition, particulièrement dans la bande sahélienne. Malgré les efforts de prévention déployés ces dernières années, cette problématique touche de nombreuses régions du pays. Voici un état des lieux complet.

    Plusieurs zones du Mali enregistrent des taux élevés de malnutrition. Face à un taux de mortalité infantile alarmant – près d’un enfant sur cinq ne survit pas au-delà de 5 ans –, les autorités maliennes ont fait de la lutte contre ce fléau une priorité nationale. La malnutrition, souvent qualifiée de maladie silencieuse, engendre des conséquences néfastes à court, moyen et long terme, tant pour les familles que pour la société dans son ensemble.

    Dans les foyers maliens, les naissances sont fréquemment rapprochées, ce qui aggrave les risques de malnutrition chez les jeunes enfants et les mères. Par ailleurs, plus le nombre de membres dans un ménage est élevé, plus le risque de malnutrition augmente significativement.

    Des chiffres dépassant largement les seuils d’alerte

    La malnutrition aiguë globale (modérée et sévère) touche 15 % de la population malienne, alors que le seuil d’alerte international est fixé à 10 %. Quant à la malnutrition chronique, elle affecte 38 % des enfants de moins de 5 ans, contre un seuil d’alerte de 20 % défini par l’Organisation mondiale de la santé. Le Mali se trouve ainsi bien au-dessus des limites recommandées.

    Plus de 80 % des enfants de moins de 5 ans et 65 % des femmes au Mali souffrent d’une carence en fer, l’un des taux les plus élevés au monde. Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’une carence en fer entrave fortement le développement intellectuel et les capacités d’apprentissage chez les enfants. Pour les mères, une anémie peut avoir des répercussions directes sur la santé de leur enfant dès la grossesse, augmentant les risques de malnutrition néonatale.

    Avec près de 40 % de sa population touchée, la malnutrition représente un défi sanitaire colossal pour le Mali.

    Les actions engagées pour endiguer la crise

    Pour combattre efficacement la malnutrition, le gouvernement malien a mis en place « une stratégie nationale claire en matière de nutrition ». Cette politique s’accompagne d’un plan d’action visant à mobiliser des financements et à améliorer la prise en charge des populations affectées.

    « Cette politique s’accompagne d’un plan d’action ambitieux, conçu pour mobiliser des ressources financières essentielles à la lutte contre la malnutrition »
    Expert en nutrition à l’Unicef Mali

    Le Mali a récemment adopté l’iodation universelle du sel pour lutter contre les troubles liés à la carence en iode. Aujourd’hui, 79 % des ménages maliens utilisent du sel iodé, mais cet objectif reste en deçà de la cible fixée à 90 %.

    Depuis 2005, les semaines d’intensification des activités nutritionnelles (SIAN) sont organisées deux fois par an et couvrent 95 % du territoire. Destinées aux enfants âgés de 6 à 59 mois, ces campagnes sont désormais ancrées dans les pratiques communautaires, favorisant ainsi la sensibilisation et la prévention. Pendant les SIAN, l’État et les partenaires humanitaires, dont l’Unicef, promeuvent notamment la vitamine A et les comprimés de déparasitage, des mesures efficaces pour réduire les maladies et la mortalité infantile.

    Parmi les initiatives menées par le Mali, l’Unicef et les ONG locales, ces actions ont permis de réduire significativement le taux de mortalité infantile dans le pays.

    Les SIAN s’inscrivent dans une démarche communautaire globale, portée par l’Unicef, visant à éduquer les populations sur la détection précoce des signes de malnutrition. L’organisation forme les communautés à identifier les symptômes, à dépister les cas avérés et à intervenir rapidement. « Pour renforcer l’impact de ces campagnes, l’Unicef et ses partenaires intègrent le dépistage de la malnutrition dans les services de santé de base », explique Médiatrice Kiburente Touré. Elle ajoute : « Il est crucial de continuer à informer les populations sur les causes de la malnutrition, en mettant l’accent sur l’accès à une eau potable de qualité ».

    En 2010, seulement 50 % des enfants maliens atteints de malnutrition aiguë sévère bénéficiaient d’une prise en charge. Aujourd’hui, cette couverture s’améliore progressivement.

  • Financement santé Niger : enjeux et réformes pour une couverture sanitaire universelle

    Financement santé Niger : enjeux et réformes pour une couverture sanitaire universelle

    Pourquoi le Niger mise sur une réforme du financement de la santé ?

    La République du Niger, pays d’Afrique de l’Ouest confronté à des défis majeurs comme les conflits armés et les sécheresses répétées, affiche des indicateurs sanitaires parmi les plus préoccupants au monde. Avec des taux de mortalité maternelle et infantile records, le système de santé nigérien peine à offrir des services accessibles à tous. Face à cette situation, les autorités ont lancé une politique de gratuité des soins en 2006, ciblant d’abord les femmes et les enfants de moins de cinq ans. Pourtant, malgré des résultats initiaux encourageants, cette initiative s’est heurtée à un financement insuffisant, ne couvrant que la moitié des besoins réels jusqu’en 2011. Résultat : des factures de soins impayées se sont accumulées, paralysant partiellement le système.

    Un financement fragmenté et des dépenses de santé en dents de scie

    Les dépenses publiques de santé au Niger ont fluctué entre 4,9 % et 5,7 % du PIB entre 2007 et 2020, sans jamais atteindre les 6 % recommandés par l’OMS. Les dépenses directes des ménages représentent plus de 40 % des dépenses totales, un fardeau insupportable pour les populations les plus vulnérables. Dès 2006, le Gouvernement nigérien avait tenté de structurer le financement de la santé via le Fonds Commun Santé (FCS), en collaboration avec des partenaires comme l’Agence française de développement (AFD) et la Banque mondiale. En 2020, ce cercle s’est élargi avec l’arrivée de l’UNICEF, de l’UNFPA, de Gavi et de l’AECID (Espagne).

    Maman câlinant son bébé dans un village du Niger

    Maman câlinant son bébé, dans le village de Soki situé dans le centre du Niger. © UNICEF/Dejongh

    Réseau P4H et Plan d’action mondial : une coordination renforcée pour un financement pérenne

    Pour pallier les lacunes du système, le Niger s’est tourné vers des mécanismes de collaboration internationale. Depuis 2018, le pays bénéficie du soutien du réseau Providing for Health (P4H), une plateforme mondiale dédiée au financement de la santé et à la protection sociale. En 2021, les membres de P4H et les signataires du Plan d’action mondial pour la réalisation de l’ODD 3 ont uni leurs forces pour recruter un point focal national. Ce dernier, soutenu par le Gouvernement et des partenaires comme Gavi, joue un rôle clé dans la coordination des financements et l’alignement des aides sur les priorités nationales.

    Ce poste, initialement financé par l’OMS et l’AFD, a été transféré à la Banque mondiale en 2022, avec le soutien du Mécanisme de financement mondial. Son objectif ? Désengorger le Ministère de la santé des sollicitations multiples des bailleurs et harmoniser les interventions pour une couverture sanitaire universelle (CSU) plus efficace.

    Quelles réformes pour un système de santé plus résilient ?

    Le Niger a identifié cinq priorités stratégiques pour moderniser son financement de la santé :

    • Alignement budgétaire : harmoniser les dépenses de santé sur des indicateurs stratégiques communs.
    • Réforme du FCS : transformer cet outil de gestion en un système de financement plus flexible et fongible.
    • Achats stratégiques : optimiser les acquisitions médicales avec l’appui de l’INAM.
    • Prévisibilité des contributions : sécuriser les engagements des partenaires techniques et financiers.
    • Mobilisation des ressources locales : plaider pour une augmentation des budgets alloués aux soins primaires et à la vaccination.

    Ces réformes s’articulent autour de quatre axes majeurs :

    • Harmonisation du financement : recensement des donateurs, analyse des flux financiers et trajectoire du FCS.
    • Harmonisation du soutien : évaluation critique de l’assistance technique disponible.
    • Outils de financement : analyse des stratégies de gratuité des soins et d’assurance-maladie universelle.
    • Optimisation des ressources : développement d’outils de simulation des coûts et identification d’innovations peu coûteuses.

    Résultats attendus et défis persistants

    Cette approche collaborative vise à réduire les doubles emplois entre partenaires et à cibler les interventions là où elles sont le plus nécessaires. Par exemple, le Mécanisme de financement mondial permet de suivre précisément l’allocation des ressources, évitant ainsi le gaspillage. À terme, cette réforme devrait améliorer l’efficacité de l’INAM et réduire les dépenses directes des ménages, soulageant ainsi les populations les plus pauvres.

    Cependant, des obstacles subsistent :

    • Surcharge des points focaux : le personnel des organismes partenaires doit consacrer plus de temps à ces missions.
    • Financement à long terme du poste de point focal : des discussions sont en cours pour pérenniser ce mécanisme, avec un soutien de Gavi et du Mécanisme de financement mondial.

    Les leçons tirées de cette expérience pourraient être partagées avec d’autres pays confrontés à des enjeux similaires, renforçant ainsi la coordination internationale en matière de santé.

    Focus sur le Plan d’action mondial pour l’ODD 3

    Le Plan d’action mondial pour la réalisation de l’ODD 3 rassemble 13 organismes clés (OMS, UNICEF, Banque mondiale, etc.) pour accélérer la progression vers les cibles sanitaires des Objectifs de développement durable. Son originalité réside dans la collaboration renforcée entre acteurs, alignant leurs actions sur les stratégies nationales. Mis à jour en octobre 2021 pour intégrer une stratégie de reprise post-COVID-19, ce plan vise une relance équitable et durable des systèmes de santé.

  • Influenceurs pro-Moscou en afrique, les alliés de poutine

    Influenceurs pro-Moscou en afrique, les alliés de poutine

    deux hommes discutant près d'une table en bois

    Dernière mise à jour : octobre 2024. Temps de lecture : 8 minutes.

    En Afrique, l’influence du Kremlin s’appuie sur un réseau d’activistes, de médias et de partis locaux qui diffusent ses thèses. Parmi eux, Evgueni Prigojine – proche de Vladimir Poutine et financier du groupe Wagner – joue un rôle clé en finançant des associations relais comme l’Afric (Association pour la recherche libre et la coopération internationale).

    L’Afric est dirigée depuis Maputo par José Matemulane, un universitaire mozambicain formé en psychologie. Ioulia Afanasieva, une associée de Prigojine, préside cette structure liée au réseau de l’oligarque russe. Grâce à elle, Moscou mène des opérations d’influence sur le continent africain.

    L’Afric collabore avec plusieurs sites panafricanistes, dont Radio Révolution panafricaine et Afrique Média TV, pour diffuser des messages pro-russes et anti-français. Basée au Cameroun, cette chaîne appartient au groupe Afrique Média, dirigé par Justin B. Tagouh. Ce dernier s’est rendu à deux reprises à Sotchi, affirmant avoir rencontré Poutine.

    • Le Camerounais Banda Kani, président du parti Nouveau mouvement populaire, y défend des positions pro-Kremlin virulentes dans le conflit ukrainien. Selon lui, Kiev est une « oligarchie criminelle », et Volodymyr Zelensky, son président, un « voyou ».
    • Cette chaîne invite régulièrement Kemi Seba, un militant Franco-Béninois connu pour ses prises de position radicales contre la présence occidentale en Afrique.

    Evgueni Prigojine, expert en désinformation et membre du premier cercle de Poutine, finance la nébuleuse Wagner. Il s’appuie sur des relais locaux comme l’Afric pour étendre son influence en Afrique.

    Kemi Seba : de l’activisme anticolonial au rapprochement pro-Kremlin

    Le fondateur de l’ONG Urgence panafricaniste s’est rapproché ces dernières années de Aleksandr Douguine, un nationaliste russe chantre d’un monde multipolaire et d’une idéologie anti-occidentale. Très influent dans l’entourage de Poutine, Douguine a reçu Kemi Seba en Russie dès 2017. L’activiste Franco-Béninois a de nouveau été reçu par le Kremlin début mars 2024.

    • Lors de ce voyage à Moscou, il s’est entretenu avec Mikhaïl Bogdanov, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, chargé de l’Afrique et du Moyen-Orient.
    • Il a également prononcé une conférence à l’Institut d’État des relations internationales.

    En octobre 2020, sur la chaîne Vox Africa, Kemi Seba a expliqué avoir été invité par Evgueni Prigojine en Russie, au Soudan et en Libye. Cependant, il affirme avoir pris ses distances avec l’oligarque russe lorsque ce dernier lui a suggéré de passer à des actions violentes contre des symboles occidentaux, même si cela devait causer des dommages collatéraux en Afrique.

    Malgré cette rupture apparente, Kemi Seba continue de multiplier les déclarations favorables aux thèses du Kremlin sur les réseaux sociaux et les médias africains.

    Nathalie Yamb : la « dame de Sotchi » et son combat contre l’influence française

    Proche de Kemi Seba, qui la qualifie de « grande sœur de lutte et de cœur », la Suissesse d’origine camerounaise Nathalie Yamb gravite dans le réseau de l’Afric. Elle s’est auto-proclamée la « dame de Sotchi » après sa participation remarquée au sommet Russie-Afrique de 2019.

    Selon un rapport de l’ONG Free Russia Foundation, Nathalie Yamb a participé à une conférence organisée par l’Afric à Berlin en janvier 2020. Cet événement a été co-organisé avec la Fondation pour la protection des valeurs nationales, une structure également liée à Prigojine. Elle est dirigée par Alexander Malkevitch, un « journaliste » proche des services de renseignement russes.

    • Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, elle affiche clairement son soutien à l’armée russe.
    • Elle a été expulsée de Côte d’Ivoire en décembre 2019 pour ses prises de position virulentes contre la France.

    Nathalie Yamb est également membre du parti ivoirien Lider, dont le compte Twitter relaie régulièrement la propagande pro-russe depuis le début de la guerre en Ukraine.

    Bien qu’il ait officiellement pris sa retraite politique et ne soit plus actif sur les réseaux sociaux, le fondateur du Lider, Mamadou Koulibaly, s’est rendu à Bamako en mars 2024 pour soutenir la junte malienne, elle-même pro-russe. Dans une interview à Vox Africa, il explique avoir répondu à l’invitation d’un mouvement de jeunes panafricanistes et avoir souhaité « violer l’embargo et soutenir les populations qui se battent pour affirmer leur souveraineté ».

    Le rôle clé de Adama Diarra, alias « Ben le cerveau » au Mali

    Au Mali, Adama Diarra dit « Ben le cerveau » est une figure centrale de la présence russe. Il est le porte-parole du mouvement Yerewolo – Debout sur les remparts, une association malienne pro-russe.

    • En septembre 2021, alors que des rumeurs circulaient à Bamako concernant la signature d’un contrat entre Wagner et l’État malien, il a été le premier à confirmer qu’un tel accord était en négociation entre le palais présidentiel de Koulouba et le réseau de Prigojine.
    • Depuis l’automne 2021, il est à l’origine de presque toutes les manifestations pro-russes organisées à Bamako.

    « Cinquante experts militaires russes sont présents au Mali depuis plus d’un mois », avait précisé Adama Diarra, un fervent défenseur de la junte malienne et membre du Conseil national de transition (CNT). Ces spécialistes ont rendu une expertise militaire détaillée au gouvernement malien.

    Les relais médiatiques de Wagner à Bangui

    La galaxie de Prigojine s’étendu jusqu’à Bangui, en République centrafricaine. Là-bas, l’un des principaux relais médiatiques du Kremlin est Fred Krock, directeur de la radio Lengo Songo. Cette dernière serait entièrement financée par Lobaye Invest, une société minière liée à la nébuleuse Wagner en Centrafrique. Elle est initialement dirigée par Evgueni Khodotov, un fidèle de Prigojine.

    Les articles de cette radio sont régulièrement mis en avant par l’agence de presse russe Ria Fan, un pilier de l’écosystème médiatique de l’oligarque proche de Poutine. Sur les ondes de Lengo Songo, les propos des principales figures de la présence russe à Bangui sont largement diffusés et repris, qu’il s’agisse de :

    • L’ancien ambassadeur russe Vladimir Titorenko.
    • L’ex-conseiller à la présidence centrafricaine Valeri Zakharov.
    • Le sociologue russe Maksim Shugaley.
    • Le patron de la Communauté des officiers pour la sécurité internationale (Cosi), Aleksandr Ivanov.

    Cette radio est également utilisée par une partie de la société civile centrafricaine, notamment :

    • Blaise Didacien Kossimatchi, membre de la plateforme « Galaxie nationale », très pro-Touadéra.
    • Harouna Douamba, président de l’association « Aimons notre Afrique », financée par Lobaye Invest.
    • Les deux hommes comptent parmi les organisateurs des manifestations pro-russes à Bangui.

    L’Afrique du Sud n’échappe pas à cette dynamique. Les réseaux sociaux locaux relayent largement les positions pro-russes. Ainsi, le compte Twitter (plus de 200 000 abonnés) attribué à Duduzile Zuma-Sambudla, la fille de l’ex-président Jacob Zuma, a été le premier à populariser dans le pays le hashtag #istandwithrussia, partagé plusieurs centaines de milliers de fois depuis le début de la guerre en Ukraine.

    La majorité des contenus associés à ce hashtag dénoncent l’influence de l’OTAN et l’impérialisme occidental en Afrique.

  • Situation alarmante des droits humains au Mali en 2025

    situation des droits humains au Mali : une crise persistante en 2025

    En 2025, le Mali fait face à une dégradation marquée des droits fondamentaux, notamment la liberté d’expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté d’association. Des opposants politiques, des membres de la société civile et des militants sont régulièrement arrêtés de manière arbitraire ou soumis à des disparitions forcées. Les forces gouvernementales, leurs alliés ainsi que des groupes armés multiplient les violences illégales contre les civil·e·s, incluant des meurtres ciblés, des blocus imposés dans plusieurs villes et la fermeture de plus de 2 000 écoles en raison de l’insécurité.

    contexte politique et sécuritaire au Mali

    La situation au Mali s’est complexifiée après l’échec d’un processus de paix boycotté par les partis politiques, la société civile et certains groupes armés. En février 2025, les autorités ont adopté la Charte nationale pour la paix et la réconciliation, un texte visant à restaurer la stabilité. Cependant, la transition politique, instaurée après le coup d’État de 2020, a été prolongée de cinq ans en avril, suscitant des tensions.

    En juin, le groupe Wagner a été remplacé par l’Africa Corps, une structure placée sous l’autorité du ministère russe de la Défense, dans le cadre d’un partenariat sécuritaire avec le Mali. Parallèlement, en août, les autorités ont annoncé avoir déjoué un coup d’État, entraînant l’arrestation de plusieurs militaires et d’un diplomate français, également membre des services de renseignement. Enfin, en septembre, le Mali a annoncé son retrait de la Cour pénale internationale (CPI).

    répression des libertés fondamentales

    Les autorités maliennes ont dissous tous les partis politiques, une décision symbolisant une répression systématique des droits démocratiques. En avril et mai, des manifestations organisées à Bamako pour dénoncer cette mesure ont été violemment réprimées par les forces de sécurité.

    disparitions forcées et arrestations arbitraires

    Plusieurs personnalités ont été victimes de disparitions forcées ou d’arrestations arbitraires. Parmi elles :

    • Alou Badra Sacko, coordonnateur de l’Appel du 20 février et président du mouvement Touche pas à mon argent, enlevé le 14 mars à Bamako après avoir critiqué les taxes sur les transactions mobiles. Il a été libéré le 24 mai.
    • El Bachir Thiam, dirigeant du parti Yelema, enlevé le 8 mai à son domicile. Il a été libéré le 26 septembre après une mobilisation internationale, notamment de l’ONU.
    • Alhassane Abba, secrétaire général du parti Convergence pour le développement du Mali, enlevé le même jour à Bamako et libéré le 5 juin sans avoir été jugé.

    Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a également appelé à la libération de Moulaye Baba Haïdara, Mahamoud Mohamed Mangane et Amadou Togola, détenus depuis 2023 et torturés en prison. Moussa Mara, ancien Premier ministre, a été condamné en octobre à un an de prison pour avoir critiqué la détention de militants. Enfin, Clément Dembele, militant anticorruption, reste détenu malgré un jugement en sa faveur.

    violences perpétrées par les groupes armés

    Les groupes armés, notamment l’État islamique au Sahel (EIS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), continuent de cibler les civil·e·s. Voici quelques exemples marquants :

    • En février, 34 civil·e·s ont été tués dans une attaque de l’EIS près de Gao.
    • En mai, Sidi Barka, dirigeant de la société civile, a été enlevé à Ménaka et retrouvé mort en août.
    • Ousmane Kampo, maire de Konna, a été enlevé par le GSIM en mai et libéré en octobre.
    • En août, des membres de la katiba du Macina ont tué des civil·e·s et provoqué un exode à Farabougou. Le maire de Dogofry, Modibo Kimbiri, et son chauffeur ont également été tués.
    • Le 6 novembre, Mariam Cissé, influenceuse, a été enlevée à Echell, emmenée à Tonka et exécutée publiquement le lendemain.

    exactions des forces gouvernementales et de leurs alliés

    L’armée malienne et ses partenaires, dont l’Africa Corps, ont commis de graves violations du droit international humanitaire, incluant des tortures et des exécutions extrajudiciaires :

    • Le 16 mars, une frappe de drone des FAMa a tué au moins 10 civil·e·s à Ejdeïr (Tombouctou).
    • Le 12 avril, une centaine d’hommes, principalement de la communauté peule, ont été arrêtés à Sebabougou. Une soixantaine d’entre eux ont été torturés au camp de Kwala avant d’être exécutés. Des corps en décomposition ont été retrouvés près du camp.
    • Le 12 mai, entre 23 et 27 hommes ont été exécutés sommairement par des militaires et des miliciens dozos à Diafarabé, leurs corps jetés dans des fosses communes.

    droits économiques et sociaux : une population en souffrance

    Les groupes armés, comme le GSIM, ont imposé des blocus autour de plusieurs villes, privant la population de ses droits fondamentaux, notamment la sécurité alimentaire et la liberté de circulation. En juillet, le GSIM a restreint l’accès au carburant en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, ciblant les camions-citernes sur les routes.

    droit à l’éducation : des milliers d’enfants privés d’école

    La crise éducative s’aggrave : en juin 2025, plus de 2 000 écoles étaient fermées, privant 618 000 enfants de leur droit à l’éducation. La région de Kidal est la plus touchée, avec 63 % d’enfants déscolarisés.

  • Le Fonds commun santé au Niger : analyse approfondie par l’AFD

    Depuis sa création en 2006, le Fonds commun santé au Niger a mobilisé 91 millions d’euros pour soutenir les politiques sanitaires nationales. Une récente évaluation de ses impacts, présentée dans le volet Afrique du rapport d’évaluations de l’Agence française de développement (AFD), confirme la pertinence de ce mécanisme et formule des recommandations clés pour son optimisation.

  • Niger : explosion des cas de rougeole, une urgence sanitaire

    Niger : explosion des cas de rougeole, une urgence sanitaire

    Niger : explosion des cas de rougeole, une urgence sanitaire

    Le docteur François Rubona est coordinateur médical pour Médecins Sans Frontières au Niger. Depuis le mois de février, les équipes de MSF mènent des campagnes de vaccination dans plusieurs régions du pays. Cette initiative répond à l’émergence précoce de foyers de rougeole. Focus sur l’évolution de cette épidémie au Niger.

    Quelle est l’ampleur de l’épidémie de rougeole au Niger ?

    Au Niger, le nombre de cas de rougeole a connu une hausse alarmante en 2021 par rapport à l’année précédente. Les données officielles révèlent que, dès le premier trimestre, 3 213 cas ont été recensés contre seulement 1 081 cas en 2020, soit une triple augmentation. En avril, le pays avait déjà dépassé les 6 000 cas suspects. Cette épidémie a causé 15 décès, et 27 districts sur 73 sont désormais classés en situation épidémique. Les régions les plus affectées sont Agadez, Dosso et Tahoua.

    La rougeole, reconnue comme la maladie virale la plus contagieuse, figure parmi les principales causes de mortalité infantile. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise une couverture vaccinale de 95% pour endiguer la propagation. Pourtant, dans de nombreux centres de santé nigériens, ce taux peine à dépasser les 50%. Dans certaines zones comme Diffa, Tillabéry ou Tahoua, l’insécurité croissante, marquée par des mouvements de populations, limite l’accès aux soins primaires. Par ailleurs, la pandémie de Covid-19 a engendré des contraintes supplémentaires pour les campagnes de vaccination de routine et de rattrapage.

    Quels obstacles entravent la lutte contre la rougeole au Niger ?

    L’apparition des premiers cas de Covid-19 au Niger en mars 2020 a généré de la méfiance envers les centres de santé. Cette appréhension a entraîné une diminution drastique des visites des mères pour les vaccinations de routine.

    La pandémie a également touché le personnel soignant : des agents ont été testés positifs ou considérés comme cas contacts, réduisant ainsi les effectifs disponibles. Les ressources humaines ont été redirigées vers la lutte contre le Covid-19, au détriment des activités préventives. L’importation de matériel médical a été compliquée par les restrictions et les fermetures de frontières. En 2021, près de 700 000 doses de vaccins ont été acheminées au Niger pour répondre à l’urgence épidémique et constituer des stocks de réserve.

    Une faible participation aux campagnes de vaccination a été observée ces dernières semaines, en partie à cause d’une confusion avec la vaccination contre le Covid-19. À Niamey et dans la région de Tillabéry, certaines communautés ont refusé les injections. Pour y remédier, MSF a intensifié les actions de sensibilisation et d’implication communautaire. L’objectif est de rappeler aux familles l’importance de la vaccination contre la rougeole pour protéger les enfants et interrompre la transmission du virus.

    Quelles sont les perspectives pour les prochains mois ?

    La situation épidémiologique au Niger reste préoccupante, illustrant la baisse de la couverture vaccinale et des activités de vaccination systématique. Cette tendance avait déjà été observée pour d’autres maladies comme la méningite, avec plus de 1 100 cas recensés. Si les vaccinations de routine ou de rattrapage ne reprennent pas, leurs effets négatifs pourraient se prolonger sur plusieurs années.

    Avec l’arrivée imminente des pics saisonniers de paludisme et de malnutrition, les autorités sanitaires surveillent de près l’évolution de la situation. L’année dernière, le pic de paludisme avait été particulièrement sévère en termes de durée et d’intensité, s’étendant jusqu’en janvier 2021. Par ailleurs, les projections concernant la sécurité alimentaire et la malnutrition pour 2021 sont très alarmantes. Une vigilance accrue est nécessaire, y compris dans des zones moins exposées aux conflits, comme les régions de Maradi et Zinder, souvent moins soutenues par les bailleurs de fonds.

  • Situation dramatique des Peuls au Burkina Faso : violences et impunité

    Situation dramatique des Peuls au Burkina Faso : violences et impunité

    Une crise humanitaire sans précédent frappe les Peuls du Burkina Faso

    Alors que la 45ème session du Conseil des droits de l’homme s’achève, l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et ses partenaires du Réseau SOS-Torture lancent un cri d’alerte urgent concernant la situation des Peuls au Burkina Faso. Ces populations, prises entre la lutte antiterroriste et les violences communautaires, subissent des violations massives des droits humains qui pourraient s’apparenter à des crimes internationaux.

    Des massacres systématiques et des conditions de détention inhumaines

    Depuis 2016, les communautés peules du Burkina Faso sont victimes de violences d’une extrême gravité. Les massacres perpétrés dans plusieurs localités revêtent un caractère massif, généralisé et systématique, évoquant même un nettoyage ethnique. Ces exactions sont le fait, d’une part, des forces de sécurité et des groupes d’autodéfense soutenus par l’État, et, d’autre part, des groupes armés non étatiques.

    Entre janvier 2019 et mai 2020, des centaines de civils ont été tués dans des localités comme Yirgou, Kain Ouro, Banh, Barga, Djibo et Tawalbougou. Parallèlement, des milliers d’autres, dont des enfants, sont détenus dans des conditions inhumaines dans des prisons comme celles de Kaya ou de Loumbila. Ces arrestations arbitraires et ces détentions au secret se font sans accès à la justice : les détenus ne rencontrent ni magistrats ni avocats. À cela s’ajoute une discrimination systémique et une stigmatisation croissante envers cette communauté, aggravant leur insécurité alimentaire.

    Un manque criant de protection et de justice

    Malgré les rapports accablants et les plaintes déposées, les autorités burkinabè n’ont pris aucune mesure concrète pour identifier et sanctionner les responsables de ces violations des droits humains. Face à cette impunité généralisée, l’OMCT et ses partenaires appellent le Conseil des droits de l’homme à intervenir avec fermeté.

    Ils recommandent notamment aux autorités du Burkina Faso de :

    • Mettre en place des mesures sécuritaires pour protéger les Peuls ;
    • Engager des procédures judiciaires contre les auteurs des violences ;
    • Garantir l’accès à la justice et aux soins pour les victimes ;
    • Lutter contre les discriminations et les pratiques stigmatisantes ;
    • Améliorer les conditions de détention et prévenir les arrestations arbitraires.

    Un appel à l’action internationale

    L’Organisation mondiale contre la torture, en collaboration avec le Réseau SOS-Torture, exhorte la communauté internationale à ne pas rester indifférente face à cette crise humanitaire. Les membres du Conseil des droits de l’homme sont invités à exercer une pression maximale sur le gouvernement burkinabè pour qu’il prenne ses responsabilités et protège toutes les populations, sans distinction.

    Pour toute demande médiatique, contacter :

    Iolanda Jaquemet, Directrice de la communication
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  • Campagne de vaccination anti-polio au Burkina Faso : protéger plus de 2 millions d’enfants

    Campagne de vaccination anti-polio au Burkina Faso : protéger plus de 2 millions d’enfants

    Le Burkina Faso intensifie sa lutte contre la polio avec une campagne de vaccination ciblée

    Le ministère de la Santé du Burkina Faso, en collaboration étroite avec l’UNICEF et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a officiellement lancé une vaste campagne de vaccination contre la polio dans sept régions du pays. Cette initiative, qui s’étend du 18 au 21 septembre 2020, vise à protéger plus de 2 millions d’enfants de moins de cinq ans contre cette maladie virale hautement contagieuse.

    équipe médicale vaccinant un enfant au Burkina Faso

    Contexte et enjeux sanitaires : une menace persistante malgré les progrès

    En janvier 2020, un cas de poliovirus a été détecté dans le district sanitaire de Ouargaye, situé dans la région du Centre-Est. Une campagne de vaccination localisée avait alors été déployée en urgence. Cependant, la pandémie de Covid-19 a perturbé la riposte en santé publique, entraînant une suspension temporaire des campagnes de vaccination à l’échelle nationale.

    Cette interruption a eu des répercussions graves : une discontinuité des services de vaccination et une augmentation des cas de maladies à potentiel épidémique, dont la polio. Selon James Mugaju, Représentant adjoint de l’UNICEF au Burkina Faso :

    « La pandémie de Covid-19 a provoqué une suspension temporaire des campagnes de vaccination. Cette interruption a entraîné une discontinuité momentanée des services de vaccination et une hausse des cas de paralysie flasque aiguë, un syndrome dont la polio peut être à l’origine. »

    En juin 2020, le système national de surveillance des maladies a identifié neuf nouveaux cas de polio et plus de 600 cas de paralysie flasque aiguë au Burkina Faso, soulignant l’urgence d’agir.

    Une mobilisation sans précédent : plus de 5 000 agents sur le terrain

    Pour cette campagne de vaccination, l’UNICEF apporte un soutien logistique et technique majeur. Plus de 2,29 millions de doses de vaccins ont été acheminées, et une équipe de plus de 5 000 agents et travailleurs de santé sillonnent le pays pour vacciner chaque enfant de 0 à 59 mois.

    Pour garantir la sécurité des équipes et des familles, 39 500 masques et plus de 26 500 flacons de gel hydroalcoolique ont été distribués. L’objectif ? Respecter les mesures barrières contre la Covid-19 tout en menant à bien la vaccination de porte-à-porte.

    Les régions concernées par la campagne

    • Plateau Central
    • Centre
    • Centre-Nord
    • Centre-Ouest
    • Centre-Sud
    • Est
    • Centre-Est

    Une seconde phase de vaccination est prévue début octobre 2020 pour couvrir neuf régions, incluant les zones précédemment citées ainsi que le Sahel et le Nord.

    Un appel à l’action collective pour éradiquer la polio

    James Mugaju a insisté sur l’importance de la mobilisation de toutes les parties prenantes :

    « L’UNICEF et l’OMS sont pleinement engagés à mettre fin à l’épidémie de polio. Nous appelons les autorités locales, les leaders communautaires et les parents à soutenir et faciliter le travail des équipes de vaccination. La polio représente une menace réelle pour la santé des enfants, et nous devons l’éliminer définitivement du pays. »

    Il a également souligné que, dans un contexte marqué par l’insécurité et la pandémie de Covid-19, il est plus crucial que jamais de redoubler d’efforts pour atteindre chaque enfant et le vacciner contre les maladies évitables, dont la polio.

    Comprendre la polio : une maladie à ne pas sous-estimer

    La polio, ou poliomyélite, est une infection virale extrêmement contagieuse qui touche principalement les enfants. Le virus se transmet par l’eau ou des aliments contaminés, puis envahit le système nerveux après s’être multiplié dans l’intestin. Bien que le Burkina Faso ait été déclaré exempt de poliovirus sauvage en 2015, le pays fait désormais partie des 15 nations africaines confrontées à des flambées de paralysie liées à d’autres formes de poliovirus.

    Cette campagne de vaccination s’inscrit donc dans une stratégie globale visant à renforcer l’immunité collective et à protéger les populations les plus vulnérables.

  • Exactions des armées du Sahel : l’ONU alerte sur les violations des droits humains

    Exactions des armées du Sahel : l’ONU alerte sur les violations des droits humains

    Des cas de disparitions forcées, d’exécutions sommaires et d’autres formes d’exactions se multiplient contre les populations locales au Sahel. Ces accusations visent principalement les soldats du Mali, du Burkina Faso et du Niger, engagés dans la lutte contre les groupes jihadistes. Face à cette situation, l’ONU exprime une vive préoccupation.

    Une crise des droits humains au cœur du Sahel

    L’alarme a été lancée par le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, lors d’une visioconférence du Conseil de sécurité dédiée au Sahel. « Je lance un appel pressant à la Force conjointe du G5 Sahel et à ses États membres pour qu’ils agissent sans délai afin de garantir le respect des droits humains », a-t-il déclaré.

    Cette inquiétude s’ajoute à la montée des violences jihadistes et des conflits intercommunautaires qui frappent la région depuis plusieurs mois. Les accusations contre les armées nationales se précisent, alors que des organisations non gouvernementales et des proches de victimes dénoncent des abus systématiques.

    Des chiffres alarmants

    Dès le mois d’avril, la mission des Nations unies au Mali (MINUSMA) a pointé du doigt la « multiplication » des exactions attribuées aux forces armées locales. Selon Guillaume Ngefa, directeur de la division des droits de l’homme de la MINUSMA, 101 exécutions extrajudiciaires ont été recensées entre janvier et mars 2020 rien que pour l’armée malienne. De son côté, l’armée nigérienne aurait commis une trentaine de ces actes sur le sol malien, avec des noms et des circonstances clairement documentés.

    Au Burkina Faso, douze personnes arrêtées pour des liens présumés avec le terrorisme sont décédées dans des cellules de gendarmerie mi-mai. Leurs proches et des ONG affirment qu’il s’agissait de civils exécutés sommairement. Les autorités ont promis des enquêtes, sans pour autant apporter de réponses concrètes.

    Une surreprésentation des Peuls parmi les victimes

    Au Niger, une liste de disparus circulant en avril faisait état de 102 personnes tuées par l’armée dans la région de Tillabéri. Le ministère de la Défense a évoqué une enquête, tout en saluant le « professionnalisme » des troupes. Les organisations de défense des droits humains, elles, publient régulièrement des listes de noms et de photos, dénonçant la disparition de nombreux civils après le passage de soldats. La majorité de ces victimes appartiennent à l’ethnie peule, souvent assimilée à tort aux jihadistes.

    « Nous rédigeons des rapports, nous dénonçons les tueries de Peuls jetés dans des puits ou enterrés dans des fosses communes, mais rien ne change », déplore un responsable de l’association malienne peule Tabital Pulaaku, sous couvert d’anonymat. Abou Sow, président de cette organisation, a souligné : « Certes, quelques Peuls ont rejoint les rangs des jihadistes, mais réduire le terrorisme à une seule ethnie relève de la méconnaissance des réalités locales. »

    Réactions des gouvernements et de la communauté internationale

    Les gouvernements du Sahel soutiennent systématiquement leurs armées, malgré les critiques. Ces forces, souvent sous-équipées et mal formées, subissent de lourdes pertes dans leur combat contre le jihadisme. Lors d’une intervention devant le Conseil de sécurité au nom du G5 Sahel (composé de la Mauritanie, du Tchad, du Niger, du Burkina Faso et du Mali), le chef de la diplomatie mauritanienne, Ismail Ould Cheikh Ahmed, a affirmé que « la pleine capacité opérationnelle de la Force conjointe passe inévitablement par le respect absolu des droits humains ».

    La Mauritanie a assuré promouvoir activement ces droits, une position reprise par l’ambassadeur du Niger, Abdou Abarry, membre non permanent du Conseil de sécurité. Cependant, des pays comme la Belgique ont exprimé des réserves face à des « allégations très sérieuses » d’exactions.

    Dans une déclaration publiée après sa réunion, le Conseil de sécurité a « pris acte des mesures annoncées par plusieurs gouvernements du Sahel pour répondre à ces accusations de violations des droits humains, et les a encouragés à les concrétiser rapidement ».

    Un contexte sécuritaire toujours plus tendu

    Les armées nationales du Sahel sont aujourd’hui au cœur d’un paradoxe : elles sont à la fois critiquées pour leurs méthodes et indispensables dans la lutte antiterroriste. L’ONU fait face à un scepticisme croissant de la part de certains membres du Conseil de sécurité quant à l’efficacité de sa mission au Mali, où plus de 13 000 Casques bleus sont déployés depuis mi-juin. La France, de son côté, a revu les conditions de son engagement au Sahel après la mort de 13 de ses soldats en novembre 2019.

    Malgré la présence des forces françaises, de la MINUSMA et de la Force conjointe du G5 Sahel (créée en 2017), les violences n’ont pas diminué. Depuis 2012, elles ont causé des milliers de morts et déplacé des centaines de milliers de personnes.

    Pour Ibrahim Maïga, chercheur à l’Institut d’études de sécurité (ISS) de Bamako, « la protection des civils reste un objectif secondaire. La priorité absolue des militaires est d’éliminer les jihadistes ». Interrogé en mai sur les exactions attribuées aux armées locales, le général français Pascal Facon, commandant de la force antiterroriste française, avait qualifié ces actes d’« intolérables » et warned qu’ils « pourraient nuire à la crédibilité des forces engagées ».

  • Retour triomphal de mohamed bouamatou en Mauritanie après une décennie d’exil

    Retour triomphal de mohamed bouamatou en Mauritanie après une décennie d’exil

    L’homme d’affaires mauritanien Mohamed Bouamatou, fondateur de la Générale de Banque de Mauritanie (GBM), a effectué un retour remarqué dans son pays natal. Après dix ans passés en exil au Maroc puis en Europe, il est arrivé à Nouakchott à bord d’un jet privé dans la nuit du lundi au mardi.

    Dès son arrivée, Bouamatou s’est rendu dans un cimetière de la capitale pour honorer la mémoire de sa mère, décédée quelques mois plus tôt. Une démarche symbolique qui a marqué le début de son retour officiel.

    Dans un communiqué adressé aux médias, il a évoqué les raisons de son absence prolongée, qualifiée de « douloureuse et déchirante ». Il a également exprimé sa gratitude envers le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, saluant ses efforts pour rétablir la Mauritanie sur la voie de l’État de droit et de la démocratie.

    « Je remercie le président pour avoir brisé les prévisions pessimistes et dissipé les incertitudes, permettant ainsi à notre pays de retrouver une stabilité durable », a-t-il déclaré. Il a également demandé pardon pour ceux qui ont contribué, à divers niveaux, à l’injustice dont il a été victime, tout en réaffirmant son engagement à œuvrer pour le développement économique et l’amélioration des conditions de vie des Mauritaniens.

    Les origines d’un exil controversé

    Mohamed Bouamatou, figure emblématique du secteur bancaire mauritanien, était un soutien historique de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz. Cependant, des divergences profondes avec ce dernier, son cousin, l’ont contraint à quitter la Mauritanie au début des années 2010. Les raisons exactes de ce conflit restent à ce jour non élucidées.

    Son retour coïncide avec l’annulation récente des poursuites judiciaires qui pesaient sur lui et d’autres opposants, dont Mustapha Limam Chaafi. Une décision de justice qui semble clore un chapitre douloureux de l’histoire politique mauritanienne.

    Un parcours marqué par des épreuves

    Son empire financier, l’un des plus importants du pays, a été durement touché par des mesures fiscales restrictives. La GBM, sa banque phare, a notamment subi un redressement fiscal sévère. Par ailleurs, il a été visé en 2017 par un mandat d’arrêt international, dans un contexte de tensions politiques liées à une révision constitutionnelle controversée.

    Le banquier, souvent décrit comme « le cerveau » derrière certains projets politiques, a toujours nié les accusations portées contre lui. Son retour en Mauritanie marque donc la fin d’une période d’exil et ouvre une nouvelle page pour le pays.

    Mais cette réconciliation entre les deux hommes, autrefois alliés, suffit-elle à refermer définitivement le dossier ? L’histoire politique mauritanienne réserve encore bien des surprises.

  • Nouvel hôpital pédiatrique à koutiala au Mali

    Nouvel hôpital pédiatrique à koutiala au Mali

    Un nouvel hôpital pédiatrique pour sauver les enfants à Koutiala, au Mali

    Koutiala, une ville du sud-est du Mali, accueille désormais une nouvelle unité pédiatrique conçue pour réduire la mortalité infantile. Cette infrastructure moderne marque une étape clé dans la lutte contre les maladies infantiles, notamment le paludisme, l’une des principales causes de décès chez les enfants dans la région.

    Pourquoi cette nouvelle unité pédiatrique est-elle cruciale ?

    Depuis 2009, Médecins Sans Frontières (MSF) intervient dans la région en proposant des soins pédiatriques préventifs et curatifs. Cependant, l’afflux massif de patients pendant la saison des pluies (de juin à décembre) et la période de soudure (octobre-novembre) a nécessité la construction d’un espace dédié pour mieux prendre en charge les enfants atteints de maladies graves.

    Le paludisme, souvent lié à la malnutrition, affaiblit les jeunes patients et les rend plus vulnérables. Grâce à cette nouvelle unité, MSF renforce son engagement en offrant des soins hospitaliers gratuits et accessibles à tous.

    Quels sont les avantages de ce nouvel hôpital ?

    • Centralisation des soins : Tous les enfants sont désormais pris en charge au même endroit, avec des équipements adaptés aux besoins médicaux modernes.
    • Capacité d’accueil renforcée : Jusqu’à 1 000 enfants sont hospitalisés chaque année dans les services de pédiatrie et de malnutrition, principalement pendant les périodes à haut risque.
    • Amélioration des conditions médicales : L’unité permet une meilleure gestion des cas graves grâce à une infrastructure adaptée et une équipe médicale dédiée.

    Découvrez les coulisses de ce projet

    Une série de vidéos retrace les différentes étapes de la construction et de l’inauguration de cette unité. De la visite du chantier à la découverte du bâtiment finalisé, ces épisodes mettent en lumière le travail des équipes médicales et l’impact concret de ce projet sur la santé des enfants de Koutiala.

    Retrouvez tous les épisodes de la série « Un hôpital à Koutiala, au Mali » sur YouTube

    Découvrez la playlist

    En savoir plus sur les actions de MSF au Mali

    Cette initiative s’inscrit dans le cadre des programmes de MSF au Mali, visant à améliorer l’accès aux soins pour les populations les plus vulnérables. Pour découvrir d’autres projets similaires, explorez les articles suivants :