Auteur/autrice : nigeractu

  • Classement corruption 2025 : l’afrique francophone en difficulté

    Classement corruption 2025 : l’afrique francophone en difficulté

    Transparency International vient de publier son indice de perception de la corruption 2025, qui évalue le niveau de corruption perçue dans le secteur public de 182 pays à travers le monde. Cette année, les résultats révèlent une aggravation globale du phénomène, y compris dans des démocraties considérées comme stables.

    présentation indice de perception de la corruption

    comment fonctionne l’indice de perception de la corruption ?

    La corruption, par nature illégale et dissimulée, reste difficile à mesurer directement. Cependant, Transparency International évalue chaque année la perception de ce phénomène à travers le monde. L’indice de perception de la corruption (IPC) s’appuie sur des données provenant de 13 sources externes, dont la Banque mondiale et le Forum économique mondial.

    Les critères analysés incluent le taux de poursuites contre des fonctionnaires corrompus, les détournements de fonds publics et la protection accordée aux lanceurs d’alerte. Chaque pays reçoit un score sur 100, allant de 0 (très corrompu) à 100 (très intègre). En 2025, plus des deux tiers des pays affichent un score inférieur à 50.

    Le classement est dominé par le Danemark (89 points), tandis que le Soudan du Sud et la Somalie ferment la marche avec seulement 9 points chacun.

    l’afrique subsaharienne en tête des régions les plus touchées

    L’Afrique subsaharienne affiche la note moyenne la plus basse au monde, avec un score de 32/100. Seulement quatre pays de la région dépassent le seuil de 50 points, et aucun pays francophone n’en fait partie. Parmi les mieux notés, on trouve les Seychelles, le Cap-Vert, le Rwanda et le Botswana.

    En Afrique de l’Ouest francophone, le Sénégal, le Bénin et la Côte d’Ivoire se distinguent grâce à des réformes administratives, mais la Guinée accuse un retard important en raison de faiblesses institutionnelles et d’un espace civique restreint.

    le Sahel et l’afrique centrale francophone : des scores préoccupants

    Dans la région du Sahel, les pays francophones affichent des résultats encore plus inquiétants. Les environnements sécuritaires et politiques instables, couplés à des institutions fragilisées, favorisent la corruption. Le Burkina Faso, en tête des pays sahéliens francophones, obtient un score de 40, loin de la moyenne de 50. À titre de comparaison, le Niger atteint 31 points, le Mali 28 et le Tchad seulement 22.

    En Afrique centrale francophone, la situation est tout aussi critique. La République démocratique du Congo, en proie à des conflits, affiche un score de 20, tandis que le Burundi atteint péniblement 17 points. Le Rwanda fait exception avec 58 points, se positionnant comme un modèle dans la région.

    Un constat s’impose : aucun pays d’Afrique francophone ne dépasse les 70 points, seuil considéré comme le début de la zone d’« intégrité élevée » par Transparency International.

    illustration corruption échange d'enveloppes

    europe : un recul inquiétant de la lutte contre la corruption

    À titre de comparaison, l’Allemagne se classe en dixième position mondiale avec 77 points, devançant la France (66 points). Selon François Valérian, président de Transparency International, « des lois existent, mais elles ne sont pas appliquées. Les organes de lutte contre la corruption manquent d’indépendance et de moyens. »

    Il dénonce également un désengagement de certains gouvernements, notamment dans les pays du Nord, qui estiment avoir déjà suffisamment agi contre ce fléau.

    Pour renforcer la lutte, Transparency International plaide en faveur d’un système judiciaire indépendant, à la fois des pouvoirs exécutifs et des intérêts privés. Une indépendance assortie de ressources suffisantes pour garantir son efficacité.

    La première directive anticorruption de l’Union européenne, adoptée fin 2025, vise à harmoniser les législations pénales des États membres. Cependant, les résultats concrets prendront du temps à se matérialiser.

  • Frappe de drone au Niger : 17 civils tués et des vies brisées

    Frappe de drone au Niger : 17 civils tués et des vies brisées

    Une attaque meurtrière sur un marché du Niger

    Une frappe de drone militaire, apparemment menée par l’armée nigérienne, a causé la mort de 17 civils, dont quatre enfants, et blessé au moins 13 autres personnes dans la région de Tillabéri, à l’ouest du Niger. L’incident s’est produit le 6 janvier 2026 dans le village de Kokoloko, situé à environ 120 km de Niamey et à moins de trois kilomètres de la frontière avec le Burkina Faso.

    Parmi les victimes figurent 11 femmes âgées de 29 à 50 ans, deux hommes et quatre enfants âgés de 5 à 10 ans. Les blessés, au nombre de 13, incluent également deux enfants. Les corps, souvent carbonisés, ont été enterrés dans des fosses communes séparées pour les femmes et les enfants d’une part, et pour les hommes d’autre part.

    Des témoignages accablants sur l’attaque

    Des habitants ont rapporté avoir vu un drone survoler Kokoloko à deux reprises avant de larguer une munition vers 13h30, alors que le marché était bondé. « J’ai vu le drone blanc, puis j’ai entendu un sifflement avant une explosion assourdissante », a déclaré un marchand de 36 ans, qui a miraculeusement échappé aux blessures.

    Selon les récits, trois combattants de l’État islamique au Sahel (EIS) se trouvaient au marché au moment de l’attaque. Ils étaient sans armes et habillés en civil, portant des turbans. Les habitants ont précisé que ces combattants effectuaient régulièrement leurs achats dans les marchés de la région. Cependant, l’attaque a également coûté la vie à trois de ces combattants, dont les corps ont été récupérés et enterrés par l’EIS.

    Une frappe qui viole le droit international

    Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch, a souligné que cette frappe « a tué et blessé un grand nombre de civils sur un marché, en violation flagrante du droit de la guerre ». Elle a appelé les autorités nigériennes à mener une enquête transparente et à indemniser les victimes et leurs familles.

    L’armée nigérienne, dirigée par une junte militaire depuis un coup d’État en juillet 2023, n’a fait aucun commentaire public sur cette frappe. Human Rights Watch a envoyé une lettre à la junte pour exiger des réponses, mais n’a reçu aucune réponse à ce jour.

    Des preuves accablantes

    Human Rights Watch a mené des entretiens avec 15 personnes, dont des témoins et des membres d’ONG, et a analysé trois vidéos ainsi que des images satellites. Les données de la NASA (système FIRMS) confirment la présence d’incendies actifs à Kokoloko à 13h31 le 6 janvier. Les images satellites du 7 janvier montrent des traces de feux supplémentaires, absentes sur les images du matin précédent.

    Les images du 20 janvier révèlent des zones brûlées le long de la route principale du village. Les témoins ont expliqué que la munition larguée par le drone a provoqué un incendie alimenté par le carburant présent sur le marché et les étals en bois, favorisant la propagation rapide des flammes.

    Les vidéos disponibles en ligne montrent des dégâts considérables, compatibles avec l’utilisation d’explosifs puissants. Les blessés présentaient des brûlures et des blessures causées par des fragments de munitions.

    Un exode massif après l’attaque

    Sur les 1 200 habitants de Kokoloko, la quasi-totalité a fui vers des villages voisins ou a franchi la frontière vers le Mali. Une femme, qui a perdu sa cousine de 50 ans et son neveu de 5 ans, a raconté : « J’ai passé la première nuit dans un village proche avec mes enfants, puis nous avons traversé la frontière avec presque rien. »

    Un contexte de violences récurrentes dans le Sahel

    Depuis 2019, des groupes armés islamistes, dont l’EIS, mènent des attaques contre les militaires et les civils au Niger. La région de Tillabéri est particulièrement touchée. Selon l’ACLED, en 2025, cette région a enregistré « le plus grand nombre de victimes civiles » dans le centre du Sahel, attribuées à l’EIS, à l’armée nigérienne et au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM).

    En septembre 2025, des frappes aériennes de l’armée nigérienne sur un marché du village d’Injar, toujours dans la région de Tillabéri, avaient déjà causé la mort de plus de 30 civils. En janvier 2024, des frappes de drones avaient également tué des civils dans le village de Tiawa, situé dans la même région.

    Des drones turcs au cœur des controverses

    Depuis 2022, l’armée nigérienne aurait acquis plusieurs types de drones turcs, dont les Bayraktar TB-2, Karayel-SU et Aksungur UCAV. Ces drones, équipés de capteurs et de munitions guidées, permettent une surveillance et des frappes de précision. Cependant, leur utilisation dans des zones civiles densément peuplées soulève des questions sur leur ciblage.

    Appel à une action internationale

    Ilaria Allegrozzi a conclu en exhortant les gouvernements étrangers soutenant l’armée nigérienne à « faire pression pour que des mesures soient prises afin d’éviter tout préjudice aux populations locales ». Elle a également souligné l’obligation pour le gouvernement nigérien de fournir une assistance aux victimes et de verser des indemnités appropriées.

  • Bilan sécuritaire au Niger sous Tiani : analyse et perspectives

    Bilan sécuritaire au Niger sous Tiani : analyse et perspectives

    Le président nigérien Abdourahamane Tiani s’exprime devant les Forces de défense et de sécurité au camp militaire de Diffa, le 20 novembre 2025. © CNSP

    une attaque sans précédent en plein Niamey

    Dans la nuit du mercredi 28 au jeudi 29 janvier, la capitale du Niger a été le théâtre d’une opération terroriste d’une ampleur inédite. Des membres de l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS) ont lancé une attaque coordonnée contre l’aéroport international de Niamey, ainsi que contre la base militaire 101 située à proximité. Les assaillants ont mitraillé des appareils civils et incendié des équipements militaires, comme en témoignent les images diffusées par les terroristes.

    Cette offensive audacieuse met en lumière les défis sécuritaires persistants auxquels le Niger doit faire face, malgré les efforts déployés par les autorités. Comment le gouvernement d’Abdourahamane Tiani gère-t-il cette menace ? Quels sont les résultats concrets de sa politique de sécurité ?


    le contexte sécuritaire au Niger : entre menaces et réponses

    Depuis plusieurs années, le Niger fait face à une insécurité croissante, principalement due à l’activité de groupes armés comme l’EIGS et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). Ces organisations exploitent les zones frontalières, notamment dans les régions de Tillabéri, Tahoua et Diffa, pour mener leurs attaques.

    Face à cette situation, le gouvernement nigérien a mis en place une stratégie globale combinant :

    • Renforcement des capacités militaires : augmentation des effectifs et modernisation des équipements.
    • Coopération régionale : collaboration avec les pays voisins (Mali, Burkina Faso, Bénin) pour lutter contre le terrorisme transfrontalier.
    • Sécurisation des axes stratégiques : surveillance accrue des frontières et des zones sensibles.

    les résultats obtenus par le régime

    Sous la direction d’Abdourahamane Tiani, plusieurs avancées notables ont été enregistrées :

    • Démantèlement de cellules terroristes : des opérations ciblées ont permis de neutraliser des réseaux logistiques et des cellules dormantes.
    • Sécurisation partielle des axes routiers : réduction des attaques contre les convois civils et militaires dans certaines zones.
    • Renforcement des alliances militaires : participation active à la Force conjointe du G5 Sahel et collaborations avec les partenaires internationaux.

    Cependant, des limites persistent. Malgré ces efforts, les attaques continuent de frapper le pays, comme en témoigne l’incident de Niamey. Plusieurs facteurs expliquent cette persistance des menaces :

    • Le financement des groupes armés : trafic d’armes, rançons et extorsions alimentent leurs activités.
    • Les tensions communautaires : certains conflits locaux sont instrumentalisés par les groupes terroristes.
    • Les défis logistiques : vastes étendues désertiques difficiles à contrôler.

    les perspectives d’avenir pour la sécurité au Niger

    Pour améliorer le bilan sécuritaire et renforcer la stabilité du pays, plusieurs pistes peuvent être envisagées :

    consolider les alliances régionales

    La coopération militaire avec les pays voisins reste un pilier essentiel. Une meilleure coordination des opérations transfrontalières pourrait permettre de mieux contrer les mouvements des groupes armés. Le Niger doit également renforcer ses liens avec les partenaires internationaux (France, États-Unis, Union européenne) pour bénéficier d’un soutien logistique et financier accru.

    améliorer les conditions socio-économiques

    Le développement des zones rurales et la création d’emplois pour les jeunes sont des leviers cruciaux pour réduire l’attrait des groupes terroristes. Des programmes de réinsertion sociale pourraient être mis en place pour les anciens combattants et les populations vulnérables.

    moderniser les forces de sécurité

    Investir dans la formation des troupes, l’acquisition de matériels modernes et le renforcement des services de renseignement permettrait d’anticiper et de prévenir les attaques. Une approche intégrée, combinant sécurité et développement, est indispensable pour venir à bout de l’insécurité.


    conclusion : un bilan contrasté

    Le bilan sécuritaire du Niger sous la direction d’Abdourahamane Tiani est marqué par des progrès indéniables, mais aussi par des défis persistants. Si des succès partiels ont été enregistrés, l’attaque de Niamey rappelle que la menace terroriste reste bien réelle et nécessite une réponse continue et renforcée.

    Pour garantir la sécurité de ses citoyens et la stabilité du pays, le Niger doit poursuivre ses efforts tout en adoptant une stratégie globale, associant sécurité, développement et coopération régionale. Seule une approche holistique permettra de répondre efficacement aux enjeux sécuritaires actuels.

  • Le Mali dynamise sa santé publique : 39 véhicules 4×4 Gavi pour les zones reculées

    Le Mali dynamise sa santé publique : 39 véhicules 4×4 Gavi pour les zones reculées

    Un événement significatif a marqué le jeudi 5 février 2026 à Bamako : le ministère de la Santé et du Développement Social du Mali a pris possession de 39 véhicules tout-terrain. Ces robustes 4×4 sont spécifiquement alloués à la consolidation du système de santé national et à l’amélioration de l’accès aux prestations sanitaires essentielles, en particulier les campagnes de vaccination, au sein des localités les plus isolées et défavorisées du territoire malien. La cérémonie officielle s’est déroulée au cœur de la Cité administrative, au siège du ministère.

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    D’une valeur estimée à 689 millions de francs CFA, cette nouvelle flotte représente le fruit d’une collaboration fructueuse entre le ministère de la Santé et l’Alliance mondiale pour les vaccins (Gavi), comme l’a précisé la ministre de la Santé, Assa Badiallo Touré. Elle a tenu à souligner que cet apport s’inscrit dans la continuité d’un engagement durable, rappelant l’acquisition de 68 véhicules en 2023, grâce au soutien de la Banque mondiale, pour renforcer la vaccination contre la COVID-19. La ministre a également évoqué l’arrivée prochaine d’autres équipements au cours de l’année 2026, confirmant la dynamique de renforcement des infrastructures sanitaires au Mali.

    Dans son discours, la ministre a affirmé que ces véhicules tout-terrain sont essentiels pour « dynamiser les capacités opérationnelles de nos établissements de santé, notamment pour le suivi des programmes de santé et des initiatives de vaccination ». Elle a vivement encouragé les futurs utilisateurs et les conducteurs à assurer une maintenance méticuleuse de ces équipements. La ministre a insisté sur l’importance de la conservation de ce matériel précieux, même face aux défis actuels, alors que le ministère s’efforce continuellement d’étoffer sa flotte de véhicules de service.

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    Fosca Giulidori, représentante de l’UNICEF au Mali, s’est exprimée au nom des partenaires techniques et financiers, soulignant la signification profonde de cette initiative. Elle a déclaré : « Au-delà d’une simple remise de clés, cet événement incarne un geste fort de solidarité internationale, concrétisé par l’engagement constant de Gavi à accélérer les efforts de vaccination à l’échelle mondiale et à assurer une égalité d’accès aux vaccins essentiels. »

    Selon Mme Giulidori, ces 39 véhicules sont des atouts cruciaux pour le système de santé malien. Leur rôle sera multiple : ils faciliteront le transport sécurisé et conforme des vaccins et autres fournitures médicales vers les établissements de santé les plus éloignés, permettront le déploiement d’équipes médicales mobiles dans les zones enclavées, et consolideront les programmes d’immunisation, la surveillance nutritionnelle ainsi que d’autres prestations de soins vitales pour l’ensemble des citoyens.

  • ONU alerte Burkina Faso sur l’espace civique et les droits humains

    ONU alerte Burkina Faso sur l’espace civique et les droits humains

    Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a lancé un appel pressant au gouvernement du Burkina Faso pour qu’il rétablisse sans délai toutes les libertés fondamentales. Dans un communiqué officiel, il a vivement critiqué la décision gouvernementale visant à interdire l’ensemble des partis politiques, qualifiant cette mesure de « recul majeur » pour les droits humains dans le pays.

    « Au lieu de museler les acteurs politiques et de sanctionner l’expression des opinions, les autorités burkinabè devraient favoriser un environnement propice à la société civile », a déclaré Volker Türk. Il a insisté sur la nécessité de respecter la liberté d’association et d’expression, tout en soulignant l’obligation légale du Burkina Faso de se conformer à ses engagements internationaux en matière de droits humains.

    restrictions des partis politiques et durcissement des règles

    Le 29 janvier 2026, le gouvernement burkinabè a officialisé son intention de dissoudre tous les partis politiques et de modifier le cadre juridique qui les régit. Depuis septembre 2022, les activités de ces formations politiques sont déjà suspendues, une situation dénoncée par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH).

    En 2025, plusieurs organisations nationales et internationales ont vu leurs activités suspendues sans justification claire ou sous des prétextes flous, comme des accusations de collecte illégale de données ou des allégations d’atteintes à « l’ordre public ». En juillet 2025, une loi restrictive sur la liberté d’association a été adoptée, et depuis le 11 novembre 2025, un décret impose désormais aux ONG et associations de gérer leurs comptes bancaires exclusivement via une banque d’État. Ces mesures, combinées, ont considérablement réduit l’espace d’action de la société civile, en violation du droit international.

    Ces restrictions, appliquées sans aucun accompagnement ni compensation, entravent gravement les missions humanitaires et limitent l’accès aux populations vulnérables. Par ailleurs, bien que quelques détenus arbitraires aient été libérés l’année précédente, le HCDH continue de recevoir des signalements concernant des disparitions forcées et des arrestations arbitraires, touchant notamment des journalistes, des magistrats, des dirigeants politiques et des membres d’organisations de la société civile.

    engagements non tenus et appels à l’action

    En décembre 2025, une feuille de route avait été convenue entre le HCDH et le gouvernement burkinabè. Celle-ci prévoyait notamment la fin de l’impunité, le respect des droits humains dans les opérations militaires, l’assistance aux victimes, la protection des libertés fondamentales et le renforcement des mécanismes nationaux de lutte contre la torture.

    « Ces promesses doivent être suivies d’effets concrets et immédiats », a souligné Volker Türk. « Le Burkina Faso doit abroger les lois liberticides, garantir un accès sans entrave à l’aide humanitaire sur l’ensemble du territoire et libérer sans condition toutes les personnes détenues arbitrairement. Il est crucial que les responsables de violations des droits humains soient tenus pour responsables de leurs actes ».

    Pour conclure, il a rappelé que « seul un espace civique et démocratique, permettant la diversité des voix politiques et associatives, ainsi qu’un État de droit renforcé, peuvent garantir une paix durable, une sécurité stable et une cohésion sociale au Burkina Faso ».

  • L’union africaine peut-elle vraiment défendre la démocratie lors des élections ?

    L’union africaine peut-elle vraiment défendre la démocratie lors des élections ?

    L’Union africaine face à l’épreuve des élections en Afrique : entre procédures et réalité démocratique

    Les élections de 2025 en Afrique révèlent un paradoxe troublant : alors que l’Union africaine (UA) renforce ses missions d’observation électorale, la qualité démocratique des scrutins ne cesse de décliner. La Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance attribue à la Commission de l’UA la mission de surveiller la liberté, l’équité et la crédibilité des élections sur le continent. Pourtant, les résultats de 2025 montrent que cette surveillance reste largement formelle, sans impact concret sur les pratiques antidémiques.

    La liberté d’expression et l’espace civique sont sous pression dans de nombreux pays ayant organisé des élections cette année. Des gouvernements ont recours à des stratégies juridiques pour écarter l’opposition, restreindre les libertés et manipuler les processus électoraux. Ces méthodes, combinées à des coupures d’Internet et à des violences pré ou post-électorales, rendent les élections de plus en plus éloignées des standards démocratiques.

    Des élections de plus en plus procédurales et de moins en moins compétitives

    Freedom House a classé la majorité des pays africains ayant organisé des élections en 2025 comme « non libres ». Cette évaluation reflète une tendance inquiétante : les scrutins ne servent plus à exprimer la volonté populaire, mais à légitimer le maintien au pouvoir des élites dirigeantes. Dans des pays comme la Tanzanie, le Cameroun ou le Togo, les élections se résument à des rituels procéduraux, dépourvus de toute compétition politique réelle.

    Certains pays, comme le Malawi et les Seychelles, font figure d’exception. Ces nations ont connu des transferts pacifiques du pouvoir, illustrant une maturité démocratique rare en Afrique. Leur succès repose sur des institutions solides, une justice indépendante et des normes politiques respectées. Cependant, ces cas restent isolés et ne reflètent pas la tendance générale du continent.

    L’UA et l’autoritarisme : une approche trop timide face aux dérives

    L’Union africaine reconnaît les risques électoraux bien avant le jour du scrutin. Pourtant, ses rapports semestriels et ses déclarations se limitent souvent à des constats vagues sans mesures coercitives. Par exemple, après les élections en Tanzanie en 2025, le président de la Commission de l’UA a félicité le président sortant avant même la publication du rapport des observateurs. Ce rapport a pourtant souligné des lacunes majeures : élections non conformes aux principes de l’UA, faible compétitivité et tensions politiques.

    Les rapports officiels de l’UA mettent en garde contre les risques de violences post-électorales dans les régimes à parti dominant. Pourtant, les recommandations restent non contraignantes et sans conséquences pour les gouvernements concernés. Cette approche favorise l’impunité et ne permet pas de freiner l’érosion démocratique.

    Les coups d’État et les élections : un cercle vicieux contre la démocratie

    Dans des pays comme le Niger, le Burkina Faso ou le Mali, les élections organisées après des coups d’État servent davantage à consolider le pouvoir des putschistes qu’à rétablir la démocratie. La Charte africaine de la démocratie interdit explicitement aux auteurs de changements anticonstitutionnels de se présenter aux élections visant à rétablir l’ordre constitutionnel. Pourtant, ces dirigeants reportent indéfiniment les scrutins tout en maintenant une façade de légitimité.

    L’Acte constitutif de l’UA permet de suspendre les pays après un coup d’État, mais facilite leur réintégration après des élections. Cette logique favorise la normalisation des prises de pouvoir anticonstitutionnelles, comme le recommande le rapport de 2025 sur la réforme du cadre de gouvernance en Afrique. Pourtant, les États membres peinent à appliquer des sanctions efficaces contre les auteurs de coups d’État.

    L’UA face à un défi de taille : passer de l’observation à l’action

    Les tendances de 2025 se poursuivront en 2026, avec près de 15 pays africains organisant des élections. La majorité de ces scrutins auront lieu dans des régimes autoritaires, où les droits politiques et les libertés sont restreints. Par exemple, en Ouganda, les élections de janvier 2026 ont été marquées par des arrestations d’opposants, des restrictions pour la société civile et des coupures d’Internet. Malgré ces irrégularités, l’UA a salué la tenue du scrutin, soulignant une fausse progression démocratique.

    Pour inverser cette tendance, l’UA doit passer d’une logique d’observation passive à une action proactive. Cela implique de renforcer les mécanismes de sanction, de promouvoir des réformes électorales avant et après les scrutins, et de s’assurer que les principes de la Charte africaine soient appliqués sans exception. La crédibilité de l’Union africaine en dépend.

    En conclusion, les élections de 2025 ont montré que l’UA reste un témoin impuissant face à l’érosion démocratique. Son rôle doit évoluer vers une action plus ferme, capable de garantir des élections libres, équitables et compétitives sur tout le continent. Le défi est de taille, mais essentiel pour l’avenir de la démocratie en Afrique.

  • Burkina Faso : une stratégie innovante contre le cancer du col de l’utérus

    Burkina Faso : une stratégie innovante contre le cancer du col de l’utérus

    Ouagadougou – Pour Awa, 48 ans et mère de six enfants vivant à Ipendo (Centre-Ouest du Burkina Faso), la peur du diagnostic a longtemps freiné sa décision de se faire dépister. « Quand j’ai entendu le crieur public annoncer un dépistage gratuit, j’ai craint le pire. Mais en pensant à mes enfants, j’ai osé franchir le pas », confie-t-elle. Son parcours illustre les défis persistants en matière de santé féminine dans le pays, où le cancer du col de l’utérus reste une menace majeure.

    Avant l’adoption de la stratégie mondiale de l’OMS pour éradiquer cette maladie, le dépistage concernait moins de 8 % des femmes burkinabè, avec des disparités criantes entre zones urbaines et rurales. Les obstacles étaient multiples : distances interminables jusqu’aux centres de santé, coûts prohibitifs des transports et des soins, pénurie de professionnels formés et manque cruel de sensibilisation. Les femmes des campagnes, souvent occupées par les travaux agricoles ou les tâches domestiques, devaient abandonner leurs activités pour accéder à un dépistage, une réalité difficile à concilier avec leur quotidien.

    Une approche globale pour briser les barrières

    Face à cette situation, les autorités burkinabè ont lancé une offensive sans précédent, comme l’explique le Pr Nayi Zongo, cancérologue et coordinateur du Programme national de lutte contre le cancer (PNLC). « Le gouvernement a instauré la gratuité du dépistage et des traitements des lésions précancéreuses, tout en équipant des centres périphériques et en déployant des cliniques mobiles », précise-t-il. Ces unités itinérantes sillonnent désormais les villages, les marchés et les exploitations agricoles, permettant aux femmes de se faire dépister sans interrompre leurs activités.

    Cette initiative repose sur trois piliers :

    • L’accessibilité financière : la suppression des coûts grâce à la gratuité des soins ;
    • La proximité géographique : les cliniques mobiles éliminent les distances ;
    • La mobilisation communautaire : une campagne de sensibilisation massive via les médias et des événements comme Octobre Rose.

    Une coalition nationale, associant société civile, leaders locaux et médias, a été créée pour renforcer la demande et briser les tabous autour de la maladie. « Cette synergie a transformé la lutte contre le cancer du col en une cause collective, accessible à toutes », souligne le Pr Zongo.

    Un partenariat décisif avec l’OMS

    L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a joué un rôle clé dans la concrétisation de ce projet. Elle a apporté un soutien technique pour l’élaboration des directives nationales, formé des professionnels à la détection précoce et au traitement, et accompagné les campagnes de sensibilisation. « L’OMS nous a aidés à renforcer nos capacités pour garantir que chaque femme, où qu’elle soit, puisse bénéficier de ce service vital », ajoute le coordinateur du PNLC.

    Des résultats qui sauvent des vies

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre octobre 2024 et septembre 2025, 468 cliniques mobiles ont sillonné le pays, sensibilisant près de 2 millions de femmes. Au total, 106 446 dépistages ont été réalisés, 715 lésions précancéreuses traitées et 113 diagnostics approfondis confirmés. Ces données ne sont pas de simples statistiques : elles représentent des vies sauvées et des familles préservées.

    Le Dr Seydou Coulibaly, Représentant de l’OMS au Burkina Faso, salue cette avancée : « Ce succès démontre qu’avec une volonté politique forte et des solutions adaptées, il est possible de surmonter des obstacles apparemment insurmontables. » Il insiste sur le caractère inspirant de cette initiative pour le continent africain : « La combinaison de la gratuité et des cliniques mobiles crée un modèle reproductible ailleurs. »

    Un impact concret au quotidien

    À Ipendo, comme dans de nombreux villages, les cliniques mobiles ont changé la donne. Awa raconte son expérience : « On nous a expliqué chaque étape du dépistage. Quand le résultat est revenu négatif, j’ai ressenti un immense soulagement. Aujourd’hui, je recommande à toutes les femmes de se faire dépister. Une détection précoce facilite grandement le traitement. »

    Pour beaucoup de femmes, ces unités mobiles offrent bien plus qu’un service médical : elles représentent souvent leur première exposition au cancer du col de l’utérus. Cette prise de conscience est cruciale, car elle ouvre la voie à la prévention et à une prise en charge précoce.

    Au-delà de la santé, cette initiative incarne une avancée en matière de justice sociale et de dignité humaine. Chaque clinique mobile qui arrive dans un village envoie un message clair : la santé est un droit fondamental, et non un privilège réservé à quelques-uns. Au Burkina Faso, ce droit devient peu à peu une réalité.

  • Répression croissante des juntes militaires au Sahel et en Afrique de l’Ouest

    Répression croissante des juntes militaires au Sahel et en Afrique de l’Ouest

    Une année 2025 marquée par l’intensification de la répression dans la région

    En 2025, les dirigeants de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, notamment au Sahel, ont significativement accru leur emprise sur le pouvoir tout en resserrant l’étau sur les libertés fondamentales. Cette tendance, déjà alarmante, s’est traduite par une multiplication des mesures répressives contre les citoyens et les institutions démocratiques.

    Les juntes militaires au Sahel et en Afrique de l’Ouest ont poursuivi leur stratégie de restriction des libertés, tout en affaiblissant les mécanismes de reddition des comptes. Cette dynamique s’accompagne d’une montée des violences perpétrées par les groupes armés islamistes, en parallèle d’une répression systématique des opposants et des médias indépendants.

    Des actions répressives ciblant les droits humains et les libertés fondamentales

    Les juntes militaires installées au Sahel ont accentué leurs mesures autoritaires, réduisant drastiquement l’espace politique et démocratique. Selon les experts, cette tendance s’inscrit dans une logique de consolidation du pouvoir, au mépris des promesses de transition vers la démocratie.

    « Les dirigeants des juntes militaires au Sahel ignorent délibérément les engagements pris en faveur de la démocratie et multiplient les restrictions contre la liberté d’expression et les droits fondamentaux », souligne un responsable de Human Rights Watch. « Il est urgent que la communauté internationale intervienne pour protéger les citoyens et rétablir l’État de droit ».

    Des violations des droits humains en hausse au Sahel et en Afrique de l’Ouest

    Le rapport de Human Rights Watch met en lumière une recrudescences des exactions dans plusieurs pays de la région. Les groupes armés islamistes, tels que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et l’État islamique au Sahel (EIS), ont multiplié les attaques contre les populations civiles, notamment au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Dans le même temps, les forces gouvernementales et leurs alliés, comme le groupe Wagner (devenu « Africa Corps »), ont été accusés de violations graves, notamment des exécutions sommaires de civils peuls.

    Des mesures autoritaires pour étouffer toute opposition

    Les autorités du Niger, du Mali et du Tchad ont adopté des décisions controversées pour consolider leur pouvoir. Parmi ces mesures :

    • Prolongation de cinq ans des périodes de transition vers la démocratie au Niger et au Mali, accompagnée de l’interdiction du multipartisme ;
    • Abolition de la limitation du nombre de mandats présidentiels au Tchad ;
    • Restriction accrue de la liberté d’expression et des médias, avec des arrestations arbitraires de journalistes, d’activistes et de critiques des juntes. Au Burkina Faso et au Mali, des opposants politiques et des figures critiques ont été détenus ou soumis à des disparitions forcées.

    Au Nigeria, les autorités ont intensifié la répression des utilisateurs de réseaux sociaux et des journalistes, en s’appuyant sur une interprétation extensive de la loi sur la cybercriminalité. Des personnalités politiques et des anciens dirigeants, comme l’ancien président nigérien Mohamed Bazoum, restent détenus sans procès. Au Tchad, l’ancien Premier ministre et opposant Succès Masra a été condamné à 20 ans de prison pour des motifs politiques.

    Un désengagement des institutions régionales et internationales

    Le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont accéléré leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de la Cour pénale internationale (CPI). Cette stratégie, en plus de fragiliser l’accès à la justice pour les victimes, affaiblit davantage les mécanismes de protection des droits humains dans la région.

    Face à cette situation critique, les organisations régionales et internationales, dont l’Union africaine, sont appelées à renforcer leurs efforts pour protéger les civils et faire respecter les droits fondamentaux. La communauté internationale doit impérativement agir pour contrer cette dérive autoritaire et garantir la sécurité des populations.

  • Stratégie américaine au Sahel : sécurité et commerce comme piliers

    Stratégie américaine au Sahel : sécurité et commerce comme piliers

    Stratégie américaine au Sahel : sécurité et commerce comme piliers

    Dr Gnaka Lagoke, maître de conférences en Histoire et Études Panafricaines à l'Université Lincoln en Pennsylvanie

    La récente mission de Nick Checker, chef du Bureau des affaires africaines au département d’État américain, au Mali, symbolise un retour en force de Washington dans les dynamiques du Sahel. Cette visite s’inscrit dans une stratégie révisée de la politique américaine en Afrique de l’Ouest, articulée autour de trois axes majeurs : une diplomatie économique centrée sur l’exploitation des ressources minières, un renforcement des partenariats sécuritaires avec une présence militaire adaptative, et une réorientation des aides humanitaires vers des collaborations ciblées à la fois économiques et sécuritaires.

    Analyse avec le Dr Gnaka Lagoke

    Changements sous l’administration Trump : un virage stratégique

    DW : Dr Gnaka Lagoke, comment interpréter la visite de Nick Checker au Mali et ses entretiens avec les autorités maliennes et le président Assimi Goïta ? Quelles évolutions marquent la politique étrangère américaine au Sahel et en Afrique de l’Ouest sous l’administration Trump ?

    Le coup d’État au Niger, qui a renversé le président Bazoum, a révélé une divergence notable entre les réactions des États-Unis et celles de la France. Contrairement à Paris, qui a tenté de mobiliser une intervention militaire pour rétablir Bazoum, Washington a adopté une approche plus mesurée. Cette position a été renforcée lorsque les nouvelles autorités nigériennes ont demandé le départ des troupes américaines du pays, sans que les États-Unis ne s’engagent dans un conflit ouvert.

    Avec la montée des tensions entre les grandes puissances comme la Russie et la Chine, l’administration américaine a été encouragée par ses experts à recentrer sa politique sur deux axes principaux : la sécurité et l’économie. Le Sahel, riche en ressources stratégiques, constitue un enjeu majeur pour les États-Unis, qui cherchent à sécuriser des approvisionnements essentiels. Cette logique s’applique également à d’autres régions comme le Venezuela, l’Iran ou encore la République Démocratique du Congo.

    Le Nigeria, nouveau partenaire privilégié des États-Unis en Afrique de l’Ouest

    DW : Pourquoi les États-Unis privilégient-ils désormais le Nigeria comme partenaire en Afrique de l’Ouest, maintenant que leurs bases militaires au Niger ne sont plus permanentes ?

    L’administration Trump a justifié son intervention au Nigeria par la nécessité de protéger les populations chrétiennes, selon ses propres termes, menacées par des groupes islamistes. Cependant, cette intervention, limitée à quelques frappes aériennes, n’a pas suffi à éradiquer les bases des insurgés. De nombreux analystes estiment que les véritables motivations sont davantage liées aux ressources naturelles du Nigeria, notamment le pétrole et d’autres minerais stratégiques. Cette approche illustre la volonté américaine de conjuguer sécurité et intérêts économiques dans la région.

    Cette stratégie pourrait également conduire au déploiement de nouvelles bases militaires au Sahel. Les bases précédemment situées au Niger auraient été déplacées vers le Bénin et la Côte d’Ivoire.

    Avantages pour les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) dans leur coopération avec les États-Unis

    DW : Quels bénéfices les pays membres de l’AES pourraient-ils tirer d’une collaboration avec les États-Unis sous Trump ?

    L’un des principaux atouts offerts par Washington réside dans la possibilité de négociation qu’il propose aux pays de l’AES. Ces derniers ont été perçus comme des parias par la France et l’Union européenne, ce qui rend cette ouverture américaine particulièrement attrayante. Par ailleurs, dans le contexte des tensions entre l’Occident et les pays des BRICS, les États-Unis offrent aux pays africains une alternative stratégique.

    Les États-Unis pourraient ainsi tirer parti des frictions entre l’Afrique et l’Union européenne pour promouvoir leurs propres intérêts. Cependant, ils mettent en avant un discours de respect de la souveraineté des pays de l’AES, un message qui trouve un écho favorable auprès des populations locales.

    Cependant, des informations indiquent l’existence de réseaux impliquant la France, les États-Unis et d’autres acteurs, visant potentiellement un changement de régime au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Cette situation soulève des questions sur la sincérité des intentions américaines, dont la duplicité ne sera révélée que par l’histoire.

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  • Situation des droits humains au Tchad en 2026 : restrictions et tensions

    Situation des droits humains au Tchad en 2026 : restrictions et tensions

    Évolution politique et restrictions démocratiques

    En 2025, le président Mahamat Idriss Déby a renforcé son emprise sur le pouvoir après sa réélection controversée en 2024, marquée par des accusations d’irrégularités électorales de la part de l’opposition. Les réformes constitutionnelles adoptées cette même année ont supprimé les limites des mandats présidentiels et prolongé la durée des mandats de cinq à sept ans, offrant à Mahamat Idriss Déby la possibilité de rester au pouvoir indéfiniment, à condition d’organiser un scrutin tous les sept ans.

    L’opposition politique a subi une répression accrue. Succès Masra, figure majeure de l’opposition après avoir contesté les résultats de 2024, a été arrêté puis condamné à vingt ans de prison pour des accusations liées à des violences intercommunautaires. Des militants, des membres de son parti et des journalistes ont également été victimes d’intimidations et d’arrestations arbitraires.

    Une loi d’amnistie, adoptée en 2025, protège les responsables des violences commises lors des manifestations d’octobre 2022, empêchant toute avancée sur le front de la justice et de la vérité.

    Violences intercommunautaires et crises humanitaires

    Les tensions entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires se sont intensifiées en 2025, notamment dans le sud et l’est du Tchad. Ces conflits, exacerbés par la pression démographique, la raréfaction des terres arables et les aléas climatiques, ont causé des dizaines de morts et aggravé la crise humanitaire. De plus, l’afflux de réfugiés en provenance du Soudan voisin a mis à rude épreuve les capacités d’accueil du pays, déjà fragilisées par les inondations dévastatrices de fin 2024 et début 2025.

    Parmi les incidents les plus graves :

    • À Mandakao (Logone-Occidental), des affrontements liés à des litiges fonciers ont fait 41 morts et six blessés en mai 2025.
    • À Orégomel (Mayo-Kebbi Ouest), des violences interethniques ont coûté la vie à 17 personnes, dont des femmes et des enfants, en juin 2025.
    • Dans la province du Ouaddaï, des affrontements tribaux ont fait près de vingt morts et seize blessés en juin 2025.

    Ces événements illustrent une tendance alarmante, avec une augmentation des violences entre communautés, malgré les promesses des autorités de résoudre les causes profondes de ces conflits.

    Répression de l’opposition et instrumentalisation de la justice

    L’arrestation de Succès Masra en mai 2025, accusé d’incitation à la haine et de complicité de meurtre via les réseaux sociaux, a marqué un tournant dans la répression de l’opposition. Condamné à vingt ans de prison en août 2025, son procès expéditif a été largement critiqué pour son manque de transparence et son non-respect de l’accord de Kinshasa (octobre 2023), qui garantissait sa protection et celle de son parti.

    Par ailleurs, les autorités tchadiennes ont maintenu une politique de répression envers les opposants politiques, comme en témoignent :

    • L’absence d’enquête sur la mort de Yaya Dillo, leader de l’opposition tué lors d’un assaut des forces de sécurité avant l’élection de 2024.
    • La détention prolongée de Robert Gam, dirigeant du Parti socialiste sans frontières, libéré en juin 2025 après huit mois d’emprisonnement sans inculpation.
    • Le retrait de la nationalité tchadienne à Makaila Nguebla, blogueur et ancien conseiller en droits humains, et à Charfadine Galmaye Saleh, activiste et journaliste, tous deux en exil.
    • L’arrestation en mars 2025 de deux journalistes, Olivier Monodji et Mahamat Saleh Alhissein, accusés d’espionnage et de liens présumés avec le groupe Wagner. Ils ont été libérés en juillet 2025.

    Amendements constitutionnels : un pouvoir sans limites

    En septembre 2025, l’Assemblée nationale du Tchad a adopté des amendements constitutionnels prolongeant la durée des mandats présidentiels et supprimant toute limite de nombre de mandats. Ces réformes, approuvées par les deux chambres du Parlement et promulguées en octobre 2025, ont concentré davantage de pouvoir entre les mains de Mahamat Idriss Déby, réduisant drastiquement les contre-pouvoirs et l’espace pour l’opposition.

    Le vote, boycotté par la majorité de l’opposition, a été adopté à la quasi-unanimité (171 voix pour, une abstention, aucune contre), illustrant l’absence de débat démocratique.

    Droits humains et discriminations

    Le Code pénal tchadien, notamment l’article 354, criminalise les relations homosexuelles, avec des peines pouvant aller jusqu’à deux ans de prison et des amendes. Cette législation renforce la discrimination envers les personnes LGBTQ+, malgré les appels internationaux à sa révision.

  • Crise des droits humains au Niger en 2025 : bilan alarmant

    Crise des droits humains au Niger en 2025 : bilan alarmant

    crise des droits humains au Niger en 2025 : bilan alarmant

    Depuis le coup d’État militaire de juillet 2023, la situation des droits humains au Niger s’est profondément dégradée. En 2025, la junte au pouvoir a intensifié la répression contre les opposants politiques, les syndicalistes, les journalistes et les défenseurs des droits humains. Parmi les victimes figurent l’ancien président Mohamed Bazoum et son épouse, toujours détenus arbitrairement au palais présidentiel de Niamey, ainsi que de nombreux responsables gouvernementaux et activistes.

    Parallèlement, le Niger fait face à une menace terroriste croissante de la part de plusieurs groupes armés islamistes, dont l’État islamique au Sahel (EIS), le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, lié à Al-Qaïda), Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO). Ces groupes opèrent principalement dans les régions de Tillabéri, frontalière du Mali et du Burkina Faso, où les combats s’intensifient, exposant les populations civiles à des risques accrus de violences.

    En août 2025, la junte a lancé l’initiative « Garkuwar Kassa » (« Boucliers de la Patrie »), un programme visant à recruter et former des civils pour soutenir les forces armées. Cependant, cette initiative suscite des craintes de dérives, notamment la création de milices locales pouvant commettre des exactions contre les populations.

    politique de transition controversée et restrictions démocratiques

    En mars 2025, le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte, a prêté serment comme président de transition sans organiser d’élections, consolidant ainsi son emprise sur le pouvoir. Cette décision a retardé le retour à la démocratie et s’est accompagnée de mesures restrictives, comme l’abolition du multipartisme en avril 2025. Par ailleurs, le Niger a quitté la CEDEAO en janvier 2025, suivi par le Mali et le Burkina Faso, limitant l’accès des citoyens à la justice via la Cour de justice de la CEDEAO. En septembre 2025, les trois pays ont également annoncé leur retrait de la Cour pénale internationale (CPI), compromettant l’accès à la justice pour les victimes de crimes graves.

    violences extrêmes et exactions des groupes armés dans le Sahel

    L’insurrection islamiste au Mali en 2012, puis son extension au Niger et au Burkina Faso en 2015, a plongé la région dans une décennie de violences. En 2025, l’EIS a multiplié les attaques contre les civils dans la région de Tillabéri, frontalière du Mali et du Burkina Faso. Ces attaques, caractérisées par des exécutions sommaires, des incendies de villages et des pillages, ont fait des centaines de morts parmi les villageois et les fidèles musulmans.

    Parmi les attaques les plus meurtrières :

    • 21 mars 2025 : une attaque contre une mosquée à Fambita a coûté la vie à au moins 46 fidèles, dont trois enfants. Les assaillants ont également incendié des maisons et pillé le bétail.
    • 13 mai 2025 : cinq hommes et deux garçons ont été tués à Dani Fari. Douze maisons ont été incendiées et des dizaines d’autres pillées.
    • 21 juin 2025 : plus de 70 fidèles, dont cinq enfants, ont été tués dans une mosquée à Manda. Dix maisons ont été incendiées et des biens pillés.
    • 20 juin 2025 : le chef d’un hameau âgé de 67 ans a été exécuté, suivi de l’enlèvement et du meurtre de cinq hommes trois jours plus tard.
    • 23 juin 2025 : six hommes civils ont été tués à Ezzak, et des maisons ont été pillées.

    Avant chaque attaque, les groupes armés ont menacé les habitants, les accusant de collaborer avec l’armée nigérienne ou de ne pas payer la zakat (impôt islamique). Les survivants ont indiqué que les forces armées n’avaient pas réagi aux alertes, laissant les villages sans protection.

    répression politique et détention arbitraire des opposants

    Depuis le coup d’État de 2023, la junte a arrêté arbitrairement des dizaines de responsables politiques, dont d’anciens ministres et membres du gouvernement de Mohamed Bazoum. Beaucoup sont toujours détenus sans procès équitable. En avril 2025, une libération partielle a été observée, mais plusieurs personnalités politiques et activistes restent emprisonnées, comme Moussa Tiangari, un éminent défenseur des droits humains.

    Moussa Tiangari a été arrêté le 3 décembre 2024 et inculpé pour « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste » et « complot contre l’autorité de l’État ». Si ces charges étaient confirmées, il risquerait la peine de mort. Depuis son arrestation, il est maintenu en détention provisoire sans comparution devant un juge. Un tribunal a rejeté en juillet 2025 l’appel de ses avocats, prolongeant ainsi cette situation inique.

    atteinte à la liberté d’expression et de la presse

    La liberté de la presse au Niger est sévèrement restreinte depuis 2023. Les journalistes sont harcelés, menacés et arrêtés arbitrairement. Beaucoup pratiquent l’autocensure par crainte de représailles. En janvier 2025, la chaîne Canal 3 TV a été suspendue pendant 30 jours pour une émission critiquant des ministres, et son rédacteur en chef, Seyni Amadou, a vu sa carte de presse révoquée. La suspension a finalement été levée après trois jours.

    En février 2025, les autorités militaires ont ordonné au Comité international de la Croix-Rouge de quitter le pays sans explication. En mai 2025, trois journalistes de la radio Sahara FM à Agadez ont été arrêtés pour avoir relayé un article sur la fin présumée de la coopération sécuritaire entre le Niger, la Russie et la Turquie. Après une libération ordonnée par un juge, ils ont été réarrêtés et restent en détention.

    dissolution des syndicats et restriction des droits des travailleurs

    En août 2025, le ministre de l’Intérieur a dissous quatre syndicats du secteur judiciaire, remettant en cause la liberté d’association et l’indépendance de la justice. Le ministre de la Justice a justifié cette mesure en accusant les syndicats de « dévier de leur rôle » et de privilégier des « intérêts personnels ». Cette décision a suscité une vague de protestations, notamment de l’Union des Syndicats des Travailleurs du Niger et du barreau du Niger, qui ont dénoncé une atteinte grave aux droits fondamentaux. Les avocats ont organisé une grève générale de deux jours en signe de protestation.

  • Attaque terroriste à Niamey : l’État islamique au Sahel frappe au cœur de la capitale

    Attaque terroriste à Niamey : l’État islamique au Sahel frappe au cœur de la capitale

    Attaque terroriste à Niamey : l’État islamique au Sahel frappe au cœur de la capitale

    Dans la nuit du 28 au 29 janvier, la capitale nigérienne a été le théâtre d’une attaque d’une rare intensité. Peu après minuit, des tirs nourris et des explosions ont retenti autour de l’aéroport international Diori Hamani de Niamey, cible directe des assaillants. Deux jours plus tard, l’État islamique au Sahel (EIS) a revendiqué l’assaut via son agence de propagande AMAQ, confirmant une escalade des violences dans la région.

    Une riposte militaire efficace et des pertes lourdes pour les assaillants

    Selon les autorités nigériennes, l’assaut a duré environ une heure avant d’être maîtrisé grâce à une réponse aéroterrestre. Le bilan officiel, non vérifiable de manière indépendante, fait état de vingt terroristes neutralisés, onze capturés et quatre soldats nigériens blessés. Le ministère russe des Affaires étrangères a confirmé l’implication d’éléments de l’Africa Corps, une unité dépendant du ministère russe de la Défense, dans la sécurisation du site aux côtés des forces locales.

    Le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte au pouvoir, a salué le professionnalisme des partenaires russes, soulignant leur rôle clé dans la protection du périmètre aéroportuaire. Ce site abrite notamment la base aérienne 101, un point stratégique pour l’armée nigérienne.

    Une vidéo de propagande choquante diffusée par l’EIS

    Le 2 février, l’État islamique au Sahel a diffusé une vidéo choc, présentée comme filmée lors de l’attaque. Les images, estampillées du logo AMAQ, montrent des dizaines de combattants armés, certains à moto, progressant dans la zone militaire de l’aéroport. Les assaillants sont filmés en train de s’attaquer aux hangars, d’ouvrir le feu et de provoquer des incendies.

    Les clichés révèlent également des avions et un hélicoptère endommagés, matériels utilisés par l’armée nigérienne dans sa lutte contre les groupes djihadistes. Des images satellites post-attaque confirment la présence de zones partiellement brûlées près de la piste. La séquence se poursuit dans la zone civile de l’aéroport, où des avions commerciaux des compagnies Asky et Air Côte d’Ivoire sont visibles sur le tarmac. Les autorités nigériennes ont confirmé des dégâts sur trois appareils civils.

    Niamey, nouvelle cible des groupes armés

    Si le Niger subit depuis dix ans les violences du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et de l’EIS dans l’ouest et le sud-est du pays, les attaques visant directement la capitale restent rares. Quelques jours avant l’assaut, le JNIM avait revendiqué la destruction d’un véhicule militaire à l’est de Niamey, signe d’une pression accrue aux portes du pouvoir central.

    Cette montée en puissance des groupes djihadistes coïncide avec une recomposition des alliances sécuritaires du régime militaire nigérien. Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, Niamey a opéré un virage stratégique, se rapprochant de Moscou tout en prenant ses distances avec une partie de ses partenaires occidentaux. Après le départ des forces françaises fin 2023, les États-Unis ont retiré l’essentiel de leur dispositif militaire en 2024, tout en maintenant des liens diplomatiques.

    Des accusations controversées et des tensions diplomatiques

    Dans un discours accusateur, le général Tiani a pointé du doigt la France, le Bénin et la Côte d’Ivoire, les accusant d’avoir « sponsorisé » l’attaque. Ces propos ont immédiatement suscité une condamnation ferme d’Abidjan et de Cotonou. La Côte d’Ivoire a convoqué l’ambassadrice du Niger, dénonçant des déclarations « graves » pouvant compromettre les relations bilatérales.

    Près de 300 militaires italiens sont présents sur le site dans le cadre de la Mission italienne de soutien au Niger (MISIN). Le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, a affirmé que ses troupes n’étaient « impliquées d’aucune manière » dans les combats, insistant sur la priorité absolue à la sécurité.

    Un site stratégique sous haute tension

    L’aéroport de Niamey ne représente pas seulement une cible symbolique : il concentre plusieurs enjeux stratégiques majeurs. Outre son rôle de base aérienne, il abrite le quartier général de la force conjointe du Niger, du Mali et du Burkina Faso. De plus, il stocke une importante cargaison de concentré d’uranium, au cœur d’un bras de fer avec le groupe français Orano.

    La possible cession de ce stock à la Russie est évoquée, alors que Niamey n’a pas encore défini de solution logistique pour son transfert. Malgré l’attaque, le trafic aérien a repris dès le lendemain. Dans les quartiers voisins, la vie a rapidement retrouvé une apparence de normalité. Pourtant, cet événement marque un tournant : en frappant le cœur logistique et militaire de la capitale, l’EIS a démontré sa capacité de nuisance, tandis que l’implication russe confirme le basculement sécuritaire du Niger, risquant d’attiser de nouvelles tensions régionales.