Auteur/autrice : nigeractu

  • Rapport oms 2024-2025 Burkina : percées sanitaires et accès aux soins renforcé

    Rapport oms 2024-2025 Burkina : percées sanitaires et accès aux soins renforcé

    rapport biennal 2024-2025 de l’oms au Burkina : avancées sanitaires et résilience renforcée

    Le rapport biennal 2024-2025 de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) au Burkina Faso présente des progrès majeurs dans un contexte marqué par des défis sécuritaires, humanitaires et climatiques persistants.

    Parmi les réalisations clés, on note l’extension du vaccin antipaludique à l’ensemble des 70 districts sanitaires du pays, une mesure cruciale pour prévenir le paludisme et protéger les enfants. Le document met également en avant le déploiement du package WHO PEN dans six districts, améliorant la prise en charge des maladies non transmissibles au niveau des soins primaires.

    Une avancée réglementaire notable est l’adoption d’un décret antitabac interdisant la consommation de tabac dans les lieux publics et les transports en commun, renforçant ainsi la santé publique et la réduction des risques.

    Les actions menées par l’OMS contre le paludisme ont eu un impact significatif : plus de 5 millions d’enfants ont bénéficié de la chimioprévention saisonnière, tandis que près de 15 millions de moustiquaires imprégnées ont été distribuées à travers le Burkina Faso.

    Dans les zones difficiles d’accès, l’OMS a garanti la continuité des soins grâce à des postes de santé avancés et des cliniques mobiles. Plus de 58 tonnes de médicaments et d’équipements médicaux ont ainsi été acheminées vers les populations vulnérables.

    Le rapport souligne aussi des progrès dans les systèmes d’information sanitaire, avec la mise en œuvre de la Classification Internationale des Maladies (CIM-11) dans quatre hôpitaux de référence. Cette étape facilite l’amélioration de la qualité des données, le suivi de la mortalité et la prise de décision éclairée.

    Ces résultats démontrent les efforts du Burkina Faso pour renforcer la résilience du système de santé, optimiser les services et protéger les populations. Ils mettent également en lumière les priorités stratégiques à consolider dans les prochains cycles programmatiques.


  • Le Tchad verrouille sa frontière face à l’intensification des combats au Soudan

    Le Tchad verrouille sa frontière face à l’intensification des combats au Soudan

    À la frontière entre le Tchad et le Soudan, le 22 novembre 2025.

    L’onde de choc du conflit soudanais atteint désormais les pays voisins de manière critique. Face à la dégradation brutale de la situation sécuritaire, les autorités de N’Djamena ont pris la décision radicale, ce 23 février, de clore intégralement la frontière séparant le Tchad du Soudan. Cette mesure de protection, annoncée comme immédiate, restera en vigueur jusqu’à nouvel ordre.

    Dans les faits, cette décision entraîne l’arrêt total des flux migratoires et des échanges commerciaux entre les deux nations. Seules quelques dérogations exceptionnelles pour des motifs humanitaires pourront être accordées, sous réserve d’une validation stricte par les services de sécurité tchadiens. Cette fermeture intervient alors que la stabilité régionale est mise à rude épreuve, un sujet qui préoccupe également les observateurs de l’actu Niger et de la politique nigérienne dans cette zone sahélienne sous tension.

    Une menace directe pour l’intégrité du territoire tchadien

    Le gouvernement justifie ce verrouillage par la multiplication des incursions armées et des violations répétées de sa souveraineté territoriale. Ces incidents, provoqués par les belligérants soudanais, font peser un risque constant sur la sécurité des populations civiles vivant dans les zones frontalières. L’objectif affiché par le Tchad est clair : préserver l’intégrité de son sol face à un chaos qui menace de franchir les limites géographiques.

    Bien que les autorités n’aient pas explicitement désigné les groupes responsables de ces troubles, des rapports concordants indiquent que la localité stratégique d’El-Tina, située à la lisière des deux pays, serait tombée sous le contrôle des Forces de soutien rapide (FSR). Ces dernières auraient mené une offensive massive, appuyée par des véhicules blindés et de l’artillerie lourde, provoquant une onde de choc jusqu’au Tchad.

    Incertitudes et tensions militaires à la frontière

    La situation sur le terrain demeure extrêmement volatile et les informations filtrent au compte-gouttes. Les mouvements de troupes et les frappes signalées dans le Darfour Nord accentuent la pression sur les pays limitrophes. Alors que le Soudan s’enfonce dans une guerre civile dévastatrice, le Tchad tente de s’isoler des flammes du conflit pour éviter une déstabilisation interne majeure, une problématique de sécurité qui fait écho aux enjeux de Niamey actualité dans la gestion des crises frontalières en Afrique.

  • Tensions soudano-tchadiennes : une frontière sous haute tension et ses conséquences

    Tensions soudano-tchadiennes : une frontière sous haute tension et ses conséquences

    Tensions à la frontière soudano-tchadienne : quand les conflits déstabilisent N’Djamena

    Des milliers de Soudanais ont fui vers le Tchad pour échapper aux violences au Darfour

    La crise au Soudan s’aggrave, provoquant un exode massif vers le Tchad. Près d’un million de personnes ont franchi la frontière, dont 100 000 en seulement deux semaines après la chute d’El-Fasher au Darfour du Nord. Cette affluence aggrave une situation humanitaire déjà critique dans un pays marqué par des années d’instabilité.

    Une frontière au cœur des tensions régionales

    Les 1 300 km séparant le Soudan du Tchad traversent des zones désertiques difficiles à contrôler. Historiquement empruntées par des milices et groupes rebelles, ces régions sont désormais sous la menace des Forces de soutien rapide (FSR), qui dominent une grande partie du Darfour.

    Depuis fin 2024, les incidents se multiplient : une frappe de drone tue deux soldats tchadiens, tandis qu’une incursion attribuée aux FSR en janvier 2025 fait sept morts près de Tiné.

    Face à ces menaces, le gouvernement de N’Djamena a décidé de fermer totalement la frontière, craignant une propagation du conflit sur son territoire.

    Neutralité affichée, soupçons persistants

    Le Tchad affirme maintenir une position neutre dans le conflit soudanais. Pourtant, des analyses, dont des images satellites, suggèrent que des livraisons d’armes en provenance des Émirats arabes unis pourraient transiter par son territoire en faveur des FSR. Les autorités tchadiennes rejettent catégoriquement ces accusations, soulignant qu’elles subissent elles aussi des attaques et des incursions.

    Cette polémique alimente les divisions internes : en avril 2025, plusieurs officiers supérieurs, notamment issus de l’ethnie Zaghawa (fortement présente dans les forces de sécurité), ont été limogés, en raison de leur opposition historique aux FSR.

    Un retour en grâce de la France

    Après une période de tensions diplomatiques, N’Djamena se rapproche de nouveau de Paris. La question soudanienne figure désormais au cœur des échanges entre Mahamat Idriss Déby et Emmanuel Macron. La France, qui avait autrefois fourni un soutien crucial en renseignement pour sécuriser la frontière, voit son rôle diminuer. Ce réchauffement des relations apparaît donc stratégique pour le Tchad.

  • L’expansion du JNIM vers le golfe de Guinée et les défis sécuritaires au Sahel

    L’expansion du JNIM vers le golfe de Guinée et les défis sécuritaires au Sahel

    Depuis son apparition en 2017, le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda, s’est imposé comme une force incontournable au Sahel central. En s’implantant durablement dans plusieurs régions du Mali, du Niger et du Burkina Faso, l’organisation rivalise désormais avec les autorités étatiques pour la gestion et le contrôle des populations territoriales.

    Une poussée stratégique vers le sud et le littoral africain

    L’actu Niger et la politique nigérienne sont aujourd’hui marquées par une nouvelle dynamique : l’expansion du groupe vers le golfe de Guinée. Depuis 2019, le JNIM multiplie les incursions dans le nord du Bénin, du Togo et de la Côte d’Ivoire. Cette progression, bien que planifiée, révèle des disparités surprenantes. Si le Bénin a connu une dégradation sécuritaire majeure en 2025, la Côte d’Ivoire n’a plus fait l’objet de revendications armées depuis 2022, tandis que le Ghana semble, pour l’heure, épargné par ces attaques.

    Le dilemme interne de la croissance territoriale

    L’expansion géographique n’est pas un processus linéaire pour le JNIM. Selon les analyses récentes, cette stratégie pose un véritable dilemme aux dirigeants du groupe. Ne pas s’étendre risque de laisser le champ libre à des organisations concurrentes ou de décevoir les combattants locaux. À l’inverse, une progression trop rapide pourrait entraîner un éparpillement des ressources et provoquer des tensions internes, menant potentiellement à une fragmentation de la structure.

    Vers de nouvelles politiques de sécurité en Afrique de l’Ouest

    Dans un contexte marqué par la création de l’Alliance des États du Sahel (AES) et sa rupture avec la CEDEAO, la compréhension des logiques internes du JNIM est primordiale. Pour les observateurs de la Niamey actualité et des Niger nouvelles, il est essentiel de décrypter ces mouvements pour élaborer des stratégies de défense plus efficaces face à la menace jihadiste croissante.

    Experts et intervenants sur la question sahélienne

    Cette thématique est analysée par des spécialistes reconnus de la région :

    • Jean-Hervé Jézéquel (International Crisis Group) : Directeur du projet Sahel, docteur de l’EHESS et expert des enjeux sécuritaires régionaux.
    • Marte Beldé (Sciences Po Bordeaux) : Chercheuse postdoctorale dont les travaux portent sur l’économie politique et l’expansion spatiale des mouvements armés en Afrique de l’Ouest.
    • Beatriz de León Cobo (Sorbonne Université) : Spécialiste de la radicalisation et directrice du Forum de Dialogue Europe-Sahel.

    La modération des échanges est assurée par Dan Sanaren (CERI–Sciences Po / CNRS).

  • Alliance militaire russe au Mali : le coût réel d’Africa corps après Wagner

    Alliance militaire russe au Mali : le coût réel d’Africa corps après Wagner

    L’impact financier d’Africa corps sur le Mali, successeur de Wagner

    Au cœur de Bamako, une modeste chapelle orthodoxe, édifiée par les forces russes d’Africa Corps, symbolise leur présence militaire au Mali. Cette structure, assemblée en tuiles et tôles, marque un tournant dans la coopération sécuritaire entre Bamako et Moscou. Depuis sept mois, ces nouveaux alliés ont pris le relais du controversé groupe Wagner, promettant une lutte renforcée contre les groupes jihadistes. Pourtant, cette transition s’accompagne d’une facture salée : près d’un milliard de dollars engagés par la junte malienne pour un bénéfice opérationnel encore incertain.

    Cette alliance militaire russe, désormais incarnée par Africa Corps, soulève des questions sur son efficacité et son coût réel. Entre promesses sécuritaires et réalités économiques, l’engagement de Bamako auprès de Moscou interroge. Quels sont les véritables enjeux de cette coopération pour le Mali ?

    Une transition militaire coûteuse entre Wagner et Africa Corps

    Le remplacement de Wagner par les forces d’Africa Corps au Mali ne s’est pas fait sans transition. Depuis sept mois, les soldats russes de cette nouvelle entité œuvrent aux côtés de l’armée malienne pour contenir la menace jihadiste. Leur implantation à Bamako, matérialisée par des infrastructures comme la chapelle orthodoxe, reflète une volonté d’ancrage durable.

    Cependant, cette collaboration s’accompagne d’un investissement financier majeur. Selon les estimations, la junte malienne aurait déboursé près d’un milliard de dollars pour financer cette alliance militaire. Un budget colossal qui interroge sur la rentabilité et l’efficacité des opérations menées par Africa Corps.

    Pour comprendre l’ampleur de cet engagement, il est essentiel d’analyser les implications économiques et stratégiques de cette coopération pour le Mali. Entre dépenses militaires et résultats opérationnels, le bilan reste contrasté.

    Les dépenses engagées par le Mali pour Africa Corps

    L’alliance avec Africa Corps représente un poste de dépenses significatif pour le gouvernement malien. En plus des coûts directs liés à la présence des forces russes, Bamako doit assumer des dépenses logistiques et opérationnelles importantes. Ces investissements incluent :

    • Financement des infrastructures : construction et entretien des bases militaires, comme celle de Bamako où se trouve la chapelle orthodoxe.
    • Rémunération des forces : paiement des salaires et des prestations des mercenaires et conseillers russes.
    • Logistique et soutien : fourniture de matériel, de munitions et de moyens de transport pour les opérations militaires.
    • Frais annexes : dépenses liées à la sécurité, aux communications et aux services logistiques nécessaires au bon fonctionnement des troupes.

    Ces coûts, cumulés, atteignent près d’un milliard de dollars, un montant qui pèse lourdement sur les finances publiques du Mali, déjà fragilisées par des années de crise sécuritaire et politique.

    Des résultats militaires en demi-teinte

    Malgré l’engagement financier massif, les résultats obtenus par Africa Corps dans la lutte contre le jihadisme restent limités. Les groupes armés, toujours actifs dans le nord et le centre du pays, continuent de menacer la stabilité régionale. Les opérations conjointes entre l’armée malienne et les forces russes peinent à inverser la tendance.

    Plusieurs facteurs expliquent ces difficultés :

    • Manque de coordination : les différences de doctrine militaire et de tactiques entre les forces maliennes et russes compliquent les opérations conjointes.
    • Résistance locale : la présence de mercenaires étrangers suscite des tensions au sein de la population et des factions militaires maliennes.
    • Adaptation des groupes jihadistes : ces derniers ont développé des stratégies pour contourner les offensives des forces pro-gouvernementales.

    Dans ce contexte, la junte malienne se trouve confrontée à un dilemme : poursuivre son alliance avec Africa Corps malgré des résultats mitigés, ou explorer d’autres options pour sécuriser le territoire.

    Le Mali face à l’héritage de Wagner et aux défis d’Africa Corps

    La transition entre Wagner et Africa Corps au Mali illustre les défis auxquels fait face Bamako dans sa quête de stabilité. Après des années de collaboration controversée avec le groupe russe, marqué par des accusations de violations des droits humains, le gouvernement malien a opté pour une nouvelle formule : une alliance officielle avec Moscou via Africa Corps.

    Cette décision s’inscrit dans un contexte géopolitique où le Mali cherche à diversifier ses partenariats en matière de sécurité. Cependant, les attentes sont élevées, et la pression pour obtenir des résultats concrets s’intensifie. Entre le coût exorbitant de cette collaboration et les limites opérationnelles observées, Bamako doit désormais évaluer la viabilité de cette stratégie.

    Les alternatives à l’alliance avec Russia

    Face aux défis posés par Africa Corps, le Mali pourrait envisager d’autres pistes pour renforcer sa sécurité. Parmi les options possibles :

    • Renforcement des partenariats régionaux : collaboration accrue avec les pays voisins comme le Niger ou le Burkina Faso pour une approche régionale contre le jihadisme.
    • Soutien des forces locales : investissement dans la formation et l’équipement des troupes maliennes pour une autonomie accrue.
    • Dialogue avec les groupes armés : exploration de voies diplomatiques pour réduire les tensions et favoriser la réconciliation nationale.

    Ces alternatives, bien que complexes, pourraient offrir au Mali une sortie de crise plus durable que l’alliance actuelle avec Africa Corps.

    Conclusion : un engagement coûteux, des résultats incertains

    L’alliance militaire entre le Mali et Africa Corps s’inscrit dans une stratégie de lutte contre le jihadisme, mais son coût financier et ses résultats opérationnels restent sujets à débat. Avec près d’un milliard de dollars engagés, Bamako doit désormais évaluer si cette collaboration est viable à long terme, ou si d’autres options doivent être envisagées pour assurer la stabilité du pays.

    Une chose est sûre : la quête de sécurité au Mali passe par une réflexion approfondie sur les partenariats internationaux et les priorités nationales.

  • Putschistes africains abandonnent leurs alliés civils au Sahel

    Putschistes africains abandonnent leurs alliés civils au Sahel

    Pourquoi les juntes africaines tournent le dos à leurs soutiens civils

    Le 29 janvier 2026, le capitaine Ibrahim Traoré a mis fin à une époque politique au Burkina Faso en dissolvant officiellement tous les partis politiques, y compris ceux ayant soutenu son coup d’État de septembre 2022. Cette mesure, présentée comme une « restructuration » de l’État pour réduire les divisions sociales, marque en réalité la fin de l’espace civique indépendant et une concentration accrue du pouvoir entre les mains de la junte.

    Les partis, déjà suspendus depuis l’arrivée de Traoré au pouvoir, voient désormais leurs biens confisqués par l’État. Ce revirement s’inscrit dans une logique où les juntes militaires, malgré leur discours initial de mobilisation populaire et de renouveau révolutionnaire, écartent systématiquement les groupes civils ayant contribué à légitimer leur prise de pouvoir.

    Un schéma récurrent chez les putschistes africains

    L’histoire des coups d’État en Afrique montre que les juntes militaires, une fois solidement installées, se détournent rapidement de leurs alliés civils. Initialement perçus comme des soutiens indispensables, ces derniers sont souvent marginalisés, voire réprimés, une fois leur rôle de légitimation joué. Cette tendance, observée depuis des décennies, se confirme aujourd’hui au Sahel et ailleurs sur le continent.

    Les groupes civils apportent en effet une légitimité immédiate aux putschistes : foules mobilisées, appuis politiques et impression d’un changement porté par la volonté populaire. Cependant, leur indépendance et leurs revendications deviennent rapidement un obstacle pour les juntes, qui craignent de partager leur autorité ou de voir leurs propres plans de transition contestés.

    Des alliances éphémères au Mali, au Niger et en Guinée

    Au Mali, le Mouvement du 5 juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), coalition d’opposition ayant soutenu le coup d’État d’août 2020 contre Ibrahim Boubacar Keïta, a rapidement été écarté par la junte du colonel Assimi Goïta. Après avoir salué l’intervention militaire, le mouvement s’est retrouvé exclu des instances de transition, puis marginalisé après le second coup d’État de mai 2021.

    En Guinée, les partis d’opposition ayant initialement légitimé le coup d’État du général Mamady Doumbouya en 2021 ont également vu leur influence s’évanouir. Certains de leurs dirigeants ont même été arrêtés pour avoir critiqué leur exclusion de la transition politique.

    Ces exemples illustrent une constante : les juntes militaires africaines, malgré un soutien civil initial, finissent par se retourner contre leurs anciens alliés pour conserver un contrôle absolu sur le pouvoir.

    Pourquoi les juntes militaires africaines abandonnent-elles leurs alliés civils ?

    Le soutien des civils est souvent essentiel pour déclencher ou stabiliser un coup d’État. Il offre une légitimité visible et une base de soutien immédiate. Cependant, une fois au pouvoir, les militaires n’ont aucun intérêt à partager leur autorité. Les groupes civils, avec leurs propres dirigeants et attentes, deviennent des obstacles potentiels à la consolidation du régime.

    Cette dynamique se retrouve dans des contextes historiques variés. Au Soudan, en 1969, le Parti communiste avait soutenu le colonel Jaafar Nimeiri, avant d’être réprimé et écrasé en 1971. En Égypte, en 2013, le mouvement Tamarod, ayant appuyé le général Abdelfattah el-Sisi, a vu son influence disparaître à mesure que l’espace civique se réduisait.

    Ces cas montrent que l’enthousiasme initial des civils ne doit pas être interprété comme un mandat durable. Les juntes militaires africaines, qu’elles soient au Burkina Faso, au Mali, au Niger ou ailleurs, privilégient la concentration du pouvoir à toute forme de collaboration avec leurs anciens alliés.

    La dissolution des partis politiques au Burkina Faso n’est donc qu’une illustration supplémentaire d’un phénomène récurrent : une fois leur emprise sur le pouvoir assurée, les juntes africaines se débarrassent de leurs soutiens civils pour éviter toute contestation de leur autorité.

  • Le Burkina Faso enregistre un recul spectaculaire du paludisme en 2025, l’éradication à l’horizon 2030

    Le Burkina Faso enregistre un recul spectaculaire du paludisme en 2025, l’éradication à l’horizon 2030

    Le Burkina Faso marque une étape décisive dans sa campagne contre le paludisme, une affection parasitaire que la nation ambitionne d’éradiquer d’ici 2030. L’année 2025 a été caractérisée par une diminution sans précédent du nombre de contaminations et de décès imputables au paludisme. Le Dr Lucien Jean-Claude Kargougou, ministre de la Santé, a partagé ces données lors d’une conférence de presse tenue le vendredi 20 février 2026 à Ouagadougou.

    Les statistiques révèlent une diminution notable des cas de paludisme au Burkina Faso, passant de 10 805 000 en 2024 à 7 329 000 en 2025, ce qui représente une baisse de 32 %. Chez les jeunes de moins de 5 ans, cette réduction est encore plus prononcée, avec plus de 1 900 000 cas évités, soit environ 38 %.

    Concernant la mortalité, le nombre de décès dus au paludisme a chuté de 3 523 en 2024 à 1 900 en 2025, soit une amélioration de 48 %. Pour les enfants de moins de 5 ans, le ministre de la Santé a souligné une diminution de 893 décès enregistrés en 2025.

    D’après les déclarations du Dr Lucien Jean-Claude Kargougou, l’objectif du Burkina Faso est limpide : « Éradiquer le paludisme avant 2030 ». Il a précisé les actions nécessaires : « Pour y parvenir, nous devons maintenir notre trajectoire, améliorer l’hygiène du cadre de vie, intensifier la mise en œuvre d’interventions à fort impact telles que la vaccination antipaludique, l’emploi de moustiquaires imprégnées et la chimio-prévention du paludisme saisonnier (CPS+). Il est également crucial de renforcer la communication pour induire des changements de comportement, de consolider l’engagement des communautés et d’assurer un financement pérenne ».

    Dr Lucien Jean-Claude Kargougou, ministre de la santé

    Le ministre a insisté sur le fait que ces résultats positifs ne sont pas le fruit du hasard. « Ils découlent d’une vision politique claire, portée par Son Excellence le Président du Faso, Chef de l’État, le Capitaine Ibrahim Traoré, qui a fait de l’accès équitable aux soins et de la protection des citoyens une priorité absolue de l’action gouvernementale. »

    Il a également souligné que ces avancées reflètent l’engagement continu du Gouvernement et la synergie de tous les acteurs nationaux et partenaires.

    Selon le Dr Kargougou, la création du Comité national multisectoriel de lutte contre le paludisme (CONAMEP) a considérablement renforcé la coordination à l’échelle nationale, confirmant la conviction que l’éradication du paludisme nécessite une mobilisation intersectorielle et une adhésion active des populations.

    « La campagne nationale de distribution gratuite et universelle de moustiquaires imprégnées d’insecticides à longue durée d’action a permis de distribuer près de 15 millions de moustiquaires bi-imprégnées de dernière génération, avec pour ambition un taux d’utilisation d’au moins 80 %. Ces moustiquaires de nouvelle génération se sont avérées plus efficaces pour contrer la résistance aux insecticides, surpassant celles précédemment employées dans notre pays », a-t-il précisé.

    Plus de 33 000 bénévoles communautaires et 7 000 professionnels de la santé ont sillonné les localités, y compris les zones confrontées à des défis sécuritaires, afin de garantir une protection égale pour chaque foyer, d’après le ministre de la Santé. « Cette proximité a favorisé l’appropriation par les communautés et le sens de la responsabilité collective », a-t-il affirmé.

    Par ailleurs, le ministre a mentionné que l’extension de la vaccination gratuite contre le paludisme, opérationnelle depuis le 14 août 2025 dans l’ensemble des 70 districts sanitaires du pays, représente une avancée historique supplémentaire dans la lutte contre cette maladie au Burkina Faso.

    Pour Lucien Jean-Claude Kargougou, si ces performances sont sans précédent, c’est aussi parce que chacun a compris que le combat contre le paludisme est avant tout une question de comportements et d’engagement social.

    « La mobilisation communautaire et la communication ont été au cœur de notre stratégie. Des campagnes d’information adaptées aux réalités locales, l’implication des leaders communautaires et religieux, la sensibilisation en porte-à-porte et l’engagement des médias ont converti les outils de prévention en gestes quotidiens : dormir sous moustiquaire, faire vacciner les enfants, consulter rapidement en cas de fièvre », a-t-il détaillé.

    À cet égard, le ministre Kargougou a lancé un appel à tous les acteurs pour qu’ils maintiennent cette dynamique et relèvent le défi de l’élimination du paludisme.

    « Nous invitons l’ensemble des parties prenantes : collectivités territoriales, organisations de la société civile, partenaires techniques et financiers, leaders communautaires, médias et citoyens, à poursuivre et à intensifier cet élan. Ensemble, nous avons prouvé qu’il est possible de faire reculer le paludisme de manière significative. Ensemble, nous éliminerons le paludisme au Burkina Faso », a-t-il conclu.

  • Rencontre de haut niveau entre l’union européenne et la Mauritanie pour renforcer leur partenariat

    Rencontre de haut niveau entre l’union européenne et la Mauritanie pour renforcer leur partenariat

    Rencontre stratégique entre l’Union européenne et la Mauritanie : approfondissement d’un partenariat clé

    Un dialogue politique de haut niveau s’est tenu le 12 février 2026 à la Primature de Mauritanie, marquant une nouvelle étape dans les relations entre la République Islamique de Mauritanie et l’Union européenne. Sous la présidence du Premier Ministre mauritanien Mokhtar Ould DIAYE, cette réunion a réuni les principaux responsables politiques et diplomatiques des deux parties.

    Une réunion axée sur les enjeux bilatéraux et régionaux

    Cette rencontre diplomatique avait pour objectif principal de renforcer la coopération entre la Mauritanie et l’UE, en abordant des thématiques majeures pour les deux partenaires. Parmi les sujets traités :

    • Sécurité et stabilité régionale : examen des questions de paix et de sécurité, avec un accent particulier sur la situation humanitaire et l’accueil des réfugiés en Mauritanie
    • Développement économique : analyse des performances économiques mauritaniennes, des défis persistants et des réformes structurelles mises en place
    • Coopération politique : bilan des avancées politiques et institutionnelles, notamment en vue du futur dialogue national
    • Droits humains et sociaux : promotion des droits civiques et politiques, ainsi que des secteurs clés comme la santé et l’éducation
    • Environnement et pêche : discussion sur la gestion des ressources naturelles et la pêche durable

    Les discussions ont également porté sur les initiatives européennes en Mauritanie, notamment dans le cadre de l’accord Global Gateway, avec un focus sur le développement des infrastructures et la transition énergétique.

    Participants et contributions des deux parties

    Du côté mauritanien, la délégation était composée de plusieurs ministres clés :

    • Le Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Mauritaniens de l’Extérieur
    • Le Ministre de l’Intérieur, de la Promotion de la Décentralisation et du Développement local
    • Le Ministre des Finances
    • Le Ministre de la Pêche, des Infrastructures maritimes et portuaires
    • Le Ministre de l’Éducation et de la Réforme du système d’enseignement
    • Le Ministre de la Santé
    • Le Directeur du Cabinet du Premier Ministre

    Pour l’Union européenne, étaient présents :

    • La Directrice du département Afrique du Service européen de l’Action extérieure (EEAS)
    • Le Directeur Afrique de la Direction générale des partenariats internationaux
    • Les Ambassadeurs de l’Equipe Europe en Mauritanie (Allemagne, Espagne, France, Italie)
    • Les Ambassadeurs non résidents (Roumanie, Danemark)

    Mme Patricia Llombard-Cussac, représentant l’Equipe Europe, a présenté les actions de l’UE en Mauritanie, notamment les projets liés à l’initiative Global Gateway et les investissements dans les infrastructures énergétiques et sociales.

    Perspectives et engagements pour l’avenir

    Les échanges ont été menés dans un climat de confiance mutuelle, soulignant la qualité des relations entre la Mauritanie et l’Union européenne. À l’issue de la réunion, les deux parties ont réitéré leur engagement à poursuivre le dialogue et à renforcer leur partenariat dans les domaines identifiés.

    Ces rencontres régulières s’inscrivent dans le cadre de l’Accord de Samoa, qui structure les relations entre les pays d’Afrique, des Caraïbes, du Pacifique et l’Union européenne (ACP-UE).

    Cette réunion confirme l’importance stratégique de la Mauritanie pour l’Europe, notamment dans des domaines aussi variés que la sécurité, l’économie et le développement humain.

    Pourquoi ce partenariat est-il crucial pour la Mauritanie ?

    La Mauritanie, située à la croisée de l’Afrique subsaharienne et du Maghreb, joue un rôle clé dans la stabilité régionale. Son partenariat avec l’UE permet :

    • Le renforcement de la sécurité et de la paix dans la région du Sahel
    • Le soutien à la croissance économique et à la diversification des secteurs productifs
    • L’amélioration des conditions de vie de la population, notamment via l’éducation et la santé
    • La promotion de la coopération internationale sur les enjeux migratoires et environnementaux
  • Le Burkina Faso rend les médicaments plus accessibles avec une baisse tarifaire historique

    Le Burkina Faso rend les médicaments plus accessibles avec une baisse tarifaire historique

    Le Burkina Faso franchit une étape significative dans l’amélioration de l’accès aux soins de santé en annonçant une réduction spectaculaire des prix des médicaments essentiels génériques et de certains consommables médicaux. Cette mesure d’envergure, effective dès le 1er mars 2026, vise à alléger considérablement le fardeau financier des ménages et à garantir une meilleure équité face à la santé.

    Cette décision stratégique a été entérinée lors du Conseil des ministres du 12 février 2026. Les autorités burkinabè ont ainsi validé une diminution notable des tarifs des produits distribués par la Centrale d’achat des médicaments essentiels génériques (CAMEG), avec des baisses pouvant atteindre jusqu’à 72 % pour certaines catégories.

    Le ministre de la Santé, Dr Robert Lucien Jean-Claude Kargougou, a détaillé les différentes catégories concernées par ces ajustements tarifaires. Les diminutions varient ainsi : les formes comprimées bénéficient d’une baisse allant jusqu’à 67,27 %, les produits injectables de 53,47 %, et les sirops ou suspensions de 20 %. Les consommables médicaux enregistrent les réductions les plus importantes, avec des baisses pouvant atteindre 72,73 %.

    Pour soutenir cette réforme ambitieuse, l’État burkinabè mobilise un appui financier conséquent, s’élevant à 3 milliards de FCFA. Cet investissement crucial est destiné à réduire les dépenses de santé des citoyens, à faciliter l’accès à des traitements vitaux et à renforcer l’égalité d’accès aux services de santé sur l’ensemble du territoire.

    Cette nouvelle initiative s’inscrit dans la continuité d’efforts antérieurs, notamment une précédente baisse des prix des médicaments mise en œuvre en mai 2025, dont l’impact budgétaire avait été estimé à près de 5 milliards de FCFA. Ces actions successives illustrent la volonté inébranlable des autorités de garantir des soins de qualité et financièrement accessibles à l’ensemble de la population du Burkina Faso.

  • Violence jihadiste au Niger : un massacre choquant dans le Tillabéri

    Violence jihadiste au Niger : un massacre choquant dans le Tillabéri

    Des soldats nigériens assurant la sécurité dans une zone instable du Sahel

    Un massacre de civils a endeuillé le Niger en ce début d’année. Le 18 janvier dernier, des hommes et des enfants ont été exécutés par des combattants de l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) dans le village de Bossiye, situé dans la région du Tillabéri, à l’ouest du pays. Bilan : 31 victimes.

    Une attaque méthodique selon les informations recueillies par Human Rights Watch. Autour de midi, une centaine de jihadistes auraient fait irruption dans le village, armés et juchés sur des motos. Leur objectif ? Semer la terreur parmi la population locale.

    Une région sous haute tension

    Le Tillabéri fait partie des zones les plus touchées par les violences jihadistes au Niger. Cette région, frontalière avec le Mali et le Burkina Faso, est le théâtre de fréquents affrontements entre groupes armés et forces de sécurité nigériennes. Les trois frontières (Niger-Mali-Burkina Faso) concentrent une grande partie des attaques terroristes dans le Sahel.

    L’EIGS, un groupe particulièrement actif

    L’État islamique au Grand Sahara est l’un des principaux groupes armés à l’origine de ces violences. Ses membres ciblent régulièrement les villageois, accusés de collaborer avec les autorités ou les forces internationales. Les massacres perpétrés par ce groupe ont déjà fait des centaines de victimes au Niger et dans les pays voisins.

    • Une escalade alarmante : les attaques se multiplient depuis plusieurs années dans la région.
    • Un défi sécuritaire pour le gouvernement nigérien, qui peine à endiguer la propagation de ces violences.
    • Des conséquences humanitaires dramatiques pour les populations locales, contraintes de fuir ou de vivre dans l’insécurité permanente.

    Que faire face à cette menace ?

    Les autorités nigériennes, soutenues par des partenaires internationaux, tentent de renforcer la sécurité dans la région du Tillabéri. Cependant, la tâche reste complexe face à la mobilité et à la détermination des groupes armés.

    Les ONG et les organisations de défense des droits de l’homme appellent à une réponse internationale coordonnée pour protéger les populations civiles et mettre fin à ces exactions.

    Ce nouveau massacre rappelle l’urgence d’agir pour briser le cycle de la violence au Niger et dans toute la sous-région.

  • Énergie solaire à Niafounké : soins médicaux durables au Mali

    Énergie solaire à Niafounké : soins médicaux durables au Mali

    énergie solaire au Mali : une révolution sanitaire à Niafounké

    Panneaux solaires installés par MSF à l'hôpital de Niafounké, au nord du Mali

    Dans la région de Tombouctou, au Mali, l’hôpital de Niafounké bénéficie désormais d’une solution énergétique innovante grâce à l’installation de panneaux solaires. Cette initiative, portée par Médecins Sans Frontières (MSF), permet de renforcer l’autonomie de l’établissement et d’assurer une meilleure continuité des soins dans une zone confrontée à des défis logistiques et sécuritaires majeurs.

    Une transition énergétique cruciale pour les soins médicaux

    Avant cette modernisation, l’hôpital de Niafounké dépendait principalement d’une centrale thermique fonctionnant au gasoil. Les coupures d’électricité fréquentes obligeaient les équipes médicales à recourir quotidiennement à un générateur, entraînant des coûts élevés et une fiabilité limitée. Aujourd’hui, la nouvelle installation solaire photovoltaïque couvre 60 % des besoins énergétiques de l’hôpital, réduisant considérablement la dépendance aux énergies fossiles.

    « Cette transition énergétique nous permet de minimiser les dépenses liées au générateur, à son entretien et à l’achat de diesel. Les ressources ainsi économisées sont réinvesties dans la prise en charge des patients. De plus, elle garantit la continuité des soins essentiels : fonctionnement des concentrateurs d’oxygène en néonatologie et pédiatrie, urgences chirurgicales et obstétricales, alimentation du laboratoire, des appareils d’échographie et de la chaîne du froid nécessaire aux transfusions sanguines. »

    Souleymane Ouattara, coordinateur du projet à Tombouctou

    Ce système innovant, d’une capacité de 90 kWc, est couplé à des batteries lithium de 210 kWh et à un groupe électrogène de 80 kVA. Cette combinaison hybride assure une alimentation électrique stable, de jour comme de nuit, en alternant entre énergie solaire, réseau local et générateur.

    Un impact concret sur la vie des patients

    Pour les habitants de la région, cette stabilité énergétique est une véritable bouffée d’oxygène. Fadi, une mère déplacée de Léré en raison de menaces de groupes armés, témoigne : « Après avoir fui mon village avec mes enfants, je me rends désormais à la pédiatrie pour soigner mon fils Ousmane. L’accès à des soins fiables est vital dans ce contexte de précarité. »

    Ce projet s’inscrit dans la Green Initiative de MSF, une démarche visant à réduire l’empreinte carbone des missions humanitaires tout en optimisant leur efficacité. Depuis plusieurs années, MSF déploie des solutions solaires hybrides dans des zones reculées du Sahel, où l’acheminement du diesel est complexe et coûteux. En remplaçant partiellement cette énergie polluante, l’organisation renforce la résilience des structures de santé locales.

    Des bénéfices multiples pour la santé et l’environnement

    Au-delà des avantages écologiques, cette initiative permet de réallouer des ressources financières vers les soins médicaux. L’énergie solaire stabilise le fonctionnement des laboratoires, des chambres froides et des services hospitaliers essentiels, améliorant ainsi les conditions de travail des équipes et la qualité des soins prodigués aux patients.

    Dans un contexte humanitaire fragile, l’énergie solaire représente bien plus qu’une solution technique : elle incarne un levier d’autonomie et d’espoir pour les populations et les structures de santé. Grâce à ces projets, MSF allie action humanitaire, responsabilité environnementale et engagement durable pour sauver des vies.

    Depuis 2019, MSF mène également un projet pédiatrique dédié aux enfants de moins de 15 ans hospitalisés à Niafounké. L’organisation soutient par ailleurs quatre centres de santé communautaire et intervient dans les villages isolés de la région du Gourma, toujours dans le nord du Mali.

    Pour aller plus loin

  • Les États-Unis et le Maroc redéfinissent leur influence au Sahel

    Les États-Unis et le Maroc redéfinissent leur influence au Sahel

    Le paysage géopolitique du Sahel connaît une transformation silencieuse mais profonde. Alors que les missions européennes se sont progressivement retirées du Mali, du Burkina Faso et du Niger, et que la Russie consolide sa présence via des structures paraétatiques, les États-Unis semblent marquer un retour en arrière éclairé. Selon Emmanuel Dupuy, président de l’IPSE, cette dynamique ne relève pas d’un regain soudain, mais plutôt d’une stratégie de patience. « Ce n’est pas un retour en force, c’est plutôt la confirmation qu’ils n’ont jamais été très loin et qu’ils attendaient de voir le délitement des autres pour pouvoir se positionner », analyse-t-il.

    Une approche stratégique fondée sur le pragmatisme

    Les États-Unis n’ont jamais quitté le Sahel, mais ont adapté leur présence en misant sur le pragmatisme. « Les Américains sont pragmatiques. Ils négocient avec des interlocuteurs dont ils ne partagent pas forcément les positions », souligne Emmanuel Dupuy. Dans cette logique transactionnelle, les enjeux sécuritaires et économiques priment sur les considérations idéologiques.

    Il ajoute : « Ils ne considèrent pas la Russie comme une menace et, au contraire, ils sont parfaitement complémentaires avec des acteurs qui, par ailleurs, ont bénéficié du vide stratégique, du coup d’aspirateur qui a chassé les Occidentaux, en l’occurrence les Européens. » Cette coexistence, loin d’être conflictuelle, s’inscrit dans un jeu d’ajustements mutuels où chaque puissance capitalise sur les espaces laissés vacants par d’autres partenaires.

    Une opportunité stratégique pour Washington

    Plusieurs facteurs favorisent actuellement une fenêtre d’opportunité pour les États-Unis. « Tout s’aligne pour les Américains. L’ONU est discréditée, la Russie ne parvient pas à lutter efficacement contre les groupes armés terroristes. » L’affaiblissement de la crédibilité onusienne et les limites opérationnelles des dispositifs russes ouvrent ainsi un espace pour un redéploiement indirect.

    La méthodologie américaine repose sur un dialogue structuré avec les autorités locales, quelle que soit leur légitimité. Emmanuel Dupuy établit un parallèle explicite : « Les Américains pratiquent exactement la même méthodologie de dialogue structuré avec les autorités maliennes, comme ils l’ont fait avec les autorités afghanes, avec, in fine, la perspective de négocier avec les talibans. » Cette approche, distincte de celle des Européens, marque une acceptation du fait accompli politique.

    Sous-traitance sécuritaire et alliances indirectes

    La stratégie américaine ne se limite pas à un dialogue avec les régimes sahéliens. Elle s’inscrit dans une dynamique de convergences croisées. « Les Américains sont parfaitement convergents avec d’autres acteurs et partenaires, notamment la Turquie », observe Emmanuel Dupuy. La faible présence relative de la Chine dans certains segments sécuritaires du Sahel constitue, selon lui, une opportunité supplémentaire pour Washington.

    Sur le plan commercial, il évoque la relance de l’African Growth and Opportunity Act, un dispositif permettant à plusieurs pays africains de bénéficier d’exemptions tarifaires sur le marché américain. Ce cadre, qui concerne trente nations, participe d’une stratégie d’ancrage économique complémentaire à la dimension sécuritaire.

    Une coexistence russo-américaine en question

    La question de la coexistence entre les États-Unis et la Russie dans un même espace géographique revient régulièrement dans les débats. Emmanuel Dupuy y répond sans détour : « Ça peut d’autant plus fonctionner que ce ne seront pas directement les États-Unis ni directement la Russie. Ce sont des sociétés militaires privées, des ESSD, qui interviendront. C’est exactement ce que les Américains feront. » Cette externalisation constitue, selon lui, le cœur du modèle.

    Il cite l’exemple du Rwanda et de la RDC : « La meilleure preuve, c’est le deal qu’ils ont facilité entre la RDC et le Rwanda : il y a des Américains, mais pas des forces armées régulières. Cela s’appelle Blackwater. » L’évocation de sociétés militaires privées renvoie à une pratique déjà éprouvée sur d’autres théâtres d’opérations.

    Le Maroc, un partenaire clé dans la stratégie américaine

    Dans ce contexte, la place du Maroc occupe une position singulière. La coopération bilatérale entre Rabat et Washington s’est intensifiée sur les plans militaire, économique et diplomatique. Emmanuel Dupuy estime qu’une convergence plus large pourrait se dessiner vers le Sahel. « Vraisemblablement, oui. Le Maroc est un peu le partenaire idéal, le partenaire espéré, dont les Américains ont besoin. »

    Cette complémentarité d’intérêts permet aux États-Unis de ne pas s’engager frontalement tout en utilisant l’image positive du Maroc, qui peut dialoguer avec les gouvernements issus des coups d’État militaires au Mali, au Niger et au Burkina Faso.

    Emmanuel Dupuy observe que « les Marocains demeurent des acteurs privilégiés, d’autant plus que l’Algérie a perdu le lien quasi organique qu’elle entretenait avec le Mali ». Il évoque notamment le soutien apporté par Alger à certains acteurs religieux jugés inacceptables par Bamako, ce qui aurait contribué à distendre les relations.

    Un levier d’influence discret mais efficace

    Le pouvoir à Bamako voit d’un très bon œil le fait que le Maroc reste un acteur privilégié, alors même que les autorités maliennes dénoncent régulièrement des ingérences extérieures. Rabat bénéficierait ainsi d’un capital relationnel distinct.

    La perspective d’un approfondissement économique régional reste inscrite dans le long terme. « Oui, mais ça, c’est du très long terme. On parle de désenclavement, de corridors logistiques Burkina FasoNigerMali via la Mauritanie, puis des investissements dans le sud du Maroc. C’est une perspective à dix ans, pas avant », précise Emmanuel Dupuy.

    Avant ces infrastructures structurantes, d’autres leviers sont mobilisés. Il cite en particulier la diplomatie spirituelle : « Depuis 2015, l’Institut Mohammed VI de formation des imams forme des cadres religieux pour toute la région, avec la promotion d’un islam modéré, malikite, soufi. C’est un outil d’influence douce extrêmement efficace. » L’exportation d’un référentiel religieux encadré constitue, à ses yeux, un vecteur de stabilisation et d’influence.

    Parallèlement, le Maroc peut proposer « des perspectives économiques de désenclavement que peu d’acteurs sont capables de proposer aujourd’hui ». Cette offre s’inscrit dans une stratégie plus large de projection africaine, déjà visible à travers les investissements bancaires, télécoms et industriels du royaume.

    Algérie et Sahara : un rapport de force en mutation

    Reste la question algérienne. Emmanuel Dupuy se montre sceptique quant aux marges de manœuvre d’Alger. « Honnêtement, je ne vois pas laquelle », répond-il à propos des cartes dont disposerait encore le régime algérien. Il estime que la dynamique diplomatique actuelle lui est défavorable, notamment sur le dossier du Sahara. Selon lui, « les Américains ont rappelé que la seule base de discussion reste le plan d’autonomie ».

    Il souligne également que certains projets alternatifs, notamment énergétiques, n’ont pas abouti comme envisagé. Les marges de manœuvre d’Alger apparaissent ainsi contraintes par l’évolution des alliances régionales et par les priorités des grandes puissances.

    Emmanuel Dupuy évoque la réunion de Madrid comme un moment charnière dans l’évolution du dossier du Sahara. « Il ne s’agit plus de débats idéologiques, mais de mise en œuvre pratique. » Les discussions porteraient désormais sur la gouvernance locale, le développement économique, les zones maritimes, la production agricole et les zones économiques exclusives.

    À travers cette grille de lecture, le Sahel n’apparaît plus seulement comme un théâtre de rivalités sécuritaires, mais comme un espace de recomposition stratégique où s’entrelacent intérêts extractifs, sous-traitance militaire, diplomatie religieuse et corridors logistiques. Dans cet échiquier, Washington ajuste sa posture et le Maroc s’affirme comme un pivot régional, au croisement de l’Atlantique, de la Méditerranée et de la profondeur africaine.