Auteur/autrice : nigeractu

  • Chômage des jeunes au Gabon : les raisons d’un paradoxe persistant

    Chômage des jeunes au Gabon : les raisons d’un paradoxe persistant

    Le chômage des jeunes au Gabon révèle un paradoxe troublant : un jeune actif sur trois reste sans emploi, tandis que de nombreux secteurs économiques peinent à recruter des profils qualifiés. Cette situation, souvent ignorée, trouve ses racines dans trois dysfonctionnements structurels majeurs qui s’entremêlent pour fragiliser le marché de l’emploi national.

    Des formations inadaptées aux réalités du marché

    L’inadéquation entre l’offre de formation et les besoins des entreprises constitue le principal moteur du chômage des jeunes au Gabon. Les filières universitaires, encore très orientées vers les diplômes généraux, produisent des milliers de licenciés et de masters chaque année. Pourtant, les employeurs recherchent activement des techniciens spécialisés, comme des soudeurs, des électromécaniciens ou des techniciens de maintenance industrielle.

    Cette divergence crée un phénomène préoccupant : des diplômés qualifiés se retrouvent contraints de postuler à des postes ne correspondant pas à leur niveau de compétences. Le rapport souligne que cette sous-utilisation du capital humain alimente une frustration socio-économique profonde dans la jeunesse gabonaise.

    Une économie peu diversifiée et concentrée géographiquement

    L’économie gabonaise, fortement dépendante des matières premières, reste vulnérable aux aléas des marchés internationaux. Lorsque les cours s’effondrent, les investissements diminuent, les recrutements se raréfient et le chômage s’aggrave. Cette dépendance rend le pays particulièrement sensible aux crises économiques mondiales.

    Par ailleurs, l’exode rural aggrave la situation : les provinces se dépeuplent de leur main-d’œuvre active, tandis que Libreville, déjà saturée, concentre une population en quête d’emploi sans que le marché ne puisse absorber cette demande croissante. Cette concentration des activités dans l’Estuaire accentue les inégalités territoriales et limite les opportunités pour les jeunes des autres régions.

    Des politiques d’emploi inefficaces et un système d’information obsolète

    Les institutions gabonaises chargées de l’emploi souffrent de plusieurs maux : des lourdeurs administratives paralysantes, un droit du travail difficile à appliquer et un système d’information sur l’emploi jugé obsolète. Pendant des années, cette opacité a privé les décideurs d’une vision claire des besoins réels du marché.

    Les dispositifs d’accompagnement des demandeurs d’emploi manquent également de suivi. Sans un accompagnement durable, de nombreux jeunes basculent dans une précarité cyclique, alternant entre périodes d’activité précaire et retours au chômage. Pourtant, des solutions existent pour inverser cette tendance.

    Un avenir possible si les leviers sont actionnés

    Le rapport insiste sur la nécessité d’agir sur plusieurs fronts pour transformer cette crise en opportunité. La diversification économique doit être accélérée pour créer des emplois hors du secteur extractif. Les formations doivent être réorientées vers les métiers porteurs, en collaboration étroite avec les entreprises. Les politiques d’emploi doivent être territorialisées pour réduire les déséquilibres régionaux, et la planification publique doit être renforcée pour anticiper les besoins futurs.

    Le défi est de taille, mais le Gabon dispose de tous les atouts pour en faire une réussite : une jeunesse dynamique, des ressources naturelles abondantes et une volonté politique affichée de réformer. Le vrai défi désormais est de passer des constats aux actes, avant que la frustration des jeunes ne devienne ingérable.

  • Rencontre Macky Sall et Bassirou Diomaye Faye avant candidature à l’ONU

    Rencontre Macky Sall et Bassirou Diomaye Faye avant candidature à l’ONU

    Macky Sall de retour à Dakar pour une rencontre décisive avec Bassirou Diomaye Faye

    L’ancien président Macky Sall effectue ce vendredi 17 juillet 2026 son premier voyage officiel au Sénégal depuis son départ de la présidence, intervenue en avril 2024. Cette visite, brève mais symbolique, s’inscrit dans le cadre de sa campagne pour briguer le poste de secrétaire général des Nations unies. Au cœur de son agenda : un entretien en privé avec le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye.

    rencontre entre Macky Sall et Bassirou Diomaye Faye à Dakar

    Un retour sous le signe de la diplomatie internationale

    Sur les réseaux sociaux, Macky Sall a confirmé son déplacement, précisant que cette visite s’inscrit dans le cadre des consultations liées à sa candidature onusienne. Il a également salué la disponibilité de Bassirou Diomaye Faye pour cette entrevue, tout en précisant qu’il repartirait « aussitôt » après l’échange. Une annonce qui ne manque pas de susciter l’attention des observateurs politiques.

    Dans le cadre des consultations et visites que j’ai entreprises en rapport avec ma candidature au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, je me rendrai au Sénégal le vendredi 17 juillet 2026. Je remercie vivement SEM le Président Bassirou Diomaye Faye pour cette opportunité.

    Une candidature à l’ONU qui fait débat

    Contrairement à la tradition, la candidature de Macky Sall n’a pas été soutenue par le Sénégal, mais par le Burundi, alors président en exercice de l’Union africaine. Fin mars 2026, une vingtaine d’États membres de l’UA, dont le Sénégal, avaient d’ailleurs refusé de valider sa proposition pour succéder à Antonio Guterres. À ce jour, la présidence sénégalaise n’a toujours pas confirmé officiellement la tenue de l’entretien.

    Un climat politique encore chargé de tensions

    Ce retour de Macky Sall intervient dans un contexte particulièrement tendu. Les autorités actuelles promettent en effet de faire la lumière sur les violentes répressions qui ont marqué les manifestations de l’opposition entre 2021 et 2024, entraînant la mort de plusieurs dizaines de personnes. Une loi d’amnistie couvre aujourd’hui ces événements, mais un collectif de victimes a récemment dénoncé sa candidature onusienne, l’accusant de « crimes de sang et économiques ».

    Une rencontre scrutée à la loupe

    L’entrevue entre les deux hommes sera suivie avec un intérêt particulier. Macky Sall cherche en effet à rassembler des appuis pour sa candidature internationale, tandis que cette visite pourrait aussi révéler l’évolution des relations entre les nouvelles autorités et leur prédécesseur. Un rendez-vous chargé de symboles dans un pays où les cicatrices du passé restent encore vives.

    • Bassirou Diomaye Faye
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    • Macky Sall
    • candidature à l’ONU
    • rencontre politique
  • Crise en rdc : le m23 finance ses activités grâce aux mines de coltan de rubaya

    Crise en rdc : le m23 finance ses activités grâce aux mines de coltan de rubaya

    crise en rdc : le m23 finance ses activités grâce aux mines de coltan de rubaya

    exploitation minière à rubaya

    Lors d’une réunion en formule Arria organisée à New York le 13 juillet 2026, l’ambassadeur français auprès de l’ONU, Jérôme Bonnafont, a alerté la communauté internationale sur l’exploitation illégale des ressources naturelles en République démocratique du Congo (RDC). Il a notamment dénoncé le contrôle exercé par le groupe armé M23 sur les mines de coltan de Rubaya, dans l’est du pays.

    Selon le diplomate, ce contrôle représente entre 15 % et 30 % de la production mondiale de coltan, un minerai stratégique pour les industries technologiques et énergétiques. Le M23 utilise les revenus issus de cette exploitation pour financer son administration « illégale » et ses activités militaires, en violation de la souveraineté de la RDC.

    un financement illégal au cœur des conflits

    Jérôme Bonnafont a souligné que la compétition pour le contrôle des ressources naturelles est l’un des principaux moteurs des conflits en Afrique. « La RDC, riche en minerais critiques, subit depuis des années les conséquences de l’exploitation illicite de ses ressources », a-t-il déclaré. Il a cité des exemples concrets comme le Soudan, où l’or et la gomme arabique alimentent les combats, ou encore la RDC, où le M23 et d’autres groupes armés tirent profit du pillage des mines.

    Le représentant français a rappelé que cette situation aggrave les violences et prolonge les souffrances des populations civiles. « Les ressources naturelles ne devraient pas être une source de profits pour les groupes armés, mais un levier de développement et de stabilité », a-t-il ajouté.

    la France appelle au respect de la résolution 2773 de l’ONU

    Pour mettre fin à ces pratiques, la France a réitéré son soutien à la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette résolution exige notamment :

    • La cessation immédiate des hostilités dans l’est de la RDC.
    • Le retrait des Forces de défense rwandaises du territoire congolais.
    • La fin du soutien rwandais au M23.
    • La neutralisation des FDLR, un groupe armé considéré comme une menace pour la sécurité du Rwanda.

    Jérôme Bonnafont a également insisté sur la nécessité de renforcer les mécanismes de transparence et de traçabilité des minerais. « Les régimes de sanctions doivent être appliqués pour briser le lien entre le pillage des ressources et le financement des conflits », a-t-il affirmé.

    un contexte diplomatique tendu

    Cette intervention s’inscrit dans le cadre de la présidence congolaise du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a placé la gouvernance des ressources naturelles au cœur de ses priorités. Une réunion récente a été consacrée aux violences sexuelles liées aux conflits, mettant en lumière le coût humain des économies de guerre.

    Malgré les accords diplomatiques, comme celui signé entre la RDC et les États-Unis sur les minerais critiques, ou l’accord de Washington entre Kinshasa et Kigali, la situation sécuritaire reste fragile. Le processus de Doha, visant à faciliter le dialogue entre Kinshasa et le M23, est toujours dans l’impasse. Les rebelles continuent de contrôler des villes stratégiques comme Goma et Bukavu, tandis que les affrontements persistent dans plusieurs zones.

    Cette crise relance le débat sur l’écart entre les avancées diplomatiques annoncées et la réalité sur le terrain, où les populations congolaises paient le prix fort des conflits et de l’exploitation illégale des ressources.

  • Coopération régionale au cœur des discussions entre la RDC et l’Ouganda

    Coopération régionale au cœur des discussions entre la RDC et l’Ouganda

    Museveni et Anzuluni échangent sur les défis sécuritaires dans l’est de la RDC

    Le ministre congolais de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, s’est rendu en Ouganda pour une rencontre cruciale avec le président Yoweri Museveni. Cette audience, qui s’est tenue à la ferme présidentielle de Kisozi, visait à renforcer la coopération régionale face aux tensions persistantes dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

    Un contexte sécuritaire sous haute tension

    Cette visite s’inscrit dans un contexte marqué par l’intensification des affrontements entre les forces armées congolaises et la rébellion de l’AFC/M23, dont les liens avec le Rwanda sont régulièrement pointés du doigt. Les échanges entre les deux dirigeants ont porté principalement sur les défis sécuritaires qui pèsent sur la région des Grands Lacs, où la stabilité reste fragile.

    Museveni a réaffirmé la volonté de l’Ouganda de soutenir la RDC et ses partenaires régionaux pour restaurer la paix dans l’est du pays. Dans un message publié sur X (ex-Twitter), il a souligné :

    « La paix et la stabilité dans notre région sont essentielles à la prospérité de nos populations. Nous poursuivrons notre collaboration avec nos partenaires pour relever les défis auxquels est confronté l’est du Congo. »

    Renforcement des relations bilatérales

    Cette rencontre s’ajoute à une série de consultations diplomatiques engagées par Kinshasa pour consolider ses alliances dans la région. Elle fait suite à la visite officielle de Félix Tshisekedi en Ouganda les 11 et 12 mai 2026, lors de laquelle les deux chefs d’État avaient signé six protocoles d’accord. Ces textes, préparés lors de la 9e session de la Commission permanente mixte RDC-Ouganda, visent à renforcer l’intégration économique et la coopération multisectorielle entre les deux pays.

    Les accords couvrent plusieurs domaines clés :

    • Recherche et sauvetage (SAR) : Utilisation conjointe des installations en temps de paix
    • Commerce bilatéral : Promotion des échanges économiques
    • Administration publique : Renforcement des institutions
    • Technologies de l’information : Développement des infrastructures numériques
    • Tourisme : Promotion des destinations communes

    Une stratégie régionale pour contrer les menaces

    Cette dynamique diplomatique intervient alors que les tensions entre la RDC et le Rwanda s’aggravent. Kinshasa accuse Kigali de soutenir activement la rébellion de l’AFC/M23, une situation qui complique les efforts de pacification. Malgré les initiatives de paix lancées notamment à Washington et à Doha, les résultats concrets sur le terrain restent limités.

    Dans ce contexte, la coopération avec l’Ouganda apparaît comme une priorité pour la RDC. Les deux pays partagent une frontière commune et des intérêts stratégiques dans la stabilisation de la région. Cette alliance pourrait jouer un rôle clé dans la recherche de solutions durables aux conflits qui secouent l’est de la RDC.

    La rencontre entre Museveni et Anzuluni marque donc une étape importante dans la consolidation des relations régionales et la recherche de réponses collectives aux défis sécuritaires qui menacent la paix dans les Grands Lacs.

    Floribert Anzuluni, ministre de l’Intégration régionale de la RDC, en discussion avec Yoweri Museveni, président de l’Ouganda.
  • L’or clandestin du Cameroun : un trésor perdu pour l’État

    L’or clandestin du Cameroun : un trésor perdu pour l’État

    Dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua au Cameroun, une ruée vers l’or a transformé les paysages en véritables chantiers à ciel ouvert. Malgré la présence de gisements prometteurs, l’État camerounais peine à récupérer les revenus générés par cette manne aurifère. Les milliards de dollars issus de l’exploitation minière s’évaporent vers des destinations étrangères, notamment Dubaï, sous l’œil complice de réseaux organisés et de complicités locales.

    Des sites miniers incontrôlés et des milliards volatilisés

    Les provinces de l’Est et de l’Adamaoua regorgent de sites d’extraction d’or, souvent illégaux. Les méthodes employées par les mineurs artisanaux et les exploitants informels échappent totalement à la régulation gouvernementale. Résultat : une partie colossale des revenus générés par ces activités échappe aux caisses de l’État, privant le pays de ressources essentielles pour son développement.

    Les réseaux criminels, qui orchestrent une partie de ce trafic, bénéficient de protections locales et de rentes bien placées. Leur influence leur permet de contourner les contrôles et de faciliter l’exportation illicite de l’or vers des marchés internationaux, où la traçabilité devient quasi impossible.

    Dubaï, plaque tournante des exportations illégales

    Les enquêtes menées sur place révèlent que Dubaï constitue la destination privilégiée pour l’or camerounais. La ville offre des infrastructures financières et logistiques adaptées aux transactions opaques, permettant aux acteurs de blanchir les revenus issus de l’exploitation minière illégale. Les transferts s’effectuent via des circuits complexes, impliquant des intermédiaires et des sociétés-écrans, rendant toute répression extrêmement difficile.

    Les autorités camerounaises, malgré leurs tentatives, peinent à endiguer ce phénomène. Les moyens alloués au contrôle des flux financiers et à la traçabilité de l’or restent insuffisants face à la sophistication des réseaux criminels.

    Les conséquences pour le Cameroun

    La fuite des milliards issus de l’or camerounais prive le pays de ressources indispensables pour financer des infrastructures, l’éducation ou la santé. Cette perte de revenus aggrave les inégalités sociales et limite la capacité de l’État à investir dans des projets de développement durable. Par ailleurs, les conditions de travail dans les mines artisanales restent précaires, avec des risques sanitaires et environnementaux élevés pour les populations locales.

    Face à cette situation, des voix s’élèvent pour réclamer une réforme du secteur minier. L’objectif ? Instaurer une gouvernance plus stricte, renforcer les contrôles et lutter contre la corruption qui gangrène cette filière. Sans une intervention décisive, le Cameroun continuera de voir s’envoler une partie de sa richesse sous forme d’or clandestin.

  • Visite officielle de Sébastien Lecornu au Maroc : renforcement des liens franco-marocains

    Visite officielle de Sébastien Lecornu au Maroc : renforcement des liens franco-marocains

    Une étape majeure pour dynamiser les relations franco-marocaines : le Premier ministre français Sébastien Lecornu se rendra à Rabat pour deux jours de discussions stratégiques avec son homologue Aziz Akhannouch.

    Ce déplacement, prévu les 15 et 16 juillet, marque un tournant dans la coopération entre les deux nations. Sébastien Lecornu sera accompagné d’une délégation ministérielle incluant Jean-Noël Barrot (Affaires étrangères) et Laurent Nuñez (Intérieur), soulignant l’importance des échanges à venir.

    Cette visite officielle, la première du genre depuis 2019, s’inscrit dans un contexte de rapprochement accru entre Paris et Rabat. Depuis la reconnaissance par Emmanuel Macron, en été 2024, de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, les tensions avec Alger se sont accentuées, tandis que les liens franco-marocains se sont renforcés. Cette décision avait été suivie d’une visite d’État du président français à Rabat en octobre 2024, couronnée par la signature de plusieurs contrats bilatéraux.

    Le programme de cette mission diplomatique est chargé. Après une cérémonie d’accueil avec les honneurs militaires mercredi soir, les deux chefs de gouvernement échangeront jeudi matin lors d’un dépôt de gerbes au mausolée royal, avant de tenir des entretiens bilatéraux approfondis.

    des collaborations renforcées dans plusieurs secteurs clés

    Une réunion entre les délégations des deux pays est prévue au ministère marocain des Affaires étrangères, avec à la clé la signature d’accords majeurs. Ces textes viseront à approfondir les coopérations dans des domaines stratégiques : économie, sécurité, migration et défense.

    Les discussions porteront également sur des enjeux concrets, comme la possible extradition vers la France du Franco-Marocain Ismael Benahmed, arrêté récemment au Maroc pour son implication présumée dans une affaire criminelle parisienne remontant à 2019.

    Cette visite s’annonce comme un levier pour stimuler les investissements français au Maroc, consolidant ainsi une relation économique déjà dynamique.

    vers un partenariat d’exception entre la France et le Maroc ?

    Le sommet des échanges pourrait être scellé par une visite historique du roi Mohammed VI en France. Les ministres des Affaires étrangères des deux pays ont d’ailleurs évoqué, fin mai, l’idée d’un traité d’exception marquant un partenariat renforcé, bien que la date de cette rencontre reste à confirmer.

  • Justice internationale et droits humains : les engagements de la rdc à new york

    Justice internationale et droits humains : les engagements de la rdc à new york

    Lors de sa visite à New York pour assurer la présidence tournante du Conseil de sécurité des Nations unies, la Première ministre congolaise Judith Suminwa a exposé les priorités de la République démocratique du Congo en matière de paix, de sécurité et de justice internationale. Au cœur de son discours : la protection des populations civiles, la lutte contre les violences sexuelles comme outil de guerre, et l’exigence d’une justice impartiale pour les victimes.

    Interrogée sur les tensions politiques internes, notamment les appels à manifester contre la révision constitutionnelle, elle a rappelé avec fermeté que le Congo reste attaché aux principes démocratiques. Sa position est claire : la liberté de manifester est un droit fondamental, mais elle doit s’exercer dans le strict respect des lois en vigueur. « Nous vivons dans un pays démocratique », a-t-elle déclaré, insistant sur la nécessité pour chaque citoyen de respecter l’ordre constitutionnel au nom de l’unité nationale.

    Une mobilisation pour la protection des civils

    La RDC souhaite recentrer les débats internationaux sur la protection des civils, un enjeu devenu urgent face à la multiplication des conflits et des crises humanitaires. Judith Suminwa a souligné l’importance de traduire les résolutions onusiennes en actions concrètes sur le terrain. Parmi ses priorités : la prise en charge des populations les plus vulnérables, en particulier les femmes, les survivants de violences et les enfants pris au piège des affrontements.

    Elle a insisté sur la nécessité de renforcer les mécanismes de protection existants et d’adapter les réponses aux besoins réels des populations affectées. Pour elle, la sécurité ne se limite pas aux déclarations, mais doit se concrétiser par des mesures tangibles et accessibles à tous.

    Violences sexuelles : une condamnation ferme et des solutions urgentes

    La cheffe du gouvernement a dénoncé sans détour l’utilisation des violences sexuelles comme arme de guerre, un fléau largement documenté par les rapports internationaux. Elle a appelé le Conseil de sécurité à placer cette problématique au cœur des négociations de paix et des cessez-le-feu. Selon elle, toute paix durable doit intégrer une réponse forte à ces crimes, avec des dispositifs dédiés pour les victimes et une reconnaissance de leurs droits.

    Judith Suminwa a également plaidé pour une justice sans faille : « Il est impératif que tous les responsables de ces crimes soient sanctionnés ». Elle a insisté sur la nécessité de garantir des réparations aux victimes et de lutter contre l’impunité, condition essentielle pour restaurer la confiance dans les institutions.

    Riposte contre Ebola : mobilisation et défis persistants

    En parallèle des enjeux sécuritaires, la Première ministre a abordé la lutte contre l’épidémie d’Ebola qui frappe le pays. Une mobilisation internationale a permis de lever près d’un milliard de dollars, mais elle a souligné l’importance des décaissements effectifs pour financer la réponse sanitaire. La RDC a, de son côté, engagé 50 millions de dollars, avec des fonds déjà alloués à la recherche et à la coordination de la riposte, notamment via l’Institut national de recherche biomédicale (INRB).

    Elle a rappelé que la gestion de cette crise sanitaire doit aller au-delà des aspects médicaux. Pour éviter une dégradation de la situation humanitaire, il est crucial d’intégrer les dimensions sociale et économique dans la réponse globale. L’objectif : protéger les populations les plus fragiles et limiter les risques de crise prolongée.

  • Espagne Maroc : le PP face au défi d’une relation stratégique

    Espagne Maroc : le PP face au défi d’une relation stratégique

    L’Espagne et le Maroc, une alliance sous tension politique

    Les relations entre l’Espagne et le Maroc traversent une phase complexe, marquée par des tensions politiques internes qui menacent l’équilibre d’une coopération essentielle. José Manuel Albares, ministre des Affaires étrangères espagnol, a récemment mis en garde contre les positions du Parti populaire (PP), qu’il qualifie de « anti-marocaines ». Cette accusation s’inscrit dans un contexte de rivalité politique accrue, où la gestion des relations extérieures devient un enjeu de pouvoir.

    Selon Albares, le PP instrumentalise la relation avec le Maroc pour fragiliser le gouvernement actuel, transformant une alliance stratégique en un champ de bataille électoral. Les déclarations controversées de responsables du parti, passés et présents, ont exacerbé les tensions, au point que le chef de la diplomatie espagnole évoque un « obstacle » à la politique étrangère nationale.

    Une relation bilatérale renforcée depuis 2022

    Depuis 2022, l’Espagne et le Maroc ont tissé des liens étroits dans des domaines clés : migration, commerce, sécurité et coopération policière. Cette dynamique s’est intensifiée avec l’organisation conjointe de la Coupe du monde 2030, en partenariat avec le Portugal. En décembre 2025, les deux pays ont scellé quatorze nouveaux accords et une déclaration politique commune pour approfondir leur dialogue.

    Si le PP accède au pouvoir, il héritera de cette architecture bilatérale. Mais la question se pose : comment la gérera-t-il ?

    Le Sahara, pierre d’achoppement du PP

    Le différend autour du Sahara illustre les contradictions du parti. En mars 2022, le gouvernement espagnol a reconnu l’initiative marocaine d’autonomie comme « la base la plus sérieuse et réaliste » pour résoudre le conflit. Le PP, alors dirigé par Alberto Núñez Feijóo, a dénoncé une rupture avec la politique traditionnelle, critiquant l’absence de consultation préalable.

    Depuis, le parti maintient une position ambiguë. Ses documents officiels évoquent le respect du droit international, sans reprendre explicitement le soutien à l’initiative marocaine. Pourtant, sous Mariano Rajoy, le PP avait adopté une approche plus nuancée, accueillant même des positions divergentes, allant jusqu’à des soutiens implicites aux thèses séparatistes.

    En juillet 2025, la présence d’un représentant du Polisario au Congrès du PP a alimenté les doutes sur la cohérence du parti. En février 2026, Albares a accusé le PP de tenir un « double discours », envoyant des émissaires au Maroc pour y défendre, en secret, une position proche de celle du gouvernement, tout en la critiquant publiquement.

    Un contexte international en mutation

    Le PP n’accéderait pas au pouvoir dans un contexte inchangé. Depuis 2022, l’initiative marocaine d’autonomie a gagné en soutiens internationaux, tandis que l’Espagne a ancré sa position dans une relation globale avec le Maroc. Revenir en arrière ne serait pas qu’un changement de rhétorique : ce serait rouvrir un dossier épineux, avec des répercussions diplomatiques majeures.

    Pour l’instant, le PP n’a pas clarifié sa future politique. Un gouvernement Feijóo maintiendrait-il la position actuelle ou reviendrait-il à la doctrine antérieure ? La réponse reste floue.

    Immigration et « priorité nationale » : l’influence de Vox

    Le PP fait face à une pression croissante de Vox, qui pousse le parti vers des positions plus radicales. En avril 2026, la notion de « priorité nationale », héritée de l’extrême droite européenne, a été introduite dans le débat politique espagnol. Historiquement associée à Vox, cette idée vise à privilégier les nationaux dans l’accès aux aides sociales.

    Le PP a tenté de modérer le discours, affirmant que les droits des immigrés en situation régulière resteraient intacts. Pourtant, le débat a révélé des tensions internes, certains craignant un alignement sur l’agenda de l’extrême droite. Vox parvient ainsi à dicter une partie de l’ordre du jour politique.

    Le paradoxe d’un parti divisé

    Le principal défi du PP réside dans son propre paradoxe. Depuis l’opposition, il critique l’exécutif en utilisant le Maroc et le Sahara comme arguments. Mais une fois au pouvoir, il devra gérer une relation complexe, où géopolitique, économie et sécurité s’entremêlent.

    La coopération avec le Maroc n’est pas qu’une question idéologique : elle répond à des réalités tangibles. L’Espagne ne peut ignorer les enjeux migratoires, économiques et sécuritaires liés à son voisin. Un retour en arrière serait risqué, tant pour la stabilité bilatérale que pour les intérêts nationaux.

    Si Feijóo devient président, il devra choisir entre deux voies : appliquer le discours de l’opposition et risquer une crise diplomatique, ou assumer le pragmatisme exigé par les réalités stratégiques. Ce choix pourrait définir les premières années de son éventuel mandat.

  • Sénégal : une décennie de progrès vers les objectifs de développement durable

    Sénégal : une décennie de progrès vers les objectifs de développement durable

    Le Sénégal fait le bilan de dix ans d’avancées majeures pour les Objectifs de développement durable

    Il y a dix ans, seulement un Sénégalais sur trois en zone rurale bénéficiait d’un accès à l’électricité. Aujourd’hui, la situation a radicalement changé : sept habitants sur dix sont désormais raccordés au réseau électrique. Cette transformation spectaculaire a été mise en lumière lors de la présentation de la troisième Revue nationale volontaire (RNV) du Sénégal, livrée le 13 juillet 2026 à New York devant le Forum politique de haut niveau pour le développement durable.

    Cheikh Tidiane Dièye, ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, a porté la voix du pays face aux délégués internationaux. Cette revue, troisième du genre après celles de 2018 et 2022, reflète la volonté sénégalaise de mesurer régulièrement les progrès accomplis dans la mise en œuvre de l’Agenda 2030.

    Un forum dédié à la transformation durable

    Réunis du 7 au 15 juillet sous l’égide du Conseil économique et social des Nations Unies, les participants ont examiné cinq Objectifs de développement durable (ODD) clés : l’eau et l’assainissement, l’énergie, les infrastructures et l’innovation, les villes durables, ainsi que les partenariats internationaux. Le Sénégal, aux côtés du Cabo Verde et de l’Italie, a partagé son expérience avec une approche participative mobilisant ministères, collectivités locales, société civile et secteur privé.

    Des avancées concrètes pour les Sénégalais

    L’accès à l’eau potable a connu une progression remarquable. Le taux de couverture atteint désormais 97,8 % en milieu urbain et dépasse 96 % en zone rurale, avec une hausse de près de neuf points en dix ans. L’assainissement a également progressé, surtout en milieu rural où le taux est passé de 37,5 % à 64,5 % depuis 2015.

    Le secteur de l’énergie illustre aussi ces succès. Le taux d’accès à l’électricité est passé de 62 % en 2015 à 86 % en 2024, tandis que la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique a bondi de 3 % à 29,1 %, avec un objectif fixé à 40 % d’ici 2030. Les transports dakarois symbolisent ces changements : le Train Express Régional (TER) a transporté 23,1 millions de passagers en 2025, contre seulement 2,7 millions dix ans plus tôt, et le Bus Rapid Transit (BRT) électrique évite chaque année l’émission de plus de 53 000 tonnes de CO₂.

    Des défis persistants à relever

    Malgré ces avancées, des enjeux majeurs subsistent. Près de 500 000 logements manquent au Sénégal, où plus de la moitié de la population vit désormais en ville. Le ministre a également souligné la question de la dette publique, dont le niveau s’élève à 116,1 % du PIB. Cependant, des progrès sont observés sur d’autres plans : les recettes fiscales financent désormais 69,7 % du budget national (contre 54,8 % en 2015), et la qualité de l’air à Dakar s’est améliorée, avec une baisse des particules fines de 35 à 21,8 microgrammes par mètre cube.

    Quatre leviers pour accélérer la transition

    Pour atteindre les ODD d’ici 2030, le Sénégal mise sur :

    • La transformation économique via huit filières stratégiques et des zones économiques spéciales ;
    • La sécurisation de l’eau et de l’assainissement à travers un Compact national dédié ;
    • La mise en œuvre accélérée de sa Contribution déterminée au niveau national (CDN 3.0) et des énergies renouvelables ;
    • La mobilisation de financements durables, incluant le renforcement de la coopération avec le FMI et une Stratégie nationale de transition pour sortir de la catégorie des pays les moins avancés.

    Des échanges francs avec la communauté internationale

    Lors du dialogue interactif, les délégations ont salué les efforts sénégalais, mais ont aussi posé des questions directes. La Gambie a interrogé le ministre sur la transparence et la lutte contre la corruption. Cheikh Tidiane Dièye a répondu en citant les avancées des institutions comme l’OFNAC, la CENTIF et le Pool judiciaire financier, ainsi que la sortie du Sénégal de la liste grise du GAFI en 2024.

    La délégation espagnole a évoqué le rôle de la diaspora, soulignant que les transferts de fonds et les compétences acquises à l’étranger contribuent au développement. Le ministre a appuyé cette vision, insistant sur l’importance d’une migration bien régulée pour en faire un levier de progrès partagé.

    Enfin, la délégation irlandaise a félicité le Sénégal pour la performance des Lions de la Teranga lors de la Coupe du monde, illustrant l’image positive du pays sur la scène internationale.

    Un engagement renouvelé pour l’Agenda 2030

    En conclusion, le ministre a réaffirmé la détermination du Sénégal à poursuivre sa route vers les ODD. « Nous restons pleinement engagés dans la mise en œuvre de l’Agenda 2030 et réaffirmons notre volonté de progresser avec la communauté internationale », a-t-il déclaré.

    Sénégal et partenaires lors du Forum politique de haut niveau

  • Lucas Digne signe au PSG : la confirmation qui fait parler le football

    Lucas Digne signe au PSG : la confirmation qui fait parler le football

    Lucas Digne rejoint le Paris Saint-Germain après une décennie d’absence

    Le feuilleton du transfert de Lucas Digne vers le Paris Saint-Germain touche à sa fin. En moins de 24 heures, la nouvelle s’est imposée comme une évidence, mettant fin à des semaines de spéculations. Le latéral gauche français, actuellement sous contrat avec Aston Villa jusqu’en 2028, s’apprête à effectuer son retour dans la capitale française, dix ans après son départ pour Barcelone.

    Lucas Digne en action avec l'équipe de France

    Les rumeurs, d’abord évoquées par The Daily Mail en début de journée, ont rapidement été relayées par plusieurs médias spécialisés. Fabrice Hawkins, journaliste sportif, a confirmé l’information lors de son passage à l’After Foot lundi soir, à la veille de la demi-finale de Coupe du monde opposant la France à l’Espagne. Le vestiaire des Bleus n’a pas manqué de réagir, taquinant Digne sur cette future signature.

    Une décision familiale et sportive

    Le défenseur français a officiellement annoncé son accord avec le PSG à ses coéquipiers en stage aux États-Unis. Selon les informations, il a choisi ce projet pour des raisons personnelles et familiales. « Lucas Digne accepte d’être la doublure de Nuno Mendes pour deux raisons : il choisit ce projet là qui sied à merveille à sa famille, ça va être un cadre familial très parisien et dans sa famille, ils adorent la capitale. Il a même des enfants fans du Paris Saint-Germain. Tout le monde est content que papa signe », a expliqué le journaliste. Malgré des offres financières plus avantageuses ailleurs, le joueur a fait le choix de la stabilité et de l’affection portée au club de la capitale.

    Un contrat de trois ans et une clause à lever

    Lucas Digne s’engage pour une durée de trois ans avec le Paris Saint-Germain, sous réserve de lever la clause de départ, estimée à moins de 10 millions d’euros une fois son contrat actuel avec Aston Villa terminé. Cette opération, désormais quasi officielle, marque un nouveau chapitre dans sa carrière, après son passage réussi au FC Barcelone entre 2018 et 2022.

    L’annonce officielle devrait intervenir dans les prochains jours, une fois les formalités administratives finalisées. Les supporters parisiens peuvent déjà se réjouir de voir un ancien joueur emblématique revenir au Parc des Princes.

  • L’afrique doit-elle choisir entre dépendance pharmaceutique et souveraineté sanitaire ?

    L’afrique doit-elle choisir entre dépendance pharmaceutique et souveraineté sanitaire ?

    une urgence sanitaire et économique pour le continent

    Jusqu’à présent, la majorité des pays africains ont fait le choix de dépendre des importations pour assurer les soins de leurs populations. Pourtant, cette dépendance représente un risque sanitaire et financier majeur. Dr Arnaud Kaboré, pharmacien et ingénieur spécialisé en santé publique, expose dans cette tribune une feuille de route pour que l’Afrique atteigne sa souveraineté pharmaceutique d’ici 2045.

    un risque sanitaire qui pèse sur 1,4 milliard d’africains

    Moins de cinq pays africains disposent aujourd’hui d’unités de production pharmaceutique capables d’exporter au-delà de leurs frontières. Cette situation expose le continent à une vulnérabilité alarmante : 94 % des médicaments consommés en Afrique sont importés, pour un coût annuel dépassant 18 milliards de dollars. Ce chiffre pourrait atteindre 30 milliards d’ici 2030, selon les projections.

    Les conséquences sanitaires sont dramatiques : plus de 70 % des établissements publics de santé en Afrique subissent au moins une rupture de stock par trimestre. La pandémie de Covid-19 a révélé les failles de ce système, tout comme les pénuries chroniques d’amoxicilline, d’insuline ou d’anesthésiques. L’accès aux anticancéreux et aux traitements innovants reste également un défi, avec des prix multipliés par trois en période de tension. Ces lacunes paralysent les programmes de santé publique et aggravent les inégalités d’accès aux soins.

    des atouts majeurs pour une industrie pharmaceutique africaine

    Pourtant, l’Afrique dispose de leviers significatifs pour transformer cette dépendance en autonomie :

    • un marché en pleine expansion : le secteur pharmaceutique africain pourrait dépasser 70 milliards de dollars d’ici 2030 ;
    • une biodiversité exceptionnelle : plus de 5 400 plantes médicinales recensées, dont certaines sont déjà intégrées dans des protocoles thérapeutiques officiels ;
    • une dynamique réglementaire en marche : l’Agence africaine du médicament (AMA), ratifiée par 27 pays, harmonise progressivement les normes ;
    • une volonté politique croissante : des pays comme le Burkina Faso, le Rwanda, l’Égypte, le Maroc, le Sénégal ou l’Afrique du Sud ont lancé des programmes ambitieux de production locale.

    pourquoi l’afrique ne doit pas reproduire les erreurs du passé

    La tentation de copier les modèles des « Big Pharma » internationales a souvent conduit à des échecs. Investir dans des équipements importés sans développer en parallèle les compétences locales, les savoir-faire techniques et les actifs industriels mène à une production coûteuse et inefficace. Cette approche perpétue la dépendance aux matières premières, aux technologies et aux expertises extérieures.

    Pour réussir, l’Afrique doit adopter une stratégie pragmatique, ancrée dans ses besoins endogènes. Cela implique de renforcer les segments les plus accessibles et stratégiques, tout en consolidant les fondations d’une industrie durable. L’industrialisation pharmaceutique ne peut faire l’économie d’une vision à long terme, d’une méthodologie rigoureuse et d’une coordination entre les acteurs publics et privés.

    une feuille de route pour reconquérir la souveraineté sanitaire

    Cette tribune propose aux décideurs publics une approche claire pour bâtir une industrie pharmaceutique africaine résiliente. L’objectif ? Produire localement pour soigner localement, tout en visant une autonomie qui permettra demain de soigner le monde.

    L’industrialisation pharmaceutique doit s’inscrire dans une stratégie plus large d’industrialisation du continent, portée par une vision claire, des moyens adaptés et une volonté politique inébranlable. Les enjeux sont colossaux : santé publique, création d’emplois, réduction de la dépendance économique et renforcement de la résilience face aux crises.

    Dr Arnaud Kaboré
    Pharmacien et ingénieur, cadre dirigeant dans le secteur de la santé


  • L’intelligence artificielle en afrique : une stratégie de souveraineté et de développement

    L’intelligence artificielle en afrique : une stratégie de souveraineté et de développement

    illustration de l'intelligence artificielle

    Face à l’accélération technologique mondiale, l’Afrique trace sa propre voie en matière de gouvernance de l’intelligence artificielle. Entre innovation et souveraineté numérique, le continent repense les cadres traditionnels pour en faire des leviers de croissance et de résilience.

    une approche africaine de l’intelligence artificielle : entre opportunités et défis

    Alors que l’Europe mise sur une régulation stricte de l’IA et que les États-Unis privilégient un modèle basé sur le marché, les pays africains redéfinissent les règles du jeu. La stratégie africaine ne se limite pas à une simple adaptation des modèles étrangers : elle s’appuie sur une vision où l’intelligence artificielle devient un outil au service du développement durable et de l’autonomie technologique.

    Cette dynamique est soutenue par la Stratégie continentale de l’Union africaine sur l’IA (2025-2030), qui encourage une utilisation éthique, inclusive et adaptée aux réalités locales. L’objectif ? Transformer l’IA en un accélérateur de solutions concrètes pour des défis majeurs comme la sécurité alimentaire, l’accès aux soins ou l’inclusion financière.

    le leapfrogging technologique : sauter les étapes pour mieux progresser

    L’Afrique a déjà démontré sa capacité à adopter rapidement des innovations sans passer par toutes les phases de développement des économies industrialisées. Ce phénomène, appelé leapfrogging, s’est illustré avec succès dans le domaine des services financiers mobiles. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle représente une nouvelle opportunité de ce type de saut technologique.

    Les premiers usages de l’IA se concentrent sur des secteurs clés :

    • l’agriculture, avec des outils prédictifs pour optimiser les récoltes et anticiper les aléas climatiques ;
    • la santé, grâce à des systèmes d’aide au diagnostic et à la télémédecine, cruciaux dans des zones sous-équipées ;
    • la finance, où l’IA facilite l’accès au crédit et démocratise les services bancaires numériques.

    Cette approche privilégie des solutions directement utiles aux populations plutôt que des technologies purement théoriques.

    la souveraineté numérique : un impératif stratégique

    L’utilisation massive de l’IA soulève une question cruciale : qui contrôle les données et les infrastructures ? Le concept de « colonialisme algorithmique » désigne un risque où les nations africaines deviendraient de simples fournisseurs de données pour des acteurs étrangers, sans tirer profit de leur valeur économique.

    Pour éviter ce piège, plusieurs pays africains développent des stratégies ambitieuses :

    • création d’infrastructures numériques locales ;
    • valorisation des données produites sur le continent ;
    • développement de centres de calcul régionaux ;
    • soutien à la recherche africaine en IA ;
    • création de modèles de langage adaptés aux langues et cultures africaines.

    Ces initiatives visent à réduire les dépendances technologiques tout en renforçant les capacités d’innovation locales.

    une gouvernance pragmatique et progressive

    Contrairement aux idées reçues, les États africains n’ambitionnent pas de reproduire les modèles réglementaires européens. Leur approche consiste plutôt à renforcer progressivement les cadres juridiques existants, notamment en matière de protection des données, de cybersécurité et de télécommunications.

    Cette stratégie offre plusieurs avantages :

    • elle limite la création de nouvelles bureaucraties ;
    • elle permet une montée en compétence progressive des autorités ;
    • elle encourage l’innovation sans freiner l’émergence des écosystèmes locaux.

    Des pays comme le Kenya, le Rwanda, le Nigeria, l’Afrique du Sud ou le Maroc élaborent actuellement leurs propres feuilles de route en matière d’IA. Ces initiatives s’inscrivent dans une dynamique régionale, soutenue par l’Union africaine et les communautés économiques sous-régionales.

    cybersécurité et IA : des enjeux indissociables

    L’adoption massive de l’intelligence artificielle élargit considérablement la surface d’attaque des cybercriminels. Les organisations africaines font face à de nouvelles menaces :

    • attaques assistées par IA ;
    • phishing ultra-personnalisé ;
    • utilisation de deepfakes pour l’usurpation d’identité ;
    • automatisation des attaques contre les infrastructures critiques ;
    • empoisonnement des données ou attaques adversariales contre les modèles d’IA.

    Pourtant, l’IA représente aussi un outil puissant pour renforcer la cybersécurité. Les centres opérationnels de sécurité intègrent désormais des solutions d’analyse comportementale, de détection automatisée d’anomalies et de réponse aux incidents. Ces technologies aident à pallier le manque criant d’experts en cybersécurité sur le continent.

    Cette transition nécessite une gouvernance robuste, avec une attention particulière portée à la protection des données, à la sécurité des chaînes d’approvisionnement logicielles et à la conformité aux référentiels internationaux.

    vers une troisième voie pour la gouvernance mondiale de l’IA ?

    L’expérience africaine illustre une approche inédite de la gouvernance de l’IA : ni purement restrictive comme en Europe, ni totalement libérale comme aux États-Unis, mais centrée sur l’autonomie technologique et le développement socio-économique. Cette troisième voie pourrait inspirer d’autres régions du monde.

    Pour réussir, cette stratégie repose sur plusieurs piliers essentiels :

    • des infrastructures numériques performantes ;
    • le développement des compétences locales ;
    • un investissement massif dans la recherche ;
    • un renforcement des capacités de cybersécurité ;
    • l’émergence d’un écosystème capable de produire ses propres données et solutions technologiques.

    Si ces conditions sont réunies, l’Afrique pourrait non seulement accélérer sa transformation numérique, mais aussi contribuer à façonner une gouvernance mondiale de l’IA plus équilibrée, adaptée aux réalités des économies émergentes et fondée sur l’équité, la sécurité et l’innovation.

    Fadhel Ghajati