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  • Violence jihadiste au Niger : un massacre choquant dans le Tillabéri

    Violence jihadiste au Niger : un massacre choquant dans le Tillabéri

    Des soldats nigériens assurant la sécurité dans une zone instable du Sahel

    Un massacre de civils a endeuillé le Niger en ce début d’année. Le 18 janvier dernier, des hommes et des enfants ont été exécutés par des combattants de l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) dans le village de Bossiye, situé dans la région du Tillabéri, à l’ouest du pays. Bilan : 31 victimes.

    Une attaque méthodique selon les informations recueillies par Human Rights Watch. Autour de midi, une centaine de jihadistes auraient fait irruption dans le village, armés et juchés sur des motos. Leur objectif ? Semer la terreur parmi la population locale.

    Une région sous haute tension

    Le Tillabéri fait partie des zones les plus touchées par les violences jihadistes au Niger. Cette région, frontalière avec le Mali et le Burkina Faso, est le théâtre de fréquents affrontements entre groupes armés et forces de sécurité nigériennes. Les trois frontières (Niger-Mali-Burkina Faso) concentrent une grande partie des attaques terroristes dans le Sahel.

    L’EIGS, un groupe particulièrement actif

    L’État islamique au Grand Sahara est l’un des principaux groupes armés à l’origine de ces violences. Ses membres ciblent régulièrement les villageois, accusés de collaborer avec les autorités ou les forces internationales. Les massacres perpétrés par ce groupe ont déjà fait des centaines de victimes au Niger et dans les pays voisins.

    • Une escalade alarmante : les attaques se multiplient depuis plusieurs années dans la région.
    • Un défi sécuritaire pour le gouvernement nigérien, qui peine à endiguer la propagation de ces violences.
    • Des conséquences humanitaires dramatiques pour les populations locales, contraintes de fuir ou de vivre dans l’insécurité permanente.

    Que faire face à cette menace ?

    Les autorités nigériennes, soutenues par des partenaires internationaux, tentent de renforcer la sécurité dans la région du Tillabéri. Cependant, la tâche reste complexe face à la mobilité et à la détermination des groupes armés.

    Les ONG et les organisations de défense des droits de l’homme appellent à une réponse internationale coordonnée pour protéger les populations civiles et mettre fin à ces exactions.

    Ce nouveau massacre rappelle l’urgence d’agir pour briser le cycle de la violence au Niger et dans toute la sous-région.

  • Les États-Unis et le Maroc redéfinissent leur influence au Sahel

    Les États-Unis et le Maroc redéfinissent leur influence au Sahel

    Le paysage géopolitique du Sahel connaît une transformation silencieuse mais profonde. Alors que les missions européennes se sont progressivement retirées du Mali, du Burkina Faso et du Niger, et que la Russie consolide sa présence via des structures paraétatiques, les États-Unis semblent marquer un retour en arrière éclairé. Selon Emmanuel Dupuy, président de l’IPSE, cette dynamique ne relève pas d’un regain soudain, mais plutôt d’une stratégie de patience. « Ce n’est pas un retour en force, c’est plutôt la confirmation qu’ils n’ont jamais été très loin et qu’ils attendaient de voir le délitement des autres pour pouvoir se positionner », analyse-t-il.

    Une approche stratégique fondée sur le pragmatisme

    Les États-Unis n’ont jamais quitté le Sahel, mais ont adapté leur présence en misant sur le pragmatisme. « Les Américains sont pragmatiques. Ils négocient avec des interlocuteurs dont ils ne partagent pas forcément les positions », souligne Emmanuel Dupuy. Dans cette logique transactionnelle, les enjeux sécuritaires et économiques priment sur les considérations idéologiques.

    Il ajoute : « Ils ne considèrent pas la Russie comme une menace et, au contraire, ils sont parfaitement complémentaires avec des acteurs qui, par ailleurs, ont bénéficié du vide stratégique, du coup d’aspirateur qui a chassé les Occidentaux, en l’occurrence les Européens. » Cette coexistence, loin d’être conflictuelle, s’inscrit dans un jeu d’ajustements mutuels où chaque puissance capitalise sur les espaces laissés vacants par d’autres partenaires.

    Une opportunité stratégique pour Washington

    Plusieurs facteurs favorisent actuellement une fenêtre d’opportunité pour les États-Unis. « Tout s’aligne pour les Américains. L’ONU est discréditée, la Russie ne parvient pas à lutter efficacement contre les groupes armés terroristes. » L’affaiblissement de la crédibilité onusienne et les limites opérationnelles des dispositifs russes ouvrent ainsi un espace pour un redéploiement indirect.

    La méthodologie américaine repose sur un dialogue structuré avec les autorités locales, quelle que soit leur légitimité. Emmanuel Dupuy établit un parallèle explicite : « Les Américains pratiquent exactement la même méthodologie de dialogue structuré avec les autorités maliennes, comme ils l’ont fait avec les autorités afghanes, avec, in fine, la perspective de négocier avec les talibans. » Cette approche, distincte de celle des Européens, marque une acceptation du fait accompli politique.

    Sous-traitance sécuritaire et alliances indirectes

    La stratégie américaine ne se limite pas à un dialogue avec les régimes sahéliens. Elle s’inscrit dans une dynamique de convergences croisées. « Les Américains sont parfaitement convergents avec d’autres acteurs et partenaires, notamment la Turquie », observe Emmanuel Dupuy. La faible présence relative de la Chine dans certains segments sécuritaires du Sahel constitue, selon lui, une opportunité supplémentaire pour Washington.

    Sur le plan commercial, il évoque la relance de l’African Growth and Opportunity Act, un dispositif permettant à plusieurs pays africains de bénéficier d’exemptions tarifaires sur le marché américain. Ce cadre, qui concerne trente nations, participe d’une stratégie d’ancrage économique complémentaire à la dimension sécuritaire.

    Une coexistence russo-américaine en question

    La question de la coexistence entre les États-Unis et la Russie dans un même espace géographique revient régulièrement dans les débats. Emmanuel Dupuy y répond sans détour : « Ça peut d’autant plus fonctionner que ce ne seront pas directement les États-Unis ni directement la Russie. Ce sont des sociétés militaires privées, des ESSD, qui interviendront. C’est exactement ce que les Américains feront. » Cette externalisation constitue, selon lui, le cœur du modèle.

    Il cite l’exemple du Rwanda et de la RDC : « La meilleure preuve, c’est le deal qu’ils ont facilité entre la RDC et le Rwanda : il y a des Américains, mais pas des forces armées régulières. Cela s’appelle Blackwater. » L’évocation de sociétés militaires privées renvoie à une pratique déjà éprouvée sur d’autres théâtres d’opérations.

    Le Maroc, un partenaire clé dans la stratégie américaine

    Dans ce contexte, la place du Maroc occupe une position singulière. La coopération bilatérale entre Rabat et Washington s’est intensifiée sur les plans militaire, économique et diplomatique. Emmanuel Dupuy estime qu’une convergence plus large pourrait se dessiner vers le Sahel. « Vraisemblablement, oui. Le Maroc est un peu le partenaire idéal, le partenaire espéré, dont les Américains ont besoin. »

    Cette complémentarité d’intérêts permet aux États-Unis de ne pas s’engager frontalement tout en utilisant l’image positive du Maroc, qui peut dialoguer avec les gouvernements issus des coups d’État militaires au Mali, au Niger et au Burkina Faso.

    Emmanuel Dupuy observe que « les Marocains demeurent des acteurs privilégiés, d’autant plus que l’Algérie a perdu le lien quasi organique qu’elle entretenait avec le Mali ». Il évoque notamment le soutien apporté par Alger à certains acteurs religieux jugés inacceptables par Bamako, ce qui aurait contribué à distendre les relations.

    Un levier d’influence discret mais efficace

    Le pouvoir à Bamako voit d’un très bon œil le fait que le Maroc reste un acteur privilégié, alors même que les autorités maliennes dénoncent régulièrement des ingérences extérieures. Rabat bénéficierait ainsi d’un capital relationnel distinct.

    La perspective d’un approfondissement économique régional reste inscrite dans le long terme. « Oui, mais ça, c’est du très long terme. On parle de désenclavement, de corridors logistiques Burkina FasoNigerMali via la Mauritanie, puis des investissements dans le sud du Maroc. C’est une perspective à dix ans, pas avant », précise Emmanuel Dupuy.

    Avant ces infrastructures structurantes, d’autres leviers sont mobilisés. Il cite en particulier la diplomatie spirituelle : « Depuis 2015, l’Institut Mohammed VI de formation des imams forme des cadres religieux pour toute la région, avec la promotion d’un islam modéré, malikite, soufi. C’est un outil d’influence douce extrêmement efficace. » L’exportation d’un référentiel religieux encadré constitue, à ses yeux, un vecteur de stabilisation et d’influence.

    Parallèlement, le Maroc peut proposer « des perspectives économiques de désenclavement que peu d’acteurs sont capables de proposer aujourd’hui ». Cette offre s’inscrit dans une stratégie plus large de projection africaine, déjà visible à travers les investissements bancaires, télécoms et industriels du royaume.

    Algérie et Sahara : un rapport de force en mutation

    Reste la question algérienne. Emmanuel Dupuy se montre sceptique quant aux marges de manœuvre d’Alger. « Honnêtement, je ne vois pas laquelle », répond-il à propos des cartes dont disposerait encore le régime algérien. Il estime que la dynamique diplomatique actuelle lui est défavorable, notamment sur le dossier du Sahara. Selon lui, « les Américains ont rappelé que la seule base de discussion reste le plan d’autonomie ».

    Il souligne également que certains projets alternatifs, notamment énergétiques, n’ont pas abouti comme envisagé. Les marges de manœuvre d’Alger apparaissent ainsi contraintes par l’évolution des alliances régionales et par les priorités des grandes puissances.

    Emmanuel Dupuy évoque la réunion de Madrid comme un moment charnière dans l’évolution du dossier du Sahara. « Il ne s’agit plus de débats idéologiques, mais de mise en œuvre pratique. » Les discussions porteraient désormais sur la gouvernance locale, le développement économique, les zones maritimes, la production agricole et les zones économiques exclusives.

    À travers cette grille de lecture, le Sahel n’apparaît plus seulement comme un théâtre de rivalités sécuritaires, mais comme un espace de recomposition stratégique où s’entrelacent intérêts extractifs, sous-traitance militaire, diplomatie religieuse et corridors logistiques. Dans cet échiquier, Washington ajuste sa posture et le Maroc s’affirme comme un pivot régional, au croisement de l’Atlantique, de la Méditerranée et de la profondeur africaine.

  • Classement corruption : le Mali recule face au Niger et Burkina Faso

    Classement corruption : le Mali recule face au Niger et Burkina Faso

    classement corruption : le Mali recule face au Niger et Burkina Faso
    Deux personnes échangent des billets de Banque à Bamako 📷 Studio Tamani/Fondation Hirondelle

    Classement corruption : le Mali recule face au Niger et Burkina Faso

    Le Mali enregistre un recul notable dans l’édition 2025 de l’indice de perception de la corruption publié par Transparency International. Le pays glisse de la 135ᵉ à la 136ᵉ position au classement mondial, se faisant ainsi devancer par ses voisins du Niger et du Burkina Faso, tous deux membres de la confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES).

    Cet indice, qui évalue la lutte contre la corruption dans 182 pays, attribue au Mali une note de 28/100 pour l’année 2025. Une performance en baisse par rapport à l’année précédente, où le pays occupait la 135ᵉ place. Malgré les mesures annoncées par les autorités pour endiguer ce phénomène, les résultats peinent à se matérialiser.

    Ibrahim Harouna Touré, coordinateur régional de l’Observatoire des droits humains et de la paix à Gao, analyse ce classement comme le reflet d’un manque criant de transparence et de gouvernance au sein des institutions maliennes. « Aucun débat public, aucune remise en question n’accompagne les grands projets de l’État. Les appels d’offres manquent cruellement de redevabilité », explique-t-il.

    L’expert souligne également l’absence de contrôle effectif sur la gestion des fonds publics. « On a l’impression d’une gouvernance aux mains de plusieurs entités autonomes, où chaque responsable gère les ressources à sa convenance », dénonce-t-il. Pour lui, ces lacunes structurelles en matière de transparence et de responsabilité expliquent en grande partie la persistance de la corruption au Mali.

  • Classement corruption 2025 : l’afrique francophone en difficulté

    Classement corruption 2025 : l’afrique francophone en difficulté

    Transparency International vient de publier son indice de perception de la corruption 2025, qui évalue le niveau de corruption perçue dans le secteur public de 182 pays à travers le monde. Cette année, les résultats révèlent une aggravation globale du phénomène, y compris dans des démocraties considérées comme stables.

    présentation indice de perception de la corruption

    comment fonctionne l’indice de perception de la corruption ?

    La corruption, par nature illégale et dissimulée, reste difficile à mesurer directement. Cependant, Transparency International évalue chaque année la perception de ce phénomène à travers le monde. L’indice de perception de la corruption (IPC) s’appuie sur des données provenant de 13 sources externes, dont la Banque mondiale et le Forum économique mondial.

    Les critères analysés incluent le taux de poursuites contre des fonctionnaires corrompus, les détournements de fonds publics et la protection accordée aux lanceurs d’alerte. Chaque pays reçoit un score sur 100, allant de 0 (très corrompu) à 100 (très intègre). En 2025, plus des deux tiers des pays affichent un score inférieur à 50.

    Le classement est dominé par le Danemark (89 points), tandis que le Soudan du Sud et la Somalie ferment la marche avec seulement 9 points chacun.

    l’afrique subsaharienne en tête des régions les plus touchées

    L’Afrique subsaharienne affiche la note moyenne la plus basse au monde, avec un score de 32/100. Seulement quatre pays de la région dépassent le seuil de 50 points, et aucun pays francophone n’en fait partie. Parmi les mieux notés, on trouve les Seychelles, le Cap-Vert, le Rwanda et le Botswana.

    En Afrique de l’Ouest francophone, le Sénégal, le Bénin et la Côte d’Ivoire se distinguent grâce à des réformes administratives, mais la Guinée accuse un retard important en raison de faiblesses institutionnelles et d’un espace civique restreint.

    le Sahel et l’afrique centrale francophone : des scores préoccupants

    Dans la région du Sahel, les pays francophones affichent des résultats encore plus inquiétants. Les environnements sécuritaires et politiques instables, couplés à des institutions fragilisées, favorisent la corruption. Le Burkina Faso, en tête des pays sahéliens francophones, obtient un score de 40, loin de la moyenne de 50. À titre de comparaison, le Niger atteint 31 points, le Mali 28 et le Tchad seulement 22.

    En Afrique centrale francophone, la situation est tout aussi critique. La République démocratique du Congo, en proie à des conflits, affiche un score de 20, tandis que le Burundi atteint péniblement 17 points. Le Rwanda fait exception avec 58 points, se positionnant comme un modèle dans la région.

    Un constat s’impose : aucun pays d’Afrique francophone ne dépasse les 70 points, seuil considéré comme le début de la zone d’« intégrité élevée » par Transparency International.

    illustration corruption échange d'enveloppes

    europe : un recul inquiétant de la lutte contre la corruption

    À titre de comparaison, l’Allemagne se classe en dixième position mondiale avec 77 points, devançant la France (66 points). Selon François Valérian, président de Transparency International, « des lois existent, mais elles ne sont pas appliquées. Les organes de lutte contre la corruption manquent d’indépendance et de moyens. »

    Il dénonce également un désengagement de certains gouvernements, notamment dans les pays du Nord, qui estiment avoir déjà suffisamment agi contre ce fléau.

    Pour renforcer la lutte, Transparency International plaide en faveur d’un système judiciaire indépendant, à la fois des pouvoirs exécutifs et des intérêts privés. Une indépendance assortie de ressources suffisantes pour garantir son efficacité.

    La première directive anticorruption de l’Union européenne, adoptée fin 2025, vise à harmoniser les législations pénales des États membres. Cependant, les résultats concrets prendront du temps à se matérialiser.

  • Le Tchad, terre d’accueil pour les réfugiés soudanais malgré des défis nationaux croissants

    Le Tchad, terre d’accueil pour les réfugiés soudanais malgré des défis nationaux croissants

    Dans le tumulte provoqué par le conflit soudanais, le Tchad s’impose comme la principale terre d’asile en Afrique centrale. Bien que la situation humanitaire ait montré des signes de stabilisation l’année dernière, cette nation reste l’une des plus fragiles au monde, peinant à couvrir les besoins vitaux de quatre millions de ses propres citoyens.

    Un fardeau humanitaire sans précédent

    Depuis le déclenchement des hostilités entre factions rivales au Soudan en avril 2023, environ 14 millions de personnes ont été contraintes de quitter leur foyer. Selon les données de l’ONU, cette crise déstabilise l’ensemble des sept pays frontaliers et impacte la sécurité régionale.

    Le Tchad est en première ligne, devenant le pays africain qui accueille le plus grand nombre de réfugiés par habitant. D’après le HCR (Agence des Nations Unies pour les réfugiés), plus de 900 000 Soudanais ont traversé la frontière orientale depuis le début des combats. Barham Salih, Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, a salué cet élan de solidarité exceptionnel.

    Des réfugiés soudanais fuyant les violences arrivent à la ville frontalière d'Adré, au Tchad (photo d'archives).

    Une nation face à ses propres vulnérabilités

    Surnommé la « Tour de Babel » pour sa diversité culturelle (plus de 200 ethnies et 100 langues), le Tchad traverse une période critique. Avec 42 % de sa population vivant sous le seuil de pauvreté, le pays doit jongler entre l’accueil massif et la gestion de crises internes majeures.

    Impact climatique et insécurité alimentaire

    Le changement climatique pèse lourdement sur le pays. Le lac Tchad continue de s’assécher, tandis que des inondations dévastatrices frappent le territoire. En 2024, ces crues ont anéanti 432 000 hectares de terres agricoles, impactant près de deux millions d’habitants et provoquant des épidémies de choléra.

    La malnutrition atteint des seuils alarmants : on estime que deux millions d’enfants de moins de cinq ans seront touchés par la malnutrition aiguë entre fin 2025 et 2026, dont près de 484 000 cas sévères selon le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC).

    Pressions sécuritaires et enjeux régionaux

    L’insécurité demeure une préoccupation centrale dans cette zone du Sahel. Les attaques de Boko Haram dans le bassin du lac Tchad ont déjà déplacé 250 000 personnes. Au nord, le trafic illicite et l’exploitation minière illégale s’accompagnent de violences de genre. Il est à noter que 87 % des réfugiés sont des femmes et des enfants, une population particulièrement exposée. Cette situation est suivie de près par les observateurs de la politique nigérienne et régionale en raison de la porosité des frontières.

    Des forces de sécurité patrouillent à Adré, au Tchad.

    L’action internationale et le soutien de l’ONU

    Le gouvernement tchadien, soutenu par le HCR, a réussi à reloger 67 % des nouveaux arrivants dans des zones sécurisées. Un Plan d’action humanitaire pour 2026, doté de 986 millions de dollars, vise à secourir 3,4 millions de personnes. Stéphane Dujarric, porte-parole de l’ONU, a précisé que les efforts se concentreront sur l’est, le sud et la province du Lac.

    Par ailleurs, le Conseil de sécurité des Nations Unies prévoit une réunion le 19 février pour traiter de la crise soudanaise, avec un accent particulier sur la protection des femmes face aux violences généralisées.

    Un espoir de résilience : le parcours de Radwa

    Malgré l’adversité, des histoires de réussite émergent. Radwa Abdelkarim, mère de six enfants ayant fui le Soudan en 2023, a transformé une aide financière du HCR en une opportunité entrepreneuriale. Installée au camp de Farchana, elle a ouvert deux épiceries et un restaurant, employant aujourd’hui 12 autres réfugiés.

    « Mon objectif est de soutenir les autres femmes pour que nous puissions avancer ensemble », témoigne-t-elle, illustrant la force de la solidarité au sein des communautés déplacées alors que le pays fait face à d’importants défis liés à l’économie régionale.

  • ONU alerte Burkina Faso sur l’espace civique et les droits humains

    ONU alerte Burkina Faso sur l’espace civique et les droits humains

    Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a lancé un appel pressant au gouvernement du Burkina Faso pour qu’il rétablisse sans délai toutes les libertés fondamentales. Dans un communiqué officiel, il a vivement critiqué la décision gouvernementale visant à interdire l’ensemble des partis politiques, qualifiant cette mesure de « recul majeur » pour les droits humains dans le pays.

    « Au lieu de museler les acteurs politiques et de sanctionner l’expression des opinions, les autorités burkinabè devraient favoriser un environnement propice à la société civile », a déclaré Volker Türk. Il a insisté sur la nécessité de respecter la liberté d’association et d’expression, tout en soulignant l’obligation légale du Burkina Faso de se conformer à ses engagements internationaux en matière de droits humains.

    restrictions des partis politiques et durcissement des règles

    Le 29 janvier 2026, le gouvernement burkinabè a officialisé son intention de dissoudre tous les partis politiques et de modifier le cadre juridique qui les régit. Depuis septembre 2022, les activités de ces formations politiques sont déjà suspendues, une situation dénoncée par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH).

    En 2025, plusieurs organisations nationales et internationales ont vu leurs activités suspendues sans justification claire ou sous des prétextes flous, comme des accusations de collecte illégale de données ou des allégations d’atteintes à « l’ordre public ». En juillet 2025, une loi restrictive sur la liberté d’association a été adoptée, et depuis le 11 novembre 2025, un décret impose désormais aux ONG et associations de gérer leurs comptes bancaires exclusivement via une banque d’État. Ces mesures, combinées, ont considérablement réduit l’espace d’action de la société civile, en violation du droit international.

    Ces restrictions, appliquées sans aucun accompagnement ni compensation, entravent gravement les missions humanitaires et limitent l’accès aux populations vulnérables. Par ailleurs, bien que quelques détenus arbitraires aient été libérés l’année précédente, le HCDH continue de recevoir des signalements concernant des disparitions forcées et des arrestations arbitraires, touchant notamment des journalistes, des magistrats, des dirigeants politiques et des membres d’organisations de la société civile.

    engagements non tenus et appels à l’action

    En décembre 2025, une feuille de route avait été convenue entre le HCDH et le gouvernement burkinabè. Celle-ci prévoyait notamment la fin de l’impunité, le respect des droits humains dans les opérations militaires, l’assistance aux victimes, la protection des libertés fondamentales et le renforcement des mécanismes nationaux de lutte contre la torture.

    « Ces promesses doivent être suivies d’effets concrets et immédiats », a souligné Volker Türk. « Le Burkina Faso doit abroger les lois liberticides, garantir un accès sans entrave à l’aide humanitaire sur l’ensemble du territoire et libérer sans condition toutes les personnes détenues arbitrairement. Il est crucial que les responsables de violations des droits humains soient tenus pour responsables de leurs actes ».

    Pour conclure, il a rappelé que « seul un espace civique et démocratique, permettant la diversité des voix politiques et associatives, ainsi qu’un État de droit renforcé, peuvent garantir une paix durable, une sécurité stable et une cohésion sociale au Burkina Faso ».

  • Stratégie américaine au Sahel : sécurité et commerce comme piliers

    Stratégie américaine au Sahel : sécurité et commerce comme piliers

    Stratégie américaine au Sahel : sécurité et commerce comme piliers

    Dr Gnaka Lagoke, maître de conférences en Histoire et Études Panafricaines à l'Université Lincoln en Pennsylvanie

    La récente mission de Nick Checker, chef du Bureau des affaires africaines au département d’État américain, au Mali, symbolise un retour en force de Washington dans les dynamiques du Sahel. Cette visite s’inscrit dans une stratégie révisée de la politique américaine en Afrique de l’Ouest, articulée autour de trois axes majeurs : une diplomatie économique centrée sur l’exploitation des ressources minières, un renforcement des partenariats sécuritaires avec une présence militaire adaptative, et une réorientation des aides humanitaires vers des collaborations ciblées à la fois économiques et sécuritaires.

    Analyse avec le Dr Gnaka Lagoke

    Changements sous l’administration Trump : un virage stratégique

    DW : Dr Gnaka Lagoke, comment interpréter la visite de Nick Checker au Mali et ses entretiens avec les autorités maliennes et le président Assimi Goïta ? Quelles évolutions marquent la politique étrangère américaine au Sahel et en Afrique de l’Ouest sous l’administration Trump ?

    Le coup d’État au Niger, qui a renversé le président Bazoum, a révélé une divergence notable entre les réactions des États-Unis et celles de la France. Contrairement à Paris, qui a tenté de mobiliser une intervention militaire pour rétablir Bazoum, Washington a adopté une approche plus mesurée. Cette position a été renforcée lorsque les nouvelles autorités nigériennes ont demandé le départ des troupes américaines du pays, sans que les États-Unis ne s’engagent dans un conflit ouvert.

    Avec la montée des tensions entre les grandes puissances comme la Russie et la Chine, l’administration américaine a été encouragée par ses experts à recentrer sa politique sur deux axes principaux : la sécurité et l’économie. Le Sahel, riche en ressources stratégiques, constitue un enjeu majeur pour les États-Unis, qui cherchent à sécuriser des approvisionnements essentiels. Cette logique s’applique également à d’autres régions comme le Venezuela, l’Iran ou encore la République Démocratique du Congo.

    Le Nigeria, nouveau partenaire privilégié des États-Unis en Afrique de l’Ouest

    DW : Pourquoi les États-Unis privilégient-ils désormais le Nigeria comme partenaire en Afrique de l’Ouest, maintenant que leurs bases militaires au Niger ne sont plus permanentes ?

    L’administration Trump a justifié son intervention au Nigeria par la nécessité de protéger les populations chrétiennes, selon ses propres termes, menacées par des groupes islamistes. Cependant, cette intervention, limitée à quelques frappes aériennes, n’a pas suffi à éradiquer les bases des insurgés. De nombreux analystes estiment que les véritables motivations sont davantage liées aux ressources naturelles du Nigeria, notamment le pétrole et d’autres minerais stratégiques. Cette approche illustre la volonté américaine de conjuguer sécurité et intérêts économiques dans la région.

    Cette stratégie pourrait également conduire au déploiement de nouvelles bases militaires au Sahel. Les bases précédemment situées au Niger auraient été déplacées vers le Bénin et la Côte d’Ivoire.

    Avantages pour les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) dans leur coopération avec les États-Unis

    DW : Quels bénéfices les pays membres de l’AES pourraient-ils tirer d’une collaboration avec les États-Unis sous Trump ?

    L’un des principaux atouts offerts par Washington réside dans la possibilité de négociation qu’il propose aux pays de l’AES. Ces derniers ont été perçus comme des parias par la France et l’Union européenne, ce qui rend cette ouverture américaine particulièrement attrayante. Par ailleurs, dans le contexte des tensions entre l’Occident et les pays des BRICS, les États-Unis offrent aux pays africains une alternative stratégique.

    Les États-Unis pourraient ainsi tirer parti des frictions entre l’Afrique et l’Union européenne pour promouvoir leurs propres intérêts. Cependant, ils mettent en avant un discours de respect de la souveraineté des pays de l’AES, un message qui trouve un écho favorable auprès des populations locales.

    Cependant, des informations indiquent l’existence de réseaux impliquant la France, les États-Unis et d’autres acteurs, visant potentiellement un changement de régime au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Cette situation soulève des questions sur la sincérité des intentions américaines, dont la duplicité ne sera révélée que par l’histoire.

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  • Répression croissante des juntes militaires au Sahel et en Afrique de l’Ouest

    Répression croissante des juntes militaires au Sahel et en Afrique de l’Ouest

    Une année 2025 marquée par l’intensification de la répression dans la région

    En 2025, les dirigeants de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, notamment au Sahel, ont significativement accru leur emprise sur le pouvoir tout en resserrant l’étau sur les libertés fondamentales. Cette tendance, déjà alarmante, s’est traduite par une multiplication des mesures répressives contre les citoyens et les institutions démocratiques.

    Les juntes militaires au Sahel et en Afrique de l’Ouest ont poursuivi leur stratégie de restriction des libertés, tout en affaiblissant les mécanismes de reddition des comptes. Cette dynamique s’accompagne d’une montée des violences perpétrées par les groupes armés islamistes, en parallèle d’une répression systématique des opposants et des médias indépendants.

    Des actions répressives ciblant les droits humains et les libertés fondamentales

    Les juntes militaires installées au Sahel ont accentué leurs mesures autoritaires, réduisant drastiquement l’espace politique et démocratique. Selon les experts, cette tendance s’inscrit dans une logique de consolidation du pouvoir, au mépris des promesses de transition vers la démocratie.

    « Les dirigeants des juntes militaires au Sahel ignorent délibérément les engagements pris en faveur de la démocratie et multiplient les restrictions contre la liberté d’expression et les droits fondamentaux », souligne un responsable de Human Rights Watch. « Il est urgent que la communauté internationale intervienne pour protéger les citoyens et rétablir l’État de droit ».

    Des violations des droits humains en hausse au Sahel et en Afrique de l’Ouest

    Le rapport de Human Rights Watch met en lumière une recrudescences des exactions dans plusieurs pays de la région. Les groupes armés islamistes, tels que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et l’État islamique au Sahel (EIS), ont multiplié les attaques contre les populations civiles, notamment au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Dans le même temps, les forces gouvernementales et leurs alliés, comme le groupe Wagner (devenu « Africa Corps »), ont été accusés de violations graves, notamment des exécutions sommaires de civils peuls.

    Des mesures autoritaires pour étouffer toute opposition

    Les autorités du Niger, du Mali et du Tchad ont adopté des décisions controversées pour consolider leur pouvoir. Parmi ces mesures :

    • Prolongation de cinq ans des périodes de transition vers la démocratie au Niger et au Mali, accompagnée de l’interdiction du multipartisme ;
    • Abolition de la limitation du nombre de mandats présidentiels au Tchad ;
    • Restriction accrue de la liberté d’expression et des médias, avec des arrestations arbitraires de journalistes, d’activistes et de critiques des juntes. Au Burkina Faso et au Mali, des opposants politiques et des figures critiques ont été détenus ou soumis à des disparitions forcées.

    Au Nigeria, les autorités ont intensifié la répression des utilisateurs de réseaux sociaux et des journalistes, en s’appuyant sur une interprétation extensive de la loi sur la cybercriminalité. Des personnalités politiques et des anciens dirigeants, comme l’ancien président nigérien Mohamed Bazoum, restent détenus sans procès. Au Tchad, l’ancien Premier ministre et opposant Succès Masra a été condamné à 20 ans de prison pour des motifs politiques.

    Un désengagement des institutions régionales et internationales

    Le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont accéléré leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de la Cour pénale internationale (CPI). Cette stratégie, en plus de fragiliser l’accès à la justice pour les victimes, affaiblit davantage les mécanismes de protection des droits humains dans la région.

    Face à cette situation critique, les organisations régionales et internationales, dont l’Union africaine, sont appelées à renforcer leurs efforts pour protéger les civils et faire respecter les droits fondamentaux. La communauté internationale doit impérativement agir pour contrer cette dérive autoritaire et garantir la sécurité des populations.

  • Burkina Faso : une stratégie innovante contre le cancer du col de l’utérus

    Burkina Faso : une stratégie innovante contre le cancer du col de l’utérus

    Ouagadougou – Pour Awa, 48 ans et mère de six enfants vivant à Ipendo (Centre-Ouest du Burkina Faso), la peur du diagnostic a longtemps freiné sa décision de se faire dépister. « Quand j’ai entendu le crieur public annoncer un dépistage gratuit, j’ai craint le pire. Mais en pensant à mes enfants, j’ai osé franchir le pas », confie-t-elle. Son parcours illustre les défis persistants en matière de santé féminine dans le pays, où le cancer du col de l’utérus reste une menace majeure.

    Avant l’adoption de la stratégie mondiale de l’OMS pour éradiquer cette maladie, le dépistage concernait moins de 8 % des femmes burkinabè, avec des disparités criantes entre zones urbaines et rurales. Les obstacles étaient multiples : distances interminables jusqu’aux centres de santé, coûts prohibitifs des transports et des soins, pénurie de professionnels formés et manque cruel de sensibilisation. Les femmes des campagnes, souvent occupées par les travaux agricoles ou les tâches domestiques, devaient abandonner leurs activités pour accéder à un dépistage, une réalité difficile à concilier avec leur quotidien.

    Une approche globale pour briser les barrières

    Face à cette situation, les autorités burkinabè ont lancé une offensive sans précédent, comme l’explique le Pr Nayi Zongo, cancérologue et coordinateur du Programme national de lutte contre le cancer (PNLC). « Le gouvernement a instauré la gratuité du dépistage et des traitements des lésions précancéreuses, tout en équipant des centres périphériques et en déployant des cliniques mobiles », précise-t-il. Ces unités itinérantes sillonnent désormais les villages, les marchés et les exploitations agricoles, permettant aux femmes de se faire dépister sans interrompre leurs activités.

    Cette initiative repose sur trois piliers :

    • L’accessibilité financière : la suppression des coûts grâce à la gratuité des soins ;
    • La proximité géographique : les cliniques mobiles éliminent les distances ;
    • La mobilisation communautaire : une campagne de sensibilisation massive via les médias et des événements comme Octobre Rose.

    Une coalition nationale, associant société civile, leaders locaux et médias, a été créée pour renforcer la demande et briser les tabous autour de la maladie. « Cette synergie a transformé la lutte contre le cancer du col en une cause collective, accessible à toutes », souligne le Pr Zongo.

    Un partenariat décisif avec l’OMS

    L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a joué un rôle clé dans la concrétisation de ce projet. Elle a apporté un soutien technique pour l’élaboration des directives nationales, formé des professionnels à la détection précoce et au traitement, et accompagné les campagnes de sensibilisation. « L’OMS nous a aidés à renforcer nos capacités pour garantir que chaque femme, où qu’elle soit, puisse bénéficier de ce service vital », ajoute le coordinateur du PNLC.

    Des résultats qui sauvent des vies

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre octobre 2024 et septembre 2025, 468 cliniques mobiles ont sillonné le pays, sensibilisant près de 2 millions de femmes. Au total, 106 446 dépistages ont été réalisés, 715 lésions précancéreuses traitées et 113 diagnostics approfondis confirmés. Ces données ne sont pas de simples statistiques : elles représentent des vies sauvées et des familles préservées.

    Le Dr Seydou Coulibaly, Représentant de l’OMS au Burkina Faso, salue cette avancée : « Ce succès démontre qu’avec une volonté politique forte et des solutions adaptées, il est possible de surmonter des obstacles apparemment insurmontables. » Il insiste sur le caractère inspirant de cette initiative pour le continent africain : « La combinaison de la gratuité et des cliniques mobiles crée un modèle reproductible ailleurs. »

    Un impact concret au quotidien

    À Ipendo, comme dans de nombreux villages, les cliniques mobiles ont changé la donne. Awa raconte son expérience : « On nous a expliqué chaque étape du dépistage. Quand le résultat est revenu négatif, j’ai ressenti un immense soulagement. Aujourd’hui, je recommande à toutes les femmes de se faire dépister. Une détection précoce facilite grandement le traitement. »

    Pour beaucoup de femmes, ces unités mobiles offrent bien plus qu’un service médical : elles représentent souvent leur première exposition au cancer du col de l’utérus. Cette prise de conscience est cruciale, car elle ouvre la voie à la prévention et à une prise en charge précoce.

    Au-delà de la santé, cette initiative incarne une avancée en matière de justice sociale et de dignité humaine. Chaque clinique mobile qui arrive dans un village envoie un message clair : la santé est un droit fondamental, et non un privilège réservé à quelques-uns. Au Burkina Faso, ce droit devient peu à peu une réalité.

  • Crise des droits humains au Niger en 2025 : bilan alarmant

    Crise des droits humains au Niger en 2025 : bilan alarmant

    crise des droits humains au Niger en 2025 : bilan alarmant

    Depuis le coup d’État militaire de juillet 2023, la situation des droits humains au Niger s’est profondément dégradée. En 2025, la junte au pouvoir a intensifié la répression contre les opposants politiques, les syndicalistes, les journalistes et les défenseurs des droits humains. Parmi les victimes figurent l’ancien président Mohamed Bazoum et son épouse, toujours détenus arbitrairement au palais présidentiel de Niamey, ainsi que de nombreux responsables gouvernementaux et activistes.

    Parallèlement, le Niger fait face à une menace terroriste croissante de la part de plusieurs groupes armés islamistes, dont l’État islamique au Sahel (EIS), le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, lié à Al-Qaïda), Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO). Ces groupes opèrent principalement dans les régions de Tillabéri, frontalière du Mali et du Burkina Faso, où les combats s’intensifient, exposant les populations civiles à des risques accrus de violences.

    En août 2025, la junte a lancé l’initiative « Garkuwar Kassa » (« Boucliers de la Patrie »), un programme visant à recruter et former des civils pour soutenir les forces armées. Cependant, cette initiative suscite des craintes de dérives, notamment la création de milices locales pouvant commettre des exactions contre les populations.

    politique de transition controversée et restrictions démocratiques

    En mars 2025, le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte, a prêté serment comme président de transition sans organiser d’élections, consolidant ainsi son emprise sur le pouvoir. Cette décision a retardé le retour à la démocratie et s’est accompagnée de mesures restrictives, comme l’abolition du multipartisme en avril 2025. Par ailleurs, le Niger a quitté la CEDEAO en janvier 2025, suivi par le Mali et le Burkina Faso, limitant l’accès des citoyens à la justice via la Cour de justice de la CEDEAO. En septembre 2025, les trois pays ont également annoncé leur retrait de la Cour pénale internationale (CPI), compromettant l’accès à la justice pour les victimes de crimes graves.

    violences extrêmes et exactions des groupes armés dans le Sahel

    L’insurrection islamiste au Mali en 2012, puis son extension au Niger et au Burkina Faso en 2015, a plongé la région dans une décennie de violences. En 2025, l’EIS a multiplié les attaques contre les civils dans la région de Tillabéri, frontalière du Mali et du Burkina Faso. Ces attaques, caractérisées par des exécutions sommaires, des incendies de villages et des pillages, ont fait des centaines de morts parmi les villageois et les fidèles musulmans.

    Parmi les attaques les plus meurtrières :

    • 21 mars 2025 : une attaque contre une mosquée à Fambita a coûté la vie à au moins 46 fidèles, dont trois enfants. Les assaillants ont également incendié des maisons et pillé le bétail.
    • 13 mai 2025 : cinq hommes et deux garçons ont été tués à Dani Fari. Douze maisons ont été incendiées et des dizaines d’autres pillées.
    • 21 juin 2025 : plus de 70 fidèles, dont cinq enfants, ont été tués dans une mosquée à Manda. Dix maisons ont été incendiées et des biens pillés.
    • 20 juin 2025 : le chef d’un hameau âgé de 67 ans a été exécuté, suivi de l’enlèvement et du meurtre de cinq hommes trois jours plus tard.
    • 23 juin 2025 : six hommes civils ont été tués à Ezzak, et des maisons ont été pillées.

    Avant chaque attaque, les groupes armés ont menacé les habitants, les accusant de collaborer avec l’armée nigérienne ou de ne pas payer la zakat (impôt islamique). Les survivants ont indiqué que les forces armées n’avaient pas réagi aux alertes, laissant les villages sans protection.

    répression politique et détention arbitraire des opposants

    Depuis le coup d’État de 2023, la junte a arrêté arbitrairement des dizaines de responsables politiques, dont d’anciens ministres et membres du gouvernement de Mohamed Bazoum. Beaucoup sont toujours détenus sans procès équitable. En avril 2025, une libération partielle a été observée, mais plusieurs personnalités politiques et activistes restent emprisonnées, comme Moussa Tiangari, un éminent défenseur des droits humains.

    Moussa Tiangari a été arrêté le 3 décembre 2024 et inculpé pour « association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste » et « complot contre l’autorité de l’État ». Si ces charges étaient confirmées, il risquerait la peine de mort. Depuis son arrestation, il est maintenu en détention provisoire sans comparution devant un juge. Un tribunal a rejeté en juillet 2025 l’appel de ses avocats, prolongeant ainsi cette situation inique.

    atteinte à la liberté d’expression et de la presse

    La liberté de la presse au Niger est sévèrement restreinte depuis 2023. Les journalistes sont harcelés, menacés et arrêtés arbitrairement. Beaucoup pratiquent l’autocensure par crainte de représailles. En janvier 2025, la chaîne Canal 3 TV a été suspendue pendant 30 jours pour une émission critiquant des ministres, et son rédacteur en chef, Seyni Amadou, a vu sa carte de presse révoquée. La suspension a finalement été levée après trois jours.

    En février 2025, les autorités militaires ont ordonné au Comité international de la Croix-Rouge de quitter le pays sans explication. En mai 2025, trois journalistes de la radio Sahara FM à Agadez ont été arrêtés pour avoir relayé un article sur la fin présumée de la coopération sécuritaire entre le Niger, la Russie et la Turquie. Après une libération ordonnée par un juge, ils ont été réarrêtés et restent en détention.

    dissolution des syndicats et restriction des droits des travailleurs

    En août 2025, le ministre de l’Intérieur a dissous quatre syndicats du secteur judiciaire, remettant en cause la liberté d’association et l’indépendance de la justice. Le ministre de la Justice a justifié cette mesure en accusant les syndicats de « dévier de leur rôle » et de privilégier des « intérêts personnels ». Cette décision a suscité une vague de protestations, notamment de l’Union des Syndicats des Travailleurs du Niger et du barreau du Niger, qui ont dénoncé une atteinte grave aux droits fondamentaux. Les avocats ont organisé une grève générale de deux jours en signe de protestation.

  • Situation des droits humains au Tchad en 2026 : restrictions et tensions

    Situation des droits humains au Tchad en 2026 : restrictions et tensions

    Évolution politique et restrictions démocratiques

    En 2025, le président Mahamat Idriss Déby a renforcé son emprise sur le pouvoir après sa réélection controversée en 2024, marquée par des accusations d’irrégularités électorales de la part de l’opposition. Les réformes constitutionnelles adoptées cette même année ont supprimé les limites des mandats présidentiels et prolongé la durée des mandats de cinq à sept ans, offrant à Mahamat Idriss Déby la possibilité de rester au pouvoir indéfiniment, à condition d’organiser un scrutin tous les sept ans.

    L’opposition politique a subi une répression accrue. Succès Masra, figure majeure de l’opposition après avoir contesté les résultats de 2024, a été arrêté puis condamné à vingt ans de prison pour des accusations liées à des violences intercommunautaires. Des militants, des membres de son parti et des journalistes ont également été victimes d’intimidations et d’arrestations arbitraires.

    Une loi d’amnistie, adoptée en 2025, protège les responsables des violences commises lors des manifestations d’octobre 2022, empêchant toute avancée sur le front de la justice et de la vérité.

    Violences intercommunautaires et crises humanitaires

    Les tensions entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires se sont intensifiées en 2025, notamment dans le sud et l’est du Tchad. Ces conflits, exacerbés par la pression démographique, la raréfaction des terres arables et les aléas climatiques, ont causé des dizaines de morts et aggravé la crise humanitaire. De plus, l’afflux de réfugiés en provenance du Soudan voisin a mis à rude épreuve les capacités d’accueil du pays, déjà fragilisées par les inondations dévastatrices de fin 2024 et début 2025.

    Parmi les incidents les plus graves :

    • À Mandakao (Logone-Occidental), des affrontements liés à des litiges fonciers ont fait 41 morts et six blessés en mai 2025.
    • À Orégomel (Mayo-Kebbi Ouest), des violences interethniques ont coûté la vie à 17 personnes, dont des femmes et des enfants, en juin 2025.
    • Dans la province du Ouaddaï, des affrontements tribaux ont fait près de vingt morts et seize blessés en juin 2025.

    Ces événements illustrent une tendance alarmante, avec une augmentation des violences entre communautés, malgré les promesses des autorités de résoudre les causes profondes de ces conflits.

    Répression de l’opposition et instrumentalisation de la justice

    L’arrestation de Succès Masra en mai 2025, accusé d’incitation à la haine et de complicité de meurtre via les réseaux sociaux, a marqué un tournant dans la répression de l’opposition. Condamné à vingt ans de prison en août 2025, son procès expéditif a été largement critiqué pour son manque de transparence et son non-respect de l’accord de Kinshasa (octobre 2023), qui garantissait sa protection et celle de son parti.

    Par ailleurs, les autorités tchadiennes ont maintenu une politique de répression envers les opposants politiques, comme en témoignent :

    • L’absence d’enquête sur la mort de Yaya Dillo, leader de l’opposition tué lors d’un assaut des forces de sécurité avant l’élection de 2024.
    • La détention prolongée de Robert Gam, dirigeant du Parti socialiste sans frontières, libéré en juin 2025 après huit mois d’emprisonnement sans inculpation.
    • Le retrait de la nationalité tchadienne à Makaila Nguebla, blogueur et ancien conseiller en droits humains, et à Charfadine Galmaye Saleh, activiste et journaliste, tous deux en exil.
    • L’arrestation en mars 2025 de deux journalistes, Olivier Monodji et Mahamat Saleh Alhissein, accusés d’espionnage et de liens présumés avec le groupe Wagner. Ils ont été libérés en juillet 2025.

    Amendements constitutionnels : un pouvoir sans limites

    En septembre 2025, l’Assemblée nationale du Tchad a adopté des amendements constitutionnels prolongeant la durée des mandats présidentiels et supprimant toute limite de nombre de mandats. Ces réformes, approuvées par les deux chambres du Parlement et promulguées en octobre 2025, ont concentré davantage de pouvoir entre les mains de Mahamat Idriss Déby, réduisant drastiquement les contre-pouvoirs et l’espace pour l’opposition.

    Le vote, boycotté par la majorité de l’opposition, a été adopté à la quasi-unanimité (171 voix pour, une abstention, aucune contre), illustrant l’absence de débat démocratique.

    Droits humains et discriminations

    Le Code pénal tchadien, notamment l’article 354, criminalise les relations homosexuelles, avec des peines pouvant aller jusqu’à deux ans de prison et des amendes. Cette législation renforce la discrimination envers les personnes LGBTQ+, malgré les appels internationaux à sa révision.

  • Attaque terroriste à Niamey : l’État islamique au Sahel frappe au cœur de la capitale

    Attaque terroriste à Niamey : l’État islamique au Sahel frappe au cœur de la capitale

    Attaque terroriste à Niamey : l’État islamique au Sahel frappe au cœur de la capitale

    Dans la nuit du 28 au 29 janvier, la capitale nigérienne a été le théâtre d’une attaque d’une rare intensité. Peu après minuit, des tirs nourris et des explosions ont retenti autour de l’aéroport international Diori Hamani de Niamey, cible directe des assaillants. Deux jours plus tard, l’État islamique au Sahel (EIS) a revendiqué l’assaut via son agence de propagande AMAQ, confirmant une escalade des violences dans la région.

    Une riposte militaire efficace et des pertes lourdes pour les assaillants

    Selon les autorités nigériennes, l’assaut a duré environ une heure avant d’être maîtrisé grâce à une réponse aéroterrestre. Le bilan officiel, non vérifiable de manière indépendante, fait état de vingt terroristes neutralisés, onze capturés et quatre soldats nigériens blessés. Le ministère russe des Affaires étrangères a confirmé l’implication d’éléments de l’Africa Corps, une unité dépendant du ministère russe de la Défense, dans la sécurisation du site aux côtés des forces locales.

    Le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte au pouvoir, a salué le professionnalisme des partenaires russes, soulignant leur rôle clé dans la protection du périmètre aéroportuaire. Ce site abrite notamment la base aérienne 101, un point stratégique pour l’armée nigérienne.

    Une vidéo de propagande choquante diffusée par l’EIS

    Le 2 février, l’État islamique au Sahel a diffusé une vidéo choc, présentée comme filmée lors de l’attaque. Les images, estampillées du logo AMAQ, montrent des dizaines de combattants armés, certains à moto, progressant dans la zone militaire de l’aéroport. Les assaillants sont filmés en train de s’attaquer aux hangars, d’ouvrir le feu et de provoquer des incendies.

    Les clichés révèlent également des avions et un hélicoptère endommagés, matériels utilisés par l’armée nigérienne dans sa lutte contre les groupes djihadistes. Des images satellites post-attaque confirment la présence de zones partiellement brûlées près de la piste. La séquence se poursuit dans la zone civile de l’aéroport, où des avions commerciaux des compagnies Asky et Air Côte d’Ivoire sont visibles sur le tarmac. Les autorités nigériennes ont confirmé des dégâts sur trois appareils civils.

    Niamey, nouvelle cible des groupes armés

    Si le Niger subit depuis dix ans les violences du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et de l’EIS dans l’ouest et le sud-est du pays, les attaques visant directement la capitale restent rares. Quelques jours avant l’assaut, le JNIM avait revendiqué la destruction d’un véhicule militaire à l’est de Niamey, signe d’une pression accrue aux portes du pouvoir central.

    Cette montée en puissance des groupes djihadistes coïncide avec une recomposition des alliances sécuritaires du régime militaire nigérien. Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, Niamey a opéré un virage stratégique, se rapprochant de Moscou tout en prenant ses distances avec une partie de ses partenaires occidentaux. Après le départ des forces françaises fin 2023, les États-Unis ont retiré l’essentiel de leur dispositif militaire en 2024, tout en maintenant des liens diplomatiques.

    Des accusations controversées et des tensions diplomatiques

    Dans un discours accusateur, le général Tiani a pointé du doigt la France, le Bénin et la Côte d’Ivoire, les accusant d’avoir « sponsorisé » l’attaque. Ces propos ont immédiatement suscité une condamnation ferme d’Abidjan et de Cotonou. La Côte d’Ivoire a convoqué l’ambassadrice du Niger, dénonçant des déclarations « graves » pouvant compromettre les relations bilatérales.

    Près de 300 militaires italiens sont présents sur le site dans le cadre de la Mission italienne de soutien au Niger (MISIN). Le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, a affirmé que ses troupes n’étaient « impliquées d’aucune manière » dans les combats, insistant sur la priorité absolue à la sécurité.

    Un site stratégique sous haute tension

    L’aéroport de Niamey ne représente pas seulement une cible symbolique : il concentre plusieurs enjeux stratégiques majeurs. Outre son rôle de base aérienne, il abrite le quartier général de la force conjointe du Niger, du Mali et du Burkina Faso. De plus, il stocke une importante cargaison de concentré d’uranium, au cœur d’un bras de fer avec le groupe français Orano.

    La possible cession de ce stock à la Russie est évoquée, alors que Niamey n’a pas encore défini de solution logistique pour son transfert. Malgré l’attaque, le trafic aérien a repris dès le lendemain. Dans les quartiers voisins, la vie a rapidement retrouvé une apparence de normalité. Pourtant, cet événement marque un tournant : en frappant le cœur logistique et militaire de la capitale, l’EIS a démontré sa capacité de nuisance, tandis que l’implication russe confirme le basculement sécuritaire du Niger, risquant d’attiser de nouvelles tensions régionales.