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  • Stratégie d’alignement post-coup du Mali : souveraineté et limites des partenariats

    Stratégie d’alignement post-coup du Mali : souveraineté et limites des partenariats

    la quête de souveraineté malienne face aux nouvelles alliances géopolitiques

    depuis les coups d’état de 2020 et 2021, le Mali a opéré une mutation stratégique profonde sous la direction d’assimi goïta. le régime met en avant un discours souverainiste, se distanciant des partenaires occidentaux traditionnels tout en développant de nouvelles relations sécuritaires et économiques, notamment avec la Russie et les émirats arabes unis. pourtant, cette réorientation n’a pas permis d’améliorer la stabilité du pays. les groupes armés continuent de s’étendre, la gouvernance reste fragile et les conditions économiques peinent à se redresser.

    la stratégie post-alignement du Mali repose sur une approche transactionnelle de la souveraineté. plutôt que de s’engager dans une alliance fixe, Bamako cherche à diversifier ses partenariats externes en exploitant les rivalités entre acteurs étatiques et non étatiques. cette tactique, bien que renforçant temporairement le régime, expose le pays à des risques accrus de dépendance et de fragmentation de sa gouvernance.

    face à cette situation, le Mali s’est engagé dans un équilibre précaire entre autonomie affichée et alliances opportunistes, sans parvenir à instaurer une stabilité durable ni à améliorer les conditions de vie de sa population.

    une gouvernance en déclin malgré les promesses de réformes

    le chef de la junte, assimi goïta, a initialement séduit une partie de la population en promettant de lutter contre la corruption et de réformer les institutions. son discours populiste a résonné auprès des maliens lassés par l’impunité des élites et l’échec des gouvernances précédentes. cependant, les progrès tangibles en matière de sécurité et de développement économique restent absents.

    depuis février 2022, le gouvernement de transition a reporté à plusieurs reprises les élections, invoquant des « raisons techniques ». une proposition vise même à prolonger le mandat présidentiel jusqu’en 2030, alimentant les craintes d’un dérapage démocratique. en mai 2025, goïta a franchi une nouvelle étape en dissous tous les partis politiques, justifiant cette décision par des impératifs d’ordre public.

    ces mesures illustrent la consolidation progressive du pouvoir par le régime, mais elles risquent d’aggraver les tensions internes et de fragiliser davantage la légitimité institutionnelle du Mali.

    un bilan économique préoccupant

    malgré le discours souverainiste, le régime n’a pas réussi à offrir les services essentiels — sécurité, justice, infrastructures — en particulier dans les zones rurales et frontalières. la croissance économique reste concentrée dans les villes, creusant les inégalités entre zones urbaines et rurales.

    le Mali se classe au 188e rang sur 193 pays dans l’indice de développement humain de l’ONU, confirmant les défis persistants en matière de santé, d’éducation et de revenus. la corruption, bien que reconnue par les autorités, persiste, et des signes d’enrichissement des élites se multiplient, renforçant le sentiment d’injustice sociale.

    insécurité et expansion des groupes armés

    l’environnement sécuritaire du Mali continue de se dégrader, alimentant l’instabilité politique et favorisant l’expansion des groupes armés et terroristes. la pauvreté généralisée et le mécontentement croissant poussent de plus en plus de jeunes vers les organisations militantes dans la région du Sahel. des groupes comme jama’at nusrat al-islam wal-muslimin (jnim) et isis-Sahel exploitent habilement les griefs locaux pour recruter et s’étendre.

    malgré les promesses répétées d’éradiquer le terrorisme, la sécurité opérationnelle reste fragile. les attaques, embuscades et affrontements violents persistent dans tout le pays. les groupes armés, de plus en plus adaptatifs, utilisent également de nouvelles technologies de communication pour coordonner leurs actions et renforcer leurs capacités de recrutement.

    le rôle clé de la Russie et les nouvelles dynamiques de sécurité

    la Russie a joué un rôle central dans l’évolution de l’architecture sécuritaire du Mali. après le retrait des forces françaises et onusiennes, le groupe Wagner a fourni un soutien opérationnel, une formation et une protection au régime. son intervention a permis certaines avancées tactiques, comme la reprise de kidali en 2023, mais elle s’est accompagnée d’accusations graves de violations des droits de l’homme.

    en juin 2025, Wagner s’est officiellement retiré du Mali, remplacé par l’africa corps, une force contrôlée par le ministère russe de la défense et composée en grande partie d’anciens membres de Wagner. cette nouvelle entité adopte une approche plus discrète, mais son engagement marque une consolidation de l’influence russe au Mali, formalisée par des accords de défense bilatéraux et une coopération économique accrue.

    ce changement ne signifie pas un retrait de la Russie, mais plutôt une intégration plus profonde de son influence dans le pays. en mars 2026, les États-Unis seraient en passe de conclure un accord avec Bamako pour reprendre les vols de renseignement au-dessus du Mali, révélant la flexibilité pragmatique du régime malgré son discours souverainiste.

    le Mali, un acteur des rivalités géopolitiques mondiales

    le Mali est devenu un terrain d’affrontement indirect entre plusieurs puissances mondiales. l’Ukraine, par exemple, s’implique indirectement via un soutien en renseignement et des technologies de drones, illustrant comment le conflit russo-ukrainien s’étend au Sahel. en juillet 2024, des drones liés à l’Ukraine auraient participé à une embuscade meurtrière près de tin zaouatine, poussant le Mali à rompre ses relations diplomatiques avec kyiv.

    les émirats arabes unis, malgré leur condamnation officielle des coups d’état au Sahel, apportent discrètement un soutien à certains régimes, dont le Mali. cette implication reflète une stratégie plus large visant à étendre leur influence dans la région, en concurrence avec des acteurs comme l’Algérie et le qatar.

    les tensions mondiales, notamment la guerre en Ukraine et les crises au moyen-orient, influencent également le Mali de manière indirecte. la volatilité des marchés énergétiques et des prix des denrées alimentaires aggrave les difficultés économiques du pays, créant de nouvelles opportunités pour les groupes armés et sapant davantage la légitimité de l’État malien.

    un avenir incertain pour le Mali

    les défis majeurs du Mali — sous-développement économique, insécurité persistante et expansion des groupes armés — restent profondément ancrés. ni les forces armées maliennes ni les partenariats externes du régime n’ont permis d’instaurer une sécurité durable ou d’améliorer significativement les conditions de vie de la population.

    la stratégie post-alignement du Mali, bien qu’elle offre une certaine résilience à court terme, comporte des risques importants : dépendance accrue, fragmentation des structures de gouvernance déjà fragiles, et ancrage du pays dans un rôle de théâtre d’interventions externes concurrentes.

    sans réformes structurelles significatives, la crise malienne risque de s’aggraver et de se propager aux pays voisins, notamment le long du golfe de Guinée. une stabilité durable ne pourra être atteinte qu’à travers une transformation politique, sociale et économique globale, rétablissant la confiance entre l’État et ses citoyens tout en atténuant les vulnérabilités du pays face aux chocs géopolitiques et économiques externes.

  • Bénin : un dimanche électoral décisif pour la succession de Patrice Talon

    Bénin : un dimanche électoral décisif pour la succession de Patrice Talon

    Cotonou a été le théâtre d’une journée électorale capitale, marquant le premier tour de la présidentielle béninoise de 2026. Dès 7h00 du matin, les citoyens béninois se sont massivement dirigés vers les urnes, dans une atmosphère de quiétude notable. Ce scrutin est d’une importance capitale, car il met fin à l’ère du président Patrice Talon et jette les bases du futur politique du Bénin.

    Ce dimanche historique a vu le pays afficher une exemplarité en matière de sérénité. Partout sur le territoire national, les 17 764 bureaux de vote ont ouvert leurs portes à l’aube. De Cotonou à Porto-Novo, en passant par Parakou et les localités les plus éloignées, des files d’attente ordonnées se sont formées, témoignant de l’engagement civique des électeurs.

    Un processus électoral empreint de paix

    Contrairement aux épisodes de tension qui ont pu jalonner des consultations passées, cette matinée électorale s’est déroulée sans incident majeur. La Commission Électorale Nationale Autonome (CENA) a d’ailleurs confirmé la livraison ponctuelle de l’ensemble du matériel électoral dans la quasi-totalité des sites de vote, garantissant ainsi le bon déroulement des opérations.

    « J’ai tenu à voter très tôt pour remplir mon devoir de citoyen. Tout se passe admirablement bien, les agents électoraux sont à leur poste et l’ambiance est des plus cordiales », a partagé Marc, un électeur rencontré dans le quartier de Fifadji, soulignant l’esprit fraternel de cette journée.

    Statistiques clés de la journée électorale

    Un dispositif logistique d’envergure a été mis en œuvre pour orchestrer cette transition politique majeure :

    • 7 986 984 : le nombre d’électeurs inscrits sur la Liste Électorale Informatisée (LEI).
    • 17 764 : le total des bureaux de vote opérationnels.
    • 07h00 : l’heure d’ouverture générale des bureaux (avec d’éventuelles exceptions locales).

    L’enjeu majeur : l’après-Patrice Talon

    Cette élection présidentielle béninoise est suivie avec une attention particulière par la scène internationale. Après une décennie à la tête de l’État, le président sortant Patrice Talon, en conformité avec les dispositions constitutionnelles, ne brigue pas un nouveau mandat. Ce transfert de pouvoir est perçu comme une étape fondamentale pour la consolidation démocratique du Bénin.

    Le principal affrontement de ce scrutin 2026 oppose le candidat de la mouvance présidentielle, Romuald Wadagni, à Paul Hounkpè, représentant de l’opposition modérée. Pour de nombreux observateurs, le grand défi de ce vote résidera dans le taux de participation, indicateur essentiel de l’adhésion populaire à ce moment charnière de la vie politique nationale.

    Dispositif de sécurité discret mais efficace

    Afin d’assurer la sérénité des opérations de vote, un important dispositif de sécurité a été déployé. Les forces de défense et de sécurité ont veillé attentivement, tout en adoptant une posture discrète, permettant ainsi aux Béninois de choisir leur prochain président « dans la paix et la concorde », comme l’avaient souhaité les leaders religieux et de la société civile la veille du vote.

    Les premiers dépouillements des bulletins sont prévus dès la fermeture des bureaux. Les premières tendances électorales à l’échelle nationale sont anticipées dans les 48 heures suivant la clôture du vote.

  • Le Maroc et la Mauritanie scellent une alliance militaire renforcée face aux défis du Sahel

    Le Maroc et la Mauritanie scellent une alliance militaire renforcée face aux défis du Sahel

    Une collaboration stratégique pour la stabilité régionale

    L’intensification de la coopération en matière de sécurité et de défense entre le Maroc et la Mauritanie s’inscrit dans une réponse directe à la dégradation du climat sécuritaire au Sahel. Face à la prolifération des réseaux de trafics et à l’instabilité grandissante, les deux nations privilégient désormais la sécurisation de leurs frontières désertiques communes.

    Le déplacement du lieutenant-général Mohammed Berrid à Nouakchott témoigne de cette volonté de structurer davantage les relations militaires. Ce partenariat, autrefois principalement technique, évolue vers un cadre opérationnel plus robuste, spécifiquement calibré pour répondre aux enjeux de sécurité contemporains.

    Rencontre de haut niveau à Nouakchott

    Cette visite s’est déroulée durant la sixième session de la Commission militaire mixte Maroc-Mauritanie. Sous la coprésidence de Mohammed Berrid et du général Mohamed Vall Ould Rayess, les délégations ont acté des progrès significatifs. Ces avancées visent à consolider la coordination sur le terrain pour mieux contrer les périls transfrontaliers.

    Sur le plan diplomatique, le chef de l’État mauritanien, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a reçu officiellement le haut responsable marocain en présence de l’ambassadeur Hamid Chabar. À cette occasion, la ministre de la Défense de la Mauritanie, Hanana Ould Sidi, a remis au lieutenant-général l’Ordre national du Mérite au grade de commandant, illustrant la profondeur politique de cet axe sécuritaire.

    Évolution du cadre de la Commission militaire mixte

    Si les premiers jalons de cette entente remontent à 1971, c’est en 2006 qu’un mémorandum d’entente a officiellement instauré la commission mixte. L’exacerbation des tensions au Sahara et au Sahel a transformé ce mécanisme en un levier stratégique majeur. Aujourd’hui, les deux pays collaborent étroitement sur des problématiques vitales : lutte contre le terrorisme, contrôle des flux migratoires irréguliers et démantèlement des filières du crime organisé.

    La surveillance des itinéraires de contrebande dans les zones reculées constitue l’un des piliers de cette alliance. L’objectif est de réduire drastiquement l’influence et la mobilité des groupes criminels transnationaux qui profitent de la porosité des frontières.

    Enjeux opérationnels et lutte contre les trafics

    Les discussions bilatérales ont mis l’accent sur la vulnérabilité des territoires désertiques face à l’infiltration de groupes armés. Les réseaux impliqués dans le trafic de stupéfiants et d’armes représentent une menace persistante pour la Mauritanie et le Maroc. Pour y remédier, un dispositif de stabilisation pratique a été élaboré afin de prévenir toute escalade conflictuelle dans la zone sahélo-saharienne.

    Formation et entraînements militaires mutuels

    Un volet essentiel de cette coopération repose sur le partage d’expertise entre les académies militaires. Des programmes d’instruction communs sont régulièrement organisés, incluant :

    • La planification des opérations militaires complexes.
    • Les techniques avancées de déminage.
    • L’entraînement intensif au tir et aux manœuvres de terrain.

    En complément, l’implication dans les structures liées au G5 Sahel permet d’affiner la préparation des troupes via des outils de simulation de pointe, essentiels pour faire face à des menaces asymétriques.

    Un pilier pour la sécurité du Sahara occidental et du Sahel

    Le contexte politique entourant le Sahara occidental et la poussée des mouvements extrémistes imposent une vigilance constante. Le Maroc et la Mauritanie s’efforcent, par cette entente globale, de sécuriser les couloirs stratégiques et de maintenir un équilibre régional fragile.

    Cette alliance bilatérale ne se limite pas à une simple entente diplomatique ; elle constitue un véritable instrument de gestion des risques. En unissant leurs forces, Rabat et Nouakchott apportent une réponse structurée aux défis sécuritaires qui pèsent sur l’une des zones les plus sensibles du continent africain.

  • Niger : le jnim frappe à touré et say avec deux attaques dévastatrices

    Niger : le jnim frappe à touré et say avec deux attaques dévastatrices

    Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à al-Qaïda au Sahel, a revendiqué deux attaques distinctes dans l’ouest du Niger au cours des dernières 24 heures. Selon son communiqué, ces opérations ont fait au moins trois victimes et causé des dégâts matériels dans les localités de Touré et Say.

    une menace terroriste en hausse dans l’ouest du niger

    La région des « Trois Frontières », où se rejoignent le Mali, le Burkina Faso et le Niger, reste un foyer d’instabilité chronique. Dans un message diffusé sur ses canaux habituels, le JNIM a revendiqué des attaques ciblées contre les forces de défense et de sécurité nigériennes, illustrant sa capacité à frapper sur plusieurs fronts simultanément.

    un engin explosif improvisé (ied) sur l’axe de touré

    La première attaque signalée a visé un convoi militaire sur la route de Touré grâce à un engin explosif improvisé (IED). Bien que le groupe n’ait pas détaillé le nombre exact de victimes, il a confirmé avoir ciblé une patrouille. Ces dispositifs artisanaux, souvent placés sur des axes secondaires, représentent une menace majeure pour les déplacements des forces armées dans cette zone.

    une embuscade meurtrière près de say

    Plus au sud, dans la zone de Say, le JNIM a revendiqué une embuscade ayant coûté la vie à trois militaires. Cette région, proche du parc du W, est régulièrement infiltrée par des groupes armés visant à étendre leur influence sur les territoires frontaliers du Burkina Faso et du Bénin.

    une stratégie de harcèlement bien établie

    Ces deux attaques s’inscrivent dans une tactique délibérée du JNIM, combinant l’utilisation de mines et d’embuscades mobiles pour :

    • Déstabiliser les approvisionnements entre les zones urbaines et rurales.
    • Affaiblir les forces de sécurité par une guerre d’usure prolongée.
    • Maintenir une pression constante sur les zones périurbaines, notamment autour de Niamey.

    réactions et mesures de sécurité en cours

    À ce jour, le ministère nigérien de la Défense n’a pas encore réagi officiellement pour confirmer ou infirmer les allégations du groupe djihadiste. Depuis le changement de régime au sein du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), les autorités ont renforcé les dispositifs militaires le long de la rive droite du fleuve Niger. Cette zone, stratégique pour les déplacements logistiques, est sous haute surveillance.

    Les populations locales et les transporteurs sont invités à restreindre leurs déplacements sur les axes secondaires, où les risques d’attaques restent élevés. La menace terroriste, qui pèse sur la stabilité de la région, exige une vigilance accrue pour éviter de nouvelles victimes.

  • Attaque meurtrière au Niger : un capitaine de gendarmerie perd la vie dans une embuscade du JNIM sur le fleuve à Say

    Attaque meurtrière au Niger : un capitaine de gendarmerie perd la vie dans une embuscade du JNIM sur le fleuve à Say

    Une tragédie a frappé la région de Say au Niger le mercredi 8 avril, où le capitaine Maman Ada Sahabi, commandant du groupement de gendarmerie local, a trouvé la mort. Il a été victime d’une embuscade orchestrée par des combattants du Jama’at Nasr al-Islam wal-Muslimin (JNIM) sur les eaux du fleuve Niger, emportant avec lui au moins deux de ses hommes. Plus d’une journée après ce drame, l’embarcation transportant la dépouille de cet officier supérieur continue de dériver, les tentatives de récupération par les autorités restant infructueuses.

    L’officier Sahabi, accompagné de quatre gendarmes, était en mission de reconnaissance à bord d’une vedette, une opération qui coïncidait avec l’animation du marché hebdomadaire de Say. Aux alentours de 17h, leur embarcation a été la cible de tirs intenses provenant des berges du fleuve. Cette attaque s’est déroulée dans un secteur particulièrement volatil, situé entre les régions de Tillabéri et Dosso, zones connues pour leur forte activité terroriste.

    L’assaut a été d’une violence extrême, entraînant la mort immédiate d’au moins trois gendarmes, dont le capitaine. Si la dépouille du capitaine est restée à bord de l’embarcation, les corps de deux autres militaires ont malheureusement été emportés par les flots du fleuve. L’embarcation demeure à la dérive, les équipes de sécurité sur place étant confrontées à la crainte d’engins explosifs improvisés (IED) ou d’une potentielle seconde embuscade, compliquant toute intervention.

    Un officier expérimenté et un symbole local

    Le capitaine Maman Ada Sahabi, un homme d’une quarantaine d’années, était à la tête du groupement de gendarmerie de Say depuis plus de cinq ans. Il représentait un pilier fondamental de la sécurité dans cette région frontalière cruciale, ayant dédié sa carrière à la lutte acharnée contre les groupes armés terroristes (GAT) sévissant dans le Liptako-Gourma. Son décès survient alors que les incursions contre les patrouilles, qu’elles soient fluviales ou terrestres, s’intensifient dans la région de Tillabéri, un épicentre historique pour des groupes comme le JNIM et l’État islamique au Sahel (EIGS).

    L’onde de choc de la non-récupération des corps

    Au-delà de la violence de l’attaque, c’est l’apparente négligence entourant la dépouille de cet officier supérieur, abandonnée pendant plus de 24 heures, qui suscite une profonde indignation. L’absence d’ordres clairs de la part de la hiérarchie a empêché toute manœuvre de récupération, une situation incompréhensible tant pour les militaires sur le terrain que pour les habitants de Say.

    « Laisser le corps de notre commandant dériver ainsi sur le fleuve est un affront inacceptable envers ceux qui donnent leur vie pour le pays », a exprimé un membre des forces de sécurité. Cet événement est perçu par beaucoup comme la marque d’un commandement indécis, peinant à rendre un hommage digne à ses soldats tombés au combat – une tendance qui, d’après certaines critiques, se serait accentuée depuis le coup d’État du 26 juillet 2023.

    La valeur des sacrifices militaires au cœur des interrogations au Niger

    Cette tragédie ravive le débat fondamental sur la reconnaissance des sacrifices consentis par les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) dans le cadre de la lutte antiterroriste, sous l’égide du régime militaire actuel mené par le général Abdourahamane Tiani. Bien que les communiqués officiels fassent régulièrement état de succès et de « terroristes neutralisés », les zones considérées comme « rouges » – notamment Tillabéri, Tahoua et Dosso – continuent de déplorer des pertes humaines régulières.

    La récurrence des embuscades, particulièrement sur le fleuve Niger, souligne l’agilité des groupes jihadistes à s’adapter, tirant parti de la perméabilité des frontières et de la facilité de mouvement offerte par le réseau fluvial. Une frustration grandissante s’installe parmi les familles des soldats disparus, les survivants et les communautés les plus exposées. Elle oppose un discours souverainiste officiel à une réalité de terrain marquée par une insécurité persistante et une gestion opérationnelle parfois décousue.

  • Influence de la Russie au Sahel : affaiblissement stratégique des États-Unis en afrique de l’ouest

    Influence de la Russie au Sahel : affaiblissement stratégique des États-Unis en afrique de l’ouest

    Les régimes militaires du SahelMali, Burkina Faso et Niger — renforcent leur alliance sécuritaire et politique tout en s’éloignant de leurs partenaires occidentaux. La Russie joue un rôle central dans cette dynamique, comblant le vide d’influence laissé par le retrait progressif des États-Unis et de leurs alliés dans la région.

    Grâce à des accords de coopération militaire, des livraisons d’armes et le recours à des structures privées, Moscou étend son emprise sur les gouvernements locaux. Cette présence accrue représente une menace directe pour les intérêts américains, car elle mine la stratégie de lutte antiterroriste de Washington. La perte d’accès aux bases militaires et aux infrastructures de renseignement limite la capacité des États-Unis à surveiller les mouvements jihadistes, tandis que la Russie gagne en influence politique et en contrôle sur des ressources stratégiques dans des États fragiles.

    Ce recul américain s’inscrit dans un contexte plus large en Afrique, où de nouvelles alliances régionales se forment sans participation occidentale. Les régimes du Sahel renforcent également leur rhétorique anti-occidentale, soutenue par des campagnes d’information russes, rendant un retour des États-Unis dans la région encore plus complexe. L’émergence de ces blocs alternatifs réduit l’efficacité de la coordination internationale et crée un risque de marginalisation à long terme pour Washington.

    La stratégie russe dans le Sahel repose sur une combinaison d’outils militaires, politiques et informationnels, exploitant les faiblesses institutionnelles et l’instabilité chronique de la région. Après une série de coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les nouvelles autorités ont revu leurs alliances internationales, accusant les pays occidentaux de ne pas avoir combattu efficacement le terrorisme et de s’ingérer dans les affaires intérieures.

    Ces critiques ont ouvert la voie à une collaboration renforcée avec la Russie, qui se présente comme un partenaire sans conditions politiques. Parallèlement, les défis socio-économiques — pauvreté, stress climatique — exacerbent l’instabilité, offrant un terrain propice aux interférences extérieures. En profitant du retrait occidental, Moscou consolide rapidement son influence avec des moyens limités, posant les bases d’un déséquilibre stratégique durable en Afrique.

    conséquences majeures de cette évolution

    1. affaiblissement des capacités de lutte antiterroriste des États-Unis

    L’absence de bases militaires et de moyens de renseignement dans la région prive les États-Unis de leurs capacités opérationnelles. Cela pourrait permettre aux groupes extrémistes de gagner en puissance, non seulement au Sahel, mais aussi au-delà, avec des répercussions potentielles sur le territoire américain.

    2. affaiblissement de la coordination internationale en matière de sécurité

    Les nouvelles alliances régionales, excluant les pays occidentaux, réduisent l’efficacité des opérations conjointes contre le terrorisme et compliquent l’élaboration d’une stratégie sécuritaire unifiée.

    3. amplification des discours anti-occidentaux grâce à la propagande russe

    Les campagnes d’information russes renforcent les narratifs anti-américains auprès des populations et des élites locales, rendant un retour des États-Unis politiquement plus difficile.

    4. le contrôle des ressources naturelles devient un enjeu stratégique

    Les ressources minières et naturelles du Sahel — uranium, or, lithium — revêtent une importance économique et géopolitique majeure pour la Russie. Une influence russe accrue pourrait perturber les marchés mondiaux des matières premières et marginaliser les États-Unis dans ces secteurs clés.

    pourquoi les juntes du Sahel privilégient-elles la Russie ?

    Les gouvernements militaires du Sahel voient en la Russie un partenaire plus adapté à leurs besoins pour cinq raisons principales :

    • absence de conditions liées à la gouvernance ou à la démocratie pour l’octroi d’aide ;
    • livraison rapide d’armes et de matériel militaire ;
    • soutien sécuritaire axé sur la préservation des régimes ;
    • soutien diplomatique face aux sanctions occidentales ;
    • campagnes d’information renforçant leur légitimité anti-occidentale.

    Ce modèle transactionnel favorise la pérennité des régimes autoritaires tout en réduisant les incitations à une transition démocratique.

    les outils d’influence de la Russie au Sahel

    instruments militaires

    • ventes d’armes et approvisionnement en munitions ;
    • déploiement d’advisers et de formateurs militaires russes ;
    • recours à des contractors privés pour sécuriser les intérêts du régime ;
    • partage de renseignements.

    instruments politiques

    • soutien diplomatique dans les instances internationales ;
    • reconnaissance et légitimation des gouvernements issus de coups d’État ;
    • accords bilatéraux évitant les contrôles multilatéraux.

    instruments informationnels

    • propagande anti-occidentale via des médias liés à l’État russe ;
    • campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux ciblant la France et les États-Unis ;
    • amplification de récits présentant la Russie comme un libérateur anti-colonial.

    Cette approche multidimensionnelle permet à Moscou de gagner en profondeur stratégique à moindre coût.

    impacts stratégiques pour les États-Unis

    perte de capacité de surveillance et de réponse aux crises

    La fermeture des bases aériennes et des hubs logistiques au Niger et dans les pays voisins réduit considérablement la capacité des États-Unis à détecter précocement les mouvements extrémistes et à réagir rapidement en cas de crise.

    affaiblissement de la crédibilité américaine en Afrique

    Le retrait américain pourrait être interprété comme un désengagement stratégique, incitant d’autres gouvernements africains à se tourner vers Moscou ou Pékin.

    expansion des zones de repli pour les groupes jihadistes

    Les régimes soutenus par la Russie priorisent la sécurité du pouvoir en place plutôt que les réformes structurelles, laissant persister les causes profondes de l’extrémisme et risquant d’aggraver l’expansion des insurgés.

    risques pour la stabilité régionale

    L’alliance russe au Sahel pourrait apporter une stabilité à court terme, mais elle comporte des risques majeurs à long terme :

    1. militarisation de la gouvernance sans renforcement institutionnel ;
    2. augmentation de la répression, alimentant les griefs locaux ;
    3. fragmentation de la coopération antiterroriste régionale ;
    4. exploitation des ressources naturelles au profit de la corruption ;
    5. vulnérabilité accrue aux conflits par procuration entre puissances extérieures.

    L’absence de mécanismes de gouvernance transparents rend ces alliances fragiles et sujettes aux crises.

    perspectives à long terme (2026-2030)

    Si les tendances actuelles se poursuivent, trois scénarios principaux pourraient se dessiner :

    scénario a : consolidation de la sphère d’influence russe (haute probabilité)

    Moscou s’impose comme l’acteur sécuritaire dominant au Sahel, rendant tout retour occidental politiquement improbable.

    scénario b : compétition multipolaire (probabilité modérée)

    Les États-Unis, la Chine, la Turquie et les pays du Golfe pourraient se livrer une concurrence pour l’influence, aboutissant à des alliances fragmentées.

    scénario c : effondrement des régimes et vide stratégique (risque modéré)

    En cas d’échec des juntes à contenir les insurrections ou à redresser l’économie, l’effondrement des États pourrait créer des zones de conflit incontrôlables, au-delà de la capacité de stabilisation de la Russie.

    recommandations pour Washington

    Pour contrer cette perte d’influence, les États-Unis pourraient envisager les mesures suivantes :

    • renforcer leur présence par des partenariats civils et économiques plutôt que militaires ;
    • élargir la coopération avec les États côtiers d’Afrique de l’Ouest pour limiter les débordements ;
    • renforcer les alternatives offertes par l’Union africaine et la CEDEAO ;
    • combattre la désinformation russe via des initiatives médiatiques en langues locales ;
    • cibler les réseaux d’extraction liés à la Russie par des sanctions adaptées.

    Une réponse purement militaire serait insuffisante sans une approche politique et économique complémentaire.

    Le Sahel n’est plus seulement un théâtre de lutte antiterroriste : il devient un terrain d’expérimentation pour la stratégie russe visant à marginaliser l’influence occidentale en Afrique. En s’alliant aux juntes militaires, Moscou construit un corridor anti-occidental durable, combinant protection des régimes, accès aux ressources et levier géopolitique. Si cette dynamique n’est pas contrée, la Russie pourrait établir un modèle reproductible dans d’autres régions fragiles du continent africain.

  • Crise des réfugiés au Tchad : des milliers de vies en danger faute d’aides

    Crise des réfugiés au Tchad : des milliers de vies en danger faute d’aides

    crise des réfugiés au Tchad : des milliers de vies en danger faute d’aides

    Plus d’un million de réfugiés soudanais au Tchad risquent de subir des coupes drastiques dans leur aide vitale, selon les dernières alertes des agences onusiennes. Depuis le début du conflit au Soudan, qui entre dans sa quatrième année, la situation humanitaire se dégrade rapidement, avec un risque mortel pour les populations déjà vulnérables.

    des réductions mortelles de l’aide humanitaire au Tchad

    Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et le Programme alimentaire mondial (PAM) tirent la sonnette d’alarme : leurs ressources actuelles ne couvrent même pas la moitié des besoins essentiels. Un déficit de 428 millions de dollars, dont 289 millions pour le HCR et 139 millions pour le PAM, menace directement l’accès des réfugiés à l’alimentation, à l’eau, aux abris, aux soins et à la protection.

    « Sans un financement urgent, les réductions d’aide seront inévitables et pourraient avoir des conséquences dramatiques », ont averti les deux agences.

    le Tchad en première ligne face à la crise soudanaise

    Le Tchad accueille aujourd’hui 1,3 million de réfugiés soudanais, dont plus de 900 000 arrivés depuis 2023. Dans certaines régions de l’est du pays, une personne sur trois est désormais un réfugié, mettant une pression sans précédent sur les infrastructures locales et les ressources disponibles.

    Malgré cette situation critique, les autorités tchadiennes maintiennent leurs frontières ouvertes et continuent d’accueillir des nouveaux arrivants. Depuis janvier 2026, près de 15 000 personnes supplémentaires ont franchi la frontière, aggravant encore la crise.

    Des réfugiés recevant une aide alimentaire du PAM à Adre, au Tchad, en mars 2026.

    seulement 40 % des réfugiés bénéficient d’une aide de base

    Sur le terrain, les conséquences des coupes budgétaires se font déjà sentir. Le HCR ne peut fournir une assistance de base qu’à 40 % des réfugiés, laissant des centaines de milliers de personnes sans accès suffisant à l’eau, aux abris ou aux soins médicaux.

    « Les insuffisances de financement ont un coût humain inacceptable », déclare Patrice Ahouansou, représentant du HCR au Tchad. Environ 80 000 familles vivent sans abri, et dans certaines zones, les réfugiés survivent avec moins de la moitié de la quantité minimale d’eau quotidienne requise.

    Les centres de santé sont saturés, les services de protection pour les victimes de violences sexuelles sont réduits à leur minimum, et les écoles comptent parfois plus de 100 élèves par enseignant. Par ailleurs, 243 000 personnes restent bloquées dans les zones frontalières de l’est, faute de moyens pour les relocaliser vers des sites plus sûrs.

    Un jeune enfant africain nommé Naba est montré en train de consommer des compléments alimentaires nutritionnels à Adré, Ouaddai, Tchad.

    le pam réduit de moitié les rations alimentaires

    Le Programme alimentaire mondial soutient plus d’un million de personnes au Tchad, mais ses ressources ne couvrent même pas la moitié de ses besoins. Résultat : les rations alimentaires ont déjà été réduites de moitié pour la majorité des réfugiés.

    « Les femmes et les jeunes enfants sont les premières victimes de cette situation », explique le PAM. Malgré les efforts pour trouver des solutions durables comme la résilience ou l’inclusion sociale, l’assistance d’urgence reste indispensable.

    « Avec moins de la moitié des fonds nécessaires, nous ne pouvons pas fournir une aide alimentaire suffisante. Les familles seront contraintes de recourir à des stratégies de survie dangereuses, mettant en péril des vies », alerte Sarah Gordon-Gibson, directrice et représentante du PAM au Tchad.

    Un membre du personnel du PAM verse du sorgho dans un bol lors d'une distribution d'aide alimentaire à Adré, au Tchad.

    appel urgent à la solidarité internationale

    Les agences onusiennes appellent à une mobilisation immédiate pour éviter une détérioration rapide de la situation. « Nous avons terminé 2025 avec seulement un tiers des ressources nécessaires. Sans un soutien urgent des donateurs, les coupes budgétaires s’aggraveront et les conditions de vie des familles déjà éprouvées se détérioreront encore davantage », préviennent le HCR et le PAM.

    Ils soulignent également l’importance d’un partage équitable des responsabilités internationales pour soutenir le Tchad, dont les frontières restent ouvertes malgré les défis immenses.

    « L’aide humanitaire doit être maintenue sans délai pour éviter une catastrophe encore plus grande. La solidarité est plus que jamais nécessaire. »

  • Rencontre stratégique entre hauts gradés marocains et mauritaniens à Nouakchott

    Rencontre stratégique entre hauts gradés marocains et mauritaniens à Nouakchott

    Une délégation de haut niveau des Forces armées royales (FAR) du Maroc a mené une visite officielle en Mauritanie. À sa tête, le général de corps d’armée Mohammed Berrid, inspecteur général des FAR et commandant la zone Sud, a été reçu par le président mauritanien, Mohamed Ould Cheikh El Ghezouani. Cette rencontre s’est déroulée à Nouakchott en présence de l’ambassadeur du Maroc, Hamid Chabar.

    Lors de cette journée, le général Mohammed Berrid s’est également rendu au ministère mauritanien de la Défense. Il y a eu des échanges approfondis avec le ministre Hanana Ould Sidi. Ce dernier a remis, au nom du chef de l’État mauritanien, la médaille de l’Ordre national du mérite, grade Commandeur, au général marocain.

    Par la suite, le général Mohammed Berrid et le chef d’État-major des armées mauritaniennes ont présidé ensemble les travaux de la 6ᵉ Commission militaire mixte. Les deux parties ont souligné l’excellence des relations militaires entre le Maroc et la Mauritanie. Elles ont salué les avancées concrètes issues de cette collaboration, qualifiée de modèle de partenariat stratégique.

  • La disparition de l’imam Mahmoud Barro : un silence préoccupant à Bobo-Dioulasso

    La disparition de l’imam Mahmoud Barro : un silence préoccupant à Bobo-Dioulasso

    Depuis une semaine, une profonde incertitude entoure le sort de l’imam Mahmoud Barro, figure religieuse marquante de Bobo-Dioulasso, la deuxième agglomération du Burkina Faso. Son absence, signalée depuis le 31 mars dernier, génère une vive émotion au sein de la communauté musulmane et de la société civile burkinabè, alimentée par des rumeurs d’enlèvement et l’absence de communication officielle. Cette situation délicate soulève de nombreuses interrogations dans le pays.

    Un calme inhabituel règne dans le quartier de l’imam Barro à Bobo-Dioulasso. Ses proches n’ont eu aucune nouvelle de lui depuis sept jours. Des témoignages concordants émanant de son cercle familial indiquent que le dignitaire religieux aurait été « enlevé » par des individus non identifiés. L’absence de revendication, combinée au calendrier de cette disparition, renforce l’opacité de l’affaire.

    Une vidéo critique comme catalyseur ?

    Jusqu’à récemment, Mahmoud Barro était considéré comme un soutien important des autorités de la Transition. Ses prises de position antérieures en faveur de la junte militaire au pouvoir à Ouagadougou en faisaient un allié stratégique au sein du paysage religieux national.

    Toutefois, cette période de collaboration semble avoir pris fin abruptement suite à la diffusion récente d’une vidéo sur les plateformes numériques. Dans ce document, l’imam s’exprimait avec une fermeté inattendue contre l’avant-projet de loi gouvernemental visant à réguler les pratiques religieuses au Burkina Faso.

    « Il a formulé des inquiétudes légitimes concernant la liberté de culte, mais son discours était particulièrement direct, » a confié une source locale anonyme. « Pour beaucoup, cette intervention a été perçue comme un dépassement des limites par ceux qui ne tolèrent aucune forme de désaccord. »

    Un climat de tension pour les voix critiques au Burkina Faso

    Cette mystérieuse disparition s’inscrit dans un contexte politique et sécuritaire tendu, marqué par une multiplication des signalements d’interpellations arbitraires ou de disparitions forcées à travers le territoire. Le cas de l’imam Barro est d’autant plus frappant qu’il concerne une personnalité qui, jusqu’alors, affichait une certaine conformité avec la ligne officielle.

    Pour le moment, les forces de sécurité n’ont émis aucune déclaration officielle concernant cette affaire. À Bobo-Dioulasso, l’attente se transforme progressivement en une frustration palpable. Les fidèles et diverses organisations de défense des droits humains réclament instamment la transparence et la libération immédiate du religieux, si son éventuelle détention par des services de l’État venait à être confirmée.

    Le Burkina Faso, engagé dans une lutte complexe contre le terrorisme, voit ses équilibres internes fragilisés par ces frictions entre le pouvoir central et certaines figures morales, dès lors que la critique s’invite dans l’espace public. L’affaire Mahmoud Barro pourrait ainsi constituer un enjeu majeur pour la stabilité sociale dans la région des Hauts-Bassins.

  • Pacte de sécurité transfrontalier : le bénin et le nigeria s’engagent contre le terrorisme

    Pacte de sécurité transfrontalier : le bénin et le nigeria s’engagent contre le terrorisme

    Une annonce capitale a marqué ce dimanche 5 avril 2026 : les états-majors du Bénin et du Nigeria ont, depuis Cotonou, officialisé la mise en place d’un mécanisme de coopération militaire renforcée. Ce partenariat stratégique représente un tournant décisif pour la stabilité régionale, visant à neutraliser les groupes armés terroristes actifs le long de leur frontière commune.

    Cette initiative est accueillie comme un véritable espoir par les populations du Septentrion. Les autorités militaires des deux nations, réunies pour élaborer une riposte plus efficace face à l’insécurité transfrontalière, ont franchi une étape majeure : celle du passage d’une simple surveillance à une stratégie d’offensive conjointe.

    Un rempart commun dans l’alibori et le borgou

    L’axe central de cet accord repose sur le déploiement immédiat de patrouilles coordonnées dans les départements de l’Alibori et du Borgou. Ces zones sont particulièrement exposées aux incursions de groupes armés, et jusqu’à présent, les forces de défense se heurtaient à la complexité des limites territoriales, un avantage exploité par les assaillants pour se replier d’un pays à l’autre.

    Désormais, ce qui était perçu comme une « zone grise » devient un espace d’intervention partagé. Des unités d’élite des deux armées mèneront des opérations synchronisées, permettant d’exercer une pression constante sur les réseaux logistiques des insurgés.

    Le renseignement : pilier essentiel de la collaboration

    Au-delà de la présence physique sur le terrain, cette alliance intègre une dimension technologique et humaine sans précédent :

    • L’échange de renseignements en temps réel : Création d’une cellule de liaison directe pour anticiper les mouvements suspects.
    • L’harmonisation des systèmes de communication : Assurer une interopérabilité complète pour une meilleure réactivité opérationnelle lors des engagements.
    • La surveillance aérienne partagée : Déploiement de dispositifs de reconnaissance pour quadriller les vastes étendues forestières et broussailleuses de la frontière.

    Un impact crucial pour les populations rurales

    Pour les observateurs locaux, l’impact de cette décision dépasse le cadre purement militaire. Depuis plusieurs mois, la pression terroriste a lourdement pesé sur l’économie rurale, entravant les activités agricoles et le commerce transfrontalier.

    « Cette alliance est le signal que l’État ne recule pas », confie un spécialiste des questions sécuritaires. « En sécurisant ces corridors, les deux nations ne font pas que réaffirmer l’autorité de l’État ; elles permettent également le retour de la sérénité nécessaire au développement local. »

    Vers une pacification régionale durable

    Alors que le Bénin s’apprête à vivre des échéances électorales cruciales, cette consolidation du verrou sécuritaire dans le nord témoigne d’une volonté de fer à protéger l’intégrité du territoire. En s’alliant au géant nigérian, le Bénin renforce son architecture de défense et adresse un message clair : la lutte contre l’obscurantisme se gagnera par la solidarité et l’action commune.

    Cette avancée majeure pourrait bien servir de modèle de coopération bilatérale pour d’autres pays de la sous-région, confrontés à des défis asymétriques similaires.

  • Chef junte Burkina Faso rejette démocratie et prolonge pouvoir

    Chef junte Burkina Faso rejette démocratie et prolonge pouvoir

    chef junte Burkina Faso rejette démocratie et prolonge pouvoir

    BFM I.H avec AFP
    Le chef de la junte au Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, à Ouagadougou le 15 octobre 2022
    La junte militaire au pouvoir au Burkina Faso a adopté une charte autorisant le capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir en septembre 2022 via un coup d’État, à se présenter aux élections présidentielle, législatives et municipales.

    Le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la junte au Burkina Faso, a clairement indiqué le 2 avril lors d’un entretien télévisé que la démocratie n’était pas adaptée à son pays. « Il faut que les gens oublient la question de la démocratie, la démocratie c’est pas pour nous« , a-t-il affirmé sans détour. Il a ainsi confirmé sa volonté de maintenir le régime militaire en place.

    Ibrahim Traoré a accédé au pouvoir en septembre 2022 par un coup d’État, le deuxième en seulement huit mois pour le pays. cette prise de pouvoir a marqué le début d’une transition politique initialement prévue pour s’achever en juillet 2024 avec des élections nationales.

    plus d’élections en vue pour le moment

    Cependant, la junte a adopté une charte lui permettant de rester au pouvoir cinq années supplémentaires à partir de juillet 2024. cette nouvelle charte autorise également Ibrahim Traoré à se présenter aux prochaines élections présidentielle, législatives et municipales, prévues après cette période prolongée.

    En octobre 2025, le régime militaire a dissous la Commission électorale nationale indépendante (Céni). en février 2026, il a également suspendu l’activité de tous les partis politiques du pays, dont certains avaient déjà été interdits.

    « On ne parle même pas d’élections pour l’instant (…) il faut que les gens oublient la démocratie« , a réitéré Ibrahim Traoré lors de cette intervention télévisée. « Nous ne sommes pas dans une démocratie« , avait-il déjà déclaré en 2025. Le capitaine a accordé une longue interview de plus de deux heures à des journalistes locaux et internationaux, dont des représentants de la télévision publique italienne Rai et de la chaîne britannique Sky News, ce qui reste exceptionnel.

    restrictions accrues des médias internationaux

    Depuis son arrivée au pouvoir, le régime militaire, connu pour son hostilité envers les pays occidentaux et notamment la France, a multiplié les interdictions et suspensions à l’encontre de plusieurs médias internationaux. certains journalistes ont également été expulsés du territoire.

    Lors de cette conférence de presse, Ibrahim Traoré a également évoqué le cas de son prédécesseur, l’ex-lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba. cet officier, arrivé au pouvoir lors du premier coup d’État de janvier 2022, est actuellement poursuivi pour corruption et est suspecté d’avoir orchestré plusieurs tentatives de putsch. il a été récemment extradé vers Ouagadougou par le Togo à la demande des autorités burkinabè.

    « Un juge l’a déjà rencontré (…) il est désormais entre les mains de la justice« , a indiqué Ibrahim Traoré. Le Burkina Faso fait face depuis près d’une décennie à une insurrection jihadiste responsable de milliers de victimes.

    Ibrahim Traoré a également nié les accusations portées contre l’armée burkinabè et ses alliés, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), selon lesquelles ils seraient responsables de la mort de civils. « Il n’y a pas de preuves« , a-t-il déclaré. il a précisé que la Russie, principal allié du régime, fournissait du matériel militaire mais que « personne ne forme l’armée burkinabè ». « Sur le terrain, ce sont les soldats burkinabè qui se battent« , a-t-il ajouté.

  • Ibrahim Traoré : pourquoi le Burkina Faso doit tourner le dos à la démocratie

    Ibrahim Traoré : pourquoi le Burkina Faso doit tourner le dos à la démocratie

    Le chef de l’État burkinabé, le capitaine Ibrahim Traoré, a déclaré lors d’une intervention télévisée que la démocratie était « mortelle » et que le peuple du Burkina Faso devait « l’oublier ». Selon lui, ce système politique ne serait pas adapté aux réalités africaines.

    Arrivé au pouvoir par un coup d’État il y a trois ans, le dirigeant avait initialement promis un retour à un régime démocratique pour juillet 2024. Cependant, à l’approche de cette date, la junte a annoncé une prolongation de son mandat pour une durée de cinq ans. Cette décision a été précédée en janvier par l’interdiction de tous les partis politiques, une mesure présentée comme nécessaire pour « reconstruire l’État ».

    On voit Ibrahim Traoré en gros plan, vêtu d'une tenue militaire beige et d'un béret rouge.

    « Les gens doivent oublier la question de la démocratie. La démocratie n’est pas pour nous », a insisté le capitaine Traoré. Pour illustrer son propos, il a cité l’exemple de la Libye, un pays voisin qui, après quatre décennies de régime autocratique sous Mouammar Kadhafi, a sombré dans le chaos suite à une intervention militaire occidentale. Il a soutenu que partout où les puissances occidentales tentent d’imposer la démocratie, le résultat est un « bain de sang ».

    Concernant la dissolution des partis, Ibrahim Traoré les a décrits comme des sources de division et incompatibles avec son projet révolutionnaire. « La vérité, c’est qu’en Afrique – ou du moins d’après ce que nous avons connu au Burkina –, un vrai homme politique est quelqu’un qui incarne tous les vices : un menteur, un flagorneur, un beau parleur », a-t-il déclaré.

    Sans proposer un modèle de gouvernance précis, le chef de la junte a affirmé vouloir développer une approche unique pour le pays. « Nous avons notre propre approche. Nous n’essayons même pas de copier qui que ce soit », a-t-il expliqué. Il a mis en avant la construction d’un nouveau système centré sur la souveraineté, le patriotisme et une mobilisation révolutionnaire, où les chefs traditionnels et les structures locales joueraient un rôle clé. Il a également insisté sur l’autonomie économique et militaire et la nécessité de travailler davantage pour rattraper le retard de développement.

    Sous sa direction, le gouvernement a réprimé la dissidence, ciblant l’opposition, les médias et la société civile. Certains critiques auraient même été enrôlés de force pour combattre les groupes islamistes. Malgré cela, sa vision panafricaniste et ses critiques de l’influence occidentale lui ont valu un soutien notable sur le continent.

    Le Burkina Faso, à l’instar de ses voisins le Mali et le Niger également dirigés par des régimes militaires, a rompu sa coopération avec les partenaires occidentaux, notamment la France, dans la lutte contre l’insurrection djihadiste qui sévit dans la région depuis une décennie. Ces trois pays se sont tournés vers la Russie pour un soutien militaire, mais la violence persiste.

    Un récent rapport de Human Rights Watch (HRW) a d’ailleurs révélé que plus de 1 800 civils ont été tués au Burkina Faso depuis l’arrivée au pouvoir d’Ibrahim Traoré en 2023. L’organisation attribue les deux tiers de ces décès à l’armée et à ses milices alliées, le reste étant le fait des groupes islamistes.