Catégorie : A la Une

  • La RDC se constitue partie civile au procès des généraux Tshiwewe et Numbi

    La RDC se constitue partie civile au procès des généraux Tshiwewe et Numbi

    La République démocratique du Congo a officiellement demandé à se constituer partie civile dans le cadre du procès opposant l’Auditeur général des Forces armées de la RDC (FARDC) à plusieurs hauts gradés, dont les généraux d’armée John Numbi et Christian Tshiwewe, ainsi qu’à sept autres officiers supérieurs et à Pascal Nyembo.

    L’annonce a été faite par un collectif d’avocats lors de l’audience du jeudi 25 juin 2026 devant la Haute Cour militaire. Cette séance, brève, a également été marquée par l’intégration du lieutenant-général Constant Ndima, ancien gouverneur militaire du Nord-Kivu, dans la composition des juges.

    Interrogé par la presse à l’issue de l’audience, Maître Jean Mupira, avocat au barreau de Kinshasa/Gombe et membre du collectif, n’a pas souhaité entrer dans les détails. Il a toutefois précisé que, le moment venu et selon l’évolution du dossier, l’opinion publique sera informée des motifs ayant poussé la RDC à se constituer partie civile.

    « Il est de bon droit que la République démocratique du Congo se constitue partie civile afin de démontrer l’étendue des préjudices subis et de solliciter la condamnation des prévenus au paiement de dommages-intérêts proportionnels aux dégâts causés », a déclaré l’avocat au nom du collectif devant la Haute Cour militaire.

    Les prévenus doivent répondre de plusieurs chefs d’accusation graves : complot, trahison, apologie du terrorisme, propagation de faux bruits, violation des consignes, désertion à l’étranger, détention illégale d’armes et de munitions de guerre, ainsi qu’incitation de militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline.

    Cette deuxième audience n’a duré que quelques minutes. Selon le premier président de la Haute Cour militaire, le lieutenant-général Joseph Mutombo Katalay Tiende, le renvoi est motivé par des raisons d’État liées à l’indisponibilité de certains membres de la composition. Ce report doit également permettre aux différents collectifs de la défense de déposer les mémoires relatifs à leurs clients. L’affaire a été renvoyée au 9 juillet 2026 pour la prochaine audience.

    La première audience, présidée par le même magistrat, avait permis à la juridiction militaire d’identifier les prévenus. Plusieurs d’entre eux étaient présents et assistés de leurs avocats : le général d’armée Christian Tshiwewe Songesa, le général d’armée John Numbi Banza Ntambo (en fuite), le général-major Maurice Nyembo Kufi, le général de brigade Chinyabuuma Kamukinde, le général de brigade Ngoy wa Kabila John, le général de brigade Sangwa Muhemedi John, le colonel Mukombozi Zahinda Guy, le colonel Sangwa Lumbu Pathy, le colonel Tshinabo Kenge Christophe (en fuite), et Pascal Nyembo Muyumba (en fuite), ancien directeur général du Centre d’expertise, d’évaluation et de certification des substances minérales précieuses et semi-précieuses (CEEC).

    En revanche, le général John Numbi, Pascal Nyembo Muyumba et le colonel Tshinabo Kenge Christophe n’étaient pas présents à l’ouverture et sont considérés comme en fuite. L’auditeur général des FARDC a requis que le défaut soit retenu à leur égard, conformément aux articles 326 et 327 du Code judiciaire militaire congolais.

    Ce nouveau procès s’ajoute à la liste des affaires judiciaires impliquant des hauts gradés des FARDC, dans un contexte marqué par la guerre d’agression menée par le Rwanda via la rébellion de l’AFC/M23 dans l’est de la RDC. Parmi les griefs généralement retenus figurent le complot, la trahison, l’exécution d’ordres illégaux et la violation de la loi dans l’exercice des fonctions.

  • Sénégal : des coupes budgétaires massives pour préserver l’équilibre financier

    Sénégal : des coupes budgétaires massives pour préserver l’équilibre financier

    Le gouvernement sénégalais met en œuvre des réductions budgétaires de plusieurs centaines de milliards de francs CFA afin de maintenir l’équilibre des comptes publics. Cette décision fait suite à la sous-performance du Plan de redressement économique et social (PRES), dont les recettes escomptées n’ont pas été atteintes. L’exécutif dirigé par le Premier ministre Ousmane Sonko cherche ainsi à combler un déficit budgétaire qui menace la trajectoire financière établie en début d’exercice.

    Un PRES en deçà des attentes de recettes

    Présenté comme le pilier de la stratégie de consolidation budgétaire du nouveau pouvoir, le PRES devait mobiliser des ressources supplémentaires pour réduire le déficit hérité et financer les priorités sociales. Cependant, les premières données comptables révèlent un retard significatif dans les rentrées fiscales et non fiscales programmées, fragilisant les hypothèses macroéconomiques de la loi de finances en cours.

    Ce manque à gagner oblige à des arbitrages. Plutôt que d’aggraver le déficit ou de recourir massivement à de nouveaux emprunts dans un contexte de hausse du coût de la dette, les autorités sénégalaises ont opté pour la rigueur. Concrètement, des centaines de milliards de francs CFA d’autorisations de dépenses sont gelées ou supprimées sur plusieurs ministères, afin d’aligner les sorties sur les entrées effectives.

    Un équilibre budgétaire sous tension à Dakar

    L’avertissement interne est clair : sans correction immédiate, l’équilibre budgétaire serait compromis. Cette formule, reprise dans les documents de cadrage, traduit l’urgence d’une réaction. Le Sénégal s’est engagé auprès de ses partenaires multilatéraux, notamment le Fonds monétaire international, à respecter des cibles strictes de déficit dans le cadre du programme en cours. Tout écart compromettrait les décaissements futurs et renchérirait l’accès aux marchés financiers internationaux.

    Le contexte régional pèse également. Au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), Dakar doit maintenir un déficit public sous la barre des 3 % du produit intérieur brut, une norme de convergence régulièrement rappelée par les institutions communautaires. Les révélations de septembre 2024 par la Cour des comptes sur l’ampleur réelle de la dette publique avaient déjà conduit le pays à renégocier ses relations avec les bailleurs. Les coupes annoncées s’inscrivent dans la continuité de cette mise en cohérence comptable.

    Des arbitrages politiques à fort enjeu pour Sonko

    Pour le tandem exécutif formé par le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre, l’exercice est délicat. Élus sur la promesse d’une rupture économique et d’une amélioration tangible des conditions de vie, ils doivent concilier orthodoxie budgétaire et attentes sociales fortes. Les coupes toucheront mécaniquement les dépenses d’investissement, plus facilement reportables que les dépenses de fonctionnement, mais aussi certains transferts. Plusieurs ministères verraient ainsi leurs enveloppes réduites dans des proportions inédites depuis plusieurs exercices.

    Cette trajectoire comporte un risque politique. Réduire les crédits d’infrastructures ou les subventions sectorielles dans un pays qui sort à peine d’une période d’instabilité institutionnelle peut nourrir le mécontentement. À l’inverse, laisser filer le déficit exposerait le Sénégal à une dégradation accélérée de sa note souveraine, déjà sous surveillance des agences. Moody’s et S&P Global Ratings observent attentivement la capacité du gouvernement à tenir ses engagements budgétaires.

    Reste la question du calendrier. Les coupes annoncées doivent produire leurs effets avant la clôture de l’exercice, ce qui suppose une exécution rapide des circulaires de gel et une discipline ferme des ordonnateurs. Le pilotage incombera notamment au ministère des Finances et du Budget, en lien étroit avec la Primature. La capacité à reconstruire les recettes en 2025, via une réforme fiscale plus efficace et une meilleure mobilisation des ressources internes, déterminera la durée de cette cure d’austérité.

    Au-delà du choc immédiat, ce nouvel épisode illustre l’étroitesse de la marge de manœuvre dont dispose réellement le Sénégal pour financer ses ambitions de transformation économique. Les arbitrages portent sur des centaines de milliards de francs CFA et visent explicitement à préserver l’équilibre budgétaire menacé par les contre-performances du PRES.

  • Julian Alvarez vers le Barça ? Pedri lance un appel du pied en pleine coupe du monde

    Julian Alvarez vers le Barça ? Pedri lance un appel du pied en pleine coupe du monde

    Le Paris Saint-Germain n’aurait pas totalement abandonné la piste Julian Alvarez, qu’il avait déjà explorée il y a deux ans avant que l’Argentin ne quitte Manchester City pour rejoindre l’Atletico Madrid. Mais cette fois, ce sont les Blaugrana qui pourraient contrarier les ambitions parisiennes. Une situation qui ravit Pedri, le milieu de terrain du FC Barcelone.

    Depuis plusieurs semaines, le feuilleton Julian Alvarez agite le mercato estival, ouvert le 15 juin et qui prendra fin le 1er septembre. L’international argentin, âgé de 26 ans, dispute actuellement sa deuxième Coupe du monde avec l’Argentine sur le continent américain. Bien qu’il soit sous contrat avec l’Atletico de Madrid jusqu’en 2030, l’attaquant des Colchoneros ne prévoit pas de retourner à Madrid une fois la Coupe du monde 2026 terminée.

    «Je pense que ce qui est le mieux pour tout le monde, c’est un transfert»

    Lundi, l’Argentine a décroché son ticket pour les 1/16èmes de finale de la Coupe du monde 2026 en battant l’Autriche (2-0). En zone mixte, Julian Alvarez a clairement exprimé ses envies de départ, laissant entendre que son souhait est de rejoindre le FC Barcelone. « Ce n’est pas le moment d’en parler, mais je ne peux pas non plus me cacher, j’essaie d’être une personne honnête. J’ai parlé avec les personnes de l’Atlético de Madrid et je pense que ce qui est le mieux pour tout le monde, c’est un transfert. Je veux réaliser mon rêve ».

    «J’espère que ce transfert pourra se concrétiser et si c’est le cas, alors tant mieux»

    Une mauvaise nouvelle pour le PSG, qui, comme lors de l’été 2024 avant son transfert à l’Atletico de Madrid, garderait un œil attentif sur la situation du buteur rojiblanco. D’autant que du côté du FC Barcelone, on déroule déjà le tapis rouge pour Julian Alvarez. Il suffit d’écouter les propos de Pedri lors d’un entretien télévisé : « Un transfert de Julian Alvarez au FC Barcelone ? Je pense qu’il faudra beaucoup de choses pour que ça arrive. Je ne veux pas me mêler des affaires du club, ni de celles d’un joueur. C’est vrai que j’adore Julian en tant que joueur et j’ai toujours dit que je voulais que les meilleurs joueurs soient au Barça. J’espère que ce transfert pourra se concrétiser et si c’est le cas, alors tant mieux ». Le milieu de terrain du FC Barcelone a lancé les hostilités. Reste à savoir si le Paris Saint-Germain réagira publiquement ou en coulisses pour tenter de faire pencher la balance en sa faveur dans la course à la signature d’Alvarez.

  • La Côte d’Ivoire, première économie subsaharienne notée à faible risque de surendettement par le FMI

    La Côte d’Ivoire, première économie subsaharienne notée à faible risque de surendettement par le FMI

    La Côte d’Ivoire devient la première économie d’Afrique subsaharienne à obtenir du FMI une notation de « risque faible » de surendettement, consolidant son statut de destination privilégiée pour les capitaux internationaux.

    À l’occasion d’un conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) tenu le 24 juin, l’institution a révisé à la hausse la notation de la dette ivoirienne, la faisant passer de « risque modéré » à « risque faible » pour la dette extérieure et la dette publique globale. C’est une première en Afrique subsaharienne, ce qui renforce la crédibilité financière d’Abidjan auprès des investisseurs. Le ministère ivoirien de l’Économie, des Finances et du Budget s’est félicité de cette évolution, qui marque « la rupture avec plus d’une décennie de classement en risque modéré depuis l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) en 2012 ».

    Cette décision vient récompenser deux années de consolidation budgétaire menées dans le cadre du programme avec le FMI signé en mai 2023. Elle traduit une capacité d’endettement renforcée grâce à une gestion proactive de la dette et une progression continue des recettes publiques. À fin 2025, la dette de l’administration centrale s’élevait à 33 159 milliards de francs CFA, soit 57,1 % du PIB, contre 59,5 % un an plus tôt.

    Les marchés financiers avaient déjà manifesté leur confiance : en février, la Côte d’Ivoire a levé 1,3 milliard de dollars via un eurobond à quinze ans, sursouscrit près de cinq fois avec un carnet d’ordres de 6,3 milliards de dollars. Le coupon de 5,39 % représentait alors le coût de financement le plus bas pour un émetteur subsaharien depuis cinq ans. Cette double reconnaissance – des marchés et désormais du FMI – confirme le statut de la Côte d’Ivoire comme signature souveraine de référence en Afrique subsaharienne.

  • Nkoemvone, vestige colonial au Cameroun : de la science à l’abandon

    Nkoemvone, vestige colonial au Cameroun : de la science à l’abandon

    Dans le Sud-Cameroun, à Nkoemvone, s’étend un vaste site de plus de trois cents hectares, dont seulement dix sont exploités. Traversé par une route bitumée, le lieu est jonché de bâtiments en ruine et signalé par une plaque indiquant qu’il s’agit de la « station polyvalente agricole de Nkoemvone », relevant du ministère de l’Agriculture et du Développement rural. Les infrastructures sont très dégradées, mais la station reste partiellement active, notamment dans la recherche agronomique : la multiplication et la distribution de plants de cacaoyer constituent désormais l’activité principale.

    Ce site, créé en 1944, est l’un des témoins majeurs de la modernité coloniale. La « Station expérimentale de cacaoyer de Nkoemvone » illustre ce que l’historienne Hélène Blais appelle l’« objet-jardin » dans l’Empire colonial français, particulièrement au XXe siècle, où la reproduction végétale devient centrale. Moins connue que d’autres stations coloniales comme celle de Bambey au Sénégal, elle jouait néanmoins un rôle similaire : faire migrer, déplacer, introduire et relocaliser des plantes, en l’occurrence des variétés de cacao, dans le but de transformer les sociétés colonisées. Son histoire fut courte et ses ambitions se heurtèrent aux réalités du Cameroun indépendant.

    La crise économique et sociale de 1929, bien qu’atténuée en Afrique colonisée par le rôle protecteur de la métropole, entraîna un profond virage dans les politiques coloniales françaises. Elle mit fin à l’économie de traite et poussa l’État colonial à investir dans les infrastructures et les cultures d’exportation, tout en s’intéressant aux conditions de vie des colonisés. L’État colonial devint ainsi « développementaliste ». Cette dynamique fut confirmée lors de la conférence de Brazzaville du 30 janvier au 8 février 1944, présidée par Charles de Gaulle, qui visait à la fois à relancer l’économie française et à améliorer le sort des colonisés via un développement planifié.

    « Vulgariser des sujets bons producteurs »

    Sur le plan agricole, un discours dominant prévalait : les sociétés africaines étant perçues comme essentiellement paysannes, l’amélioration de leur condition passait par l’augmentation des rendements grâce à un investissement massif dans l’agriculture. Cette logique entraîna la multiplication des institutions de recherche agronomique dans tout l’Empire français, le Cameroun constituant un terrain d’observation privilégié. Par un arrêté du 8 juin 1944, le gouverneur du Cameroun français Eugène Paul Carras supprima le Conseil technique pour l’agriculture et l’élevage et le remplaça par trois services distincts : le Service d’agriculture, le Service de l’élevage et le Service forestier.

    Cette réorganisation, allant au-delà d’une simple mesure administrative, visait à doter l’agriculture d’un service entièrement dédié. Selon l’agronome Pierre Barthe, ancien chef du service d’agriculture du Cameroun, dans un rapport de 1946, ce nouveau Service d’agriculture était structuré en plusieurs sous-services. L’un d’eux était constitué prioritairement d’institutions de recherche agronomique, dont trois stations expérimentales situées à Dschang, Maroua et Nkoemvone. Toutes ces stations furent créées durant l’entre-deux-guerres, à l’exception de la station expérimentale de cacaoyer de Nkoemvone, fondée en 1944 à la suite des réformes du 8 juin. Elle est donc par excellence le produit de cette modernisation du colonialisme amorcée dès l’entre-deux-guerres.

    La station expérimentale de cacaoyer de Nkoemvone fut mise en place progressivement. Selon l’agronome Raymond Juliat, chef du service de l’agriculture en 1944, elle ne fit pas l’objet d’un texte officiel au départ et avait pour rôle « la sélection du cacaoyer en vue de ne vulgariser que les sujets bons producteurs ». En 1947, trois cents hectares furent réquisitionnés pour l’accueillir, mais les travaux de construction n’aboutirent pas, en raison d’un manque de main-d’œuvre et de matériel, ainsi que de « l’absence d’un plan d’ensemble ». Malgré ces difficultés, l’administration coloniale confirma en 1948 sa vocation à englober tous les travaux de recherche et d’expérimentation, avant de l’instituer officiellement par un texte réglementaire l’année suivante. Les travaux de construction furent alors lancés et financés par le fonds cacao.

    Une main-d’œuvre forcée ?

    Mais la mise en place de la station expérimentale de Nkoemvone se heurta à d’importantes difficultés pratiques. Comme le nota Jean Braudeau, directeur de la station, dans son rapport annuel de 1949, le manque de personnel empêchait de construire, d’aménager les routes, de créer une pépinière et 15 hectares de plantations. Il parvint toutefois à recruter quelques travailleurs intérimaires d’un village voisin, souvent rémunérés à la tâche. La question du caractère volontaire ou contraint de cette main-d’œuvre reste difficile à trancher : bien que le haut-commissaire Renée Hoffherr ait commencé à interdire le recrutement forcé à son arrivée en 1947, l’historien camerounais Léon Kaptué rappelle que l’administration française continua à mobiliser une main-d’œuvre forcée jusqu’en 1949.

    Pour attirer des travailleurs au-delà de la région, l’administration coloniale fit le choix de construire des logements au sein de la station, pratique courante des administrations coloniales, comme le rappelle l’historienne Gwendolyn Wright. Ces travailleurs devaient non seulement participer à la construction de la station, mais également aux activités de recherche agronomique.

    L’agronome Achille Pacilly, qui succéda en 1949 à Jean Braudeau à la tête de la station expérimentale, révéla qu’un camp de manœuvres fut d’abord établi, constitué de vingt cases en matériaux locaux. En 1956, cinquante-huit cases en matériaux définitifs furent construites, abritant quelques années plus tard 130 à 140 familles. L’avènement du camp des manœuvres avait ainsi résolu la question de la main-d’œuvre.

    Parallèlement à ces logements, des habitations destinées au personnel cadre furent également érigées. S’y ajoutèrent des laboratoires de recherche, l’adduction du site en eau potable et en électricité, la construction d’une infirmerie, ainsi que de nombreux aménagements d’envergure, tels que des pépinières et des jardins de collections des variétés de cacao. En somme, la station constituait un site où s’imbriquaient étroitement les espaces de vie et les espaces de recherche. L’aménagement de la station s’acheva en 1959, à la veille de l’indépendance du pays.

    Un instrument de propagande coloniale

    Au-delà d’un lieu de science, la station expérimentale de Nkoemvone fonctionna également comme un instrument de propagande coloniale pour l’administration française. Cette propagande s’inscrivait dans un contexte camerounais particulier, celui des années 1950, marquées par une répression violente exercée par l’armée française contre les nationalistes camerounais. Durant la première phase de ce conflit, dont la brutalité se manifesta en priorité en pays Bassa, dans le Sud-Cameroun cacaoyer, la station expérimentale de Nkoemvone devint un outil au service de la reconquête des esprits.

    André Boyer, journaliste et chef du service de propagande de l’administration française dans le pays, diffusa en 1958, auprès des populations, un film intitulé « Le Centre du cacaoyer de Nkoemvone », qui s’inscrivait dans un répertoire général de techniques visant, pour reprendre ses propres termes, « à faire revenir les égarés à la vie normale et à convaincre la masse de l’action réellement nationaliste et sincère du gouvernement camerounais ».

    La station expérimentale servit également à l’administration coloniale française pour exhiber ses bienfaits au Cameroun. En témoigne le Rapport de la Mission de visite des Nations Unies dans les Territoires sous tutelle de l’Afrique occidentale (1958) sur le Cameroun sous administration française. Les rédacteurs et les observateurs dépêchés par l’ONU inspectèrent la station le 19 novembre 1958 et déclarèrent : « (…) Les activités de cette station consistent essentiellement à sélectionner les meilleures variétés de cacaoyer et à produire des boutures pour les distribuer aux planteurs. On espère ainsi remplacer dans les plantations les arbres actuels dont le rendement est bas par des plants d’élite. La station a déjà donné de bons résultats. »

    Cet usage de la station comme instrument de propagande fut récupéré, à l’indépendance, par le gouvernement du premier président camerounais, Ahmadou Ahidjo, cette fois au service d’un rayonnement international. Ainsi, dans le rapport de la station couvrant les années 1961-1962, apprend-on que l’institution avait reçu les visites de l’ambassadeur des États-Unis au Cameroun, de celui de l’Allemagne, ainsi que de trois chefs d’État africains : le Malgache Philibert Tsiranana, le Gabonais Léon Mba et le Tchadien François Tombalbaye. Vinrent également le directeur de l’École nationale d’administration de Paris et le directeur de la Banque mondiale pour l’Afrique, etc. Cependant, ce rayonnement international au service du gouvernement camerounais marqua aussi le début d’un déclin progressif.

    Une tutelle qui dure jusqu’en 1975

    Après les indépendances de 1960, les nouveaux États, dont le Cameroun, signèrent avec la France des conventions prévoyant « pour les recherches appliquées, un accord sur les programmes, un financement mixte pour le fonctionnement, un quasi-engagement de la France pour le financement des investissements et, dans ce cadre général, l’établissement de conventions particulières précisant les modalités d’implantation et de gestion des instituts spécialisés dont la présence serait jugée nécessaire ».

    Ces accords permirent à la France de continuer à administrer la station à travers, par exemple, la nomination des anciens agronomes coloniaux comme Jacques Liabeuf, directeur de la station. Comme le soulignèrent Jean Gaillard, Hocine Khelfaoui et Jean Nya Ngatchou, dans un texte paru en 2000, le nouvel État camerounais y trouvait son intérêt, pouvant ainsi concentrer ses moyens sur l’enseignement et la formation supérieurs, tout en laissant la recherche scientifique à la charge de la France. La tutelle française ne prit fin qu’en 1975.

    Dans les décennies suivantes, la station entra dans une période de déclin, aggravée par la crise économique et sociale des années 1980, qui affecta durement la recherche agronomique camerounaise, laquelle « connaît une grave situation financière et une modification dans la structure de son budget », entraînant une stagnation de la recherche en son sein.

    Des ambitions extractivistes devenues un obstacle

    La crise affectant la recherche agricole camerounaise s’étendit à l’ensemble de la recherche scientifique du pays. Durant sa phase la plus aiguë, de 1990 à 1996, « les programmes de recherche sur financement national sont arrêtés ; seuls les programmes et projets bénéficiant d’apports financiers extérieurs se sont poursuivis plus ou moins normalement, en raison des retards que connaît le paiement des salaires des personnels ». Cette situation entraîna une baisse du financement, un découragement des chercheurs lié à la dévaluation de leurs salaires, et l’abandon de nombreux programmes, dont ceux portant sur le cacaoyer à la station de Nkoemvone, où l’activité scientifique fut quasi à l’arrêt.

    Au tournant des années 1990, la station fut transformée en station polyvalente de recherche agronomique, placée sous la tutelle de l’Institut de recherche agricole pour le développement (Irad), créé par décret présidentiel en 1996 et réorganisé en 2002. Cette restructuration n’améliora pas pour autant la situation de l’institution qui continua de se déliter. À la dégradation progressive causée par la crise économique vinrent s’ajouter des causes naturelles, aggravant l’état de délabrement de la station de Nkoemvone. Le 17 mars 2006, un violent orage détruisit les espaces réservés aux essais de plantes, endommagea le bloc administratif et ravagea de nombreux logements. Depuis, la situation ne s’est pas améliorée.

    Paradoxalement, la superficie même du site, héritée des ambitions extractivistes de la station comme lieu de production des savoirs sur le cacao et de transformation de l’environnement, constitue désormais un obstacle à sa remise en état, faute de moyens suffisants. Cet état d’abandon relatif ne s’explique pas uniquement par le désengagement de l’État, justifié par les crises successives et les aléas naturels. Il révèle aussi plus profondément les contradictions d’un projet de modernité coloniale dont les ambitions démesurées et les imaginaires extractivistes se heurtent aux réalités autrement plus complexes de la période postcoloniale.

  • Rdc : la vsv exhorte félix tshisekedi à apaiser le débat constitutionnel

    Rdc : la vsv exhorte félix tshisekedi à apaiser le débat constitutionnel

  • Le Gabon met fin à l’accord de pêche avec l’Union européenne

    Le Gabon met fin à l’accord de pêche avec l’Union européenne

    L’Union européenne a répondu à la décision du Gabon de mettre un terme à l’accord de pêche qui les liait depuis 2007. Dans un message publié sur Facebook, le siège de l’organisation à Libreville indique être «disposé à aborder les préoccupations exprimées ces derniers mois de façon constructive et transparente».

    En juin 2025, le président Brice Oligui Nguema avait annoncé l’ouverture d’une «procédure de dénonciation unilatérale» de cet accord. Il estimait que ce partenariat était «profondément déséquilibré» et devait être renégocié.

    L’UE assure qu’elle est prête à négocier «un nouvel Accord de Partenariat de Pêche Durable, de nouvelle génération, ainsi qu’un nouveau protocole d’application mutuellement bénéfique». Bruxelles privilégie une approche tournée vers l’avenir pour «un cadre rénové, équilibré et efficace».

    Initialement signé en 2007, l’Accord de partenariat de pêche durable (APPD) permettait aux navires européens de pêcher dans les eaux gabonaises. Selon des sources gouvernementales, le président a notamment souligné que les recettes issues de cet accord ne compensent ni la valeur réelle des captures, ni les coûts supportés par l’État pour la surveillance et le contrôle, ni les pertes de valeur ajoutée liées à l’absence de transformation locale.

    Le gouvernement a également dénoncé la faiblesse des investissements des partenaires dans le développement local, l’emploi ou le renforcement des capacités nationales, ainsi que les risques accrus de surexploitation des ressources halieutiques, en l’absence de mécanismes partagés de transparence et de suivi scientifique.

    L’APPD a été renouvelé plusieurs fois, la dernière fois en 2021 pour une durée de cinq ans. Sa valeur globale est estimée à environ 17 milliards de francs CFA (environ 26 millions d’euros), selon le ministère gabonais des Affaires étrangères.

  • Pierre Emmanuel Binyam : Maurice Kamto reste incontournable pour le MRC

    Pierre Emmanuel Binyam : Maurice Kamto reste incontournable pour le MRC

    Pierre Emmanuel Binyam estime que d’autres personnalités pourraient prendre les rênes du MRC, mais que dans le contexte actuel, Maurice Kamto demeure l’homme de la situation.

    Lors de son passage dans l’émission « Entretien avec… » sur STV, le président de la Commission de clarification et de restauration du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), Pierre Emmanuel Binyam, a livré une analyse nuancée sur la direction du parti.

    « Il n’y a pas que Maurice Kamto pour gérer le MRC, mais en l’état actuel des choses, nous avons besoin de Maurice Kamto », a-t-il déclaré, réaffirmant ainsi la nécessité de la présence de l’ancien candidat à la présidentielle à la tête du parti.

    Interrogé sur les supposées contestations suscitées par le retour de Maurice Kamto à la direction du MRC, Pierre Emmanuel Binyam a balayé ces rumeurs. « Parlant de contestations sur le retour de Maurice Kamto, je vous ai clairement dit que ça n’existe pas. Aucune instance n’a ouvert le débat sur son retour. Au contraire, des motions ont été signées pour demander urgemment son retour », a-t-il insisté.

    Ces propos interviennent dans un contexte politique camerounais marqué par des tensions internes au sein de l’opposition et des questionnements sur l’avenir du MRC. Pierre Emmanuel Binyam réaffirme ainsi la légitimité de Maurice Kamto tout en ouvrant la porte à une possible évolution future.

  • Arsenal : un plan B au PSG pour le mercato estival de Julian Alvarez

    Arsenal : un plan B au PSG pour le mercato estival de Julian Alvarez

    Le dossier Julian Alvarez constitue l’un des grands enjeux du mercato estival. L’attaquant de 26 ans, qui souhaite quitter l’Atlético de Madrid, suscite l’intérêt de nombreux cadors européens. Arsenal figurait parmi les prétendants de l’Argentin, mais les Gunners auraient déjà activé un plan B au PSG pour se préparer à un éventuel échec dans le dossier du champion du monde 2022.

    Le mercato estival s’annonce une nouvelle fois très animé. Le nom de Julian Alvarez agite particulièrement le marché des transferts. L’international argentin a clairement exprimé son envie de quitter l’Atlético de Madrid, après la victoire de l’Albiceleste contre l’Autriche lors de la Coupe du monde 2026. Âgé de 26 ans, l’attaquant a l’embarras du choix pour son avenir, avec des clubs comme le FC Barcelone ou Arsenal qui ont été cités parmi ses courtisans.

    Bradley Barcola, le plan B d’Arsenal pour remplacer Julian Alvarez ?

    Cependant, un transfert de Julian Alvarez vers Arsenal semble peu probable. Les Gunners exploreraient donc d’autres pistes sur le mercato. Le profil de Bradley Barcola serait notamment à l’étude. L’international français, également présent à la Coupe du monde 2026 avec l’équipe de France, séduirait les dirigeants de la Premier League. Ces derniers garderaient un œil attentif sur ce dossier.

    Bradley Barcola ouvert à un départ du PSG ?

    Il faut dire que Bradley Barcola n’écarte aucune possibilité pour son avenir. Bien qu’il soit un joueur important pour Luis Enrique au PSG, l’ailier de 23 ans n’est pas indiscutable, devant composer avec la concurrence de Khvicha Kvaratskhelia, Ousmane Dembélé et Désiré Doué. L’international français ne serait pas insensible à l’intérêt de Liverpool sur le mercato, et Arsenal pourrait également se joindre à la course pour son transfert. En tout cas, Bradley Barcola représenterait un plan B des champions d’Angleterre si l’arrivée de Julian Alvarez s’avère impossible cet été. Affaire à suivre…

  • Pont sur le Dja : le chantier du désenclavement du Sud camerounais franchit une étape clé

    Pont sur le Dja : le chantier du désenclavement du Sud camerounais franchit une étape clé

    Des appuis quasiment terminés pour le pont sur le Dja

    À la date du 20 juin 2026, l’avancement des travaux du pont enjambant le Dja affiche une progression notable. La quasi-totalité des appuis de l’ouvrage est désormais achevée, marquant une avancée décisive pour ce projet d’infrastructure majeur. Les équipes de l’entreprise CHINA HARBOUR ENGINEERING COMPANY CAMEROUN redoublent d’efforts pour mener à bien cette construction stratégique.

    Des études en cours et des pieux finalisés

    Parallèlement à cette réalisation, les études géotechniques complémentaires se poursuivent, tandis que les études d’exécution sont achevées à 60 %. L’ensemble des vingt pieux a été installé. L’entreprise a également débuté les travaux sur la voie d’accès côté Bissombo, avec le ferraillage des piédroits du dalot au PK 0+669, la mise en place du matériau de substitution après la purge au dalot du PK 0+818, et le concassage des granulats 0/250.

    Un projet structurant pour la région du Sud

    Ce projet comprend la construction d’un pont de 90 mètres linéaires ainsi que l’aménagement de 3 kilomètres de voies d’accès. Une fois achevé, il contribuera à structurer l’axe reliant Assok à Ngombo, dans le département du Dja et Lobo, région du Sud. Le budget total alloué à cette infrastructure s’élève à 10 530 686 344 francs CFA TTC.

    Outre l’ouvrage principal, l’aménagement des voies d’accès est prévu sur 1 000 mètres linéaires, soit 500 mètres de part et d’autre, avec une chaussée à deux voies d’une largeur totale de 7 mètres et des accotements de 1,50 mètre chacun, revêtus d’un enduit superficiel bicouche. Le projet inclut également la réalisation d’ouvrages d’assainissement : deux dalots de type 2 x 2,00 x 1,50, deux dalots de type 2 x 2,00 x 2,00, ainsi que la construction d’une digue d’accès sur les rives.

  • Pierre Emmanuel Binyam éclaire la « démission » de Maurice Kamto du MRC

    Pierre Emmanuel Binyam éclaire la « démission » de Maurice Kamto du MRC

    Le président de la Commission de clarification et de restauration désignée par Maurice Kamto s’est exprimé dans l’émission « Entretien avec » sur la STV.

    Pierre Emmanuel Binyam est revenu sur le départ de Maurice Kamto de son parti pour rejoindre le Manidem et se porter candidat à la présidentielle de 2026. Cette candidature a finalement été invalidée.

    « La décision du président Maurice Kamto de quitter le parti n’était pas un abandon. Nous l’avons chargé d’une mission. Aujourd’hui, après les épreuves, il est de retour et nous lui avons demandé de terminer son mandat », a déclaré Pierre Emmanuel Binyam.

    Le responsable du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) affirme que l’éviction de Maurice Kamto a constitué une rude épreuve pour les militants.

    « Le rejet de la candidature de Maurice Kamto nous a marqués en profondeur. Cette décision a été un choc, d’autant que tous les sondages, nationaux comme internationaux, le donnaient largement vainqueur », a-t-il ajouté.

  • Cameroun : le plan ambitieux pour moderniser routes, rail et logistique d’ici 2035

    Cameroun : le plan ambitieux pour moderniser routes, rail et logistique d’ici 2035

    Dans un contexte de forte volonté de développement et de compétitivité, le Cameroun met en œuvre une série de mesures pour rénover ses réseaux routiers, ferroviaires, urbains et aéroportuaires.

    Les 24 et 25 juin 2026, un atelier de restitution a rassemblé les acteurs clés autour des études de faisabilité pour la création d’une Agence de Régulation des Transports Terrestres (ARTT) et l’élaboration de la Stratégie Logistique Nationale (SLN), assortie d’un plan d’action à l’horizon 2035.

    Ont pris part à ces travaux Mbamome Nkendong Divine, directeur des Transports Routiers (DTR), Claude Misse Ntone, directeur des Transports Ferroviaires (DTF), l’équipe du cabinet Idea Consult International/TRT Studi Cameroun, ainsi que des représentants de diverses administrations et partenaires financiers, notamment la Banque Mondiale et la Banque Africaine de Développement.

    Dans son allocution d’ouverture, le DTR a exhorté les participants à prêter une oreille attentive aux conclusions des études préliminaires, dont les résultats devront guider efficacement la suite des projets. Les échanges ont été marqués par des présentations détaillées des consultants sur les travaux menés.

    Il ressort que l’ARTT serait basée à Yaoundé, avec un champ d’action initial centré sur le transport routier, avant une extension progressive de ses attributions. La mise en place de cette structure nécessiterait un investissement initial de 260 millions de FCFA, destiné au cadre institutionnel, à l’aménagement et à l’équipement des locaux, ainsi qu’à l’acquisition du matériel informatique.

    L’étude sur la Stratégie Logistique Nationale analyse les spécificités du système logistique camerounais, met en lumière les enjeux stratégiques, les défis et les objectifs, et propose un plan d’action en huit axes. Ce dernier met l’accent sur des investissements ferroviaires estimés à 40 milliards d’euros, ainsi que la création d’un Conseil National de la Logistique chargé de la coordination interministérielle et de l’arbitrage.

    À l’issue de l’atelier, le directeur des Transports Routiers a salué la qualité des contributions et la richesse des débats. Il a appelé toutes les parties prenantes à maintenir leur engagement pour réussir les prochaines étapes de ces projets structurants pour le secteur des transports terrestres au Cameroun.