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  • Exactions des armées du Sahel : l’ONU alerte sur les violations des droits humains

    Exactions des armées du Sahel : l’ONU alerte sur les violations des droits humains

    Des cas de disparitions forcées, d’exécutions sommaires et d’autres formes d’exactions se multiplient contre les populations locales au Sahel. Ces accusations visent principalement les soldats du Mali, du Burkina Faso et du Niger, engagés dans la lutte contre les groupes jihadistes. Face à cette situation, l’ONU exprime une vive préoccupation.

    Une crise des droits humains au cœur du Sahel

    L’alarme a été lancée par le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, lors d’une visioconférence du Conseil de sécurité dédiée au Sahel. « Je lance un appel pressant à la Force conjointe du G5 Sahel et à ses États membres pour qu’ils agissent sans délai afin de garantir le respect des droits humains », a-t-il déclaré.

    Cette inquiétude s’ajoute à la montée des violences jihadistes et des conflits intercommunautaires qui frappent la région depuis plusieurs mois. Les accusations contre les armées nationales se précisent, alors que des organisations non gouvernementales et des proches de victimes dénoncent des abus systématiques.

    Des chiffres alarmants

    Dès le mois d’avril, la mission des Nations unies au Mali (MINUSMA) a pointé du doigt la « multiplication » des exactions attribuées aux forces armées locales. Selon Guillaume Ngefa, directeur de la division des droits de l’homme de la MINUSMA, 101 exécutions extrajudiciaires ont été recensées entre janvier et mars 2020 rien que pour l’armée malienne. De son côté, l’armée nigérienne aurait commis une trentaine de ces actes sur le sol malien, avec des noms et des circonstances clairement documentés.

    Au Burkina Faso, douze personnes arrêtées pour des liens présumés avec le terrorisme sont décédées dans des cellules de gendarmerie mi-mai. Leurs proches et des ONG affirment qu’il s’agissait de civils exécutés sommairement. Les autorités ont promis des enquêtes, sans pour autant apporter de réponses concrètes.

    Une surreprésentation des Peuls parmi les victimes

    Au Niger, une liste de disparus circulant en avril faisait état de 102 personnes tuées par l’armée dans la région de Tillabéri. Le ministère de la Défense a évoqué une enquête, tout en saluant le « professionnalisme » des troupes. Les organisations de défense des droits humains, elles, publient régulièrement des listes de noms et de photos, dénonçant la disparition de nombreux civils après le passage de soldats. La majorité de ces victimes appartiennent à l’ethnie peule, souvent assimilée à tort aux jihadistes.

    « Nous rédigeons des rapports, nous dénonçons les tueries de Peuls jetés dans des puits ou enterrés dans des fosses communes, mais rien ne change », déplore un responsable de l’association malienne peule Tabital Pulaaku, sous couvert d’anonymat. Abou Sow, président de cette organisation, a souligné : « Certes, quelques Peuls ont rejoint les rangs des jihadistes, mais réduire le terrorisme à une seule ethnie relève de la méconnaissance des réalités locales. »

    Réactions des gouvernements et de la communauté internationale

    Les gouvernements du Sahel soutiennent systématiquement leurs armées, malgré les critiques. Ces forces, souvent sous-équipées et mal formées, subissent de lourdes pertes dans leur combat contre le jihadisme. Lors d’une intervention devant le Conseil de sécurité au nom du G5 Sahel (composé de la Mauritanie, du Tchad, du Niger, du Burkina Faso et du Mali), le chef de la diplomatie mauritanienne, Ismail Ould Cheikh Ahmed, a affirmé que « la pleine capacité opérationnelle de la Force conjointe passe inévitablement par le respect absolu des droits humains ».

    La Mauritanie a assuré promouvoir activement ces droits, une position reprise par l’ambassadeur du Niger, Abdou Abarry, membre non permanent du Conseil de sécurité. Cependant, des pays comme la Belgique ont exprimé des réserves face à des « allégations très sérieuses » d’exactions.

    Dans une déclaration publiée après sa réunion, le Conseil de sécurité a « pris acte des mesures annoncées par plusieurs gouvernements du Sahel pour répondre à ces accusations de violations des droits humains, et les a encouragés à les concrétiser rapidement ».

    Un contexte sécuritaire toujours plus tendu

    Les armées nationales du Sahel sont aujourd’hui au cœur d’un paradoxe : elles sont à la fois critiquées pour leurs méthodes et indispensables dans la lutte antiterroriste. L’ONU fait face à un scepticisme croissant de la part de certains membres du Conseil de sécurité quant à l’efficacité de sa mission au Mali, où plus de 13 000 Casques bleus sont déployés depuis mi-juin. La France, de son côté, a revu les conditions de son engagement au Sahel après la mort de 13 de ses soldats en novembre 2019.

    Malgré la présence des forces françaises, de la MINUSMA et de la Force conjointe du G5 Sahel (créée en 2017), les violences n’ont pas diminué. Depuis 2012, elles ont causé des milliers de morts et déplacé des centaines de milliers de personnes.

    Pour Ibrahim Maïga, chercheur à l’Institut d’études de sécurité (ISS) de Bamako, « la protection des civils reste un objectif secondaire. La priorité absolue des militaires est d’éliminer les jihadistes ». Interrogé en mai sur les exactions attribuées aux armées locales, le général français Pascal Facon, commandant de la force antiterroriste française, avait qualifié ces actes d’« intolérables » et warned qu’ils « pourraient nuire à la crédibilité des forces engagées ».

  • Révision constitutionnelle au Bénin : les changements majeurs adoptés malgré les critiques

    Révision constitutionnelle au Bénin : les changements majeurs adoptés malgré les critiques

    Louis Vlavonou, président du Parlement béninois, lors de l’adoption de la nouvelle constitution. © DR / Assemblée nationale du Bénin

    La révision de la Constitution béninoise, adoptée en procédure accélérée le 1er novembre, introduit un ticket présidentiel : le président de la République sera élu en même temps qu’un vice-président, avec une majorité absolue des voix lors d’un scrutin en deux tours.

    Parmi les autres modifications, la réforme constitutionnelle supprime la peine de mort, crée la Cour des comptes et instaure une discrimination positive en faveur des femmes pour les élections.

    Les mandats des députés sont désormais limités à trois. Les élus ayant cédé temporairement leur siège à leur suppléant peuvent désormais le récupérer après coup.

    Concernant le président de la République, la limitation à deux mandats consécutifs, déjà présente dans la Constitution de 1990, est renforcée : aucun candidat ne pourra exercer plus de deux mandats au cours de sa carrière politique.

    2026 : trois scrutins à prévoir pour le Bénin

  • Burkina Faso : comment la transition politique s’est-elle organisée après le départ de blaise compaoré ?

    Burkina Faso : comment la transition politique s’est-elle organisée après le départ de blaise compaoré ?

    Un contexte politique bouleversé au Burkina Faso

    La transition politique au Burkina Faso a débuté dans un climat d’incertitude, marqué par des décisions controversées et des institutions de transition mises en place dans l’urgence. Après le départ précipité de l’ancien président Blaise Compaoré, le pays a dû composer avec une Constitution suspendue et une Assemblée Nationale dissoute, plongeant la nation dans une période de profonde remise en question.

    Le rôle ambigu des militaires dans la transition

    L’irruption des uniformes kaki sur la scène publique a rapidement fait craindre une junte militaire. Le lieutenant-colonel Isaac Zida, issu du Régiment de la Sécurité Présidentielle (RSP), a pris les rênes du pouvoir, suscitant méfiance et suspicions. Les officiers burkinabés ont dû composer avec les menaces de l’Union Africaine et les pressions de la CEDEAO, dont les chefs d’État comme John Dramani Mahama (Ghana), Goodluck Jonathan (Nigeria) et Macky Sall (Sénégal) ont œuvré pour éviter une crise prolongée.

    Une solution de compromis : la Charte de la Transition

    Face aux risques d’isolement et d’impopularité, l’armée a finalement accepté un compromis formalisé dans la Charte de la Transition. Celle-ci prévoit un Président civil à la tête de l’Exécutif, tandis que les militaires conservent une influence majeure sur le gouvernement. Un Conseil National de Transition (CNT) de 90 membres, incluant des représentants de l’armée, de la société civile et des partis d’opposition, a été créé pour légitimer cette transition.

    Un comité de désignation, composé d’une vingtaine de membres, a eu pour mission de proposer une short-list de cinq personnalités pour le poste de Président de la Transition. Parmi les candidats retenus :

    • Newton Ahmed Barry et Chériff Sy Moumina, deux journalistes connus pour leur opposition à l’ancien régime ;
    • Michel Kafando, diplomate retraité ayant représenté le Burkina Faso à l’ONU ;
    • Joséphine Ouédraogo, ancienne ministre et figure de la société civile ;
    • Mgr Paul Ouédraogo, archevêque de Bobo Dioulasso, qui a finalement décliné la proposition.

    Un choix stratégique : Michel Kafando à la tête de l’État

    Le diplomate Michel Kafando a été élu Président de la Transition, cumulant également le poste de ministre des Affaires Étrangères. Son expérience internationale et son profil consensuel ont rassuré les partenaires internationaux, notamment les États-Unis et les capitales européennes, qui ont rapidement réagi à l’évolution de la situation. Son double rôle a permis de simplifier les échanges diplomatiques et d’éviter les blocages avec les autorités régionales.

    L’investiture de Michel Kafando a été marquée par la présence de nombreux chefs d’État africains, dont ceux du Ghana, du Togo, du Bénin, du Mali et du Niger, ainsi que de la Mauritanie, en tant que représentante de l’Union Africaine. Cette mobilisation a été perçue comme un signe de réhabilitation du Burkina Faso sur la scène internationale.

    Une transition sous haute surveillance internationale

    Malgré l’adoption d’une Constitution de transition, les États-Unis ont maintenu leur position : ils refusent de collaborer avec un dirigeant non élu au suffrage universel. Le Burkina Faso, désormais sous la surveillance accrue de Washington, a dû composer avec cette réalité géopolitique. Les avions de reconnaissance américains sont restés stationnés à Ouagadougou, soulignant l’importance stratégique du pays dans la lutte contre le terrorisme au Sahel.

    Une répartition des postes ministériels sous tension

    Sur les 26 postes ministériels, l’armée a obtenu quatre postes clés :

    • Isaac Zida, Premier ministre et ministre de la Défense ;
    • Auguste Denise Barry, colonel, ministre de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité (MATDS) ;
    • David Kabré, colonel, ministre des Sports ;
    • Boubacar Ba, ministre des Mines et de l’Énergie.

    La société civile et l’opposition ont obtenu des postes symboliques, comme Joséphine Ouédraogo au ministère de la Justice ou Augustin Loada à la Fonction Publique. Cependant, des tensions persistent, notamment après le limogeage de Adama Sagnon, nommé puis contraint à la démission en raison de son rôle controversé dans l’affaire Norbert Zongo.

    Les défis de la transition : réconciliation et réformes

    Dès décembre, Michel Kafando a signé un décret créant la Commission de la Réconciliation Nationale et des Réformes (CRNR), chargée de mener un travail de mémoire sur les violations des droits humains et les crimes du passé. Parmi les premières mesures :

    • L’autorisation d’enquêtes pour identifier les restes de Thomas Sankara, assassiné en 1987 ;
    • L’ouverture du dossier de l’assassinat de Thomas Sankara, avec une possible demande d’extradition de Blaise Compaoré au Maroc.

    Le Premier ministre Isaac Zida a également annoncé la réforme de l’armée, une priorité pour le nouveau régime. Le général Gilbert Diendéré, proche de l’ancien président, a été démis de ses fonctions et remplacé par le commandant Théophile Nikièma.

    Les risques d’une justice transitionnelle trop hâtive

    La question de la réconciliation nationale divise. Certains estiment que la priorité doit être donnée aux élections transparentes, tandis que d’autres poussent pour une justice transitionnelle rapide. Les limogeages de dirigeants proches de l’ancien régime, comme Jean-Baptiste Bérehoundougou (SONABHY) et Jean Christophe Ilboudo (SONABEL), ainsi que l’hommage rendu aux victimes des manifestations d’octobre 2014, montrent une volonté d’apaisement. Cependant, des figures comme Gilbert Noël Ouédraogo (ADF-RDA) ont également fait des gestes symboliques pour tourner la page.

    Vers des élections transparentes : quelles perspectives ?

    Avec la mise en place des institutions, la période de transition touche à sa fin. Les partis politiques et les candidats se préparent désormais pour les élections de 2015. Le Conseil National de Transition (CNT) a élu Chériff Sy Moumina à sa présidence, tandis que des figures de l’opposition, comme Newton Ahmed Barry, restent en lice. La question de la participation des anciens responsables du régime de Blaise Compaoré aux prochaines élections reste un sujet de débat.

    La transition politique au Burkina Faso a été marquée par des compromis fragiles et des tensions persistantes. Alors que le pays tente de tourner la page de décennies de régime autoritaire, les défis à venir restent nombreux : réformes institutionnelles, réconciliation nationale et préparation des élections. La communauté internationale, quant à elle, continue de surveiller de près l’évolution de la situation.